‹ Le crime, causes et remèdesChapitre 158 sur 190 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

rapprochons bien plus de la réalité des faits qu'en les présumant amendés, comme le fait Brockway.

Mais, même avec toutes ces lacunes, ce système est, de même que la colonie agricole , le seul qui puisse substituer avantageusement la prison.

Asiles crùninels. — Il est une autre institution que nous croyons destinée à concilier l'humanité avec la sûreté sociale; c'est celle des asiles criminels. On pourra discuter longtemps d'un côté et d'autre sur la théorie de la peine, mais tout le monde est d'accord sur un point: c'est que parmi les criminels ou considérés comme tels, beaucoup sont aliénés ; pour ceux-ci, la prison est une injustice, la liberté un danger auquel on ne sait opposer chez nous que des demi-mesures qui violent à la fois la morale et la sûreté sociale.

Les Anglais, qui sont arrivés aux réformes par la pratique de la vraie liberté, ont déjà essayé depuis un siècle et presque réussi à combler le côté le plus épineux de cette lacune sociale avec l'institution des asiles criminels.

Ils y ont sans doute été plus facilement amenés par la structure même de leur gouvernement. Un pays monarchique qui a, comme l'ancienne Kome, un véritable Sénat de rois dans ses Lords ; un pays où la liberté a un champ d'action illimité of&'e trop le flanc aux coups des aliénés homicides, qui visent toujours aux plus hauts placés, pour ne pas y porter remède. Quand non seulement le roi, mais ceux qui influaient le plus sur les destinées et l'imagination populaire, se virent menacés par des aliénés, ils comprirent le danger qu'il y avait à se contenter de les enfermer dans des asiles ordinaires d'oii ils pouvaient sortir facilement.

Dès 1786 on les enferma dans un quartier spécial de Bedlam, d'où ils ne pouvaient sortir sans l'autorisation du grand chancelier (1) ; en 1844 cette mesure ne paraissant pas

(1) Loi 34, 49, Georges III, chap. IV « Celui qui a commis homicide, haute trahison, doit être tenu en lieu de sûreté, tant qu'il plaira à Sa Majesté ».

suffisante, l'Etat résolut, d'en interner 285 dans un établissement privé de Fisherton-House. Mais le nombre de ces malheureux croissant toujours, on fini par ériger des asiles spéciaux, à Dundrum pour l'Irlande en 1850, à Perth pour l'Ecosse en 1858, à Broadmoor en 1863 pour l'Angleterre ; de nouveaux décrets (1) ordonnaient d'y recevoir non seulement ceux qui avaient commis un délit en état de folie ou étaient dévenus fous durant leur procès, mais aussi tous les prisonniers qui, soit par aliénation mentale, soit par imbécilité, étaient incapables d.e se soumettre à la discipline pénitentiaire; ces derniers sont séparés des autres et placés dans des sections particulières; s'ils guérissent on les renvoie en prison ; les autres restent dans l'asile tant qu'un ordre royal ne les autorise pas à en sortir.

Le nombre de ces maniaques criminels était del244 en 1868 (voir Homme criminel^ vol. II, p. 266) (2).

(1) 23, 24 Vict., chap. 75, Act, To make better provision for tke custody and cure of criminal lunatics. « Le secrétaire d'Etat peut envoyer dans ces asiles : 1*^ les fous criminels, au sens de la loi de Georges III ; 2° Les détenus devenus fous, incapables de se soumettre par imbécillité ou idiotie à la discipline pénitentiaire.

« Un aliéné qui commet un crime est un malade et non un criminel, et doit être retenu dans l'asile jusqu'à ce qu'on ait acquis la certitude de sa guérison ». Loi Écossaise, Vict., chap. 60.

(2) Le premier janvier 1868 on en comptait ù Broadmoor 616, dont 506 hommes et 110 femmes.

De ceux-ci : avaient été reconnus fous pendant le procès 85 hommes et 28 femmes ; prévenus reconnus fous tout de suite 155 hommes et 40 femmes ; condamnés devenus fous durant 1' expiation de la peine 266 hommes et 42 femmes.

De ces 616, en 1868, 8 guérirent, 5 s'évadèrent, 7 moururent. Etaient coupables de crimes capitaux (homicides, infanticides) 257 dont .... 188 hommes 69 femmes De crimes simples ( blessures, incendies,

vols), 204 dont 152 » 52

Tentèrent le suicide 74 » 29 «

Etaient déjà épileptiques 43 ^ 6 »

» ■» maniaques 81 » 20 »

On put en employer à divers travaux (cordonniers, serruriers; 23 dans les fabriques) 141 » 69 »

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