‹ Le crime, causes et remèdes. Avec un appendice sur les progrès de l'anthropologie criminelle pendant les années 1895-98Chapitre 26 sur 205 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Quant aux homicides, rin^laence existe, mais elle est invertie, si bien que le maximum de la consommation, 7,8 (1887), correspond au minimum des homicides, 7, et le minimum de

Fig. 3.

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consommation, 5,5 (1891), au maximum des homicides, 25. XuUe ou incertaine est aussi l'influence sur les coups et blessures, dont le maximum, 102 (1886), et le minimum, 61 (1884),

LOMBBOSO — 111. 7

ne sont pas du tout en corrélation avec le maximum ni avec le minimum de la consommation du froment.

Dans les viols, le maximum^ 41 (1886), correspond à une des moyennes de la consommation, 6,1, et le minimum des viols, 7 (1887), à son maximum.

Cette influence est, au contraire, très marquée sur les vols : on les voit en effet diminuer ou augmenter à mesure qu'augmente ou diminue la consommation du froment, pas proportionellement cependant; car, par exemple, en 1883-84-85 a lieu une augmentation graduelle dans la consommation du froment — 6,0-6,8-7,0 — à laquelle correspond une graduelle diminution des vols, soit 714-583-566, et en 1888-89-90 se produit un saut dans la consommation, 7,6-5,9-7,2, auquel correspond un autre saut dans le nombre des vols — 592-608-512 — (Voy. Fig. 3).

La famine déprime la vigueur sexuelle, l'abondance l'excite; et pendant que le besoin d'alimentation pousse au vol, son abondance, dans laquelle ce besoin est moins vif, détourne du vol et pousse aux viols.

Les mêmes raisons s'appliquent à la rareté du travail et à la réduction des salaires. On a observé que les femmes et les domestiques sont plus que les autres entraînés au délit par la cherté des vivres, sans doute parce que plus que les autres ils en ressentent les eSTets; les domestiques surtout, car, grâce à un intermittent bien-être, ils perdent la force de résistance aux privations.

Mais, tout en admettant l'action de Talimentation trop restreinte sur l'accroissement des vols, — et sur les homicides, sur les crimes de débauche et de blessure quand elle est trop abondante, — on comprend son minimum d'influence sur la variation de la criminalité en général; car si un groupe de crimes augmente dans une condition alimentaire donnée, un autre groupe diminue dans la condition opposée et vice versa; et alors même qu'elle agit dans une direction constante, elle ne modifie pas essentiellement la proportion de certains crimes: l'action, par exemple, du ren-

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chérissement des aliments sur les vols qualifiés est notable en Italie; mais sa plus grande différence oscille entre 184 et 105, c'est-à-dire avec une variabilité de 'Voooo- -^^ quand les crimes de débauche croissent, grâce au bon marché, la plus grande différence en est de ^^Vooooî ^^ Q^i ^^ comprend aisément quand on pense à la bien plus grande influence organique, héréditaire, et aux influences climatériques et ethnique.

On voit, ici, parfois surgir une étrange contradiction par le fait que lorsque le pain est cher, l'argent manque pour acheter les spiritueux et par suite les homicides et les voies de fait diminuent ; mais il arrive quelquefois que pour se les procui'er on assassine davantage, — comme dans la Nouvelle Galles. — Le Morbihan et la Vendée, suivant Joly, sont les départements les plus moraux (France criminelle, pag. 353) et cependant les salaires n'y ont pus beaucoup augmenté, pendant que les choses les plus nécessaires à la vie ont doublé de prix; mais on y abuse moins des boissons alcooliques: dans les Bouches du Ehône, au contraire, les salaires se sont accrus du 30 7o ^^ '^ denrées du 15 ^o, dans THérault du GO % et beaucoup moins les denrées; et cependant ces départements comptent parmi les plus immoraux, parce que justement on y fait un plus grand abus des boissons alcooliques.

Un fait certain, toutefois, c'est que les disettes sont rares et vont sans cesse en diminuant, pendant que les vols sont constants et vont toujours en augmentant (Joly, La France criminelle^ pag. 358).

D'après cela, on comprend pourquoi la proportion des délits dus à la privation de nourriture, à la vraie misère, soit plus restreinte qu'on ne le croit généralement: dans les statistiques de Guerry les vols de comestibles entrent pour Vioo ^ peine sur le total des vols ; et encore dans cette proportion la faim y entre-t-elle pour moins que la gourmandise. Sur 43 catégories d'objets volés à Londres, le 13® rang revient aux vols de saucisses, volaille, gibier, le 30® à celui du sucre, viar ' vin, et seulement le 43® à celui du pain.

Joly observe que dans la statistique française de 186C

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1890, pendant que les vols d'argent, de billets de banque, etc., étaient les plus nombreux, ^^Vooî ^®"^ ^® farine, d'avoine ou d'animaux domestiques ne dépassaient pas le ^Yoo • ^^ Macé écrivait ( Un joli mondé) : « Il est rare que la faim conduise au vol; le jeune homme vole des couteaux et des cigares, et parmi les comestibles, l'adulte vole des liqueurs et la femme des bonbons et du chocolat > .

On peut en dire autant des prostituées : si la faim, dit Locatelli, et l'abandon suffisaient pour pousser une jeune fille à la prostitution, il faudrait décréter des prix Montyon aux milliers d'honnêtes filles du peuple qui, malgré les plus dures privations et les séductions de toute nature, s'abstiennent de faire marché d'elles-mêmes, pour rester pures et honnêtes.

