PREMIERE PARTIE
partements français où, grâce à la rareté du vin, on abuse le plus des spiritueux, comme dans le Finistère, l'exemption des conscrits, de 72, s'éleva à 155 (Lunier).
L'alcool influe sur la taille. Les grands Woljak, après avoir abusé de l'eau-de-vie, diminuèrent de taille jusqu'à descendre au dessous de la moyenne. Et nous avons vu les belles femmes de la vallée de Viù perdre de leur beauté et de leur stature après qu'elles se furent a données à l'eau-de-vie.
On ne doit donc pas s'étonner après cela de son influence sur la diminution de la vie moyenne, si bien qu'au lieu d'être l'eau de vie, elle pourrait bien se nommer l'eau de la mort. Les calculs de Neison démontrent que la mortalité des buveurs est au moins de 3,25 supérieure à celle des abstèmes (1).
2. — Paupérisme. — - Tout cela nous prépare à comprendre comment un. des effets les plus évidents et les plus fatals de l'alcoolisme est le paupérisme ; c'est ainsi que d'un père alcoolique naît une descendance aveugle, paralytique, boiteuse, impuissante ; même riche, elle finit nécessairement par devenir pauvre et, si elle est pauvre, se trouve dans l'impossibilité de travailler.
11 est vrai qu' avec l'accroissement des salaires le nombre des ivrognes augmente démesurément et par suite aussi leurs méfaits; lorsque dans le Lancashire les salaires des mineurs montèrent de 5 à 8 et 11 francs, la mortalité causée par r ivresse s'éleva de 495 à 1304 et 2605, et les crimes de 1335 à 3878 et 4402. — Mais c'est encore pire quand baissent les salaires. On boit alors de l'alcool pour suppléer à l'insuffisance de vêtements et de nourriture, pour étancher sa
(1) Un homme de 20 ans adonné à la boisson, a la vie moyenne probable de 15 ans, et Tabstème de 44.
Les buveurs de bière ont une vie moyenne de 21,7 Ceux d'alcool > > > 16,7
Ceux d'alcool et de bière > » > 16,1
Sur 97 enfants aés de parents alcooliques 14 seulement étaient sains (Bajsb, op. cit.).
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soif et supporter mieux la faim et le froid; et Talcool à son tour rend toujours plus impuissant et plus pauvre celui qui en fait usage et le retient toujours plus étroitement enchaîné sous son fatal empire. Aussi Ton peut dire que l'alcoolisme est un produit tantôt de la surabondance et tantôt de V insuffisance de la richesse ; c' est ce que V on put constater de 1850 à 1860 à Aquisgrana, où l'alcoolisme augmenta lorsque les salaires s'élevèrent au dessus de 1,25, mais plus encore après 1874, lorsque la crise américaine y fit fermer 80 fabriques et diminuer les salaires d'un tiers; les familles pauvres de 1864 qu'elles étaient avant, s'élevèrent à 2.255 et les cabarets de 183 à 305 ; de 37, les prostituées montèrent à 101, et les mariages de 785 descendirent à 630; on constata également une recrudescence do vols et d' incendies (Thun, Die Indust, in Nieder Rein^ 1890). Durant les disettes de 1860 et 1861 à Londres, on nota que pas un des 7.900 membres de la société de tempérance n'avait demandé un secours (1). Huisch observa que pour chaque 100 livres sterling d'aumônes, 30 passaient en eau-de-vie; et Bertrand et Lee remarquèrent que les communes les plus déchues étaient celles où s'était accru démesurément 1' usage de l'alcool et où le nombre des cabarets avait augmenté. La haute Silesie est une preuve frappante de l'influence pernicieuse de l'alcoolisme; la misère y était si grande que les habitants y mouraient de faim, et l'ivrognerie y sévissait si rigoureusement que l'on voyait arriver en chancelant les nouveaux époux devant l'autel, et les parents des nouveaux-nés au baptême. Un prédicateur de la Silesie écrivait: « Où règne l'intempérance la misère et le crime suivent le corps comme l'ombre » (Baer, op. cit.).
