‹ Le crime, causes et remèdesChapitre 169 sur 190 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

aurait passé on prison en cas de condamnation, il a le droit de sortir.

Cette raison ne peut être admise, étant donnée la proportion élevée de rechutes constatée dans toutes les formes d'aliénation.

Il est des infortunes qui ne pardonnent malheureusement jamais et n'accordent qu'un faible répit ; et puisque nous ne pouvons en délivrer complètement l'individu, tâchons au moins que la famille et la société n'en soient pas les victimes (1).

D'ailleurs : toutes les nations les plus civilisées présentent des institutions analogues; nous l'avons vu pour l'Angleterre oii elles sont déjà anciennes.

En Danemark l'asile criminel existe dcvjà ; et il a récemment été introduit en Suède et en Hongrie {SuW istituxione di manicomi criminali, Yirgilio, 1887, Milano).

En France, siège à la Préfecture de Police une Commission médicale, permanente, chargée de désigner, séance tenante, ceux, parmi les individus arrêtés, qui au premier abord paraissent aliénés. Enfin en 1870 on commença à ériger un véritable asile criminel annexé à la maison centrale de Gaillon.

Ce quartier est soumis à la discipline de la prison, moins le travail obligatoire et les punitions qui ne peuvent être infligées sans la permission des médecins ; les condamnés à plus d'un an peuvent seuls y être admis et n'en peuvent sortir sans l'autorisation du ministère [Le quartier des condamnés aliénés annexé à la maison centrale de Gaillon, par le D'" Hurel, Paris, 1877).

(1) Récemment Cristiani {Arcli. di Psiehiatria, 1896) a démontré que l'incurabilité (82 ^\^ et la mort (17 °/o) en sont l'issue la plus fréquente ; tandis que les guérisons sont plus rares (5 à 8 '*/<)) et que presque chez tous on observe une prédominance des tendances antisociales (87 '^l^. NicfiOLSON trouva que 75 \ des criminels communs le sont par cupidité, 15 % par haino, 10 \ par immoralité, tandis que la proportion des criminels fous est respectivement de 10,83 et 71 "^/o {Journal of Mental Science, 1895, oct.). Ces derniers sont donc plus dangereux et plus féroces.

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Tous les autres peuples civilisés do l'Europe contineutale, s'ils u'ont pas un véritable asile criminel, ont des lois et des institutions qui eu partie y suppléent. A Hambourg, à Halle, à Bruchsal, chaque pénitencier est fourni d'une infirmerie destinée exclusivement aux aliénés, avec jtirdins, cellules de sûreté, et discipline particulière, de façon que les aliénés v peuvent recevoir des soins continus comme dans les véritables asiles.

En Belgique, une loi (18 juin 1850) ordonnait que « les prévenus, pour lesquels toute procédure a été suspendue pour cause d'aliénation mentale, soient diriges dans des asiles désignés par Je Ministore Public.

« Les asiles y doivent avoir des quartiers spéciaux pour les maniaques prisonniers, accusés ou condamnés, qui ne peuvent être mêlés avec les autres malades sans une autorisation spéciale du ministre de la justice. Le médecin directeur est responsable des évasions des aliénés dangereux et des criminels; en cas de fuite, il doit faire toutes les démarches nécessaires pour leur réintégration » .

Une nouvehe loi Lejeune (juin 1891) établit trois aliénistes inspecteurs spéciaux des prisons pour y signaler, isoler et soigner les aliénés.

En Hongrie une espèce de Sénat médical composé de juges et de médecins aUénistes est chargé de se prononcer dans les cas douteux.

Nous dirons donc^ en résumant ces dispositions, que dans ces asiles on devrait recevoir :

1° Tous les prisonniers devenus fous, ayant des tendances criminelles.

2" Tous les aliénés qui par tendances homicides, incendiaires, pédérastiques, etc., furent soumis à nue procédure judiciaire restée en suspens par la découverte de l'aliénation. 3° Tous les imputés de crimes étranges, atroces, commis sans mobile précis (1) et pour lesquels a surgi le doute de

(1) Au premier abord cette proposition paraît absurde et l'on s'est fervi do cette apparente absurdité pour réfuter les partisans des asiles

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la folie ou au moins d'une grave affection cérébrale, après l'expertise uniforme de trois médecins aliénistes.

