‹ Le crime, causes et remèdesChapitre 92 sur 190 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

sairement les modifications giottologiques ; et cet ul;ase ne restera qu'une preuve de plus de l'ignorance humaine.

Et que l'on ne nous objecte pas que plusieurs pays, sans être ethniquement unifiés, ont toutefois des lois uniformes. — Cela n'est que trop vrai; il suffit de citer la Corse avec des mœurs et des crimes si différents de ceux de la France ; mais justement dans ces cas la loi unifiée y reste, grâce au jury, absolument lettre morte (1).

En Suisse, au contraire, chaque Canton a un Code particulier et pourtant on n'en a jamais éprouvé aucun inconvénient.

En Angleterre il y a mieux encore : il n'y a pas de Code particulier, mais une série de lois spéciales qui varient dans les trois grands règnes; et de même aux États-Unis, sauf New- York. Et ce sont les pays les plus libres et au moins dans le premier, les crimes sont en décroissance.

Nous ne prétendons cei-tes pas que l'on étende ces mesures aux subdivisions provinciales ou communales; il n'y aurait en cela aucune utilité, car, elles se fondent selon les climats et les races eu grands groupes. Toutefois des exceptions devraient être faites pour des pays même petits comme Artène, où la criminalité est endémique et où il faudrait adopter des mesures exceptionnelles, à la fois préventives et curatives, au nombre desquelles devrait être en première ligne l'émigration forcée des populations suspectes.

Là, par exemple, où il y aurait un nombre considérable de Bohémiens, ne serait-ce pas absurde de vouloir les traiter juridiquement comme les citadins de Paris, de Londres, et les soumettre, par exemple, au jury, etc.?

Barbarie. — Il serait absurde de vouloir extirper, tout d'uncoup, la barbarie ; mais on peut en atténuer les effets pernicieux en éclaircissant les forêts, forteresses naturelles des malfaiteurs, en ouvrant de nouvelles voies, en fondant des villes

(1) BouRNET. Criminalité en Corse, 1887 (Archive de Psychiatrie. VIII, 6).

et des villages dans les endroits les plus mal famés, comme fit avec succès Liutpraudo en 734, pour extirper le brigandage qui sévissait dans les campagnes désertes de Modène (Muratoei), en j procédant au complet désarmement ; avec une rapide et énergique répression qui préviendrait et frapperait les abus des puissants aussi bien que les vengeances des faibles qui sont les causes principales du brigandage; en extirpant, grâce à une instruction rationnelle, la superstition et les préjugés, ou bien en les faisant servir contre le crime comme l'essayèi'ent plusieurs fois Garibaldi et Napoléon ; en abolissant certaines institutions, d'ailleurs sans utilité pour les nations cultivées, telles que le Jury, la Garde nationale, l'élection populaire des juges^ et toutes les sociétés secrètes, et surtout les communautés monastiques qui sont si inclinées à la haine et à mal faire (voy. chap. préc.) ; en surveillant et régularisant les émigrations; en empêchant et en détruisant les associations de malfaiteurs à peine formées; en encourageant, par des primes, les dénonciations mutuelles auxquelles, comme nous avons vu, leurs membres sont si iucHnés (c'était un des moyens de Sixte Y) en frappant sévèrement, à l'aide d'une police habile, les receleurs et leurs complices, qui, nous l'avons démonti-é, sont le point de départ normal des criminels associés (v, chap. pr.); enfin en encourageant et au pis aller en terrorisant les citoyens honnêtes, mais faibles, si bien que, placés entre la crainte des •€riminels et celle de la loi, ils soient contraints de préférer la seconde à la première: méthode h laquelle Manhès est redevable de la destruction de 4000 brigands en moins de quatre mois.

Et lorsque le délit, celui, bien entendu, qui n'a aucun caractère économique, politique ou religieux, mais purement éthique, y repullulerait sous l'égide de quelques institutions libres, telle, par exemple, que: l'inviolabilité du domicile, l'abolition de l'arrestation préventive, liberté d'association, le jury; il deviendrait indispensable, comme justement pratiquent les nations les plus libres, Angleterre, Amérique et Portugal, de suspendre pour quelque temps ces institutions jusqu'au but atteint.

