‹ Le Crime de Magie et le Droit RomainChapitre 207 sur 227 · Jean d'Ephèse, op. cit., III · texte numérisé non relu

Jean d'Ephèse, op. cit., III

des cris d’indignation s’élevèrent contre les païens et leurs juges. Le peuple accourut, et le nombre des émeutiers s’accrut rapidement jusqu'à plus de cent mille hommes, tous enflammés de zèle pour la cause du Christianisme.

La cité entière fut troublée, les boutiques se fermèrent et des Juifs, Samaritains, hérétiques de toutes sortes, accoururent de tous les quartiers et se mêlèrent à la foule, prêts à l'incendie et au pillage. Cependant les chrétiens se hâtaient avec grande excitation vers la cathédrale, dans l’espoir de se saisir de l’évêque, en proférant sur sa conduite des reproches scandaleux : ils l’accusaient de faire cause commune avec les païens et supposant (parce que des rumeurs d'athéisme couraient contre les évêques d’Antioche et d'Alexandrie), qu'il avait fait ses plus grands efforts pour les préserver du jugement, et ainsi mis fin à l'affaire, ils le menaçaient de la mort!. Après avoir attaqué le palais, où ils saccagèrent tout et détruisirent quantité d'œuvres d’art, bien qu'épargnant le trésor qu'on leur offrait pour prix de leur retraite, les révolutionnaires trouvèrent finalement deux païens, un homme et une femme, qu'ils entraînèrent au rivage, où ils se saisirent d’un bateau, puis, ayant amené le bourreau, ils lui commandèrent d’y mettre le feu. Mais comme celui-ci refusait, par crainte du préfet de la ville, ils les mirent à bord, incendièrent le bateau, et jetèrent l’exécuteur public avec les deux autres. Il put sauter par-dessus bord et s'échapper, mais les deux autres furent brûlés vifs et sombrèrent. Ensuite la foule délivra tous les prisonniers chrétiens et se rendant chez le préteur, dans les bureaux où étaient déposés tous les procès contre les chrétiens, ils détruisirent les papiers. Le nouvel objet d’attaque fut la demeure du préfet de la cité. Celui-ci bien que païen luimême, se mêlant à leurs cris, les félicitant de leur zèle, et, protestant « qu’il n’était pas l’un des juges des païens et qu'aucun païen n'avait été jugé dans sa cour », restreignit leur impétuosité et empêcha ainsi la destruction de sa personne et de son palais. Mais les révoltésle contraignirent, par leurs cris, à partir de suite pour le palais de Tibérius. Effrayé, le préfet s’exécuta rapidement. Tandis qu'il informait le roi de ce qui se passait, plus de vingt mille

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