‹ Le crime, causes et remèdesChapitre 136 sur 190 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

concessionnaires sont de vrais propriétaires dont quelques-uns pourraient en toute sûreté être graciés et mis en liberté ! ! »

J'ai rapporté scrupuleusement ces faits, afin qu'ils servent da contre-épreuve h ceux qui continuent à répéter — Changez le milieu^ changez le bouillon — et le criminel disparaîtra.

Or, ici, tout est changé: la race, le climat, les conditions

— toutes les causes de délits sont écartées — et pourtant le criminel-né continue la série de ses crimes dont les honnêtes gens font les frais ! — Quelle meilleure preuve peut-on avoir de la suprématie de l'action organique sur le milieu !

Ces faits démontrent encore la longue série de tromperies

— de la part des bureaucrates — qui nous représentent comme excellentes les plus déplorables réformes ; en effet, M. Pardon, le gouverneur de la j^ouvelle Calédonie, dans son rapport de 1891, vantait cette réforme et déclarait avoir employé aux travaux des routes 1200 condamnés; 630 à la disposition des. colons, surveillés sans aucun péril {sic !) par des gardiens, et cela avec les plus grands éloges. Les concessionnaires augmentaient continuellement jusqu' à 123 ; les peines étaient respectées, ne soulevant pas même des sentiments de révolte^, l'industrie prospérait {Bulletin des Prisons).

La vérité, aurait-il dû ajouter, c'est que, outre les dépenses énormes pour l'entretien de ces criminels, non moins de 900' francs par tête, il fallait encore tenir compte de la grande proportion des criminels qui ne commettent leur crime que pour être envoyés à cet Eden.

Pour comprendre l'énorme dommage économique des colonies pénales, il convient de noter que les délinquants qui ne sont pas paysans comptent pour plus de la moitié des criminels; et ce n'est pas à 25 ou 30 ans qu'on apprend ua nouveau métier ; d'autre part, le peu d'activité, la répugnance du travail est un des caractères du criminel-né et l'on ne peut assurément espérer le voir s'améliorer dans un climat plus, chaud, qui ne peut, au contraire, que le prédisposer à de nouveaux crimes, non plus que dans le voisinage des populations sauvages dont les penchants ont plus d'affinité avec ceux du

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criminel: il est donc naturel que les récidives augmentent au lieu de diminuer; car nous savons, désormais, qu'elles sont la règle et non l'exception chez le criminel-né.

On ne devrait donc condamner à la déportation que les criminels par passion et par occasion (Voy. chap. XII et XIII).

Surveillance. Admonition. — Tous ceux qui ont quelque connaissance des délinquants et de la Police, chez nous, savent que la surveillance occupe une grande part des agents de la sûreté publique (1); et cela avec une dépense de plus de quatre millions, sans un avantage réel ; car, enfin, les crimes sont en grande partie commis par ces surveillés; mais la surveillance elle-même, est une cause de nouveaux crimes et elle est assurément la cause de la misère des délinquants; car, en les dénonçant aux honnêtes gens par les visites personnelles elle les empêche de trouver ou de conserver un emploi. Le délit, ■dit fort justement Ortolan, provoque la surveillance; et celle-ci empêche les surveillés de trouver du travail, dans un cercle d'autant plus fatal que souvent on leur assigne un domicile éloigné de leur pays natal [Éléments de droit 'pénal., chap. 7, tit. V).

C'est une mesure, dit Curcio, qui enlève toute garantie aux personnes qui en sont frappées, et tandis qu'elle n'arrête pas les perverses, elle paralyse les libérés de bonne volonté en les interdisant moralement et physiquement; elle fait perdre le travail à beaucoup d'entre eux alors qu'on les condamne principalement pour ne s'être pas li^^.'és à un travail stable.

La peine de la surveillance, dit Frégier, n'a servi à rien depuis son introduction ; elle n'offre aucune garantie et continue d'entretenir l'illusion d'une sûreté qui n'existe pas [Les classes dangereuses. 1868).

Qu'on ajoute à cela ï énorme quantité d' aiTestations, les pertes du gouvernement pour les frais d'emprisonnements ; les

(1) G. Curcio, Délie persone pregiudicate, nell'opora Délie colonie e ■dell'emigraxione d' Italiam aW estera di L. Cabpi, Milano, 1876.

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