‹ Le crime, causes et remèdes. Avec un appendice sur les progrès de l'anthropologie criminelle pendant les années 1895-98Chapitre 29 sur 205 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Et, chose curieuse, Ferri trouva que, en France, tandis que les crimes en général contre les personnes de 1827 à 1869 décrurent rapidement après le mois d'août jusqu'au mois de décembre, les blessures et les coups graves, au contraire, offrirent une recrudescence bien marquée en novembre, époque de la confection du vin nouveau; Et Ton remarquera qu'il s'agit seulement de blessures graves jugées devant les Assises et non de blessures qui sont du ressort des Tribunaux ordinaires et qui résultent le plus souvent de rixes de cabarets.

Dixon a trouvé un seul pays en Amérique qui, depuis des années, soit exempt de crimes ; c'est Saint-Johnsbury, malgré sa très nombreuse population d'ouvriers; mais ce pays a adopté pour loi la prohibition absolue des substances fermentées, bière, vin, lesquelles sont fournies, comme les poisons, par le pharmacien, sur la demande, par écrit, du consommateur et avec le consentement du maire, qui inscrit le nom du contrevenant sur im tableau public.

En Belgique on a calculé que 1' alcoolisme provoquait le crime dans le rapport de 25 à 27 7o-

A New-York, sur 49.423 accusés, 30.509 étaient ivrognes de profession. En 1890, aux États-Unis, sur 100 détenus, 20 étaient voués à l' ivrognerie, 60 buvaient modérément, 20 étaient abstèmes (Bosco, L'omiddio negli Staii Uniti d^ America, 1897).

En Hollande, on attribue à 1' abus du vin V5 d^s causes de crimes et précisément Vg des rixes et des contraventions, ^/^ des attentats contre les personnes, ^/^ des attentats contre la propriété (Bertrand, Essai sur V intempérance, Paris, 1871).

Les trois quarts des crimes en Suède sont attribués à l'alcoolisme; les assassinats et autres crimes avec effusion de sang, sont dus spécialement à l'abus de l'alcool, pendant que les vols et les escroqueries proviennent de l'hérédité de parents alcooliques.

En Angleterre, 10.000 sur 29.752 condamnés par les Assises et 50.000 sur 90.903 condamnés sommairement avaient été

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entraînés aux crimes par la fréquentation des cabarets (Baer, op, cii,^ pag. 343).

En France, Guillemin évalue à 50 % les criminels par suite de l'abus de l'alcool et Baer en Allemagne à 41 %.

La plus forte proportion d'ivrognes est fournie par les départements où, grâce à la faible production du vin, on consomme une plus grande quantité d'alcools artificiels. Le 73 ^/^^ des criminels observés par Marro, abusaient des boissons alcooliques, 10 ^/q seulement parmi eux étaient normaux.

Dans ma Centurie Criminelle Rossi trouva que l'ivrognerie s'élevait à 81 7o7 ^^^* ^^ ^^ 7o s'enivraient dès l'enfance; il y a seulement une différence de 10 ^/ç^ dans la fréquence de l'ivrognerie chez les jeunes gens et chez les adultes; sur 100 oriminels au-dessous de 20 ans, 64 % étaient déjà adonnés à la boisson : d'où l'on voit que ce vice est très précoce.

4. -— Action, — Et cela est naturel, parce que toutes les substances qui ont la vertu d'exciter le cerveau d'une manière anormale, poussent plus facilement au crime et au suicide, ainsi qu'à la folie, avec laquelle ils se confondent souvent d'une manière inextricable.

On a observé cette tendance jusque chez les Medgjidubs et chez les Aïssaonas, lesquels, n'ayant pas de narcotiques, se procurent l'ivresse par un mouvement oscillatoire prolongé de la tête. Ce sont des hommes, dit Berbrugger {Algérie^ 1860), dangereux, féroces et enclins au vol. Les fumeiu*s d'opium, eux aussi, sont souvent pris de fureur homicide ; sous l'action du haschisch, Moroau se sentit poussé au vol.

Les effets du vin sont encore plus pernicieux; et pires encore que le vin, l'alcool, qu'on peut dire un vin concentré quant à l'activité nocive, et ces liqueurs d'absinthe, de vermouth, qui, outre l'alcool pur, contiennent des drogues qui intoxiquent les centres nerveux (1).

Neumann en 1876 démontra comment l'alcool agit en altérant l'émoglobine et en diminuant de V4 dans les globules

(1) Revue Scientifique^ 1807.