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La liberté est comme 1' or, chère à tous, tant qu'elle est un élément de bien-être; mais, justement comme l'or dans les mains de Midas, elle se fait abhorrer et mépriser quand elle <le vient une som*ce de malheurs; d'où les réactions tyranniques qui conduisent ensuite aux excès démagogiques. 11 est donc -dans l'intérêt de la civilisation d'éviter tout ce qui peut nous la rendre moins chère.

C'est pourquoi il faudrait, là où la camorra, la maffia, le brigandage prennent une physionomie politique , décréter <\es lois très sévères, capables de prévenir toute possibilité d'influence de leur part sur le sufl'rage: et l'homme politique, qui serait seulement soupçonné de participer à ces associations devrait perdre tous droits politiques; et les gens arrêtés pour camorra devraient être envoyés dans des pays éloignés exempts de criminalité endémique, et ou mieux encore rélégués dans les îles. Le tribunat politique dont nous parlerons devrait exercer une surveillance spéciale et une action directe sur l'application de ces mesures. Enfin, il ne serait pas moins utile d'abolir les droits de grâce, surtout pour les criminels associés de droit commun ; et de toute manière leur empêcher autant que possible de retourner dans leur pays où s'exerce leur champ naturel d'action.

Civilisatiofi. — Les effets pernicieux des grandes agglomérations, ceux de la civilisation poussée cà outrance se peuvent prévenir en opposant de nouvelles défenses aux nouvelles armes de crime. — Voyons-en les moyens:

Densité. — On peut essayer d'empêcher les mauvaises intlu- «■nces des grands centres en transportant dans les plus petits centres les institutions qui actuellement attirent dans les grandes villes déjà surchargées une foule trop considérable de personnes (Zeeboglio, Alcoolisme, 1892); telles que Universités, Académies, laboratoires scientifiques, collèges militaires, etc..

Il serait d'ailleurs puéril de croire que ces agglomérations

peuvent être dispersées tout d'un coup ; mais on peut les purifier de tout ferment criminel et les éclaircir peu à peu en favorisant l'émigration des ouvriers désoccupés, en leur accordant au besoin le transport gratuit. Et lorsque la densité arrive à être en disproportion exagérée avec l'alimentation, la diffusion des méthodes et des liquides Malthusiens devient aloi's le seul préservatif possible.

L'anglais Hill {Criminal capitaliste 1872), propose, lui, le concitoyen du pays le plus scrupuleux de la liberté personnelle, de surveiller et, le cas échéant, de supprimer dans les grandes villes, ces maisons qui sont le repaire des criminels habituels, qui de la sorte ne pourraient plus s'associer et subsisteraient difficilement étant isolés.

Il propose encore de frapper de peines très sévères les soidisants capitalistes du délit, ou receleurs, qui restent presque toujours impunis, et qui étant de la bonne société ont, ou devraient avoir, plus de crainte de la loi. Pour empêcher ensuite que l'immigration n'augmente les crimes dans les pays où elle est économiquement utile (Australie et Etats-Unis), on devrait y pratiquer une sorte de sélection comme on fait maintenant aux Etats-Unis ; et n'accepter que des immigrants valides, honnêtes, ayant quelques moyens et une habilité manuelle incontestée.

C est grâce à une pareille sélection faite cà l' aide des enquêtes judiciaires que la Erance, dans ces dernières années est parvenue à épurer son immigration: et qu'elle a obtenu une décroissance du crime (Jolt, o. c).

Police scientifique. Electricité. Photographie. Identification. — Nous avons fait jusqu'à présent de la police à tort et à travers, comme on faisait la guerre aux époques héroïques, alors que la ruse et la force musculaire de quelques-ims décidaient elles seules de la victoire.

