PREMIERE PARTIE
C'est pour cela que M. Brockway préconise l'usage du fouet et en général des punitions corporelles, infligées avec méthode et précaution, mais avec rigueur; affirmant ainsi, sans s'en apercevoir, l'analogie de ces criminels irréductibles avec le sauvage primitif cjui ne se résigne à travailler cj^ue lorsqu'il y est contraint par la violence et quelquefois meurt sous les coups plutôt que de s'y résoudre.
Leur inconstance dans les métiers, d'un côté, et leur préférence pour ceux dans lesquels le salaire est payé journellement et dans lesquels par conséquent la liberté est le moins entravée nous prouvent que 1' horreur du criminel pour le travail ne provient pas d'une incapacité absolue de toute espèce d'activité, mais de son dégoût pour toute occupation régulière, méthodique, cà période rigoureusement fixée.
Les chiffres de Marro sont ici d'une grande éloquence., et nous aident à comprendre eu quoi consiste catte incapacité des criminels au travail. Incapacité au travail, ne veut pas dire, en effet, incapacité à toute espèce d'activité, inertie absolue. Le criminel sait déployer, à certains moments, une activité intense ; cela est si \Tai, que certains genres de crimes, comme le vol et l'escroquerie, demandent très souvent une très grande activité. Ce qui répugne au criminel c'est la régularité d'engrenage mécanique de la société moderne, c'est cette combinaison colossale et ingénieuse par laquelle chaque être humain, à chaque instant, doit accomphr un mouvement fixé, comme est fixé pour les rouages de l'horloge le choc qu'à chaque instant ils donnent et reçoivent; incapables de résister aux caprices intermittents d'un caractère inerte et impulsif, ils déclarent la guerre à la société qui n'est pas en harmonie avec leurs penchants (Ferrero, Arch. di psich. XYIII, 1896).
Le criminel est, donc, un irrogulier du travail ; un capricieux de la fatigue qui prétend ne s'y soumettre que quand cela lui plaît, alternant les efïbrts intenses aux longues paresses, et toujours récalciti-ant à la volonté d'auti-ui.
En cela, son caractère est parfaitement identique au carac-
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tère du sauvage qui, habituellement inerte, se secoue de temps eu temps pour se livrer aux exercices fatigants de la chasse et de la guerre; au caractère des indigènes de l'Amérique, desquels Robertson écrit : « quand ils entreprennent une expédition de chasse, ils sortent de cette indolence qui leur est habituelle et déploient des facultés intellectuelles qui restaient auparavant presque toujours latentes, ils deviennent actifs, persévérants, infatigables » (vol. II, p. 559) ; enfin son caractère est identique à celui du Gaucho, dont Mac Coll notait l'incapacité au travail forcé, eu ajoutant cependant : « mettezles en selle d'un cheval et leur résistance à la fatigue sera sans limite » (Ferreeo, o. c).
Nous avons déjà vu précédemment que le voleur se désigne lui-même par le nom de pcgre^ paresseux: et que chez les plus grands criminels: Lacenaire, Lemaire, Chrétien, l'horreur du travail surpassait même l'amour de la vie. (Yoir //. Criminel^ Vol. I).
On peut étudiei- plus analytiquement cet état d'àme dans les Tavole psicologiche qui font partie de l'Atlas anthropologique-statistique de VOmicidio de E. Feiii, oii la psychologie de l'oisiveté est souvent indiquée.
Un homicide récidiviste (n, 37) à rinjonction « Travaillez » répond: «Non, parce que le travail raccourcit la vie » . Le n° 432 avoue franchement : « Je travaillais, mais peu, parce qu'on se fatigue à travailler ». Le 467, questionné sur le pourquoi il ne travaille pas, s'excuse en disant: « Je n'en suis pas capable ». Le 4SI: « Je n'ai pas envie de travailler; où dois-je prendre l'argent si je ne le vole pas ? »
Marro {Awiali di Freniairia, vol. lY) observait très justement : « Parmi les peuples non civilisés on constate Tincapacité absolue de tout effort persévérant: le travail continuel,, durable, est la caractéristique de l'homme civilisé. Plus il parvient à conserver sa force physique, mieux il sait la rendre profitable par son intelligence et plus il sait l'utihser à son bénéfice et à celui de la société.
« Tout progrès dans l'instruction, dans l'éducation, dans les