‹ Le crime, causes et remèdesChapitre 84 sur 190 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

auteiu's une grande connaissance des lieux et une audace peu oomniune. La terreur empêchait les dénonciations, mais la justice Unit par découvrir les coupables qui appartenaient tous à une seule famille. En 1832, les vols s'y renouvelèrent, et les auteurs n'étaient autres que les neveux des premiers coupables. — En 1852 et jusqu'en 1855 les assassinats se réitérèrent dans les mêmes communes. C'étaient encore les arrières neveux des premiers qui aboutissaient à ces Chrétien, Lemaire et Tarne desquels nous avons donné plus haut l'étrange arbre généalogique.

Ces faits nous expliquent très bien, pourquoi dans un village donné, nous trouvons un continuel repullulement de délinquants. Il suflit qu'une seule de ces familles perverses y ait survécu, pour corrompre, par l'affinité élective qu'ont entre eux les criminels, eu peu de temps tout le pays ; cela justifie jusqu'à un certain point la barbarie des anciens et des sauvages qui punissaient avec les coupables, leurs parents innocents.

Autres causes. — Les délinquants s'associent très souvent aussi par nécessité, afin de pouvoir réagir conti'e la force armée, ou bien poiu* se sousti-aire aux recherches de la police, en s'éloignant du lieu de leurs exploits, bien que l'on ait remarqué que presque tous les malfaiteurs associés ont une tendance constante à commettre leurs méfaits autour de la zone de leur propre pays.

Ils s'associent encore, pour se compléter réciproquement, par les spéciales aptitudes qui leur manquent, comme Lacenaire qui était lâche, s'associa avec Avril qui était féroce et sanguinaire ; comme ]\Iaino et La Gala qui étaient courageux, mais ignorants, s'associèrent à Ferraris et Davanzo qui étaient instruits. — La plupart cherchent dans leurs complices ce com-age qui leur manque naturellement. Ajoutons que pombeaucoup de ces gens-là le crime est une espèce de partie de plaisir, dont ou jouit mal tout seul.

Parfois; l'association a une origine tout-ù-fait accidentelle :

ainsi Tepas, en sortant de la prison, se mit à dévaliser un ivrogne, mais il s'entendit appeler par Faurier qui voulait partager le butin ; — dès cet instant naquit la bande Tepas, les événements les plus fortuits, dit Mayhew, tel que le fait d'habiter le même quartier, la même rue, de porter le même nom, de s'être rencontrés à la sortie de la prison, etc.,. donnent naissance aux bandes des petits voleurs de Londres. Les rendez-vous des gamins en certaines places, dit Spagliardi, est une cause principale du brigandage en Lombardie.

Causes de crimes politiques.

Nous avons vu que le crime politique est une sorte de crime par passion, punissable seulement parce qu' il porte atteinte aux sentiments conservateurs et misonéiques de la race humaine, particulièrement dans la religion et dans la politique (1). Nous avons vu {H. Crim.^ vol. II) qu'il est surtout fréquent dans la jeunesse et dans les peuples les plus intelligents et les plus cultivés.

Orographie. — L'influence de la plus faible pression de Tair sur ce genre de crime, est incontestablement très grande. On peut dire que les plus grands révolutionnaires surgirent toujours parmi les habitants des montagnes ; voir les Sannites, les Marses, les Ligures, les Cantabres, les Bnizzes contre les Romains; les Asturiens contre les Goths et les Sarrasins, les Albanais, les Druses, les Maronites, les Mainottes (2) contre les Turcs. De même que ce fut dans les Cèvennes en France, dans la Yaltelline et à Pignerol en Italie, que surgirent les premiers efforts en faveur de la liberté religieuse, malgré les dragonnades et les supplices de l'Inquisition.

(1) Ea voir la démonstration complète dans mon Crime politique et les révolutions, 1890, 1<^^ partie.

(2) Ce furent les Mainottes du Mont Taigete (Sparte) qui proclamèrent les premiers l'indépendance ("Gervinus, Risorgimento délia Grecia, 1864).

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Suivant Plutarque, Athènes, après la sédition de Cimone^ se divisa en trois partis, correspondant chacun aux diverses configurations géographiques du pays : les habitants de la montagne voulaient à tout prix le gouvernement populaire: ceux de la plaine réclamaient un gouvernement oligarchique:, tandis que ceux qui habitaient près de la mer préféraient un gouvernement mixte.

