‹ Le crime, causes et remèdesChapitre 16 sur 190 · PREMIERE PARTIE lit · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE lit

Les documents qui nous servent à démontrer l' influence: otlmique sur les crimes, dans notre monde civilisé, sont moins incertains. Nous savons qu'une grande partie des voleurs de Londres sont fils d'Irlandais ou natifs du Lancashire. En Russie, écrivent Anutscliine, Bessarabe et Cherson, ils foupissent tous les voleurs de la capitale, et comparativement aux accusés, les condamnés y sont en nombre plus grand: la criminalité s'y ti'ansmet de famille en famille {Sitz. d. Geogr. Gesel.^ 1868, Saint-Pétersbourg). En Allemagne on reconnaît les pays qui possèdent des colonies bohémiennes à la plus grande tendance des femmes au vol.

2. — Centres criminels. — Dans toutes les régions de l'Italie, et presque dans chaque province, existe quelque village renommé pour avoir fourni une série ininterrompue de délinquants spéciaux: ainsi en Ligurie, Lerici est proverbial pour les escroqueries, Campofreddo et Masson pour les homicides ; et sur le Novese, Pozzolo pour les vols sur les grands chemins; dans la province de Lucques, Capannori est connu poiu" ses assassinats, et en Piémont, Carde pour ses voleurs champêtres.

Dans l'Italie du sud, Sora, Melfi, Saint-Fèle eurent toujours des brigands depuis 1860, de même que Partinico et Monréal en Sicile.

Cotte prédominance du crime dans quelques pays, est certainement dépendante de la race^ comme l'histoire nous le révèle pour quelques uns. Ainsi Pergola, dans le Pistoiese, fut peuplée de bohémiens, Masson d'assassins portugais et Campofreddo de corsaii-es corses; encore aujourd'hui le dialecte est moitié Corse moitié Ligure.

Mais le plus fameux entre tous est le village d'Artène, dans la province de Rome, que Sighele décrit ainsi {Arch. de ps/jchiatrie et Anthrop.., XI, Turin, 1890) :

« Situé au sommet d'une colline, au milieu d'une verte et riante campagne, sous un climat très-doux, ce pays, où la misère est inconnue, devrait être un des plus honnêtes et de plus

28 CHAPITRE m

heureux. Au contraii-e, il a une célébrité infâme, et ses habitants sont considérés dans les environs comme des voleurs, ■des brigands et des assassins. Cette renommée ne date pas d'hier ; dans les chroniques italiennes du moyen-âge on rencontre souvent le nom d'Artène, et son histoire se peut résumer •^en une longae série de crimes.

« On peut juger de la gravité du mal par la table-stati- :stique suivante:

Nombre annuel des crimes (chaque lOO.OOO hab.) Crimes Années 1873-88 Années 1852-88

Italie Arléne

Homicides, assassinats et vols suivis

d'homicides 9,38 °/o 57 — "/o

Blessures 34,17 > 205 — »

Vols sur les grauds chemius . . 3,67 » 113,75 »

» simples et qualifiés .... 47,36 ^ 177 — »

« Artène se distingue donc par un nombre de blessures, •d'homicides et d'assassinats six fois plus grand que celui de la moyenne de l'Italie, et de vols sur les grands chemins trente fois plus grand. Et encore, ces chiffres ne donnent-ils qu'une idée très imparfaite de la férocité et de l'audace des criminels arténiens. Pour s' en rendre compte, il faudi-ait décrire tous les crimes, il faudrait voir comment on y assassine en plein jour sur la place pubhque, comme l'on y étrangle les témoins qui osent dire la vérité aux juges!...

« La cause, suivant Sighele, eu serait le caractère des habitants et l'Influence qu'exercèrent les Gouvernements passés, qui produisirent ailleurs le brigandage et la camorra ; l'impuissance de l'autorité à frapper les coupables, grâce au silence des témoins, achetés ou intimidés; mais surtout Thérédité ».

En étudiant, en effet, les procès intentés contre les Arténiens •depuis 1852, Sighele a toujours rencontré les mêmes noms, le père, le fils, le neveu se suivaient à distance, comme poussés par une loi fatale. Montefortino, ancien nom d'Artène, •était déjà célèbre pour ses crimes en 1555.

Paul IV, en 1557, fut obligé de mettre à mort tous ses liabi-

Page 1