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Beown , Suggested on the formation of discliarged prisoners^ 1870).
Maxime Du Camp {Revue des Deux Mondes^ 1889) reconnaît, lui aussi, l'inutilité du patronage pour les criminels-nés ou habituels, tandis qu'il peut être efficace pour les criminels d'occasion : « Parmi les criminels, dit-il avec raison, il y en a qui se noient dans un verre d'eau ; il v a des caissiers qui font des erreurs de chiffres, des commis qui confondent les prix et finissent par des irrégularités qui paraissent des indélicatesses et les conduisent devant le tribunal, où ils ne font que s'embrouiller davantage et sont condamnés. Ceux-là, une fois libérés, ne récidivent plus s'ils trouvent un emploi en rapport avec leur faible intelligence». — Pour ceux-là, j'en conviens, le patronage est nécessaire.
Il y a ensuite ces criminels par occasion, qui, entraînés par une occasion de plaisir, ont failli pour la première fois et volé à leur patron; ceux-là, s'ils ne sont secourus à leur sortie do la prison ne voient dans la société qu'une ennemie et celui qui avait du remords pour avoir volé 20 francs, ne s'effraie plus devant l'effraction et l'assassinat.
Déportation. — Il y a en Europe un parti scientifique qui voit dans la déportation l'unique remède contre le crime (1). On a prétendu qu'une grande partie des florissantes colonies américaines et que Kome antique elle-même, eurent origine d'une espèce d'immigration pénale. C'est là une erreur historique. Pour Rome, il suffit de citer les éternelles pages de Virgile; et quant à l'Amérique, il faut se rappeler que si la troisième expédition de Colomb était composée de malfaiteurs, parmi lesquels, cependant, se comptaient beaucoup d'hérétiques et d'aventuriers, à la première et à la seconde ne prirent part que des gentilshommes ; et sous Jacques II toute
(1) Voir Belteami-Scalia {Rivista di discipline carcerarie, 1872- 1874) savant adversaire des colonisations pénales, et Tissot, Introd. ph. an droit pénal, 1874, p. 305.
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déportation y fut défendue; d'autre part, beaucoup de pays de l'Amérique du Nord durent leur origine à de très honnêtes citoyens comme les Quakers de Eox et de Penn; pour l'Australie, on doit exclure la Yictoria, l'Australie du Sud, la Nouvelle- Zélande; et quant à la Nouvelle Galles et cà la Tasmanie, si elles doivent leur origine à la déportation, c'est une grande erreur de croire qu'elles lui doivent leur prospérité. Cela est si vrai, que contre la déportation protestèrent presque aussitôt les grands philanthropes Howard et Beutham, et peu après les colons eux-mêmes, si bien que 41 ans après, en 1828, son abolition fut votée par la Chambre. La prospérité de l'Australie est due à ses fécondes prairies et aux avantages apportés par le commerce de la laine qui y fit affluer une grande quantité d'hommes libres. La richesse de Melbourne et de Sydney commença justement quand cessèrent les expéditions des condamnés.
Dans la Nouvelle Galles, la population n'augmenta que de 2000 personnes par an, de 1810 à 1830, époque à laquelle s'y vérifia le maximum de la déportation, tandis que de 1839 à 1848 l'exportation de la laine s'étant accrue de 7 à 23 millions, la population de 114.000 monta à 220.000 ; mais, dès 1840 la déportation avait cessée en Australie ; tant qu' elle y avait durée, le brigandage y avait sévi sur une vaste échelle ; les déportés ne travaillaient pas; et ceux destinés à la construction des routes étaient traités pis que des animaux par les gardiens et les soldats qui lançaient après eux des chiens féroces et les livraient sans pitié aux chaînes et au fouet ; les libérés eux-mêmes, complices de leurs anciens compagnons, troquaient les terrains que le gouvernement leur avait concédés pour les initier à une vie laborieuse et s'unissaient à eux pour commettre des crimes. — Il ne faut donc pas s'étonner si la mortalité de la population détenue atteignait la proportion de 40 ^/^ tandis que celle de la population libre n'était que de 5 ^/^ à peine; et si la criminalité qu'on évaluait en Angleterre à 1 délinquant par 850 habitants était, dans la Nouvelle Galles de 1 sur 104 et à Van-Diemen de 1 sur 84 ; et enfin si les
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crimes commis avec violence qui sont en Angleterre par rapport aux autres crimes comme 1 à 8, atteignaient, dans la Nouvelle Galles, la proportion de 50 °/q.
