‹ Le crime, causes et remèdesChapitre 81 sur 190 · PREMIERE PARTiE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTiE

lois, dans les mesures hygiéniques a pour but de guider l'homme dans cette direction.

« Nous avons, par contre, une autre série de causes qui tendent à un effet opposé.

« Tout travail régulier doit uatui-ellement satisfaire à deux tins : être utile à l'individu qui l'exécute et à la société dans laquelle il s'accomplit. Tout travail qui manque à ce but porte l'empreinte d'un degré plus ou moins profond de dégénérescence.

« Un premier degré de dégénérescence nous le trouvons dans les professions simplement improductives pour la société. Le vagabondage, la mendicité parmi les classes pauvres, l'habitude du jeu et du sport dans les classes élevées marquent un premier degré de dégénérescence chez celui qui trop s'y complaît et en vit ; elles marquent en même temps le passage, à la criminalité en ce qu'elles transforment ceux qui s'y donnent en de véritables parassites qui enlèvent à autrui, sans profit, les produits du travail utile.

<; La criminalité consiste essentiellement dans l'accomplissement d'un travail qui peut êti'e profitable à l'individu, mais qui est nuisible à la société. La gravité de la criminalité augmente en raison directe du préjudice que la société en reçoit.

« Le caractère de la dégénérescence propre à la folie, est la production d'un travail inutile ou préjudiciable et à la société, et à l'individu.

Prisons — Journaux — Imitation — Chefs — Autres causes.

Prisons. — Un des plus grands facteurs du crime c'est la prison ; nous croyons défendre et venger la société en emprisonnant les criminels et nous leur fournissons, au contraire, les moyens de s'associer et de s'instruire réciproquement dans le mal et même d'y trouver de vraies jouissances. « Je mettrais en pièces la figure de celui q?ii dit du mal de la priso7i » chantait un prisonnier de Païenne. « La prison c'est une fortune qui nous touche, car elle nous enseignée les cachettes et les moyens dit vol » (fl. Criminel, Vol. I).

Ces faits nous expliquent pourquoi nous trouvons si souvent dans nos statistiques des individus condamnés jusqu'à 50 et 60 fois, individus qui volent seulement pour se faire enfermer.

Un certain Zucclii vola aux Assises pour se faire arrêter « Depuis 1852, disait-il, j'ai passé 20 ans eu prison: l'amnistie m' en a fait sortir, mais je ne peux vivre avec un franc par jour; et j'ai pensé de me faire mettre en prison pour pouvoir manger, boire et dormir. — M^" le Président, augmentez la peine, car, après tout, on n'est pas trop mal en prison » {Rivista di discipline carcerarie.^ 1878). En 1879, cà Eome, un vieillard de 80 ans qui en avait passé 47 en prison, implorait le juge pour y retourner: « Je ne vous demande pas un emploi, mais une prison quelconque pour que je puisse y vivre tranquille; j'ai désormais 80 ans et je ne vivrai pas assez pour ruiner votre gouvernement » .

PEEMIERE PARTIE 251

« A l'expiration de sa peine, éciit D'Olivecrona^ nii forçat exprima sa gratitude au directeur eu lui déclarant qu'avant son arrestation il n'avait jamais goûté des aliments aussi bons.

« Tandis que le forçat, dit encore D'Olivecrona, consomme dans le courant de l'année 52 kilos de viande, le paysan, n'a d'habitude que 25 kilos de bœuf salé et un demi porc salé qui doivent sufïire pour lui et sa famille {De la récidive^ 1812).

« Il faut, donc, ajoute-t-il, placer parmi les causes de récidive le peu de sévérité du régime pénitentiaire » ,

Sensations. — Il est une autre cause de crime, très puissante, mais que l'on no saurait préciser, si ce n' est peutêtre par l'augmentation de certains crimes dans quelques professions. Je veux parler de Tintluence d'une impression sensorielle donnée. Ainsi il y a des voleurs qui ne peuvent résister à la vue d' un objet d'or sans s'en emparer.

Un riche banquier, DoAvner, entra, en état d'ivresse, dans la boutique de son barbier; le jeune garçon de celui-ci, âgé de 16 ans, qui jusqu'alors avait toujours été honnête, en entendant le tintement de l'argent dans sa poche, fut aussitôt saisi de l'idée de le tuer, et l'étrangla avec une corde; il s'enfuit ensuite tout épouvanté de son crime et confessa que s'il n'avait pas entendu ce bruit, il n'aurait jamais pensé de commettre cet horrible forfait. — Marie Frank, âgée de 38 ans, buveuse obstinée, battue continuellement par son mari, avait déjà été folle; elle voit un jour un grand incendie, et aussitôt elle incendie douze maisons. — Adèle Strohm, en assistant au supplice de deux condamnés, eut l'idée de tuer sa meilleure amie afin de mouiir dans la grâce de Dieu (Despixe, 0. c).

