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où il vit complètement, est un moyen de reclassement le plus sûr et le plus naturel. Mais, pour certains il est impossible de l’employer, soit que la récidive soit. à craindre, soit que.la famille se désintéresse complètement de l’enfant, ce qui est assez fréquent. Il faut donc'alors que celui-ci soit conservé dans l'établissement pénitentiaire où il aura été envoyé.
On fait une campagne très suivie depuis longtemps contre les maisons de correction. .Le tableau qu’on en a tracé est des plus effrayants.
.- Un de leurs détracteurs a même prétendu que ces prisons d’enfants avaient été ,reconstruites avec les pierres de la Bastille! Certes, .les maisons de correction ne sont point parfaites, mais il faut mal les’ connaître pour en parler de la sorte.
Avant de donner mes.impressions personnelles je vais tracer brièvement l'historique et la description des maisons de correction.
Pendant la première partie du siècle, ces établissements n’existaient pas, pour ainsi dire. La loi de 1850 a opéré une transformation complète et a été le point de départ des réformes « successives qui ont abouti. à leur état actuel. Déjà en 1835, M. de Metz avait fondé la colo- :
“nie de Mettray, qui est un type tellement perfectionné que les. Hollandais viennent d’appeler
Mettray l'établissement similaire qu’ils ont créé il y a peu de temps.
Les colonies pénitentiaires destinées aux enfants ne sont point des prisons, mais bien de vastes domaines : celle des Douaires a 420 hec- : tares; celle du Val-d’Yèvre en a 400, sans parler des colonies privées, telles que Mettray et la Loge, qui sont bien plus considérables encore. Est-il nécessaire d'ajouter que. ces domaines n’ont aucun mur de clôture, et que les bâtiments où sont installés les divers services sont isolés les uns des autres sans que le moindre entourage donne l’idée même d’une caserne?
Aucun geôlier, mais des surveillants, des instituteurs, des contremaîtres, voilà pour le personnel. Veut-on savoir ce que font les enfants : les uns travaillent les terres de la ferme ou abattent les arbres en forêt, d’autres sont employés comme menuisiers, charrons, ser-:
ruriers, maçons, peintres, etc. L'entretien des bâtiments et la fabrication des meubles et instruments agricoles sont effectués par les jeunes colons.
Les repas se prennent en commun dans une pièce immense qui, les jours de fête, sert de salle de théâtre. Une musique instrumentale excellente, dirigée par un chef expérimenté, va de temps à autre jouer sur la place de la ville
CORRECTION ET PRÉSERVATION. z211-.
voisine. Quel n’a point été mon étonnement de retrouver dernièrement, comme piston solo, dans une des colonies les plus importantes un enfant qui avait été arrêté plusieurs fois pour vol à la tire et qui, dans les premiers temps, s'était évadé à deux reprises différentes! Aujourd’hui c’est un excellent sujet, qui était très fier de me montrer son talent et de m’apprendre qu’il était en outre employé à l’économat comme comptable.
Et puis, tous les colons ne sont pas présents; une très grande partie sont placés chez des cultivateurs ou des artisans du voisinage où iüls' sont à demeure. Le directeur va de temps en temps les voir et les encourager, maïs s’ils ne se conduisent pas bien ils réintègrent la colonie.
Les jours de fête, tout le monde revient; et quand, tout dernièrement, on célébrait aux Douaires un service funèbre, dans la grande chapelle, en l’honneur des anciens colons engagés volontaires morts à l’ennemi à Madagascar, au Tonkin ou au Soudan, les jeunes colons en armes, autour du catafalque orné des couleurs nationales, n’avaient point l’air de prisonniers, mais-bien de jeunes recrues rendant les honneurs aux anciens tombés glorieusement.
Aussi, quand vient l’âge de l'engagement militairé, beaucoup partent avec joie pour entrer.
dans cette grande famille, l’armée, où ils deviennent d’excellents sujets. Or, que l’on ne croie pas qu'ils oublient la colonie où ils ont passé plusieurs années. Non seulement ils écrivent :à leurs anciens directeurs des lettres touchantes que j'ai lues, mais encore, quand une permission leur est accordée, ils reviennent passer souvent plusieurs jours au milieu ‘de : leurs jeunes camarades, très fiers de montrer des galons lorsqu'ils ont conquis un grade.
- Bien certainement, pour tous ceux qui ont une famille qu'ils'affectionnent, le séjour à la colonie est pénible, mais celui-ci ne ressemblet-il pas un peu à l’internat que nous avons tous plus ou moins connu? Et encore, les parents peuvent venir en toute liberté visiter leurs enfants; ils correspondent avec eux, et les lettres échangées ne sont point empreintes de tristesse.
. À l’École Lepelletier-Saint-Fargeau, que je visitais récemment, j'étais frappé du luxe des chambrettes en chêne ciré où couchent.isolémént les jeunes colons, sans craindre les promiscuités malsaines. Dans la plupart, les portraits des parents, des gravures, voire même des peintures primitives faites par le colon luimême en ornaient les parois. Des lavabos luxueux, des salles de bains et de douches, des
infirmeries modèles, des réfectoires : confortables, des salles de récréation couvertes me faisaient songer aux installations plus primitives des collèges où beaucoup d’entre nous‘ ont passé plusieurs années, sans parler des casernes où les chambrées servaient naguère à tous les usages!
