TROISIÈME PARTIE
lonnes infâmes, arrachaient nez et oreilles (1), écartelaieut, noyaient dans l'huile et clans l'eau bouillante, , distillaient le plomb ardent dans le cou. Mais ils ne réussissaient qu'à multiplier les crimes et à les rendre plus horribles, car, la fréquence et la férocité des supphces endurcissaient l'homme et à Tépoque de Robespierre les enfants s'amusaient à construire de petites guillotines.
Or, que comptez-vous obtenir avec les nombreux adoucissements qu' on a introduits, maintenant que les prisons sont devenues presque des hôtels confortables ?
Et puis, qu'elle est cette justice qui punit un homme, moins pour la faute qu'il a commise, que pour servir d' exemple aux autres?
Il est tellement vrai, d'ailleurs, que le droit de punir, fondé sur le fait, n'a rien en soi d'absolu, que nous le voyons varier d'un juge à l'autre suivant les sympathies et les habitudes. Un juge, habitué à juger de grands criminels dans les Cours d'appel, affirme Breton, infligera des condamnations relativement plus sévères, alors même qu'il s'agit de délits légers ; il distribuera des mois de prison au lieu des jours. Aucuns juges, d'ailleurs, même dans le même pays, ne s'accordent avec précision sur la condamnation même lorsqu' il s' agit d'un crime identique. Est-il possible de croire à un principe éternel, absolu, de justice dans l'humanité, quand nous voyons
(1) La peine de mort fut appliquée on France jusqu'en l'année 1100 à 116 genres de crimes ; les voleurs étaient roués, les assassins pendus; plus tard on infligea à tous le supplice de la roue.
De 1770 à 1780 on roua L. pour un vol de linge ; Gai... pour avoir volé du fromage {Mém. de Sanson).
En 1666 en Auvergne on pendait .... 276 individus » » on décapitait ... 44 »
» > on brisait les membres à 32 ^
» •» on brûlait .... 3 >
» » on envoyait aux galères 28 >
Dans une seule province on compta plus du double de suppliciés qu'on compte maintenant de condamnés dans toute la France {ici.).
LoMBRoso — m. 30
cette prétendue justice varier si profondément à peu de distance de temps et d'espace ; quand nous voyons eu Angleterre punir la bigamie et le rapt si diversement de l'Allemagne; n'avons-nous pas vu, il y a peu d'années encore, condamner à mort le juif qui avait accosté une courtisane catholique, ainsi que le catholique qui laissait échapper un blasphème involontaire, tandis qu'ailleurs, l'infanticide et l'inceste, le rapt étaient tolérés ? Ne voyons-nous pas encore aujourd'hui pratiquer le droit de grâce et celui de prescription, comme si la faveur d'un roi et le temps pouvaient effacer ou mitiger le caractère dépravé d'un criminel, et l'empêcher de récidiver ?
Les peines suivant l'anthropologie criminelle — Amendes
Probation System — Asiles d'aliénés
Etablissements pour les incorrigibles ~ Peines de mort.
De toutes les critiques soulevées par les peines, la plus importante est assurément celle de leur application, depuis surtout que V œuvre féconde de Ferri, de Garofalo, de Du Hamel, de Yiazzi, de Sigliele, a non seulement corrigé, mais encore réformé et mis en rapport avec nos idées juridiques ce que la répression avait d'irrationnel. Or, une fois démontré que la peine ne peut plus se concevoir comme une compensation quelconque accordée à la société offensée, ou comme une sorte d' excommunication qu' infligeraient des prêtres laïques en tenant compte de la faute abstraite plus que du coupable, on comprend qu'elle doit changer de caractère et que l'on doit avoir en vue le bien-être de la société plus que la • douleur du coupable, le criminel et sa victime plus que son crime; car la crainte que peut inspirer un homme jusqu'alors honnête, qui, tout-à-coup, commet un meurtre pour une question d'honneiu' ou pour une idée politique, est bien différente de celle qu'on doit avoir de l'homme qui couronne une vie chargée de crimes en assassinant dans un but de vol ou de viol : dans le premier cas, la peine est presque inutile, le crime étant par soi-même une punition si grave, qu'on est certain que le coupable ne le renouvellera jamais ; dans le second cas, tout retard, tout adoucissement apporté à l'application de la peine est un péril pour les honnêtes gens.
C'est ainsi que dans la blessure il est absurde d'établir, comme font les codes, une si grande différenciation, suivant la gravité et la durée de ses effets, surtout depuis que la cure antiseptique en accélère si rapidement la guérison ; car le meurtrier ne mesure pas ses coups ; et ce n'est que par piu" hasard s'ils ne sont pas mortels.
On doit au contraire observer attentivement dans ces sortes de crimes, si le coupable était un homme honnête et s'il a été gravement provoqué : dans ce cas, il entre dans la catégorie des criminels passionnels ; tandis que lorsque le crime a eu un motif futil, ou lorsqu'il a été prémédité avec des complices, lorsqu'il s'agit d'individus habitués au crime, la plus légère blessure, la tentative non réussie, elle-même, doit être punie comme les blessures les plus graves, afin d'empêcher les fatales récidives. — Dans ces cas, observe justement Pinsero, on ne doit pas tenir compte exclusivement do la querelle des parties, qui ne s'intéressant pas à ce qui peut arriver aux autres, tandis que l'Etat doit surtout viser à la sécurité générale.
Je trouve au contraire très juste de frapper la fraude civile aussi sévèrement que la fraude pénale : il serait absurde de laisser impuni celui qui vend à deux personnes en même temps un immeuble appartenant à autrui ou escroque une lettre de change qu'il sait de ne pouvoir rembourser, surtout lorsqu' il est déjà récidiviste et démontre une extraordinaire habilité dans le crime, tandis qu'on réserve toutes les rigueurs de la loi pour le filou de quelques centimes, qui, pour assouvir sa faim, se fait servir une soupe qu'il ne peut payer (Pinsero, Repressione pénale e coazione civile^ I, 1896).
« Il est impossible, cUt avec raison Perri, de séparer le crime du criminel, comme il est impossible dans la rédaction d'une loi pénale de supposer (ce qu'on fait cependant) un type de criminel moyen qu'on ne rencontre jamais, en réalité, dans aucun imputé. — Or, que fait le juge ? Devant lui est une balance ; sur un des plateaux il met le crime, sur l'autre la peine; il hésite, puis il diminue d'un côté, ajoute de l'autre.