Imitation. — Une grande part, dans ces cas, revient incontestablement à la folie; mais plus (]ue tout, y intluc l'imitation, qui est une cause prépondérante de crimes aussi bien que de folies. En 1868 et en 1872 â peine les journaux commencôrent-ils à parler dos abandons d'enfants, que l'on vit à Mar-

seille ces crimes se répéter jusqu'à 8 fois en un seul jour (Despine). La nouvelle de l'assassinat de l'archevêque Sibour poussa un prêtre à frapper l'évêque de Matera, contre lequel il n' avait aucune cause de haine. — Dufresne haïssait nn certain Delauchx, mais sans penser à lui faire de mal; il lut le procès de Yerger et en s'exaltant il s'écria : Moi aussi je ferai coit/me Verger et il tua ce malheureux. — A Bergame, peu de temps après le procès Yerzeni, eurent lieu deux autres cas d'étranglement de femmes ; et les mêmes faits se reproduisirent à Paris, peu après les procès de PhiUppe, de Billoir, de Moyaux, et à Florence après celui de Martinati. A l'époque du procès de Roux, deux domestiques simulèrent d'avoir été garrottés par leur maître après 1' avoir volé. L'empoisonnement de La Pommerais fut suivi de celui de Pritchard.

Ces excitations morbides sont maintenant centuplées par l'accroissement prodigieux de ces journaux vraiment criminels qui trempent leur plume dans la pourriture la plus fétide des plaies sociales et, dans le seul but d'un gain abject, excitent les appétits malsains et la plus malsaine curiosité des basses classes sociales; je voudrais les comparer à ces vers qui, sortis de la putréfaction, l'augmentent encore par leur présence. Ces journaux, dans une seule de nos villes atteignent malheureusement le chiffre de 28 mille lecteurs.

En 1851, à New-Tork, une femme assassinait son mari; peu de jours après, trois autres femmes en faisaient autant. — Corridori tua le directeur du Lycée qui lui adressait de justes reproches pour une faute, et disait avant de le frapper: « Je répéterai le fait du directeur de Catanzaro » qui, lui aussi fat tué pour une cause semblable. — L'assassinat tenté sur D. James dans le chemin de fer fut suivi par un autre de la même manière et sur la même ligne (Montel). Et combien d'exemples remarquables Holtzendoiff ne nous en offre-t-il pas dans son ouvrage magnifique: Das Verbrechen des Mordes iind die Todestrafe, 1875, Berlin !

Causes du crime associé.

L'étiologie du crime associé, qui est le plus important et le plus nuisible, mérite d'être étudiée à part.

Une première cause doit en être recherchée dans la tradition. — En effet : la longue persistance, la ténacité de quelques associations malfaisantes comme la mafia., la camorra et le brigandage semblent provenir en premier lieu de l'ancienneté de leur existence ; car, la longue répétition des mêmes actes les transforme en habitude et par suite en loi; et rhistoire nous capprend, que tous les phénomènes ethniques qui eurent une longue durée, difficilement disparaissent tout d'un coup.

Déjà en 1568 la camorra existait à Xaples; on sait par les Pragmatiques de 1568, 1572, 1597 et de 1610 que les vico-rois d'Espagne, comte de Miranda, duc d'Alcalà etc., condamnaient aux galèros les joueurs et les tenanciers de maisons de jeu, ou mieux de tripots, qui prélevaient des exactions illicites sur ces maisons, et les détenus qui tantôt sous prétexte de dévotion à des images sacrées, tantôt pour d'autres motifs rançonnaient les autres piisomiiers » (1).

Monnier observe, très justement, que l'étymologie de camorra démontre son origine de l'Espagne. Camorra en espagnol équivaut à querelle, rixe ou dispute, et camorrista à mauvais sujet; en arabe kumar signifie jeu de hasard. Une

(1) Yoyoz MoRDiNi, Eelaxionc al R. Ministero, Roma, 1S74. — MoxNiKR, Sidla camorra, ISOl.

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nouvelle de Cervantes nous apprend qu'il existait à Seville, dès cette époque, une secte tout-à-fait semblable h celle des camorristes. Elle aussi prélevait sur chaque vol une aumône pour la lampe d'une sainte image qu'elle tenait en vénération; elle donnait à la police une part de ses gains, se chargeait des vengeances privées, y compris le sfrcgio (balafre) avec le rasoir; elle avait des novices appelés frères-mineurs, qui devaient payer une demi-année sur leur premier vol, porter dans les prisons des messages aux frères-majeurs et accomplir d'autres services subalternes. Les frères-majeurs avaient un surnom et se partageaient en justes parts les sommes que les affiliés versaient à la niasse commune.

Les voleurs du Maroc (Arabes et Betari), prélevaient eux aussi une taxe sur les prostituées.

Des associations tout-à-fait pareilles à la camorra existèrent dans toutes les époques peu civilisées ; ainsi au moyen âge, dans les Regolamenti délie Stmche et dans ceux des prisons de Parme, B. Scalia trouva mentionnés des abus pareils à ceux des camorristes, spécialement à l'occasion des jeux; on y lit que chaque chambrée de prisonniers avait son chef, qui se faisait appeler capitajieo ou pode.sià^ précisément comme les modernes camorristes qui se font appeler priore; et chez les uns comme chez les autres existait l'usage de taxer les nouveaux venus (1).

Don Quichotte nous dépeint quelques oisifs qui exigeaient une gratification des joueurs fortunés, pour leur avoir pressage les bons et les mauvais coups. — C'est la mission ordinaire du moderne camorriste.

Le brigandage, qui persiste avec tant d'opiniâtreté daus les provinces du sud de l'Italie et dans la Sardaigne a son origine probable dans la tradition historique, car il existait déjà dès époques les plus anciennes, dans l'Italie centrale et dans celle du sud, et Sti'abon le signale daus la Sardaigne.

(1) B. Scalia, Storia délia riforma délie carceri in Ilalia, 1SG8, pag. 288.

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