Chapitre XVII. Causas du orime associé
L'étiologie du crime associé, qui est le plus important et le plus nuisible, mérite d'être étudiée à part.
Une première cause doit en être recherchée dans la iradition, — En effet : la longue persistance, la ténacité de quelques associations malfaisantes comme la mafia^ la camorra et le brigandage semblent provenir en premier lieu de Tancienneté de leur existence ; car, la longue répétition des mêmes actes les transforme en habitude et par suite en loi; et rhistoiro nous apprend, que tous les phénomènes ethniques qui eurent une longue durée, difficilement disparaissent tout d'un coup.
Déjà en 1568 la camorra existait à Naples; on sait par les Pragmatiques de 1568, 1572, 1597 et de 1610 que les vice-rois d'Espagne, comte de Miranda, duc d'Alcalà etc., condamnaient aux galères les joueurs et les tenanciers de maisons de jeu, ou mieux de tripots, qui prélevaient des exactions illicites sur ces maisons, et les détenus qui tantôt sous prétexte de dévotion à des images sacrées, tantôt pour d'autres motifs rançonnaient les autres prisonniers » (1).
Monnier observe, très justement, que l'étymologie de camorra démontre son origine de l'Espagne. Camorra en espagnol équivaut à querelle, rixe ou dispute, et camorrista à mauvais sujet; en arabe kumar signifie jeu de hasard. Une
(1) Voyez MonDI^^, Relaxione al lî. Ministero, Roma, 1874. — MoNNiKR, Sulla camcyrray 1861.
nouvelle de Gênantes nous apprend qu'il existait à Seville, dès cette époque, une secte tout-à-fait semblable à celle des camorristes. Elle aussi prélevait sur chaque vol une aumône pour la lampe d'une sainte imago qu'elle tenait en vénération; elle donnait à la police une part de ses gains, se chargeait des vengeances privées, y compris le sfregio (balafre) avec le rasoir; elle avait des novices appelés frères-mineurs, qui devaient payer une demi-année sur leur premier vol, porter dans les prisons des messages aux frères-majeurs et accomplir d'autres services subalternes. Les frères-majeurs avaient im surnom et se partageaient en justes parts les sommes que les affiliés versaient à la masse commune.
Les voleurs du Maroc (Arabes et Betari), prélevaient eux aussi une taxe sur les prostituées.
Des associations tout-à-fait pareilles à la camorra existèrent dans toutes les époques peu civilisées ; ainsi au moyen âge, dans les Regolamenti délie StiricJie et dans ceux des prisons de Parme, B. Scalia trouva mentionnés des abus pareils à ceux des camorristes, spécialement à Toccasion des jeux; on y lit que chaque chambrée de prisonniers avait son chef, qui se faisait appeler capilaneo ou pode.sià^ précisément comme les modernes camorristes qui se font appeler priore; et chez les uns comme chez les autres existait Tusage de taxer les nouveaux venus (1).
Don Quichotte nous dépeint quelques oisifs (Jui exigeaient une gratification des joueurs fortunés, pour leur avoir pressage les bons et les mauvais coups. — C'est la mission ordinaire du moderne camorriste.
Le brigandage, qui persiste avec tant d'opiniâtreté dans les provinces du sud de l'Italie et dans la Sardaigne a son origine probable dans la tradition historique, car il existait déjà dès époques les plus anciennes, dans l'Italie centrale et dans celle du sud, et Strabon le signale dans la Sardaigne.
(1) B. ScAUA, Stoi'ia délia ri forma délie carceri in Ilalia^ 1868, pag. 288.