TROISIÈME PARTIE
en avait l'origine, atavique elle-même, était, et elle ne le cachait pas, ou une compensation (1)^ ou une vengeance ; les juges, eux-mêmes, n'avaient pas honte de s'ériger en justiciers, comme l'étaient sans doute les membre de la Sainte Wehm. Le crime était jugé non seulement un mal, mais encore comme le plus grave des maux, que seule la mort pouvait racheter; si le coupable n'avouait pas, on l'y foryait par la torture; on épargnait l'interrogatoire, les témoins suffisaient. Plus tard, les indices seuls suffirent, et quels indices ! Quelquefois même on s'en passait. Et non seulement on tuait le criminel, mais on voulait qu'il sentit lentement la mort. Cette cruauté ne diminuait assurément pas les crimes ; mais il y avait une logique dans tout cela. La théorie ne contredisait pas la pratique: on partait de ridée que le méchant ne s'améliore jamais et procrée des enfants également méchants : en tuant le criminel, on prévenait toute récidive. On obéissait à cet instinct, à cette sorte de mouvement réflexe qui nous pousse à venger une offense par une autre offense ; mais on ne le cachait pas. Mais notre logique à nous, notre sincérité dans les questions pénales, où est-elle ? — IsTous n'avons plus cet instinct primitif; bien que lorsque nous jugeons le criminel, nous tendions cependant toujours à mesurer la peine au degré de dégoût et d'horreur que nous inspire son crime, tout en nous élevant indignés contre celui qui le confesse; et pourtant, il n'est pas rare de voir les représentants de la loi oublier les théories abstraites et demander à haute et intelligible voix la vengeance sociale sauf à la renier ensuite avec horreur quand ils dictent un
(1) Tràv-f] — poena — compensation. Dans V Iliade^ Achille égorge douze Troyens pour -o:vtj compenser lo meurtre de Patrocle. On accepte, lui dit Ajax, la compensation pour le meurtre d'un frère ou d'un fils. — Quand l'homicide a payé, il retourne parmi les siens, et l'offensé, ainsi compensé, renonce à son ressentiment (Homère, Iliade, IX, 682). L'amende pour l'homicide d'un Franc était, parmi les Francs, de 200 sous ; on rachetait aussi les vols : les esclaves perdaient la vie pour les mêmes crimes qui ne coûtaient à l'homme libre que 45 sous (Dal GiUDicE, La vendetta nel diritto longohardo, 1876).
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livre de droit pénal ou quand ils siègent comme législateurs. Et quelle logique j a-t-il, encore, dans cette théorie que l'on remet en vogue (Rœder, Garelli et Pessina), d'après laquelle on prétend fonder la peine sur l'amendement, lorsqu'on sait très bien que l'amendement du coupable est toujours ou presque toujours une exception, tandis que la prison, non seulement ne l'améliore pas, mais encore le pervertit.
Comment, d'ailleurs, avec une pareille théorie conciherait-on la punition des crimes politiques et des crimes d'emportement ou de passion, suivis presque toujom-s d'un repentir spontané et complet ?
Oppenheim, après avoir écrit que tout crime doit être suivi d'une peine proportionnée, que la peine non seulement doit être un mal, mais doit paraître telle, en vient à dire avec Mohl et Thur : « La peine doit avoir pour unique but l'amélioration et l'occupation du criminel » . JST'y a-t-il pas là une évidente contradiction ? Comment peut-on accorder la théorie qui fait déshonorer le criminel avec celle qui prétend l'améliorer? Comment peut-on le marquer au front avec le fer et lui dire : Améliore-toi ?
Que sont-ce les théories de Herbart, de Kant, de Altomid, de Hegel {Rétribution ■pénale)^ sinon le déguisement des anciennes idées de la vengeance et de la loi du talion ? Avec tout cela, l'État ne songe pas au lendemain, il renferme le criminel, puis, sa peine subie, le remet en liberté, en augmentant ainsi les dangers de la société, car le criminel devient toujours plus pervers dans la promiscuité de la prison et en sort plus irrité et mieux armée contre la société. Avec cette théorie-là on ne justifie pas l'aggravation des peines sur les récidivistes, ni les mesures préventives. Quelques législateurs prétendent que le criminel doit expier son crime. Mais la conception de l'expiation est ecclésiastique. Peut-on appeler expiation celle d'un criminel auquel par force on enlève la vie ou la liberté ?
La théorie de l'intimidation et de l'exemple offre à son tour de nombreuses contradictions ; les anciens élevaient des co-