‹ Le crime, causes et remèdesChapitre 107 sur 190 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

dans les 10 années do son existence elle a pu s'assurer le concours de plus de 100,000 citoyens, qui, par leur témoignage ont facilité l'œuvre de la iustice.

Tous ces efforts réunis ont abouti à des résultats singulièrement heureux ; et rarement il a été nécessaire d'un second procès. Des 7398 personnes jugées, 6700 vivent aujourd'hui avec leurs enfants, et 100 seulement ont dû comparaître une seconde fois en justice.

A quoi doit-on attribuer un changement aussi merveilleux ? En grande partie à la peine, dont l'efficacité est en raison directe de sa durée; car, le degré d'amélioration de la conduite des parents envers leurs enfants correspond généralement au nombre des mois de prison qu'ils ont subis ; ajoutons que pendant ce temps la société n'abandonne pas les enfants, et de pâles, et chétifs qu'ils étaient, elles les rend florissants et robustes aux parents, qui sont fiers de les voir si bien portants, ■en même temps que se réveille en eux l'amour paternel et un certain orgueil naturel et spontané au cœur d'un père, qui contribue à l'amendement du coupable.

Etrange conti'adiction de l'égoïsme hmnain ! Le père accusait auparavant sa victime des maladies dont il était lui-même la seule cause, et maintenant il est fier d'une belle santé à laquelle il n'a en rien contribué !

Charité Latine. — Combien plus restreinte apparaît comparativement à cette charité, la charité latine.

Turin, qui est une ville 3 fois plus grande que Genève, ne compte que 159 sociétés ouvrières, de secours mutuel, etc., et 1-17 institutions charitables dont 21 hospitalières; 43 institutions sont destinées aux enfants, deux desquelles aux enfants criminels, 23 asiles pom' les petits enfants, j compris les nourrissons, 6 orphanotrophes, 3 récréatoires, 6 écoles industrielles.

Pour les femmes 22 institutions, dont 11 pour les femmes périchtantes, 2 hospitalières, 9 écoles professionnelles.

Parmi les institutions plus modernes, on compte 1 société de pati'onage pour les itifortunes sur le travail, 1 secrétariat

H-j-4 CHAPITEE IV

du peuple, des pensions à payement pour les ouvriers sans famille, 2 colonies alpines et marines pour envoyer les enfants à la campagne.

Enfin le Cottolengo, qui accueille toutes les maladies, tous les faibles et les infirmes qui se présentent, jusqu' à 2000 et 3000.

Dans l'Italie du Sud, Bartolo Longo, en hommage à la Madonne et au Sanctuaire de Pompei, recueillit 136 orphelines et 70 enfants de détenus, qu'il initia à divers métiers et à l'agriculture ; il sut mêler le fétichisme de la Madonne à l'usage pratique de la publicité moderne (1), grâce à quoi il réussit à placer des orphelines dans des familles bienveillantes et honnêtes.

Ce qui manque ici, ce sont toutes ces institutions de petite épargne, si utiles pour l'amélioration des logements, pour le placement des ouvriers, et dont personne n'a à soutenir la charge ; et les institutions préventives du délit ; car, sauf lesorphanotrophes, les autres établissements n'acceptent aucun enfant au dessous de 10 et 12 ans; et nous n'avons, jion plus, ni les cantines scolaires, ni la ragged school.

Ces institutions, d'autre part, se caractérisent par une humilité si exagérée, un éloignement si grand de toute publicité que je n'ai pu recueillir ces chiffres qu'avec beaucoup de difficultés et de beaucoup d'entre elles il m' a été impossible de rien savoir.

Don Bosco. — Parmi les institutions charitables de Turin, celle de Don Bosco se signale au premier rang; car, chez nous, la charité n'est vraiment merveilleuse que lorsqu'elle s'incarne dans un saint, qui soit à la fois un grand cœur et une grande intelligence, comme le très j ustement célébré Don Bosco (2).

(i) Valle di Pompei, Journal de l'œuvre pour l'éducation des enfants des détenus, Anno VI, 1896. — Calendario del Santuario di Pompei, Valle di Pompei, 1896. — Bartolo Longo, L'opéra délia valle di Pompei e la riform,a dei carcerati, 1895.

