‹ Le Crime de Magie et le Droit RomainChapitre 186 sur 227 · Ammien, 0p. cit, XXVIIT, 1 Idem, loc. cit · texte numérisé non relu

Ammien, 0p. cit, XXVIIT, 1 Idem, loc. cit

“Aldem, oericit.

4, Idem, loc. cit.

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mise en scène effrayante et propre à émouvoir les âmes les plus fortes : une troupe de bourreaux est là, toute prête à exécuter les ordres, on amène les esclaves, on les déchire par la torture, ils sont héroïques, ils ne parlent pas. Enfin une servante, vaincue par l’excès des tourments, laisse échapper quelques mots équivoques. C’est suffisant, et cette justice exemplaire n’exige pas d’autre preuve Aginace et Anepsie sont traînés au supplice.

A la fin de cette même année, qui termina son règne, Valentinien, se souvenant qu’il avait été un prince libéral, rétablit l’appel à son tribunal pour les sénateurs. Le Sénat, en effet, lui avait fait parvenir une députation pour l’éclairer sur les meurtres judiciaires que Maximien commettait en son nom. Îl put alors se rendre compte que la haine, la jalousie avaient, seules, fait envelopper plusieurs sénateurs dans l’accusalion de maléfices. Aussi, dans sa constitution du 6 décembre 3711, il attribue compétence, pour les affaires de cette sorte, à la préfecture urbaine. Si cette juridiction ne peut trancher la question posée et rendre une sentence qui la termine, alors l’empereur ordonne que l’affaire soit transmise au ressort de la chancellerie impériale et que tous ceux qu’elle concerne comparaissent devant elle, ensemble avec tous les documents présents et passés.

Cependant, en Orient, où régnait Valens, les procès de Magie semaient la terreur. Valens, en effet, était dominé par la crainte de se voir détrôner si ses ennemis, les païens d'Orient, parvenaient à pénétrer les secrets de l’avenir, grâce aux secours de l’Astrologie. Cette inquiétude le porta à accorder une foi aveugle à tous les bruits de Magie. Ammien Marcellin nous rapporte toute une série de procès qui, pour la plupart, s’achevèrent par la mort des infortunés prévenus. L'occasion en fut une maladresse du trésorier du domaine privé à Antioche, Fortunatien?.

Fortunatien ayant réclamé aux intendants Anatole et

!. Imp. Vallentini ans, Valens et Gratianus ad Ampelium, praefectum

bi : « Quia nonnulli ex ordine senatorio maleficiorum insimulatione adque invidia Stringebantur, idcirco hujusmodi negotia urbanae praefecturae discutienda permisimus. Quod si quando hujusmodi inciderit quaestio, quae iudicio memoratae sedis dirimi vel terminari posse non creditur, eos, quos negotii texrtus amplectitur, una cum gestis omnibus praesentibus adque praelerilis ad comitalum mansueluâinis nôsttae sollemni observationi transmilii praecipimus. Cod. Th., IX, XVI 10.

è. Ammien Marcellin, XXIX, 1.

Spudase ce qu'ils devaient au trésor, ceux-ci, conseillés par un certain Procope, cherchaient à s’en débarrasser. Fortunatien livre alors à la juridiction du préfet du prétoire, Pallade, qu’il soupçonne d’être l’empoisonneur à gages de ses ennemis, et le tireur d’horoscope, Héliodore.

Procès de Pailade et dHéliodore.

Tout d’abord, la torture fut appliquée avec rigueur. C’est alors que Pallade, au milieu des tourments s’écrie «qu’il va dévoiler une trame d’une tout autre portée » et se lance dans unedéposition où il affirme que l’ex-président Fiduste est parvenu, par des conjuralions, à connaître le nom du succesde Valens. Fiduste est arrêté. Il convient de s'être entretenu avec Hilaire et Patrice, tous deux versés dans la divination, au sujet de l'héritier présumé du trône. Or, le sort, interrogé suivant lies procédés magiques, leur avait révélé le nom d’un prince par excellence, tout en les mena- Çant eux-mêmes d’une mort tragique. Ils avaient aussitôt songé, disaient-ils, que Théodore, notaire, était l’âme d'élite à qui appartenait ce nom prédestiné; et Fiduste ajouta qu'il avait fait part de la prédiction à Théodore par l'entremise d’'Eucère, récent administrateur d’Asie. Celui-ci est aussitôt jeté en prison. Au rapport qu'on fit à Valens de l'affaire, sa férocité naturelle, accrue encore par les lâches complaisances de son entourage, s’enflamma. Il donna l’ordre d'enlever Théodore de Constantinople, ainsi que le signal des arrestations en masse. Théodore arriva, vêtu de deuil, et fut aussitôt mis au secret sur un point écarté du territoire de la ville. Les commissaires qui devaient juger les accusés s’assemblèrent sous la présidence du préfet du prétoire. Le premier entendu fut Pergame, qui accusa Pallade d’avoir lu dans l'avenir par le secours de la Magie. Il se lança dans une déposition compliquée où il nomma de nombreux complices. Pour en finir il fut mis à mort avec d’autres personnes compromises. « Valens, nous dit Ammien!, dirigeait lui-même les procès et avait fait plein divorce avec l'équité. » Lorsque vint le tour de Patrice -et d’Hilaire, troublés, ils se coupèrent dès le début. On leur déchiqueta les flancs avec des tenailles, aussi firent-ils leur confession entière. Ils dirent comment ils avaient construit, au moyen de baguettes de laurier, à limitation de celui de Delphes, le trépied dont ils s'étaient servis pour