Lieux concentriques. — Dans les endroits, où convergent les vallées et où les contacts sont le plus nombreux, les peuplessont plus novateurs et plus revolutionnaù'es.

La Pologne dut incontestablement sa précoce civilisation et ses révoltes, de même que plus tard ses infortunes, à la position qu' elle occupe et qui fait d' elle un pont entre les Slaves, les Allemands et les Bizantins.

Les départements de la France, situés sur le parcours des grands fleuves, Seine, Rhône, Loire, ou possédant de grands ports, fournirent, indépendamment d'autres causes, le plus fort contingent de votes révolutionnaires (1).

Densité. — On peut en dire autant de la plus grande- densité démographique et de la plus grande activité industrielle, qui sont en rapport avec un esprit d'évolution plus avancé, tandis que les populations agricoles et à moindre densité, sont le plus souvent les plus conservatrices (1),

Salubrité et géîiialité. — La salubrité et la fertilité de la terre ne restent pas non plus sans exercer sur l'esprit de révolte mie influence prépondérante, comme je l'ai démontré pour l'Italie par de longues séries de chiffres (1); et de son côté la plus grande génialité y prend une large part; c'est pour cela que Florence, Athènes et Genève, qui furent les villes les plus géniales, furent aussi les plus rebelles ; et les génies, ainsi que

(1) Voy. Crime politique de Lombroso et Laschi, 1890.

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les révolutions, sont ft'ôqueuts dans les Romagnes et dans la Ligurie, qui sont parmi les terres les plus salubres de l'Italie (1). En France, le parallélisme apparaît encore plus clairement — car dans 75 sur 86 départements on observe en mêmetemps, la prédominance du génie, de la haute taille et des. partis anti-monarchiques (1).

Races. — L'influence ethnique, à son tour, est incontestable. Par l'étude des votes et des révolutions de la France, j'ai démontré que les départements, oîi prédomine la race Ligure ou Gallique, ont fourni le maximum des rebelles,, tandis que ceux de races Ibérique et Cimbrique en ont donné le minimum. Il y a aussi de petits pays, et de& villes comme Arluno, Livoui-ne, qui sont connus pour leur constante tendance à la révolte (1).

Le caractère rebelle des anciens Romagnols, l'origine çt l'histoire des Livournais et des Ligures Apuauiens peut nous servir à expliquer l'explosion si fréquente encore aujourd'hui dans ces pays de l'anarchie et 'des révoltes (2).

Croisenienis. — On trouve une action ethnique bien plus évidente dans les croisements réciproques des races, croisements qui peuvent les rendre toutes plus révolutionnaires et plus progressives ; c'est un phénomène qui se lie à celui découvert par Darwin, dans le monde végétal, suivant lequel la fertilisation, même dans les plantes hermarphrodites, doit être croisée; et avec la loi de Romanes, qui fait remonter la première cause des évolutions à la variation indépendante.

Les Ioniens nous en fournissent aussi une preuve ; ils

(1) Voyez Crime politique de Lombroso et Laschi, 1890.

(2) Livourne (Voyez N. Magri et A. Santelli, Lo stato antico e moderno di Livorno), fut peuplée dos Liburnes de l'Illyrie, insignes pirates, qui étaient venus piller sur la mer toscane, où était l'antique temple do Labrone, et y édifièrent une station ou retraite. — Les Ligures Apuaniens furent des rebelles constants sous les Eomains.

furent révolutionnaires et produisirent les plus grands génies (Athènes), certainement parce qu'ils furent précocement mé langes aux Lydiens et aux Persans dans les coloinies de l'Asie Mineure et dans leurs îles, et qu'ils subirent de la sorte un double croisement de race et de climat.

Le croiseniert avec la race Germanique, d'autant plus puissant qu' il était à l'état naissant, nous explique pourquoi la Pologne s'éleva en très peu de temps à une si prodigieuse hauteur intellectuelle, au milieu des autres Slaves encore barbares ; et alors même que ces Allemands, qui lui importèrent les premiers germes de sa civilisation, étaient eux-mêmes encore peu policés: et cela nous donne, en partie, la raison de ses révoltes continuelles (1).

Le croisement climatique et ethnique des indigènes avec les colons Européens dans les Républiques espagnoles, les a rendus beaucoup plus actifs dans le commerce et même dans les études; — et aussi plus rebelles. L'Espagne moderne ne peut vanter ni un îlamos-"Mcjas. ni un Koca, ni un Mitre, ni un Pinero.