Il n' est pas impossible qu'avec le temps on ne parvienne à démontrer Tinfluence de quelque aliment spécial capable de favoriser certains crimes: on sait combien l'alimentation végétale tend à rendre doux et dociles ceux qui en font usage, pendant que l'alimentation animale les rend cruels et violents: c'est sans doute à cela qu'est due la patience du paysan lombard à supporter les mauvais traitements de ses maîtres et la violence avec laquelle les venge le romagnol, si adonné à la viande de porc.

2. — Révoltes. — L'action de la faim sur les révoltes a été également très exagérée ainsi que je l'ai démontré dans le Orime politique.

Dans l'œuvre précieuse de Faraglia (Storia dei prexxi in Napoli^ 1878, Napoli), qui nous donne presque pour la durée de neuf siècles, année par année, le prix des vivres, nous trouvons 46 grandes famines dans les années: 1182, 1192, 1257, 1269, 1342, 1496-97, 1505, 1508, 1584, 1551, 1558, 1562-63,1565, 1570, 1580, 1586-87, 1591-92, 1595, 1597, 1603, 1621-22, 1623-25, 1646, 1672, 1694-97, 1759-60, 1763, 1790-91, 1S02, 1810, 1815-16, 1820-21.

Or, ces 46 années de famine ne coïncident avec les révoltes que six fois, soit en 1508, 1580, 1587, 1595, 1621-22,

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1820-21; dans la célèbre révolte de Masaniello (1647), beaucoup d'autres causes s'associèrent à la question économique, telles que la folie de Masaniello (1), la chaude saison et les cruels traitements des Espagnols, car si en 1846 il y eut disette, en 1647 il y avait abondance, si non de grain, du moins de fruits, de viande, de lard et de fromage (op, cil,^ pag. 155). Du reste il n'y eut pas de révolte pendant la terrible famine de 1182, qui dura 5 ans, et dans laquelle le hommes avaient peine à se nourrir d'herbes sauvages ; il n'y en eut pas non plus en 1496-97, alors que la famine provoqua une si terrible épidémie, que les citadins devaient fuir dans les campagnes; ni pendant celle de 1565, oîi la misère fut si grande que les feuilles de chou pourries se vendaient comme si elles avaient été fraîches et saines; ni en 1570, lorsque « les pauvres quittaient les provinces, se dirigeant vers Naples en troupes, afiamés, dépenaillés, malades, espérant sauver leur vie par la fuite et remplissant misérablement les rues » ; enfin, il n'y eut pas de révolte pendant la famine de 1586. Il est ici opportun de rappeler que si en France il y eut en 1827, 1832, 1847 des révoltes parallèles à des crises économiques et à des disettes, il y eut aussi une température estivale très élevée, et que pendant celles de 1834, 64 et 65 nous n'y trouvons clairement démontrée aucune influence soit économique soit météorique.

A Strasbourg, dans les années 1451-1500 à 1601-1625, le prix du bœuf s'éleva de 134 %, celui du porc de 92 7o? ®^ durant de nombreuses années les salaires des ouvriers s'abaissèrent du 10 7oî ®* cependant, il n'y eut aucune révolte (Martini, Preussischer Jahrb,^ 1895, nov.).

En 1670, durant l'extrême famine de Madrid, les ouvriers s'organisèrent en bandes, "saccageant les maisons des riches, en tuant les propriétaires, et il ne se passait pas de jour que quelqu'un fut tué pour avoir du pain; il n'y eut cependant pas de véritable révolte (Buckle, IV).

(1) V. Tre Tribuni stiidiati da un alienista, di G. I.o.mtîroso (Bocca, 1887, pag. 157, 158, 159).

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Dans l'Infle les cons^'^quences de terribles faaiines ont pu être suivies pas à pas. Celle de 1865-66 fit perdre à Orizza le 25 '^ ^,, à Puri le 35 "/o ^^^ ^^ population, et cependant dans ces années là il ny eut pas d'insurrection.

Les famines les plus célèbres de ces cent dernières années, du moins à Xelhore, une des provinces les plus frappées par la rareté des pluies et par Texcessive densité de la population, eurent lieu dans les années suivantes: 1769-70, 1780, 1784, 1790-92, 1802, 1806-7, 1812, 1824, 1829, 1830, 1833, 1836-38, 1866, 1876-78 (Rv^sŒitJmp. Gazette of Lui in ASSl).

Dans la famine de 1869-70 un tiers de la population périt: en 1877-78 on calcula que outre la moyenne normale plus de 5 millions d'habitants sur 197 moururent par la famine (The Iiidlaii Et/fpire, Hunter, 1882). Et pourtant ces famines ne donnèrent lieu à aucune sédition.

La i^rande insurrection indienne de 1857-58 fut due (Hunter, ojy. cit.) en grande partie à la répugnance des innovations (télégraphe, vapeur, etc.) introduites par la civilisation, aux conjurations des princes détrônés, et suivant Hunter, à la croyance qu'avaient les Cipays du Bengal qu'on voulait graisser les cartouches avec de la graisse de porc (Kaye. Ilisiori/ of the Sepoi. 1865). Ici donc la faim prolongée fut moins puissante que la superstition.

Les autres révolutions indiennes qui nous sont connues n'eurent pas de rapport avec la cherté des vivres: et pas davantage l'insurrection de Bohilla. 1751, celle de la secte des Sikh dans le Ponjab, 1710, des Cipay en 1764; les petites insurrections sémi-dynastiques chez les Synt, 1843, celles des Sikh en 1848.

Et, chose remarquable, la province d'Orizza, la plus éprouvée par les famines, fut celle qui donna le moins de révoltes.

Tout C(*Ia s'explique par le fait, déjà démonti-é par les étudivs sur faction des climats tropicaux et polaires, que l'homme, dans la prostration de ses forces, n'a plus assez d'énergie pour réagir; si bien que l'excès de l'infortune humaine, au point de vue des révolutions, a presque une in-

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