‹ Le crime, causes et remèdesChapitre 18 sur 190 · IH · texte numérisé non relu

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PEEMIERE PARTIE 33

antiques, qui tant de fois se révoltèrent contre la domination de l'empire Romain ; mais V influence ethnique est surtout évidente à Livoume, dont on connaît l'origine.

Village marécageux au xvi siècle, avec 749 habitants en 1551, ses premiers habitants furent les Liburnes « peuples de rilliiie, inventeurs des galiotes liburnes et insignes ph-ates. à qui vinrent s'ajouter les Sarasins, les Juifs et les Marseillais » , vinrent en suite des aventuriers et des pirates, qui y furent appelés par les Médicis (1).

Livourne, qui de l(S79-83 donna la proportion plus élevé pour toute l'Italie du total des crimes dénoncés, donne également, en comparaison de la Toscane, y compris Arezzo, des chiffres plus élevés d'homicides qualifiés et de rébellions ainsi que de vols qualifiés (PI. II, 6).

Ce fait ne peut être déterminé par l'exagération de la grande ilensité; car sa densité (355 h. chaque kilom. c.) est égale à Milan (355) et de beaucoup supérieure à Naples (1149) ; il n'est pas dû non plus à une plus grande agglomération de la population urbaine, car cette dernière est à Naples le 94 ^/q de la population de la commune, à Milan le 92 "/q et à Livouiiie le 80 ^;^^, seulement, cependant, les rébellions et les vols qualifiés sont beaucoup plus fréquents.

On observe un autre contraste très significatif dans la partie méridionale de la péninsule (PI. 111), où le relevé des homicides simples enrégisti-e des régions avec une intensité supérieure dans les provinces de Campobasso, Avelline, Cosence efCatanzaro. et des oasis où la fréquence est bien moindre dans les provinces de Bénévent, Salerne, Bari et Lecce, en comparaison des provinces voisines de Aquila, Caserte, Potence. Reggio et surtout de Naples, où la puissance criniinogène du milieu social devrait être beaucoup plus forte (PI. I. 3, 4; II, 1, 2).

Maintenant, il est difficile de ne pas relever un rapport de causalité entre la présence des colonies albanaises, comme

(1) LoMBRO-;o, Troppo prrsto ; 1889.

LOMBROSl — ni. "^

facteiu' ethnique du plus grand nombre de crimes de sang", dans les provinces de Cosence, Catanzaro, Campobasso.

Réciproquement la moindre intensité des homicides simples à Reggio, et surtout dans la province de Fouille (Bari et Lecce), dépend en grande partie de l'élément grec, si Ton pense à l'antique Magna-Grèce (qui concoui-t aussi à expliquer la moindre intensité de Kaples), et en suite aux colonies Grecques venues durant et après la domination bizantine ainsi qu'aux précédentes émigrations des Japiges-Messapiens : « Encore aujourd' hui la physionomie de la plupart des natifs de ces provinces rappelle ce type, d'oii transparait la tranquille douceur du caractère » (Nioolucgi) (1). Ajoutons encore l' influence ethnique de l'occupation Normande.

Quant à la moindre intensité si remarquable d'homicides simples à Bénévent et Salerne, il est impossible de ne point rappeler l'élément longobard qui y domina pendant si longtemps (duché de Bénévent et Salerne), au point de pouvoir résister, dans quelques endroits, à la puissance assimilatrice des Italiens et conserver jusqu'à C3 jour quelques uns de ces caractères (taille élevée, cheveux blonds, etc.), qui frappent au miheu des types indigènes de la péninsule (Ferri).

L'influence bien différente du sang albanais, hellénique et longobard, dans ces oasis de la criminalité se confirme par la répartition des homicides qualifiés et des vols sur les grands Chemins suivis d' homicide. En effet, si on excepte Salerne et Reggio, qui donnent des chiffres relativement plus élevés,' nous avons Naples qui, grâce au sang grec, malgré la grande agglomération de population et la misère, donne pour les homicides des chiffres très bas, pareils à ceux de Bari et Lecce.

La Sicile offre également un exemple frappant de l'influence ethnique sur l'homicide. Les provinces orientales de Messine, Catane et Siracuse, ont une intensité d'homicides simples et qualifiés (PI. I, II) de beaucoup inférieure à celle des provinces de Caltanisette, Girgente, Trapani et Palerme.

(1) Etnografia dell' Italia, 1880.

l'I{EMn':RE i'ARTlK 35

Or, l'on sait que la Sicile, si ditterentc par le caractère de rses populations de la voisine péninsule méridionale, en grande ])ai-tio aussi par les nombreux éléments septentrionaux (Yan- <lales, ^^ormands, Français) qui 1' envahirent et la domineront, présente sur ses côtes orientales une prôdominenco fréléments helléniques, qu'il est impossible de ne pas rajiprocher de la moindre intensité d' homicides de ce versant (comme pour la province de l'ouille), et une supériorité d'éléments sarasins ot albanais dans la partie inéridionale et septentrionale, qui certainement concourent à y déterminer une plus grande intensité d'homicides.