Et c'est certainement au mélange du sang allemand, que l'on doit attribuer dans ces derniers temps, V étrange fréquence, dans la Eranche-Comtée, des plus grands révolutionnaires scientiiîquos français (Nodier, Eourrier, Prudhon, Cuvier) (2).

Mmivais gouvernement. — Un gouvernement dans lequel le bien-être public est méprisé et les honnêtes gens persécuté^, est toujours instigateur de révoltes et de révolutions

(MACmAVELLi).

Les persécutions v transforment les idées en sentiments. Benjamin Franklin, à la veille de la Eévolution américaine,

(1) Lo o'oisomeat Germanique semble s'être produit, même dans des époques préhistoriques; il est certain que dans les sépultures préhistoriques de la Pologne, de la Prusse, comme à Volinie, on trouve dos ■crânes dolicocéphales, des orthognatos ayant dos caractères gerr/iani(iues {Diet. d'anthropoL).

(2) Revue des Deux Mondes, 1S82.

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dans un opuscule intitulé : Règles 'pour faire^ d'un grand em- 2)irc^ un petit, résume, comme il suit, les causes de mauvais gouvernement, qui, eflectivement, entraînèrent ensuite son pays à la révolte :

« Voulez-vous, écrivait-il, en s' adressant à la métropole, irriter vos colonies et les pousser à la rébellion ? Voici un moyen infaillible : Supposez-les toujours disposées à se révolter et traitez-les en conséquence : placez chez elles des soldats qui par leur insolence provoquent la révolte et la répriment avec des balles et des baïonnettes ».

Dans un pays où les réformes politiques marchent de pair avec les aspirations du peuple, les soulèvements sont rares ou nuls.

En Prance, un régime, comme celui des Orléans, convenable pour les classes riches, mais n' ayant aucune affinité avec les classes populaires, multiplia les révoltes et les crimes politiques, qui disparurent dans les premières années du gouvernement césarien -démocratique de ISTapoléon III, qui en imposait au peuple par sa magnificence et ses tentatives de réformes sociales. C'est un fait démontré par les statistiques des accusés poiu' causes politiques de 1826 à 1880 (y compris les délits de presse), dans lesquelles on relève, en effet, que la période Napoléonienne (1851-1870) correspond au minimum des procès politiques :

Moyennes annuelles En contradictoire Contumace

Causes Causes

La lutte pour la suprématie enti-e les différentes classes sociales est un effet de cette inégalité, qu'Aristote appelle: la source de toutes les 7'évolutions (1). « D'un côté, écrit-il, il y a ceux qui veulent l'égalité et qui s'iusurgent, s'ils croient avoir moins que les autres, même s'ils sont égaux à ceux qui ont davantage : de l'autre côté il y a ceux qui aspirent au pouvoir et qui se soulèvent si, étant égaux, ils croient que l'égalité n'a pas une juste raison d'exister » .

Il suffit qu'une classe dominante abuse du pouvoir pour susciter la réaction ; et encore Aristote avait déjà dit {Politicon^ YIII) : « De quelque côte que penche un gouvernement, il dégénère toujours par 1" exagération des principes -sur lesquels il est fondé » .

En Erance, la Eévolution de 1789 qui semblait devoir étouffer le principe monarchique dans le sang d'un roi, en dégénérant en anarchie, prépara l'Empire, qui surgit de nouveau après les troubles anarchiques de la République de 1849.

.Les tortures qu'infligeaient Démophyle et sa femme à leurs serfs furent (avec la coutume du brigandage traditionnel) cause de la grande révolte des esclaves en Sicile.

Pi-édominance exclusive d'une classe. Prêtres — Indépendamment de toute forme de gouvernement, la seule prédominance d'une classe, ou d'une caste sur l'autre, fut de tous temps dangereuse en entravant le développement organique d'un pays et en le prédisposant d'abord à l'atrophie, ensuite à l'anarchie, par un procédé opposé, mais aussi fatal, que les révoltes violentes.

C'est ainsi que la prédominance du clergé en Espagne, en Ecosse, et eu Italie dans les États Pontificaux et dans le

(1) Politicon, lib. X, CJiap. 11. C'est un fait curieux que tous les auteurs qui ont étudié et écrit sur les révolutions, n'ont fait que copier Aristote, et cela parce qu' il fut un positiviste de génie, qui vécut au milieu d'un grand nombre de petites révolutions, et vit et apprit certainement plus que tous ses successeurs.

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