On avait d^vjà noté que ^i^Tesso était une des causes les plus fréquentes de division et de divorce entre époux en Allemagne : elle y sévit pour le moins dans les proportions de
(1) Do 1823 à 1826, les hospices de Philadelphie rocueiUirent do 4 à 5000 pauvres par an, réduits à la misère par l'ivrognerio. Sur 3000 indigents du Massachussett 2900 environ se trouvaient dans la même condition (Bakb, op. cit.^ p. 582).
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2 à 6 ^/q, et Ton sait, d'autre part, que les enfants nés de parents divorcés et de second lit fournissent un fort contingent au crime et à la prostitution.
3. — Alcoolisme et crime. Statistique. — D'après cela, on voit facilement le lien étroit qui imit l'alcoolisme et le crime, tant au point de vue social qu' au point de vue pathologique : nous en trouvons une première preuve dans ces statistiques qui nous montrent un continuel accroissement des crimes dans les pays civilisés, accroissement que l'augmentation de la population ne pourrait justifier que dans la proportion de 13 à 16 7o ^^ î^î dans un autre sens, ne s'explique que trop bien par l'abus excessif des boissons alcooliques, dont la consommation s'élève justement en proportions analogues à celle des crimes.
On en trouve une autre preuve éclatante dans l'étude de Ferri (1) sur la criminalité en France, qui met en relief le parfait parallélisme du crime avec la consommation du vin et de l'alcool^ du moins dans les époques de grandes augmentations de ces récoltes (1850-58-65-69-75), et dans celles de grandes décroissances (1851-53-54-66-67-73), sauf en 1870, année exceptionnelle de guerre, dans laquelle se taisent les actes judiciaires non militaires, et sauf encore de partielles discordances en 1876, que je ne puis expliquer, n'ayant pas sous les yeux les statistiques successives, et en 1860-61, où, par l'effet de la récolte vinicole, le parallélisme semble seulement déplacé d'un an. Ce parallélisme est d'autant plus curieux et singulier que plusieurs auteurs prétendaient attribuer cette influence fatale seulement à l' alcool et non au vin, si bien que, comme nous le verrons, on proposa de faciliter la diffusion du vin dans les pays plus enclins au crime. Or, d'après ces statistiques, on voit que le rapport de l'alcool consommé avec les homicides et les blessures n'est pas aussi évident que celui du vin, excepté dans les années 1855 à 1868 et 1873
(1) LoMBROSo: Homnie Ch'iminel, 1895. Atlas. Planche XXVIII.
à 1876. Et cela se comprend très bien, car les rixes naissent plus facilement dans les cabarets que chez les marchands d'eau-de-vie, où le séjour est trop court pour donner lieu à des querelles. — Une autre preuve de ce fait se trouve dans l'observation du jour et du mois, où se réitèrent le plus souvent les crimes et qui sont justement ceux où Ton abuse le plus du vin. Ainsi Schroeter {Jahrb. des Westph. Qefangnissen^ 1871) nous apprend qu'en Allemagne, sur 2.178 crimes, le 58 7o ^vait lieu le samedi soir, le dimanche 3 7o) ^t 1© \\m^ 1 7oî ^*^s ces jours prédominaient dans la proportion de 82 7o l®s crimes contre les bonnes mœurs, les rébellions et les incendies, et dans celle du 50 7o '^s délits de dextérité.
En Italie, la seule année 1870, où Ton en tint compte, on observa le même fait (1).
(1) Dans les statistiques officielles 1870, en 1 jour férié sur 5 non fériés, on aurait cette crimes commis dans les jours fériés :
Rébellions, résistance à la force publique Viols avec violence ....
Parricides, uxoricides, infanticides Homicides volontaires Homicides en rixe ....
Jeux en rixe
Blessures, suivies do mort .
Coups et blessures volontaires .
Menaces et vagabondage .
Vols sur les grands chemins
Vols
Exposition et supposition d'enfant Kecel et achat d'objets voioa Soustraction de dépôts publics .
Escroqueries et appropriations indues
Faux divers
Calomnies et fausses dénonciations .
Vols sur les grands chemins avec homicide Banqueroutes
calculant
en moyenne
proportion
pour % de
Assises
Tribanaax
ordinaires
Tous les crimes de violences et contre les personnes, en conséquence, prédominent dans les jours fériés sur ceux prémédités et de dextérité.