‹ Le crime, causes et remèdes. Avec un appendice sur les progrès de l'anthropologie criminelle pendant les années 1895-98Chapitre 84 sur 205 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

dire 42,3 7oî C[ui avaient horreur du travail. Divisés par crimes les chiffres se répartissent ainsi:

Sur 1848 voleurs . . . 961 c'est à-diro 52 ^/j^ non travailleur

» 381 escrocs . . . 172 » 45 » »

* 155 incendiaires . . 48 > 31 > >

» 542 criminels sexuels 145 > 26,7 > »

» 255 parjures ... 21 ^» 8,2 ^ »

L'importance do ces chiffres ressort encore plus clairement quand on observe comment ils se répartissent entre ceux que Sichart appelle criminels par occasion et criminels par habitude.

Jj horreur du travail fut trouvé en total dans 1347 ou dans 42,3 7^ dont:

Délinquants par occasion . . . 170 ou 19,2 \ » par habitude . . . 1170 ou 51,7 >

avec une prédominance plus que double chez ces derniers.

D'après les récentes statistiques de Wright [o, c), dans le Massachusetts, nous voyons que sur 4340 condamnés, 2991, c'est-à-dire le 68 ^q, n'avaient pas de profession ; et suivant les statistiques de la Pensylvanie que presque le 88 % des condamnés dans les pénitenciers n' avaient jamais exercé aucun métier, pas plus que le 68 ^/g ^^ des condamnés aux « county jails » et aux travaux forcés. En ce qui concerne plus spécialement les homicides, il résulte des recherches de Frédéric Wines qu'en 1890, sur 6958 homicides condamnés,. 5175, soit plus de 74 ^/q n'avaient jamais reçu une instruction profossionelle (Bosco, Omiddio negli Stati Uniti, 1895).

Ce dégoût du travail s'entrevoit aussi par le genre de profession qu'ils embrassent. Marro, . en efiTet, ayant remarqué que les maçons fournissaient le 11 *^/o des criminels, tandis que le nombre total des maçons, d'après le recensement de 1881, ne s'élevait qu'au 3,56 ^/^ de la population, en trouva cette explication près des criminels eux-mêmes, « beaucoup d'entre eux aflirmaient avoir abandonné d'autres professions

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exercées précédemment parce que ce n'est qu'aux maçons qu'on donne la paye sans attendre la fin de la semaine ou de la quinzaine », ce qui prouve qu'ils n'exerçaient cette profession que par caprice.

On en a une autre prouve dans leur grande mutabilité dans les professions. En effet, tandis que sur 100 normaux, 86 avaient toujours exercé la^même profession, 13 avaient changé une fois, 1 en avait exercé trois; parmi les criminels, au contraire, changèrent la profession de 2 à 4 fois et plus:

27 sur 40 assassins 22 sur 30 voleurs do grands chemins

30 » 40 coup, do bourses 28 » 51 auteurs de blessures

GO » 77 escrocs 60 » 97 voleurs

30 » 39 auteurs de viols 23 > 41 vicieux

soit avec le maximum chez les auteurs de viols et les escrocs. Des comptes-rendus de la maison de Réforme d'Elmire on relève que 6635 détenus se divisent ainsi suivant leur profession :

Domestiques 1694 ou 25,5 *^;'o

Ouvriers communs 3651 ou 55,0 »

Exerçants dos métiers mécaniques 974 ou 14.7 »

Oisifs 320 ou 4,8 »

Le chiffre des oisifs y serait donc très restreint, mais le relateiu* s'empresse d'ajouter : « il faut noter que ceux qui affirmaient d'avoir une occupation n'étaient presque jamais occupés régulièrement (1). En conséquence, le nombre des hommes qui entrent aux pénitencier et qui sont incapables de s'adapter au travail, est très gi*and, et considérable est aussi celui de ceux qui restent incapables malgré tous les systèmes d'excitation morale, parce que, affirme le surintendant général Z. R. Brockway, sur 34 % des détenus, aucune suggestion morale ne réussit à les stimuler au travail... et n'éveille pas même leur attention » (2).

(1) NiNKTEEXTH Ykar Book, Ncic-Yorlc State Bcfomiatory ai Elmtra, 1S94, pag. 38.

(2) Id., Id.f pag. 54.

