‹ Le crime de 1804Chapitre 4 sur 16 · ÉTAT · texte numérisé non relu

ÉTAT

(( Un chef de bataillon commandant (Harel).

« Un adjudant de place (Tabarry).

« Un sous-lieutenant secrétaire (Lelong).

« Un portier-concierge (Porion).

« Un concierge des bâtiments militaires (Bourdon).

€ Train d'artillerie de la garde des consuls, quatrevingt-dix-neuf hommes (Michon, capitaine).

« Vingt-trois hommes du 18 e régiment d'infanterie de ligne.

« Cinquante ouvriers. »

Real, en recevant cet état, s'empressa de le mettre sous les yeux du premier consul.

— Ce n'est pas cela, fit celui-ci avec impatience ; accusez au citoyen Harel réception de cet état, et demandez-lui : 1° s'il y a des logements vacants, leur désignation précise et dans quelle partie du château ; 2° un état beaucoup plus circonstancié et nominatif des bourgeois logés au château : hommes, femmes, enfants et domestiques ; la désignation des logements qu'ils occupent, depuis quand, par quels motifs, par quelle autorité; lui faire bien sentir que c'est sur les personnes et non sur l'état-major que l'on désire avoir des renseignements. Demandez-les-lui de suite, et qu'il les envoie le plus tôt possible.

— Oui, général, répondit Real.

Et il se remit à la besogne.

La réponse, cette fois, fut satisfaisante : elle indiquait sans exception tous les habitants du fort et désignait tous les logements qui existaient dans son enceinte.

Un seul, situé dans le pavillon du Roi, était noté « vacant. »

Bonaparte jeta les yeux sur le plan général des bâtiments, et posa le doigt sur le pavillon indiqué.

— C'est bien cela, dit-il.

Au même instant, on remit à Bonaparte les rapports

iÇii arrivaient de Strasbourg et que lui adressaient s généraux Ordener et Caulaincourt.

11 les lut avec attention, celui de Chariot surtout, i le renseignait sur la façon dont on avait conndu le nom de Dumouriez avec celui du marquis Thumery. Mais, [arrivé à ce passage, le premier* nsul se contenta de sourire.

Évidemment, il y avait longtemps qu'il savait à quoi s'en tenir à ce sujet.

Le détail des arrestations opérées parut aussi lui être particulièrement agréable.

Le courrier extraordinaire adressé par les généraux à M. de Talleyrand n'arriva que le lendemain matin dimanche. Il apportait, outre les rapports de Caulaincourt, la réponse de l'Electeur de Badey le rapport du capitaine Rosey sur sa mission à Munich et les papiers du duc d'Enghien, ainsi que le procès- verbal de leur dépouillement.

Talleyrand, qui n'ignorait pas combien la lecture de ces papiers serait attrayante pour son maître, se hâta de les lui porter.

Ce jour-là, le grand juge Régnier, Maret et Fouché, furent mandés à la Malmaison.

Il s'agissait de travailler la matière accusable et de manipuler les preuves qu'on extrairait de la correspondance saisie.

— Fouché, dit soudain Bonaparte en s'adressànt, dès qu'il arriva, à son ex-ministre, vous m'aviez parlé d'une malle pleine de pièces qui devaient nous mettre sur la trace de toutes les ramifications du complot.

— En effet, général, cette malle a existé, et on eût dû la trouver chez la baronne de Reich.

— Mais il paraît qu'elle n'y était plus.

— Ce n'est pas ma faute.

— Parbleu, dit Talleyrand, tous les papiers compromettants sont disparus; mais nous avons là plus de pièces qu'il ne nous en faut pour établir d'une façon péremptoire que le duc d'Enghien était à la solde de

l'Angleterre. Voici un brouillon de note destinée à M. Stuart, l'ambassadeur du roi d'Angleterre, qui porte que si le prince « s'est retiré à Ettenheim, sur les bords du Rhin, c'est pour y attendre les événements heureux qui pourront lui donner le moyen de rentrer dans la carrière militaire. Or, quels peuvent être ces événements heureux, si ce n'est, en première ligne, la réussite du complot Cadoudal?

Chacun lut et relut notes et correspondance, et ïi n'était pas une ligne d'écriture qu'on ne cherchât à interpréter comme une preuve accablante. Mais malgré la subtilité de l'un ou la mauvaise foi de l'autre, il fut absolument impossible de baser aucune espèce d'accusation sur les papiers saisis, et on dut s'arrêter à cette conclusion du grand juge : que les lois contre les individus qui avaient porté les armes contre la République, et qui étaient à la solde de l'Angleterre, étaient formelles et suffisaient pour provoquer une condamnation.

Tous se rangèrent à cette opinion, et il fut décidé qu'on laisserait de côté les preuves écrites — par la raison qu'elles n'existaient point — et qu'on se bornerait à appliquer la loi.

D'ailleurs, comme l'accusé ne devait pas avoir de défenseur, il n'était pas probable qu'il cherchât à épiloguer sur le comment et le pourquoi, habitude déplorable qu'ont les avocats, gens généralement gênants dans les procès politiques, surtout quand ils sont honnêtes et qu'ils ont du talent pour chercher tout ce qui est de nature à prouver l'innocence de l'accusé et à frapper l'esprit des juges.

Donc, il fut convenu qu'on ne donnerait pas de défenseur à l'accusé.

On eût pu, certes, tandis qu'on y était, supprimer aussi les juges et se contenter du piquet d'exécution; mais on réfléchit qu'une apparence de jugement fait toujours bon effet sur le public, et on s'occupa, sans désemparer, de mettre la dernière main à l'œuvre.

Ce fut encore ce pauvre Real, passé à l'état de machine à écrire, qui fut chargé de distribuer les rôles à chacun dans la tragédie sanguinaire qui allait être jouée à Yincennes.

Sa plume n'arrêtait plus.

Du dimanche au mardi, dans la soirée duquel on attendait le prisonnier, ce ne fut que lettres, ordres, avis, injonctions, arrêtés.

Ce fut d'abord une seconde invitation au général Murât d'avoir, en sa qualité de commandant de la division militaire dans l'étendue de laquelle le jugement devait être prononcé, à désigner, conformément à la loi du 49 fructidor an V, les membres de la commission militaire chargée de condamner le duc d'Enghien. — Inutile d'ajouter que, pour lui faciliter le travail, les noms étaient indiqués à l'avance.

Puis un rapport qui; à défaut d'acte d'accusation, pût le remplacer.

Nous n'en unirions pas s'il nous fallait reproduire ici tout ce qu'écrivit Real; bornons-nous aux pièces principales; la première est , l'arrêté du gouvernement qui mettait le prince en jugement; il était ainsi conçu:

LE CRMB DB 1804. 2i9

Extrait des registres des délibérations des conseils de

la République.

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