Reclus écrit : « Au siège de Païenne par les Normands (1071), on parlait en Sicile cinq langues : arabe, hébraïque, grecque, latine et sicilien vulgaire. L' arabe resta la langue dominante, même sous les Normands. Plus tard, les Français, les Allemands, les Espagnols et les Aragonais contribuèrent à faire des Siciliens un peuple divers de ses voisins d'Italie, par l'ajustement, les mœurs, les habitudes, le sentiment national. La différence entre les populations siciliennes est très grande, suivant que cette race ou cette autre l'emporta dans le croisement. Ainsi les habitants des provinces Etnee^ qui sont sans •doute d'origine hellénique, la plus pure des grecs eux-mêmes, parce qu'ils ne sont pas mélangés avec les Slaves, ont une excellente renommée de bonne grâce et de douceur. Les Palermitains au contraire, chez lesquels l'élément arabe eut plus d'influence que partout ailleurs, ont en général les traits graves et des mœm's dissolues » (Ferri, op. cit.).

La criminalité de la Sardaigne est également caractéristique, soit qu'on la compai-e avec celle du continent et surtout de la Sicile, soit par le contraste presque constant entre le Nord (province de Sassari) et le sud (province de Cagliari) (PL I, 4 ; II, 7, 5). Ethniquement, la Sardaigne se différencie de la Sicile parce que depuis l'antiquité la plus reculée, et en suite à l'époque de Carthage « les Phœniciens eurent en Sardaigne un plus grand empire et une plus longue domination qu'en Sicile » , de sorte que même de nos jours, le crâne de nos Sardes con-

serve en partie l'ancien type du crâne phénicien {dolicocéphale). Les éléments sarasins eurent en Sardaigne une bien moindreprôdominence, d'où l'on a les deux colonies Barbaricini dansles Barbagies (province de Sassari) et les Maureddi prèsd'Iglesias (province de Cagliari) (1).

Cette différence etlmique concourt certainement à déterminer en Sicile la plus intense criminalité moyenne contre les personnes (malgré V intériorité des provinces orientales) et par contre la plus grande criminalité moyenne contre la propriété (Ml Sardaigne. En comparant, par exemple, la Sardaigue avec la Sicile (FI. 1, 4; H, 7, 5) on voit le saillant conti'aste des deux îles dans l' intensité des homicides simples qui se confirme encore davantage pour les blessures volontaires ; et si, pour les homicides qualifiés, la Sicile donne en total une proportion moindre, grâce aux chiffres minimes des provinces orientales,, la proportion totale cependant de tous les crimes contre lespersonnes, y compris les homicides simples et qualifiés et lesvols siu- les grands chemins suivis d'homicides, est beaucoup plus élevée que celle de la Sicile.

Au contraire dans les crimes contre la propriété, la Sardaigue (par suite de la prépondérance du sang sémite) surpasse^ de beaucoup la Sicile, spécialement dans les vols qualifiés et dans les crimes contre la bonne toi publique, tandis que dans les crimes violents contre la propriété, tels que vols sur les^ grandes routes, extorsions et chantage, la Sicile n^prend une certaine supériorité (Pi, 11, G).

Jjjn Sardaigue, il y a en outre, dans la criminalité des deux provinces de Sassari et Cagliari, un contraste qu'on observedéjà dans le type des habitants aussi bien que dans les mamifestations de leur vie économico-sociale.

Le nord a l'agricolture et l'industrie plus développé, le sud possède les mines près de CagHari, Iglesias, etc.

Ethniquement on sait que la provincie de Cagliari esi plus décidément phénicienne, pendant (|ue dans celle de Sas-

(1) NicoLUCci, Etnografia deU'Italia.

^ari domino l'élémeut espagnol (colonie d'Alghero) et cela ■concourt sans doute, avec les condititions économiques, à déterminer la plus grande fréquence des vols qualifié, des crimes •contre la bonne foi publique, dans la province de Cagliari, et la plus grande intensité des homicides simples et qualifiés et •des vols sur les grands chemins avec homicide, dans celle de Sassari (Ferri, op. cit.) (PL II. 6, 5).

Un autre exemple concluant de l'influence ethnique nous •est offert par la criminalité de la Corse qui, comme on sait, •enregistre en France le maximum des crimes de sang (exception faite de l'empoisonnement et de l'infanticide), pendant que dans les vols elle donne des chiffres très bas.

En comparant le nombre des personnes jugées pour homicide en Corse de 1880 à 1883 avec celles jugées dans les régions de Tltalie. qui donnent la plus grande intensité, on obtient les données suivantes :

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