TROISIÈME PARTIE
Tous ont pour gardiens des hommes d'une fidulitô éprouvée, richement rétribués, mihtairement disciplinés ; ils jouissent de tout le confortable dont les Anglais sont si généreux envers les aliénés: travail dans les champs et dans les jardins, bibliothèques, billards. Malgré cela, les philanthropes anglais ne croient pas encore avoir fait assez et se plaignent de ce que beaucoup de ces malheureux qui devraient être dans ces asiles, gémissent encore dans les prisons.
En Amérique, l'homogénéité de la race et des études, la même tendance aux réformes pratiques a fait surgir depuis quelques années des institutions analogues. Un grandiose asile criminel est annexé au célèbre pénitencier de Auburn; un autre a surgi dans le Massachussetts, un autre en Pensilvanie.
Maintenant je me demande : se peut-il qu'une institution qui fut trouvée utile par la nation la plus oligarchique et la plus démocratique du monde, et qui s'est multipliée en 24 ans dans des proportions si grandioses, sans que pourtant elle ait suffit à combler la triste lacune, se peut-il qu' une pareille institution ne soit qu'un pur objet de luxe, un caprice anglosaxon ? Ne répond-elle pas, au contraire, à un triste besoin social, et ne devons-nous pas désirer de la voir, transplantée et diffuse parmi nous, assumer une véritable et solide existence juridique ?
Si en Itahe et en France, d'après les statistiques officielles,
De 1862 à 1868, sur 770 entrés, 39 guérirent, 55 moururent, 5 s'évadèrent.
Dans r Asile de Dundrum, en Irlande, de 1850 à 1863, on reçut 250 aliénés criminels, dont 173 hommes et 77 femmes desquels 38 guérirent, 41 moururent et 3 s'évadèrent.
Coupables d'homicide 70 (infanticide 9) vols ... 12 » d'effraction 72 blessures . . 14
» d'agression 30 Délits légers 32
Simon, Die Rehandlung , etc. (op. cit. ; Pelmann, Psychiatr. Beiseerinnerimg ans England, 1870 ; Report for tke sélect commutée on lunatics, 1863 ; Seventh report on the criiiiinal lunatics, 1869 ; Fraenkel, Bericht ueber die neueste amerik psych. Literatur. Berlin, 1868 (voir Homme criminel, vol. II).
le nombre des aliénés criminels apparaît beaucoup moindre, c'est parce que l'esprit du public n'a pas compris qu'un grand nombre des actions délictueuses proviennent d'une impulsion morbide. Si parfois la folie est reconnue pour l'unique mobile du crime et annule le procès, l'autorité ne s'en occupe plus ; beaucoup d'ailleurs de ces malheureux présentent des formes mixtes d'aliénation mentale et de raison et sont pris pour des simulateurs (1).
A un autre point de vue, la présence de ces malheureux dans les maisons de peine est une offense au sens moral, et elle n'est pas sans danger, tant pour la société que pour la discipline ; on ne peut d'ailleurs ni les soigner, ni les surveiller convenablement, faute de locaux et d'une disciphne adaptée ; et en outre, en restant au milieu des autres prisonniers, ces infortunés auxquels la folie a fait perdre cette pudeur du vice qui est l'hypocrisie, s'abandonnent à des actes violents et obscènes, d'autant plus dangereux qu'ils éclatent imprévus et souvent pour le plus futil motif, comme dans le cas d'un certain A,, lequel tua un autre prisonnier parce qu'il ne voulait pas lui cirer ses souliers. Ils résistent d'ailleurs obstinément à la disciphne pénitentiaire, se montrent indifférents aux punitions, mécontents et défiants de tous et se font le centre et le prétexte de continuelles rébellions. Si on les tient isolés et enchaînés dans des cellules, comme cela n'est que trop en usage, l'inertie, la nourriture insuffisante, la demi-
(1) Voyez LoMBROSO, SulV istituxione dei manicomi crimmali, 1872.
— Bergonzoli, Sui paxxi criminali in Italia ed in Prussia, 1873. — Id., 1871. — Tamassia, La paxxia nei eriminali in Italia, 1874, dans le vol. II des Memorie del Laboratorio di viedicina légale délia Regia Università di Pavia, du prof. Cesark Lombkoso. — Tamburini, Sui manieomî criminali, 1873. — Monti, Sui manicomî eriminali, 1872.
— BiFFi, Sui provvedimenti che occorrerebbero in Italia pei delinquenti paxxi. Milano, 1872. — Capelli, Siolla nécessita dei manicomî eriminali. Milano, 1872, — Virgilio, SulV istituxione dei ma^iicomî criminali. Milaao, 1877. Yoir pour les données statistiques le vol. II, pag. 266, de V Homme criminel.