Cicéron, {n Vatin
« Tu te permets des sacrifices aussi étranges qu’abominables; ton usage est
d'évoquer les âmes des enfers, de consulter les dieux mânes dans les entrailles des enfants immolés : inaudila ac nefaria sacra susceperis quum inferorum animas elicere, quum puerorum extis deos manes mactare soleas ».
5. Lucain, Phars., VI, 420-767, cité par Bouché-Leclercq, op. cit., p. 337. Il ne nous reste des rites nécromantiques que des descriptions faites par des poètes ou des romanciers, tels que Lucain, loc. cit., Apulée, Met. If, 28-30. Horace, Epod, V,
morts tristes et jaloux ne reviennent, pour les tourmentert».
La conception qui, jusqu’à la fin du paganisme, domina la vie sociale et juridique du peuple romain explique cette frayeur. Les Romains croyaient à la vie d’outre-tombe. Ils s’imaginaient que les morts continuaient à vivre d’une vie réelle, bien qu'atténuée?, et pouvaient encore éprouver des sentiments de bien-être ou de souffrance. La mort séparait cependant le corps et l’âme, mäis « cette dernière devenait une ombre reproduisant la forme qu'avait le corps au moment du décès, et elle durait alors d’une façon indéfinie ». En même temps, à quelque catégorie qu'appartiennent ces ombres, elles acquièrent une redoutable puissance. Les « mânes », terme général qui désigne les âmes des morts, prenaient place parmi les « di inferi », dieux souterrains, opposés aux dieux d’en haut, et on leur rendait un culte public et un culte privét. Ce culte lui-même présentait un caractère mystérieux et terrible « occulla et abdita religio deorum manium », dit Festusÿ. Mais ici, une distinction s'impose : Ceux qui étaient morts de mort naturelle, et qui avaient été incinérés ou inhumés suivant les rites du droit pontifical : jura manium, étaient admis aux Enfers, où
ils jouissaient du repos éternelf. On les désignait sous le nom de quiescentes animae, ils continuaient à être rattachées à la cité et à la famille et faisaient partie de la cité romaine des tombeaux?. Sur ces morts là, les nécromans ou sorciers8 n’avaient aucun pouvoir, bien qu'ils se vantaient de pouvoir faire apparaître même les morts ayant reçu la sépulture rituelle®. Mais, par contre, ils avaient de précieux
1. H. Gaidoz, Un vieux rite médical, cité par Jobbé-Duval, Les morts malfaisants, p. 1.
2. « Sub terra censebant reliquam vitam agi mortuorum » ; Cicéron, Tusculanes, 1, 16, 36 ; Jobbé-Duval, op. cit., p. 1 à 4.