Nous avons des policiers très habiles, aussi habiles que Ulisse et Achille dans les batailles ; mais nous n' en avons aucun cependant, je ne dirai pas comme de Moltke, mais,

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pas même comme un officier d'état-major quelconque, qui se serve pour ses recherches des ressources scientifiques que lui offrent les études de statistique, d'anthropologie criminelle, qui multiplie en somme son talent personnel par les forces énormes dont dispose la science.

Le télégraphe, par exemple, appliqué aux vagons des chemins de fer, le téléphone, les chemins de fer eux-mômes : voilà de nouveaux moyens aptes à neutraliser les nouveaux instruments du mal introduits par la civilisation ; ainsi que la photographie des détenus, distribuée alphabétiquement.

En Amérique, les sociétés d'assurance contre le crime ont introduit le télégraphe d'alarme qui, grâce à lui registre placé à la tète de votre lit, signale l'entrée du malfaiteur et avec un mouvement de clef, vous met en communication avec un bureau télégraphique qui envoie immédiatement les secours.

Une autre application de réiectricité a été introduite dans le service de police de New- York ; de nuit, chaque policemaii doit surveiller un espace déterminé ; le long de cet espace est placée une espèce de colonne de fer vide, qui, outre une petite pharmacie, contient un appareil télégraphique, système Morse, avec lequel, sans bouger de sa place, il peut communiquer avec tout le département de police de la ville et en recevoir les secours sans perte de temps ; si par exemple, plusieurs voleurs ont pénétré dans une maison et sont en train d'y faire leur butin, et (pi'il ne soit pas prudent pour lui de les affronter, il en avise le surintendant, qui avertit aussitôt tous lespolicetnan du voisinage, en touchant la sonnerie électrique, ■qui ne s'arrête plus jusqu'à ce que le policemen auquel appartient la colonne, accoure l'arrêter et en même temps recevoir les ordres de son supérieur.

Guillar propose sagement l'association de toutes les nations pour l'arrestation des criminels en rendant communs les traités d 'extradiction par l'organisation d'une espèce de police internationale qui communiquerait les photographies et signalerait les malfaiteurs qui vont à l'étranger — ou ceux qui à l'expiration de leiu peine émigrent dans les pays voisins, ou qui

j furent transportés, sauf les cas très rares où ils aient appris à exercer un métier lucratif. — Il devrait y avoir un casier judiciaire international et lai bureau d' indications généralea [Rev. de Disc. Carcer.^ Bulletin Internat.^ 187 6j.

En Autriche et en Angleteire on a introduit ces compagnies de Détective., de Vertraiite, qui sont de véritables combattants du crime.

Quelques-uns, isolés, cachent leur mission sous des noms d'emprunts et des professions diverses, d'autres divisés en petits groupes, inconnus les uns aux autres, tous récompensés généreusement , suivant l' importance de l' arrestation qu' ils effectuent, font une chasse à outrance aux criminels et souvent les attrapent en flagrant délit, en se servant des chemins de fer, du télégraphe, de l'observation minutieuse faite dans les prisons des physionomies et sm-tout du regard des malfaiteurs, qui ne peut changer, et des collections photographiques dont nous avons parlé.

MétJiodes d'identification. — Un bon commissaire de police, pour mettre la main sur l'auteur inconnu de quelque crime, se fie à sa mémoire, à la photographie et aussi au grossier casier judiciaire qu'on a institué depuis peu d'années. Mais dans un royaume aussi vaste que l'Italie, avec des communications aussi rapides, des milliers d'individus échappent à ses observations; la mémoire la plus heureuse ne saurait être d'un grand secours.

Les délinquants réussissent aisément à se soustiaire aux recherches de la police en changeant de nom; et s'ils sont arrêtés, ils parviennent non moins aisément à tromper l'autorité sur leurs propres antécédents, en prenant le nom de quelque personne honnête.

On voit, d'après cela, combien est nécessaire une identification scientifique des prévenus (1).

(1) À Vienne 150 Vertrmite arrêtèrent en 9 mois de 1872 — 4950 délinquants, parmi lesquels 1426 voleurs et 472 escrocs (Eatbenz, Wiener Verbrechen, dans la Dent. Rundschau, 1875).

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