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C'est pour cela que M. Brockway préconise Tusage du fouet et en général des punitions corporelles, infligées avec méthode et précaution, mais avec rigueur; affirmant ainsi, sans s'en apercevoir, l'analogie de ces criminels irréductibles avec le sauvage primitif qui ne se résigne à travailler que lorsqu'il y est contraint par la violence et quelquefois meurt sous les coups plutôt que de s'y résoudre.

Leur inconstance dans les métiers, d'un côté, et leur préférence pour ceux dans lesquels le salaire est payé journellement et dans lesquels par conséquent la liberté est le moins entravée nous prouvent que ï horreur du criminel pour le travail ne provient pas d'une incapacité absolue de toute espèce d'activité, mais de son dégoût pour toute occupation régulière, méthodique, à période rigoureusement fixée.

Les chiffres de Marro sont ici d'une grande éloquence., et nous aident à comprendre eu quoi consiste cotte incapacité des criminels au travail. Incapacité au travail, ne veut pas dire, en effet, incapacité à toute espèce d'activité, inertie absolue. Le criminel sait déployer, à certains moments, une activité intense; cela est si vrai, que certains genres de crimes, comme le vol et l'escroquerie, demandent très souvent une très grande activité. Ce qui répugne au criminel c'est la régularité d'engrenage mécanique de la société moderne, c'est cette combinaison colossale et ingénieuse par laquelle chaque être humain, à chaque instant, doit accomplir un mouvement fixé, comme est fixé pour les rouages de l'horloge le choc qu'à chaque instant ils donnent et reçoivent; incapables de résister aux caprices intermittents d'un caractère inerte et impulsif, ils déclarent la guerre à la société qui n'est pas en harmonie avec leurs penchants (Ferrero, Arch. dipsich. XVIII, 1896).

Le criminel est, donc, un irrégulier du travail ; un capricieux de la fatigue qui prétend ne s'y soumettre que quand cela lui plaît, alternant les efforts intenses aux longues paresses, et toujours récalcitrant à la volonté d' autrui.

En cela, son caractère est parfaitement identique au carac-

tère du sauvage qui, habituellement inerte, se secoue de temps en temps pour se livrer aux exervices fatigants de la chasse et do la guerre; au caractère des indigènes de T Amérique, desquels Eobertson écrit : « quand ils entreprennent une expédition de chasse, ils sortent de cette indolence qui leur est habituelle et déploient des facultés intellectuelles qui restaient auparavant presque toujours latentes, ils deviennent actife. persévérants, infatigables » (vol. II, p. 559) ; enfin son caractère est identique à celui du Gaucho, dont Mac Coll notait Tincapacité au travail forcé, en ajoutant cependant : « mettezles en selle d'un cheval et leur résistance à la fatigue sera sans limite » (Ferrero, o. c).

Nous avons déjà vu précédemment que le voleur se désigne lui-même par le nom de pêgre^ paresseux: et que chez les plus grands criminels: Lacenaire, Lemaire, Chrétien, Thorreur du travail surpassait même Tamour de la vie. (Yoir H. Cri-minel^ Vol. I).

On peut étudier plus analytiquement cet état d'àme dans les Tavole psicologiche qui font partie de l'Atlas anthropologique-statistique de VOmicidio de E. Ferri, où la psychologie de l'oisiveté est souvent indiquée.

Un omicide récidiviste (n. 37) à l'injonction « Travaillez » répond: «Non, parce que le travail raccourcit la vie » . Le n° 432 avoue franchement : « Je travaillais, mais peu, parce qu'on se fatigue à travailler ». Le 467, questionné sur le pourquoi il ne travaille pas, s'excuse en disant: « Je n'en suis pas capable ». Le 481: « Je n'ai pas envie de travailler; où dois-je prendre l'argent si je ne le vole pas ? »

Marro (Amuili di Freniatria, vol. IV) observait très justement : « Parmi les peuples non civilisés on constate l'incapacité absolue de tout oSFort persévérant : le travail continuel, durable, est la caractéristique do l'homme civilisé. Plus il parvient à conserver sa force physique, mieux il sait la rendre profitable par son intelligence et plus il sait l'utiliser à son bénéfice et à celui de la société.

« Tout progrès dans l'instruction, dans l'éducation, dans les

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