Voilà pour les grands. Les petits, pour lesquels on a organisé à Saint-Hilaire une école de réforme avec un personnel féminin, sont l’objet d'une sollicitude toute spéciale; et les jours de fête, on pourrait voir ceux qui. ont été les plus sages grimpés sur les chevaux de bois installés sur la place de la ville voisine où ils. ont été conduits par le directeur!
A Frasnes, près de Gray, un établissement privé, où sont envoyés les enfants au-dessous de 12 ans soumis à la correction, est tenu par des religieuses et un vieil aumônier. Quand ils ‘ ont 16 ans, ces mêmes religieuses les emploient à la culture et leur montrent elles-mêmes le maniement de l'outillage agricole. Puis, quand ils sont libérés, elles les envoient dans un patronage qu’elles :ont installé à Besançon. Les jeunes gens y sont. encore sous la surveillance exclusive des religieuses et placés chez des patrons de la ville, ils viennent prendre leurs
repas et coucher au patronage. Lorsque lun
des patronnés désire s'engager, ce sont les religieuses qui le mènent elles-mêmes au bureau de recrutement!
Voilà le tableau vrai des colonies impropre ment appelées maisons de correction par la loi; J'ai visité des établissements similaires à l’étranger, le système employé chez nous est à peu près le même partout avec quelques légères modifications. |
En Angleterre, l’organisation du travail industriel est cependant mieux conçue qu’en France. La colonie de Redhill, la plus ancienne de l’Europe, et la plus importante de l’Angleterre, offre à cet égard un intérêt tout particulier. J’approuve surtout la séparation des jeunes
colons par groupes distincts. À Redhill, ils sont |
divisés selon les à âges, en quatre ou cinq agglomérations n'ayant aucun rapport entre elles, sauf les dimanches et les jours de fête.
Dirai-je un mot des punitions employées pour venir à bout des indisciplinés ou de ceux qui commettent une infraction grave aux règlements?
En France, c’est la cellule; en Angleterre, presque toujours les verges. Les Anglais prétendent même que les enfants préfèrent cette dernière punition à l’isolement du cachot; en
tout cas, ils ne sont pas près d’en cesser l’em-:
EL
ploi. Ce que je reproche, par exemple, à la reformatory anglaise, c’est le couchage en commun, qu’ils ont conservé, à cause de leur : grande crainte de l'incendie; c'est, du moins, la seule raison indiquée et plausible.
Quoi qu’il en soit, les colonies pénitentiaires correctionnelles ou agricoles de notre pays sont arrivées à. un degré de perfectionnement suffisant pour que l’on ne puisse leur appliquer l'appellation de carcere duro que leurs détracteurs se plaisent à leur donner, sans parler des autres améliorations qui sont en voie de réalisation. Elles ont pour but de rapprocher de plus en plus l’organisation de ces établissements du régime familial. L'emploi des femmes dans les colonies de garçons se multiplie d’autant plus qu'il a donné d’excellents résultats depuis qu’il a été inauguré.
Pour les filles, je citerai, pour être complet, deux établissements types, l’école de Sainte- Odile et l'Atelier Refuge de Rouen, sous la surveillance de religieuses, sans parler d’autres semblables. Là non plus, les pupilles de l’administration pénitentiaire ne sont point incarcérées. À Rouen, notamment, où depuis la fondation 3000 délinquantes au moins se sont succédé, l'établissement comprend une colo-
nie agricole de 175 hectares et des jardins
Né
d’une étendue de 8 hectares. Les filles employées à la ferme ou au jardinage obtiennent des succès qui ont été récompensés aux expositions agricoles et qui ont valu la croix du Mérite agricole à leur directrice.
Pour exposer plus complètement le système pénitentiaire qui est appliqué rationnellement aux mineurs de l’un et de l’autre sexe soumis à l'éducation correctionnelle, il faudrait sortir du cadre de notre sujet. Je crois avoir suffisamment indiqué que le but proposé est le re- - classement des uns et des autres quand la justice n'avait point cru pouvoir les remettre à leurs familles, soit que celles-ci soient représentées comme indignes ou incapables de les ramener au bien, soit que les instincts pervers de l’enfant, joints à la gravité de la faute commise et et à leurs mauvais antécédents, ne’ puissent permettre sans danger leur retour au foyer paternel, alors même que celui-ci serait bon.
En règle générale, toutes les fois que le reclassement peut s’obtenir dans la famille, le tribunal d’abord, l'administration ensuite, ne doivent point hésiter à réintégrer l’enfant au milieu des siens. Mais, quand il y a un danger pour celui qui doit être l’objet de cette mesure, ne vaut-il pas mieux le soumettre à l’éducation correctionnelle, telle qu’elle existe maintenant
avec ses perfectionnements nombreux, sauf à placer ultérieurement l'enfant, comme cela se pratique, dans une autre famille, plutôt que de le voir devenir un récidiviste, c’est-à-dire un‘ paria de la société?
En définitive, la maison de correction ou plutôt les établissements qui en tiennent lieu, fournissent les moyens à employer quand tous les autres ont fait défaut : le seul but à atteindre n'étant point la répression du coupable, mais bien sa préservation et son reclassement.