‹ Le crime, causes et remèdesChapitre 99 sur 190 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

représentants de la nation, de limiter leur mandat et de leur ùter tout privilège. Dans les crimes de droit commun, il est juste qu'ils soient soumis à une plus grande responsabilité que les autres, comme en Angleterre oîi le seul soupçon d'adultère, qui pour beaucoup n'est pas même un délit, suffit à faire tomber Parnell.

Il faut pour cela, octroyer la plus large liberté à la presse: car, dans l'état présent des choses, le coupable, non seidement ne peut eti-e dénoncé; mais s'il l'est, il trouve une nouvelle ressource dans ses propres crimes ; et peut, aux dépens des gens honnêtes et avec l' instrument même des lois, opérer ce que j'appellerai un vrai rançonnement à rebours en se faisant indemniser de nouveau sur les efforts que font les honnêtes gens pour aviser le public de ses méfaits. C'est ce qui arriva en France oii Baï..., il y a quelques années, put faire condamner à une forte peine un journaliste qui avait osé divulguer une faible part de la vérité sur le Panama.

C'est ici le lieu de faire remarquer que dans ces cas, ce n'est pas augmenter le mal comme le croient les esprits faibles que de mettre à nu les plaies ; c'est au contraire faire œuvre d'assainissement. Et un pays qui comme la France cherche de faire pleine lumière sur ces souillures afin de s'en purifier, reprend sou rang dans l'estime du monde et dans l'opinion populaire quelque haut placés que soient les coupables.

Une des réfonnes qui servirait le mieux à enrayer la corruption politique serait encor une large décentralisation: car, lorsqu'un gouvernement concentré comme le nôtre ou coimne le gouvernement français, a la faculté d' administrer des sommes énormes, de manipuler des affaires pour des milliards, comme pour beaucoup de nos ti'avaux publics, la corruption en surgit inévitablement aussitôt, parce que le contrôle du pubfic ne s'y exerce plus aussi activement, ni d'une manière aussi directe et laisse à l'impunité une porte plus largement ouverte. Faites au contraire que les administrateurs agissent au grand jour sous les yeux de tous, le contrôle en sera bien plus efficace et les faibles que l'argent

pourrait séduire y trouveront un moyen de résistance contre le mal. Les Panama se produisent toujours dans les grandes administrations centrales et jamais, ou dans des proportions bien moindres, dans les administrations commimales.

Concussion. — L'abus des fonctions publiques est aussi un délit de la civilisation la plus avancée, qu'on ne parviendra à refréner qu'en limitant le nombre et la toute-puissance des députés et des sénateurs, qui sont les protecteurs naturels des pires employés; par la décentralisation qui permettra une vigilance plus active et diminuera les monopoles — mais surtout par la diminution effective des fonctionnaires.

La Russie et l'Italie sont de véritables gouvernements d'employés qui absorbent et étouffent tout ce qu'il y a de vital siu- la superficie du sol et qui, sous prétexte de mieux protéger la vie, la tuent. Dans les tribunaux, par exemple, en substituant les fo'nctionnaires collectifs par un juge unique, on augmenterait le sentiment de la responsabilité on découvrirait plus aisément les cas de corruptions: il faudrait aussi diminuer le nombre des employés ce qui permettrait de les mieux choisir. J'ai proposé, par exemple, de choisir les juges dans les premières promotions à l'aide des examens, dans les secondes par le nombre des sentences non révoquées dans les promotions supérieures, et enfin les juges des promotions les plus élevées, par le nombre des causes traitées par citations directes et par leur issue en appel •, ce serait là le critérium le plus exact et en même temps un prodigieux encouragement à bien faire.

Contre les influences alcooliques (1).

Pour combattre l'alcoolisme, cause si fi'équeute de crimes, nous devons nous inspirer des efforts extraordinaires qu'ont faits les Angio-Saxons : leurs sociétés de tempérance sont devenues très puissantes : en 1867, elles comptaient déjà 3 millions de membres, trois journaux hebdomadaires et trois mensuels,

A Glasgow, elles dépensaient 2000 livres sterlings pour oiivi'ir des cafés dans les endroits oii les ouvriers fréquentent le plus les cabarets ; à Londres, elles ouvraient les jours de fête, des salles de thé et de spectacles pouvant contenir plus de 4500 personnes. A Baltimore, en Amérique, elles étaient représentées au Congrès par plus de 750,000 membres ; en 1873 ils surpassaient 2 millions; et en 5 ans ils se vantaient d'avoir fait fermer 4000 distilleries et supprimer 8000 cabarets.

En Amérique, les femmes furent de puissantes alliées de ces

(1) "WiLH. BoDE, Die Heilung der Trunksucht, Bremerhave, 1890. — G. BuNoy,, Die Alkoholfrage. 5 Aufl., Zurich, 1890. — A. Fobel, Die Errichtung von Trinkcr-Asijlen nnd ihren Einfiigung in die Oesetzebung, 1890. — Id., Die Reform der Gesellschaft dureli die vollige Mithaltung von alkoholischen Oetrù'nken, 1891. — Koksakoff, Lois et mesures prophylactiques, Turin, 1894. — Zebboglio, SulV aleoolisino, 1895. — Jaquet, L'alcoolisme, 1897. — Legrain, Dégénérescence sociale et Alcoolisme, 1877. — Claude, Rapport au Sénat sur la consommation de V alcool en France, 1897.

fiers ennemis de l'alcoolisme ; afin de préserver leurs frères et leurs maris, elles forçaient les liquoristes par les prières, par les sermons répétés jusqu'à l'importunité, à fermer leurs débits; quelques-uns résistèrent en menaçant de les frapper, ou les inondèrent avec les pompes; d'autres recoururent aux tribunaux, ou bien lancèrent contre elles des couples d'ours; mais elles étaient protégées par leur propre faiblesse, par leur ténacité et par la sainteté de leur cause ; et alors même qu'elles étaient comdamnées par le jury, elles trouvaient des juges qui ne faisaient pas exécuter la sentence ; mises en fuite un jour elles revenaient à la charge le leudemain, de sorte que beaucoup durent céder devant leur indomptable énergie.

En j^llemagne et en Suisse, surgirent, sous les auspices de Forel, des journaux, des bibliothèques, dans le seul but de combattre l'abus des boissons alcooliques.

Tant d'efforts réunis réussirent à modifier profondément les institutions à cet égard: dès 1832 on commença dans l'Amérique du Nord à accorder une paye supplémentaire à tout matelot qui renonçait à sa ration de grog; dans la ration des troupes de terre, on supprima les liqueurs fortes (avec défense aux vivandières d'en vendre), et on les remplaça par le café et le sucre, mesiu-e qui fut ensuite adoptée par les grandes sociétés industrielles.

En 1845, l'état de New- York se déclara contraire à la vente de l'alcool ; le département du Maine en fit autant ; malgré cela, la vente des spiritueux continuait en secret dans les magasins ; c'est alors que fut décrétée la fameuse loi du Maine, qui défendait expressément la fabrication et la Tente des Hqueurs spiritueuses, excepté pour l'usage hygiénique : les difficultés de leur transport devinrent extrêmes ; il était défendu d'en tenir plus d'un gallon dans les maisons, et la loi autorisait des perquisitions domiciliaires pour en découvrir les dépôts cachés.

Cette loi fut adoptée dans les États voisins de Michigan, Connecticut, Indiana, Delaware, etc. ; mais elle y fut en grande partie neutrahsôe par les étrangers et par la faculté qu'avait le pouvoir central d'accorder des concessions de cabarets.

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