En 1805-6, avec une déportation moyenne de 360 détenus par au, ou compta en Angleterre 2649 condamnations; et en 1853-6, avec une moyenne de 4108 déportés par au on en compta 15049.
Ces faits nous prouvent quels avantages on doit attendre de la déportation, sans compter les énormes dépenses et les crimes commis pour y êti'e envoyé.
Eu 1852, eu effet, il j eut en France 3000 forçats qui demandèrent à être dépo'rtés, et, qui pis est, pour l'obtenir, beaucoup d'entre eux commettaient de nouveaux crimes (Stevexs, Beg. des établiss.^ 1877).
Et, tandis que les frais d' entretien d' un délinquant sont en Angleterre de 10,13 livres sterlings, ces mêmes frais s'éloyent dans les colonies à 26,14, à 35 et à 40 livres.
Dans la Guyane, ou aurait eu un bénéfice de 1.510,83 livres sterlings avec la déportation ; mais en divisant ce gain par les journées occupées il se réduit à 54 centimes par tête en 1865, à 48 centimes en 1866; et on enregistra 5 ^^ d'évadés, 40 7o d^ morts ; chaque criminel coûte 1100 francs par an, trois fois plus qu'un condamné cellulaire; et les frais de transport ont atteint 400 francs (Bonxeville de Maesangy, De V amélioration des lois criminelles^ II, 95).
Par la loi française du 30 mai 1874, les déportés devaient être employés aux travaux les plus pénibles de la colonie, tout en essayant le possible pour les amender. On leur donna, en effet, les moyens de vivre honnêtement, ressource inespérée qui manque souvent aux personnes honnêtes ; on institua pour eux une caisse d' épargne subventionnée par l' Etat (Loi du 17 août 1878); ou leur accorda enfin la concession de terrains de première qualité, souvent défrichés, dont ils deviennent possesseurs après 5 ans. Tout concessionnaire a droit à la nourriture, au vêtement (Cire, minist. 6 janvier 1882), aux soins de l'hôpital et aux instiiiments agricoles; s'il est
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marié, sa femme jouit des mêmes droits, outre 150 francs à r acte de mariage et un mobilier complet : ce n'est donc pas seulement le milieu qui est changé ; car, toutes les occasions de retomber dans le crime ont été soigneusement écartées. Mais nous savons que si un nouveau milieu peut amender un criminel par occasion, il n'a aucune action sur les vrais €riminels-nés, dont se compose la plus grande partie de ces misérables.
En effet : selon les relations non officielles — les ofiicielles ayant intérêt à cacher la vérité — nous y voyons refleurir le crime en plein jour, si bien que les hommes honnêtes et les fonctionnaires eux-mêmes qui envoient au Gouvernement ces rapports mensongers, sont souvent victimes de ces prétendues brebis retournées à la bergerie.
Voyons, par exemple, comment nous les dépeint de visu un étranger impartial, M. Thomas {Cannibals and convicts, 1886).
« On ne saurait imaginer à quel degré d'infamie ils
sont arrivés.
« En 1884, on vit un de ces criminels essayer de couper la gorge à sa femme après 48 heures de mariage; surpris à temps, il s'enfuit parmi les sauvages qui le fusillèrent : mais les sauvages eux-mêmes sont souvent les victimes de ces misérables. L'impunité, l'indulgence, ont donné lieu à une véritable anarchie, à un véritable enfer sur terre » ,
D' après Mancelon {Les bagnes et la colonisation ijcnale^ 1886) des relégués qui avaient été au moins trois fois condamnés à mort, furent en suite libérés.
Voilà comment un déporté décrivait à Laurent un de ces mariages que le gouverneur M. Pardon dans sa relation officielle (1891) nous dépeint avec tant d'admiration :
« J'assistais à l'île Nou à une curieuse cérémonie (Laurent, Les habitues des prisons^ 1890) ; il s'agissait du mariage d'un de mes codétenus. Le prétendu était un individu condamné à 5 ans de travaux forcés, pour assassinat : on l'envoya choisir son épouse au couvent de Bourail au Padoc, il choisit une vieille prostituée, condamnée à 8 ans de travaux forcés, pour