4° Etant donné l'extraordinaire importance de l'épilepsie, tous ceux qui auront commis des crimes en état d'épilepsio psychique, ou les criminels ayant souffert de convulsions épileptiques.

5° Ceux qui étant notoirement honnêtes furent poussés au crime par une habituelle et évidente infirmité, comme • pellagre, alcoolisme chronique, maladies puerpérales, spécialement lorsqu'ils ont des parents aliénés ou épileptiques et présentent de nombreux caractères de dégénérescence.

C'est ici qu'apparaît la nécessité de créer des asiles criminels spéciaux pour alcooliques, épileptiques, pellagreux, etc.

Les ahénés provenant des prisons devront être isolés des autres et placés dans des quartiers séparés des infirmeries annexées aux prisons. Pour tous la discipline devra être sévère, la vigilance plus grande que dans les asiles communs et analogue à celle des maisons pénales, mais le travail y sera proportionné aux forces, fait en plein air et alterné de longs repos et d'amusements.

La direction devra être médicale et le personnel pénitentiaire.

Les individus reconnus habituellement dangereux et ayant déjà subi divers procès ne pourront jamais être libérés ; ceux atteints de folie transitoire ou intermittente, offrant des signes de parfaite guérison, seront signalés pour la mise en liberté après un ou deux ans d'observations, mais soumis après leur sortie à des visites médicales mensuelles pendant plusieurs années de suites, comme en Belgique.

crimiaels, mais on u'a pas fait attention que c'est justement dans les cas douteux, dans les cas intermédiaires entre la folie et la raison, dans lesquels sent lo plus fréquents les crimes sans causes, que les asiles criminels sont lo plus utiles et servent davantage à garantir la sûreté sociale. Rappelons ici, qu'un crime sans cause est déjà par lui-même un signe de folie. Beccaria dit que l'homme sain n'est pas capable de sentiments inutilement cruels, qui ne soient suscités par la haine, la crainte ou l'intérêt. (V. Vol. II, H. Criminel).

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Criminels incorrigibles. — Nous avons vu quo le meilleur système pénitentiaire n'empêche pas les récidives et que le système individualisé a donné en Danemark de tristes résultats.

jS^ous avons vu, d'autre part, que les prisons collectives sont le plus souvent cause de récidives répliquées et d'actions criminelles (Yoir Tlom. crim.., vol. I).

Que peut-on, d'ailleurs, espérer d'individus, tels qne nous les dépeint Breton et AspiraU, réintégrant 50 ou 60 fois la prison dans uu an — et qui évidemment s'y trouvent mieux que dehors, si bien que l'emprisonnement n'est plus pour eux une punition, mais une récompense et une encouragement à la corruption ?

Quand aucune méthode ne sert plus, quand le criminel est insensible à tous les soins et récidive 10 ou 20 fois, la société ne doit pkis attendre qu'il se perfectionne encore dans le crime à ses dépens, par un. nouveau séjour en prison; mais elle doit le tenir enfermé jusqu'à ce qu'elle ait acquis la certitude de son amendement ou, mieux^ de son impuissance à nuire.

On doit, dans ce but, fonder des établissements pénitentiaires spéciaux, dans lesquels un jury, composé de directeurs de médecins et de juges, dirigerait tous les individus qui ayant dès l'enfance montré de l'inclination pour le crime, ont récidivé plusieurs fois, spécialement s' ils présentent ces caractères psychiques et physiques que nous avons vu être la caractéristique des criminels-nés (Voir Home crim..^ vol. I),

Plus que de leur bien-être on devrait se préoccuper de leur utilisation, afin qu'ils ne nous soient pas trop à charge, et du péril de leur évasion ; on devrait pour cela les tenir de préférence dans des îles, ou vallées reculées, où on les occuperait, si ce sont des paysans, à des travaux champêti-es, qui seraient en même temps utiles à leur santé et à l'Etat; tandis que les citadins seraient affectés aux ateliers; mieux encore : on pourrait en former des escadres disciphnées militairement, comme cela se pratique en Westphalie, et les destiner aux travaux des routes ou d'assainissement des marais.

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