DEUXIÈME PARTIE
gique, grâce à laquelle le délit ne sera, pour lui, plus possible. Dès lors le problème éducatif sera résolu » .
L'anthropologie criminelle nous a appris (Yoyez Homme crim.^ vol. I) qu'étant donnée la temporaire criminalité, commune aux enfants, on ne doit pas trop s'effrayer de leurs premiers actes criminels; ni leur infliger des répressions ti'op sévères quand ces actes ne sont pas trop souvent répétés et ne s'accompagnent pas aux caractères anthropologiques de la criminahté.
L'évolution vers le bien a lieu de toute manière dans l'homme normal, comme la transformation des formes inférieures dans le fœtus, à mesure qu'il devient enfant; seule une mauvaise éducation, en stimulant activement les instincts pervers qui sont eu pleine effervescence dans l'enfance, peut faire qu'au lieu de se transformer, ils deviennent habituels; Spencer nous enseigne dans son admirable livre sur L'éducation tout le mal que peut faire une éducation trop sévère en irritant l'enfant sans le convaincre de ses torts et en ne se modelant pas sur ses instincts naturels; une éducation, en somme, qui veuille obtenir plus que ne peut donner l'enfant, oubliant l'immense influence de la sympathie, qui fait, que même les adultes ont plus de regret d'avoir offensé une personne sympathique qu'ime autre qui ne l'est pas.
Nous devons donc mitiger les corrections et les rendre plus efficaces en les adaptant toujours au caractère : ainsi, quand un enfant aura détérioré un objet précieux, achetons lui en un autre à ses dépens, en lui supprimant ime gourmandise; nous lui montrerons par là les conséquences de sa faute ; lorsqu'il n'obéit pas à nos ordres punissons le en lui démontrant une moindre sympathie; mais ne nous laissons jamais aller à la colère, qui, quelque brève qu'elle soit, est toujours nuisible tant au père qu'à l'enfant; au père, en ce qu'elle est, au fond un reste de vengeance, et à l'enfant parce que, considérée comme telle, elle fait naîti-e en lui une réaction dangereuse, tandis qu'il faut le persuader sans le contraindre par la violence, empêcher plutôt que de favoriser, comme beaucoup le
font, l'association des idées entre les actions mauvaises et les punitions, grâce à laquelle, dès qu'a cessé la surveillance du maître et des parents, les enfants ne craignent plus de faire le mal ; c'est pour cela que souvent les enfants des personnes trop rigides, arrivés à l'âge adulte et libres de leurs actions commettent beaucoup plus de fautes et même de délits que les enfants des parents moins sévères.
Psychologie appliquée aux maisons de correction. — Ces raisons sont doublement importantes quand il s'agit du criminel mineur, naturellement incliné à la colère, à la vengeance, et sujet à prendre les corrections en mauvaise part; cruel par instinct, il le devient encore plus dans les maisons de réforme par l'exemple des autres, par la gloire de faire le mal et par la réaction, juste, trop souvent, contre les punitions exagérées et disproportionnées à la gravité de la faute et à l'âge du coupable.
Et puis, comment le réformateur pourrait-il inspirer de la sympathie à un enfant, avec lequel il n'a que des rapports fugitifs et seulement pour lui infliger des punitions? Comment pourrait-il le surveiller jour par jour, de manière à transformer ses habitudes, quand il s'agit de centaines d'individus qu'il ne fait qu'entrevoir? Comment enfin éviter ce danger plus grand des nouvelles occasions de faire le mal, quand la promiscuité de tant d'êtres pervers, glorieux de leur propre perversité, ferait encourir des dangers, même à une honnête personne, et cela à un âge où les idées malsaines surgissent et végètent avec plus de vigueur? (1).
On a beau imaginer dans les maisons de réforme de nouvelles subdivisions; c'est déjà beaucoup si l'on parvient à effectuer celles qui concernent l'âge et la cause de l'internement. Qui pense à séparer des autres, ou tout au moins à isoler
(1) Nous verrons dans le chapitre suivant, comment Brockway, en s'inspirant à ces pages, créa la maison de réforme d'EImirc, donnant ainsi à mon œuvre la plus grande récompense qu'un penseur puisse espérer.