(2) G. BoNETTi, Cbiqiie lustri di storia delV Oratorio Salesiano. Torino, 1892. — I)'' D'Espinat, Don Bosco, XII ediz., 1890. — D. Giok-

DKUXIÈMK l'ARTIE 345

Don Bosco avait 26 ans en 1841, lorsqu'on visitant les prisons de Turin, il s'intéressa au sort des jeunes délinquants, et pensa que si on avait pris soin d'eux à temps, beaucoup auraient pu être sauvés.

Dès lors, il recueillit dans sa communauté les jeunes ouvriers les plus exposés, leur procurant du travail lorsqu'ils n'en avaient pas et les visitant au milieu de leurs travaux.

En 1850 il fonda la Société de secours mutuel, dans le but de venir en aide aux sociétaires qui tombaient malades, ou se trouvaient dans le besoin par manque de travail. Chacun pave cinq centimes tous les dimanches et ne peut jouir des avantages de la Société que 6 mois après son acceptation, excepté dans le cas ou il pave do suite 1.50 et ne se trouve à ce moment-là m malade ni désoccupé. Chaque malade reçoit un secours de 80 centimes par jour.

Dans les établissements de Don Bosco, on reçoit les jeunes gens de toutes les classes sociales, y compris les abandonnés, Malgré cela, Don Bosco lui-même retenait que ^/^g de ses jeunes gens étaient de nature perverse ; les Salésiens affirment que le système de la maison exerce une influence bienfaisante, même sur ceux-ci; mais ils n'ont pu m'en fournir aucune preuve directe. Ils refusent d'ailleurs les incorrigibles, ceux qui ont déjà 14 oii 15 ans, les condamnés et les épilep tiques.

On compte envh'on 200 institutions Salésiennes pour les jeunes gens dans les deux mondes. Chaque maison contient 150 internes, c'est-à-dire un total d'envkon 80,000, auquel il faut ajouter 200 externes, élèves des écoles, soit encore 20,000 jeunes gens.

Les internes sont admis dans les écoles à 9 ans, dans les laboratoii'es à 12. Dès leur entrée, ces jeunes gens sont placés en observation dans des chambres séparées, durant les heures des repas et du repos, mais non durant le travail. On ne les oblige pas directement aux pratiques religieuses; lesquelles

DANi, La gioventù di Don Bosco, 1886. — Id., La carità nelV educa- \lone, 1890. — F. Cerkuti, /,e idée di Don Bosco, 1886, 4* edizione.

sont seulement reeommauclées ; la confession se fait ad aurem dans l'église publique ; les prêtres eux-mêmes en donnent l'exemple; mais aucun point de mérite supérieur aux autres n'est accordé à ceux qui suivent assidûment les pratiques religieuses, la confession etc.

Chaque laboratoire compte un maître laïque et un prêtre; les instruments du travail et les dessins pour les constructions sont l'œuvre des Salésiens eux-mêmes.

On compte encore 50 maisons pour jeunes filles ayant en moyenne chacune 100 internes et 280 externes. Elles sont exclusivement destinées à l'instruction et aux travaux domestiques. Mais les institutions Salésiennes, suivent, elles aussi, la fatale pente de l'esprit public latin, en admettant un nombre excessif de jeunes gens aux études classiques (plus de 500 dans la seule institution de Turin), comme si le pays n'avait pas plus besoin de travailleurs énergiques que de déchifl'reurs épuisés de vieux bouquins.

Yoyons maintenant les miracles du saint protestant (1).

Le Docteur Barnardo. — Dans une rigide soirée d'hiver de 1866, le docteur Barnardo, qui était alors étudiant en médecine et dirigeait dans ses soirées libres une Ragged School, sur le point de sortir de l'école vit un enfant resté seul dans la chambre se tenant debout près de la cheminée, et n'ayant pas l'air de penser à s'en aller. Barnardo l'interrogea et à force de questions parvint à savoir qu'il était sans père, sans mère, sans amis et sans gîte, qu'il couchait ça et là à l'aventure dans les lieux moins fréquentés par la police, et que beaucoup d'autres enfants vivaient comme lui.

Ému d'un tel excès de misère, Barnardo vouhit en vérifier la réalité, et pria l'enfant de le conduire au lieu de refuge de ses compagnons d'infortune.

(1) Le Gase di Barnardo a Londra, di Paola Lombroso, 1896. — The « Barnardo's Homes », The Night and day, London, Causeway Street. — Hélène Zimmern, Le riforme del doit. Barnardo, 1894.

Page 1