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la capacité pour Toxygône, en provoquant un afflux actif dans lo membranes et dans Técorce cérébrale; d'où, dilatation des vaisseaux, paralysie des fibres musculaires des parois des vaisseaux et œdème ; et enfin formation de dégénérescences graisseuses des cellules nerv^euses irritées.

Krâpelin (1) démontrait que de 30 à 45 grammes d'alcool étilique absolu ralentissaient et paralysaient plus ou moins toutes les fonctions mentales : Tengourdissement — qui ressemble dans ses effets à la fatigue physiologique — va en augmentant à mesure qu'augmente la dose de l'alcool absorbé: ainsi il dure de 40 à 50 minutes pour de petites quantités — de 1 à 2 heures pour des quantités plus fortes : dans les doses minimes, le relâchement paralytique des fonctions mentales est précédé d'une période plus grande d'activité ou d'accélération qui dure au maximum de 20 à 30".

Mais cet observateur a en outre démontré que l'action de l'alcool n'agit pas de même sur toutes les fonctions psychologiques : que si l'on a une accélération passagère dans l'innervation motrice, les fonctions intellectuelles, telles que l'aperception, la conception des idées, leurs associations sont ralenties et presque arrêtées, même par les doses plus petites d'alcool. On peut en dire autant pour ce qui regarde la sensation : il s' ensuit que la période initiale d' excitation produite par les petites doses d'alcool, n'est qu'une espèce de feu d'artifice, dû au concoui*s de plusieurs facteurs; spécialement de l'augmentation des associations externes des idées (associations de paroles, de sensations, etc.), au préjudice des associations internes — associations plus logiques et plus profondes.

Sous r action de l'alcool, les centres moteurs surexcités donnent à l'ivrogne une force illusoire, le poussent aux actions les plus brutales : l'association des idées s'altère et il répète sans cesse les mêmes banalités triviales les mêmes plaisanteries grossières ; ce que s'explique, aussi, par l'accélération psycomotrice initiale, qui intercepte les inhibitions mentales douloureuses.

(1) Ueber die Beinflussung ein fâcher psychischer Vorgiinge durch einige Arxeneimiiteln (Jena, Fischor, 1892).

Et l'alcool, après avoir excité et dirigé dans la mauvaise voie sa malheureuse victime par des actes instantanés et automatiques, IV maintient et l'y fixe pour toujours, lorsque, après en avoir fait un buveur habituel, il en paralyse les sentiments les plus nobles et transforme en morbide l'organisation cérébrale la plus saine. C'est une nouvelle preuve expérimentale de la vérité de l'axiome : que le crime est l'effet d'une condition morbide de notre organisme; et teUe est, chez ces malheureux, la sclérose qui atteint le cerveau, la moelle épinière et les ganglions, de même que le rein et le foie, se manifestant chez les uns par la démence, par l'urémie, ou par l'ictère, chez les autres par le crime, selon qu'elle atteint un organe plutôt que l'autre.

Mais le crime en est, maUieuresement, le résultat le plus commun et le plus fréquent : et ici les preuves surabondent : — dernièrement, je rencontrai dans la prison un très singulier voleiu-. P..., qui se vantait comme tous de l'être et qui ne savait même plus parler que dans le jargon des voleurs; et cependant, ni son éducation, ni la forme de sa tête ne donnaient l'indice de la cause qui l'y poussait; mais j'en fus bientôt instruit, lorsqu'il me raconta que son père et lui étaient ivrognes, c Voyez, disait-il, dès ma jeunesse je me passionnais pour l'eau-de-vie, et maintenant j'en bois 40 et 80 petits verres; et l'ivresse do l'eau-de-vie me passe en buvant deux ou trois bouteilles du \in » {Archivio di psi- (Matria e scienxe peiiali^ 1890).

Et non seulement les ivrognes habituels sont immoraux, et engendrent des enfants aliénés ou déliquants ou précocement débauchés {Ann, Méd.-Psyc.^ 1877), ce que nous allons démontrer par l'histoire de la famille Yuke; mais l'ivresse aiguë donne lieu à des crimes. Gai) raconte qu' un brigand appelé Pétri se sentait poussé à l'homicide, dès qu'il buvait; et cite une femme de Berlin qui était prise de tendances sanguinaires dès qu'elle était ivre.

L'alcool, an somme, est une cause do déhts, parce que beaucoup d'hommes en commettent pour s'enivrer, et que d'autres

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