Voir 2° partie, ch. II
Section IV. — Transformation de la religion romaine.
On voit donc que la juridiction, quelque effort qu'elle ait tenté, n’a jamais pu séparer exactement la Religion, et surtout la Divination, de la Magie. Il n’eût pu en être ainsi que si la Religion fût demeurée telle qu’autrefois.
Or, elle avait subi, au cours des siècles, une évolution lente, mais sûre qui aboutit, avec l’Empire, à une complète transformation!. Cette modification des antiques croyances se fait jour dès la fin de la royauté, où des cérémonies nouvelles, d’origine grecque, graeco ritu, s’introduisirent dans l’ancien culte?. Mais le bouleversement des anciennes idées religieuses ne se fit vraiment sentir qu’à la fin de la République’. À ce moment, en effet, la Religion romaine était devenue insuffisante pour les esprits cultivés; les masses populaires elles-mêmes n'ignoraient pas que le sentiment d’édification religieuse, d'amélioration morale, manquait entièrement dans ces rites anciens. On pratiquait sans croire, et c'était, semble-t-il, d’une croyance que l’on avait besoint. Au lieu de s’efforcer de ranimer ce culte national5, les Romains adoptèrent les cultes excentriques ou mystiques de l'Orient.
Cette orientation nouvelle des esprits, qui, à première vue, peut sembler paradoxale, a été due justement à l'excès de froideur, au prosaïsme étroit de l’antique religion. Celle-ci, subordonnée à la politique, cherchant à assurer à l’Etat la protection des dieux par la stricte
1. L'histoire de l’évolution de la religion est trop longue et trop importante pour être détaillée ici. Il ne s’agit donc que d’une vue d'ensemble pour tenter de montrer la difficulté qu’il y eut à séparer Magie et Religion. Quant à l’histoire de la Religion romaine, elle est savamment exposée dans l’ouvrage de Marquardt, Le Culle chez les Romains et également dans Cumont, Relig. Orient., p. 25 sq.
2. Les idées de ritus romanus, ritus graecus, ne semblent jamais avoir été précisées, même dans l'antiquité. Le ritus romanus lui-même n’est qu’un ensemble de cérémonies italiques, d’origine étrusque, latine, sabine et albaine. Dans l’antiquité on se contentait de distinguer les deux rites comme deux branches de l'administration religieuse, l’une placée sous la direction des pontifes, l’autre sous celle des XV viri sacris faciundis : Apud. Marquardt, op. cit, p. 225 à 227.