‹ Le crime, causes et remèdes. Avec un appendice sur les progrès de l'anthropologie criminelle pendant les années 1895-98Chapitre 85 sur 205 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

lois, dans les mesures hygiéniques a pour but de guider rhomme dans cette direction.

« Nous avons, par contre, une autre série de causes qui tendent à un effet opposé.

« Tout travail régulier doit naturellement satisfaire à deux fins : être utile à Tindividu qui l'exécute et à la société dans laquelle il s'accomplit. Tout travail qui manque à ce but porte Tempreinte d'un degré plus ou moins profond de dégénérescence.

« Un premier degré de dégénérescence nous le trouvons dans les professions simplement improductives pour la société. Le vagabondage, la mendicité parmi les classes pauvres, l'habitude du jeu et du sport dans les classes élevées marquent un premier degré de dégénérescence chez celui qui trop s'v complaît et en vit; elles marquent en même temps le passage à la criminalité en ce qu'elles transforment ceux qui s'y donnent en de véritables parassites qui enlèvent à autrui, sans profit, les produits du travail utile.

« La criminalité consiste essentiellement dans l'accomplissement d'un travail qui peut être profitable à l'individu, mais qui est nuisible à la société. La gravité de la criminalité augmente en raison directe du préjudice que la société en reçoit.

« Le caractère de la dégénérescence propre à la folie, est la production d'un travail inutile ou préjudiciable et à la société, et à l'individu.

Chapithe XVL Prisons — Journaux — Imitation — Chefs — Autres causes.

Prisons, — Un des plus grands facteurs du crinie c'est la prison ; nous croyons défendre et venger la société en emprisonnant les criminels et nous leur fournissons, au contraire, les moyens de s'associer et de s'instruire réciproquement dans le mal et même d'y trouver de vraies jouissances. « Je mettrais en pièces la figyre de celui qui dit du mal de la prison > chantait un prisonnier de Palerme. « La prison c'est une fortune qui nous touche, car elle nous enseigne les cachettes et les moyens du vol » (H. Criminel, Yol. I).

Ces faits nous expliquent pourquoi nous trouvons si souvent dans nos statistiques des individus condamnés jusqu'à 50 et 60 fois, individus qui volent seulement pour se faire enfermer.

Un certain Zu«chi vola aux Assises pour se faire arrêter c Depuis 1852, disait-il, j'ai passé 20 ans en prison: l'amnistie m' en a fait sortir, mais je ne peux vivre avec un franc par jour; et j'ai pensé de me faire mettre en prison pour pouvoir manger, boire et dormir. — M^ le Président, augmentez la peine, car, après tout, on n'est pas trop mal en prison » (Rivista di discipline carcerarie^ 1878). En 1879, à Rome, un vieillard de 80 ans qiu en avait passé 47 en prison, implorait le juge pour y retourner : « Je ne vous demande pas un emploi, mais une prison quelconque pour que je puisse y vivre tranquille; j'ai désormais 80 ans et je ne vi\Tai pas assez pour ruiner votre gouvernement » .

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« A rexpiration de sa peine, écrit D'Olivecrona, un forçat exprima sa gratitude au directeur en lui déclarant qu'avant son arrestation il n'avait jamais goûté des aliments aussi bons.

« Tandis que le forçat, dit encore D'Olivecrona, consomme dans le courant de Tannée 52 kilos de viande, le paysan, n'a d'habitude que 25 kilos de bœuf salé et un demi porc salé qui doivent suffire pour lui et sa famille (De la récidive^ 1812).

€ Il faut, donc, ajoute-t-il, placer parmi les causes de récidive le peu de sévérité du régime pénitentiaire ».

Setisations, — Il est une aufa*e cause de crime, très puissante, mais que l'on no saurait préciser, si ce n' est peutêtre par l'augmentation de certains crimes dans quelques professions. Je veux pai'ler de l'influence d'une impression sensorielle donnée. Ainsi il y a des voleurs qui ne peuvent résister à la vue d' un objet d'or sans s'en emparer.

Un riche banquier, Downer, entra, en état d'ivresse, dans la boutique de son barbier; le jeune garçon de celui-ci, âgé de 16 ans, qui jusqu'alors avait toujours été honnête, en entendant le tintement de l'argent dans sa poche, fut aussitôt saisi de l'idée de le tuer, et l'étrangla avec une corde; il s'enfuit ensuite tout épouvanté de son crime et confessa que s'il n'avait pas entendu ce bruit, il n'aurait jamais pensé de commettre cet horrible forfait. — Marie Frank, âgée de 38 ans, buveuse obstinée, battue continuellement par son mari, avait déjà été folle; elle voit un jour un grand incendie, et aussitôt elle incendie douze maisons. — Adèle Strohm, en assistant au supplice de deux condamnés, eut l'idée de tuer sa meilleure amie afin de mourir dans la grâce de Dieu (Despixe, 0. c),

Imltatioîi. — Une grande part, dans ces cas, revient incontestablement à la folie; mais plus que tout, y influe l'imitation, qui est une cause prépondérante de crimes aussi bien que de folies. En 1868 et en 1872 à peine les journaux commencèrent-ils à parler des abandons d'enfants, que Ton vit à Mar-

seille ces crimes se répéter jusqu'à 8 fois en un seul jour (Despine). La nouvelle de l'assassinat de Tarchevêque Sibour poussa un prêtre à frapper Tôvêque de Matera, contre lequel il n' avait aucune cause de haine. — Dufresne haïssait un certain Delauchx, mais sans penser à lui faire de mal; il lut le procès de Verger et en s'exaltant il s'écria : Moi atissi je ferai comme Verger et il tua ce malheureux. — A Bergame, peu de temps après le procès Verzeni, eurent lieu deux autres cas d'étranglement de femmes ; et les mêmes faits se reproduisirent à Paris, peu après les procès de Philippe, de Billoir, de Moyaux, et à Florence après celui de Martinati. A l'époque du procès de Roux, deux domestiques simulèrent d'avoir été garrottés par leur maître après 1' avoir volé. L'empoisonnement de La Pommerais fut suivi de celui de Pritchard.

Ces excitations morbides sont maintenant centuplées par l'accroissement prodigieux dé ces journaux vraiment criminels qui trempent leur plume dans la pourriture la plus fétide des plaies sociales et, dans le seul but d'un gain abject, excitent les appétits malsains et la plus malsaine curiosité des basses classes sociales; je voudrais les comparer à ces vers qui, sortis de la putréfection, l'augmentent encore par leur présence. Ces journaux, dans une seule de nos villes atteignent malheureusement le chiffi-e de 28 mille lecteurs.

En 1851, à New-York, une femme assassinait son mari; peu de jours après, trois autres femmes en faisaient autant. — Corridori tua le directeur du Lycée qui lui adressait de justes reproches pour une faute, et disait avant de le frapper: « Je répéterai le fait du directeur de Catanzaro » qui, lui aussi fut tué pour une cause semblable. — L'assassinat tenté sur D. James dans le chemin de fer fut suivi par un autre de la même manière et sur la même ligne (Montel). Et combien d'exemples remarquables Holtzendorff ne nous en offre-t-il pas dans son ouvrage magnifique: Das Verbrechen des Mordes und die Todestrafe, 1875, Berlin !

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