1, Ammien Marcellin, XXTX: 1.

leurs opérations n agiques, et décrivirent le procédé qui leur avait fourni le nom de Théodore, comme devant être, d’après la question posée, le successeur immédiat de l’Empire. Cependant, Hilaire ajouta, à la décharge de Théodore, que tout s'était fait à son insu. Mais la plus grande franchise, dans les dépositions des prévenus, ne leur était d'aucun secours et «quand ils eurent fini, les ongles de fer recommencèrent leur office!. » Théodore, lui, commença par demander grâce. Il fit l’aveu des confidences d'Eucère qui l’avait empêché de tout révéler à l'Empereur. Eucère, cruellement déchiré, confirma l’aveu. Mais on produisit des lettres écrites par Théodore à Hilaire, qui démontraient son entière confiance en la prédiction et son impatience de la voir se réaliser. On fit ensuite comparaître Eutrope, à ce moment proconsul d'Asie. Il était accusé d’avoir eu connaissance du complot et ne dut son salut qu’au dévouement du philosophe Pasiphile qui, torturé jusqu’à la mort pour le charger par un mensonge, persista dans une héroïque dénégation. Enfin on prétendit que Simonide, jeune et austère philosophe, avait reçu des confidences de Fiduste ; il déclara qu’effectivement on lui avait tout dit, mais en se fiant à sa discrétion, et qu'il s'était tu. L'empereur qui avait suivi de près l’instruction, confirma la délibération des juges, en réunissant tous les accusés dans une même sentence de mort. Ils eurent tous la tête tranchée, excepté Simonide. Son héroïque constance avait exaspéré la cruauté du juge qui le condamna au feu?. Les jours suivants, on exécuta une quantité d’accusés de tous rangs, sans même attendre la fin de leur procès, tant le peu qui leur restait de vie après le fouet et la torture semblait chose négligeable ! Pour justifier cet odieux massacre, on s’avisa de rassembler des livres et des cahiers trouvés dans diverses maisons et de les brûler sous les yeux des juges comme traitant de sujets illicites. Or, dit Ammien® c'était, en presque totalité, des ouvrages sur le droit ou les arts libéraux. | Peu après, le savant et célèbre Maxime, auquel l’empereur Julien devait son éducation scientifique, fut accusé, lui aussi, d’avoir eu connaissance de la prédiction. Il convint du fait et affirma avoir dit que ceux qui avaient inter-

1'O7b1d.,“loc.cit.

2 LOI. M IocNeits 3. Ammien, XXIX, 1.

rogé le sort périraient du dernier ÉpDES Il eut la tête tranchée à Ephèse, sa patrie.

Ammien mentionne encore d’autres procès, au même moment :

Celui de Dicgère, longtemps correcteur de Bithynie, homme d'esprit distingué. Une accusation de Magie fut portée contre lui, et on le fit périr pour s'emparer de son riche patrimoine?

L'acharnement à la vengeance était si grand que peu importait d’où émanait l’accusation. C’est ainsi qu’Alypius, lieutenant honorable de Bretagne, fut accusé de Magie sur l’unique déposition d’un nommé Diogène, rebut de la he du peuple. Par la torture, on obtint de Diogène tout ce que réclamait l’accusateur, c’est-à-dire le prince, ét on le fit ensuite brûler vif. Al pius fut condamné à l’exil après avoir été dépouillé de ses biens. Son fils, condamné à mort sans aucune raison, ne dut son salut qu’au hasardë.

Ainsi Pallade, auteur de tous ces maux, semait partout le deuil et les larmes « signalant les uns pour fait de sortilège, les autres comme complices d’attentat à la majesté du trône. »

Et l’on s’attachait à considérer comme «pièces de conviction », prouvant le crime de Magie, tout ce qui, jusqu'alors, faisait partie de la divination permise ou de la médecine populaire : « Sitot qu’une dénonciation était lancée, des agents arrivaient qui glissaient parmi les effets des prévenus quelque sort, quelque amulette de vieille femme, quelque recette pour préparer les philtrest ». Sans même que la défense soit écoutée, ou même une charge articulée, on prononcait la confiscation et la mort... Pour éluder les perquisitions, partout, dans les provinces d'Orient, on prenait le parti de jeter au feu ses livres, tant la terreur s'était emparée de toutes les âmes...

Un autre procès fameux de cette époque, fut le procès du notaire Bsssien, officier de sang noble, accusé d’avoir fait servir la divination à ses vues ambitieuses. Or, sa femme était enceinte, et il prouva qu’il n'avait consulté le sort que pour connaître le sexe de son enfant. Néanmoins, son

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