PREMIERE PARTIE
OU les crimes politiques, commerciaux ou contre les mœurs, parce que ceux-là croissent naturellement avec Taugmentation des contacts humains, des affaires et de l'activité cérébrale.
Mais où Tinstruction influe incontestablement sur la criminalité, c' est en modifiant le caractère et en le rendant moins féroce.
Fayet et Lacassagne démontrent qu'en France :
1^ Parmi les illettrés prédominent les infanticides^ la suppression de part, les vols, Tassociation des malfaiteurs, les pillages et les incendies.
2^ Parmi ceux qui savent lire et écrire imparfaitement prédominent l'extorsion de billets, les menaces par écrit, le chantage, le pillage, les dommages à la propriété, les blessures. 3** Parmi ceux qui ont une instruction moyenne prédominent les concussions, la corruption, les faux en écritures et les menaces par écrit.
4** Parmi les gens instruits avec culture élevée prédominent les faux en écriture de commerce, les extorsions de fonds des fonctionnaires publics, les faux en écritures authentiques, les soustractions d'actes, les crimes politiques {op, cit.).
Le minimum du faux — 107 ^/(^^^ — et le maximum des infanticides — 705 ^/^^ — se trouvent parmi les illettrés; chez les condamnés avec culture supérieure prévalurent les faux en écritures publiques, les abus de fonctions, les abus de confiance et les escroqueries: les infanticides et les crimes de violences faisant défaut.
En somme, il y a une criminalité spécifique pour les illettrés: c'est la plus féroce; et une pour les lettrés: c'est la plus douce et aussi la plus astucieuse.
De même, d'après les études les plus récentes de Socquot (CoiiirUnition à V étude de la criniiiiaJité en France) on y voit peu à peu diminuer les criminels illettrés en 1876-80 comparativement à la période 1831-35: les homicides et les assassinats parmi eux décroissent de ^^, les infanticides ot les avortements de Va? 1^^ crimes contre les m(Durs presque de V2 î *^^ criminels — très instruits — diminuent en somme,
132 CHAPITRE Vin
de V2 dans les meurtres, pendant qu'ils sont presque stationnaires dans les autres crimes.
Quant aux crimes politiques ils augmentent constamment parmi les personnes douées d'instruction. L'histoire nous apprend que les villes les plus cultivées (Athènes, Genève, Florence) fournirent le maximum des révolutions; et ce n'est certainement pas parmi les illettrés que se recrutent les nihilistes et les anarchistes, mais bien parmi le personnes à culture supérieure ; j'en ai donné d'abondantes preuves dans mon Grime politique.
En Autriche parmi les illettrés prévalurent les rapines, les rapts, les infanticides, les avortements, les meurtres, les vols, la bigamie, les homicides, les dommages et les blessures {op.cit.).
En Italie, d'après la remarquable étude de Amati (Istruxione e delinquenxa in Italia^ 1886), on trouve:
Années 1881-83 HleUrés
Crimes politiques 54
Escroqueries 38
Homicides 62
Vols 65
Viols 48
Rébellions 49
Contre l'ordre dos familles . . 61
Parmi les 500 individus les plus instruits on comptait en 1881-83 :
Faux 76-152 %
Homicides 44-88 >
Vols 40-80 »
Escroqueries 57-114 >
Concussions 38-76 >
Vols sur les grands chemins .... 22-44 >
Crimes do débauche 34-08 »
Banqueroute 33-60 »
Eaux serments 2-4 »
Sachant lire et écrire
Très instrolU
PRESHERE PARTIE 133
iCO
Blessures 13-26 «'
Pan-icides 2-4 »
Crimes politiques 14-28 »
Crimes contre la religion 1-2 »
Destruction d'objets 4-8 »
Incendies 9-18 »
Instigation au crime 6-12 >
Avortement 1-2 »
soit, avec des chiffres plus élevés de faux, escroqueries, crimes de débauche, banqueroutes, vols, concussions, homicides ; et des chiflfres moindres de blessures, vols sur les grands chemins, parricides, incendies.
En somme, si les homicides et les vols prévalent parmi les illettrés, en réunissant ensemble les plus instruits et les demi-lettrés, on voit l'emporter spécialement les crimes politiques, les viols et les escroqueries; dans ces dernières les illettrés sont en minorité absolue, pendant que les lettrés et les demi-lettrés y sont en majorité.
Mais il est juste d'observer que, pour les crimes politiques, il s'agissait d'une époque où la pensée était complètement libre parmi nous alors que les révoltés politiques, bien peu nombreux du reste, ne comptaient pas dans leurs rangs les meilleurs sujets, c'est ce qui explique leur chiffre élevé d'illetti'és; tandis que maintenant les condamnés pour crime politique représentent certainement l'élite de la culture nationale. Le même fait se reproduit en Russie, oii le plus fort contingent des crimes politiques est fourni par l'instruction supérieure. Aussi de 1827 à 1846, les nobles exilés en Sibérie pour cause politique étaient 120 fois plus nombreux que les paysans. • Sur 100 femmes condamnées pour crime politique en Eussie, 75 avaient reçu de l'instruction, 12 savaient lire et écrire, et 7 étaient illettrées (1).
On ne peut, donc, pas dire, que l'instruction soit toujours un frein au crime, mais on ne peut pas dire non plus qu'elle en soit toujoura un aiguillon.
(1) E. N. Tarnowski, Jurisdieeswsy Wesinick, 1889.
134 CHAPITRE Vin
Quand elle est vraiment répandue parmi toutes les classes, elle devient au contraire bienfaisante, en diminuant les crimes parmi les individus médiocrement instruits, et en en adoucissant toujours le caractère.
Insiriiciion dmis ks prisons. — Toutefois: si l'instruction est utile à la population en général, elle ne doit pas s'étendre à celle des prisons, où une culture élémentaire qui ne puisse être accompagnée d'une éducation spéciale visant à mitiger les passions et les instincts plutôt qu'à développer Tintelli^ence, est absolument nuisible; c'est une arme de plus placée entre les mains du criminel pour le perfectionner dans le crime et le rendre récidiviste.
Je ne saurais expliquer autrement que par l'introduction des écoles dans les prisons, qui augmentent les contacts entre mauvais sujets, en développent Tintelligence et en redoublent les forces, le grand nombre de nos récidivistes instruits, d'autant plus que la statistique nous révèle parmi ces derniers un chiffre presque double (67,40) de crimes contre la propriété, favorisés par l'instruction, en comparaison des criminels non récidivistes (28,47 ^-/q), et un cliiffre inférieur d'un quartenviron (40,13 pour 32,54) de crimes contre les personnes.
C'est sans doute à l'instruction élémentaire que l'on donne dans les prisons de France, de Saxe, de Suède que sont dus les chitl'res élevés de faux, commis par les récidivistes.
Le coupeur de bourses et l'auteur de blessuies apprennent dans les bagnes, aux frais de TÉtat, à fabriquer de fausses clef, à battre monnaie, à lithographier des bank-notes, à commettre des elfractions.
DfDigers de Viïislrnction. — « Les connaissances, dit Seymour, sont une puissance, non une vertu ; elles peuvent servir au bien, mais aussi au mal ». C'est, dirai-je en d'autres tenues, que la simple connaissance sensorielle de la forme des lettres ou du son dont s'intitule un objet, et même les notions des grands progrès technologiques et scientifiques,