DEUXIÈME PARTIE
avoir aidé à voler et à assassiner un liomme dans sa maison. Le mariage eut lieu. Après la messe, le prêtre parla aux nouveaux époux de pardon, de rédemption, de l'oubli des offenses- mais l'épouse irritée ne cessait de répéter en ai'got: jih! qii' il nous ennuie!
« Après la messe eut lieu un banquet très arrosé; le témoin but si copieusement qu'il s'endormit et se laissa dérober son porte-monnaie; le mari était, lui aussi, tellement ivre que le lendemain matin il s'éveilla sans porte-monnaie, avec un oeil poché et sans nouvelles de son épouse qui s'était absentée jusqu'au matin avec un autre libéré, mais il prit la chose de bonne part et la trouva même naturelle.
« Bien que mariée, cette femme devint la concubine des libérés et des prisonniers eux-mêmes. Un jour elle attira dans un lieu écarté un arabe libéré qu'elle savait riche, et son mari le dévahsa et le tua à coups de hache; mais la femme, épouvantée dénonça 1' homicide qui fut condamné à mort. Ainsi Unit ce couple fortuné » .
Dans la monographie Travaux forcés fin de siècle^ de la Nouvelle Beviie^ 1890, on raconte qu'un certain Dévillepoix, condamné aux travaux forcés à vie pour deux viols sur des mineures suivis de deux homicides, épousa en secondes noces une infanticide. Quelques temps après il mit sans raison le feu aux maisons des voisins; incendia la plantation de M. et G., et prostituait sa femme avec le premier venu pour vivre plus commodément: on le condamna à mort; mais les Dévillepoix, concessionnaires, sont devenus légion à la nouvelle Calédonie €t dans la Guyane, depuis la concession du 15 avril 1877.
« En 1881, le ministre de la marine se plaignait de ce que siu' 7000 personnes, sans compter les libérés, 360 seulement pouvaient être employées aux constructions des routes. Toutes les autres erraient plus ou moins à l'aventure, vivant librement à leur guise, à cheval, en voiture, sous prétexte de travaux en concession ou d'emplois près des particuliers. Il n'y avait de la sorte plus de discipline, et l'on peut dire, plus de bagne.
« En 1880 on ne comptait que 640 à 700 évadés ; en 1889 on avait atteint le chiffre permanent de 800.
« Le fameux bandit Brideau, qui s' était évadé plusieurs fois, tua une vieille femme et lui dévora le sein. Sous lecouteau de la guillotine il se moquait encore de la justice, « Tirez » , criait-il avec force.
« Qui pourrait, d'ailleurs, réfréner ces dépravés^ lorsqu' ilsse sont aperçu qne le bagne — cet épouvantail des codes — n'est autre chose qu'une plaisanterie ?
« Le Conseil de guerre se perd à condamner et à recondamner pour l'éternité des misérables déjà condamnés à perpétuité. On distribue des surcroîts de 10, 20, 100 et 200 ans de bagne !
« On voit à Nouméa des individus condamnés trois fois à mort, en suite graciés et laissés en liberté pour la vie.
« En 1891 le tribunal maritime de Nouméa condamna à mort un forçat nommé Jamicol, qui, à la suite des condamnations encourues dans la colonie, n'aurait été libre que l'année- 2036, c'est-à-dire dans 145 ans !
« La femme Macé, envoyée à la Nouvelle Calédonie après avoir tué ses deux enfants, se marie, obtient une concession de terrain, et tue un autre enfant. Un ancien potier de Bourail qui avait été condamné pour viol d' une fille majeure, est rejoint par sa femme, par sa victime et par une autre fille plus jeune. Il pousse l'aînée à la plus basse prostitution, y prépare la plus jeune et continue son florissant commerce de potier (Laurent, o. c).
Les effets de cette organisation de la colonie sont évidents.
Un quart de siècle s'est déjà écoulé depuis l'arrivée du premier convoi de condamnés à la Nouvelle Calédonie : et cependant, il n'y existe encore aucune route; Nouméa n'a ni égouts, ni terrasses, ni docks, ni bassins de carénages; avant peu, toutes les terres seront aux mains d'incendiaires et d'assassins.
On comprend, d'après cela, quelle confiance l'on doit avoir dans les relations des inspecteurs qui soutiennent que « les