PREMIERE PARTIE
Inversement, lorsque une faible occasion de mal faire se présente à l'individu aisé, celui-ci rendu physiquement et moralement plus fort par une nutrition sufiBsante et par une plus saine discipline morale, moins pressé par le besoin, tout en sentant l'impulsion au mal, peut plus facilement y résister.
Mais la richesse, à son tour, est une source de dégénérescence pour d'autres causes telles que, syphilis, épuisement, ^tc; et elle pousse au crime par vanité, pour surpasser les iiutres, pour ce terrible figurer dans le monde^ que nous avons vu être une des causes les plus grandes de crimes contre la propriété ; et puis, comme observe très justement Fornasai'i, là où la richesse absolue est plus grande, elle est toujours accumulée dans peu de mains, si bien qu'il y a toujours en même temps une grande pauvreté, rendue plus sensible par le contraste ; ce qui doit favoriser les tendances aux actes délictueux d'un côté, et de l'autre fournir une plus facile occasion aux crimes.
Outre cela, il est bon de noter (1) que là où la richesse est moindre, l'agglomération est aussi moindre, spécialement celle des individus dangereux, qui accourent, ailleurs, dans les T^ons les plus riches pour y méfaire plus à leur aise (Voir en France Cette).
S'il est vrai, d'autre part, que quelques urgents besoins poussent les pauvres au mal, ils les poussent à un nombre très limité de crimes, bien que plus féroces, pendant que les besoins factices, des riches, quoique moins urgents, sont plus nombreux et infiniment plus nombreux aussi les genres de délits — et les moyens d' impunité, favorisés par exemple par les hautes positions politiques : si bien que l'on vit en Italie des ministres coupables de crimes de droit commun rester au pouvoir, malgré la découverte de leur crime, et même
(1) Voy. E. Ferri, Dei sosiUutivi penali, nelVArch, dipsicli,, ecc, I, p. 88 ; Studi sulla criminalilà in Francia, ecc, ecc, negli Annaît di Stato, S. 2% v. XXI, pag. 183. — Fornasari, œuvr, cit.
s'en faire une arme pour s' y consolider : il n'y a que la France et l'Angleterre, où le peuple se refuse à être gouverné par de» criminels de droit commun. Cela dit pour les crimes de cupidité: quant aux crimes inspirés par Vénus et par l'alcool, la première satisfaction réalisée par la richesse n'apaise jamais suffisamment le blasé, elle le pousse à la recherche de nouvelles excitations, telles que les viols sur les enfants (1), les excès homo-sexuels, les abus de la morphine, de la coca, de la cocaïne : la richesse trop grande est donc, souvent, au lieu d'un préservatif, un aiguillon à de nouveaux crimes.
« 11 y en a beaucoup, dit Joly, qui n'ont rien et ne désirent rien, et beaucoup qui ont trop et ambitionnent toujours de posséder davantage ; et puis, de même qu'à la guerre, tuer de loin et en masse, éloigne l'idée de l'homicide, ainsi dans les grands centres, ruiner de loin, à l'aide de l'escroquerie, ou par la banqueroute, une énorme quantité de personnes, ne semble pas réellement un crime, même à beaucoup de gens timides » (Joi.y).
Le criminel-né trouve, en somme, plus d' occasions de crimes dans la richesse que dans la misère, mais plus encore et pire le criminel par occasion. 11 suffit d'observer la
physionomie de Baihaut, de De Ze , de Tanlongo, etc.^
pour se persuader que ce n' étaient pas des criminels-nés et que, sans la politique, il ne seraient pas devenus des criminels.
Prédominance des criminels pauvres. — Mais pourquoi — nous objectera-t-on — les condamnés sont-ils presque tous pauvres ? Nous voyons, par exemple, dans la Statistica pénale pour 1889, que sur 100 imputés italiens, dont on a
(1) Voyez plus haut : tandis qu(» les p<TsoQaes cultivées donnent 5^ 6 V d® criminalité, dans les attentats sur les enfants le 12,9 %, c'està-dire tandis qu'il y a 1 criminel sur 20, appartenants aux professions libérales dans ces crimes on en compte 1 sur 8 (Slackknburg, Iai energia sessuaUy Palermo, 1896).