Jobbé-Duval, op. cit., p
7. On leur rendait un culte public et un culte privé, par les feralia et les « parentalia », le jour des violettes et le jour des roses. Le tombeau du citoyen romain devait se trouver à Rome, au moins d’après les idées primitives. Cicéron, Tuse., 1, 43, 104; cf. Jobbé-Duval, p. 88 et note 3.
8. Il est entendu que nous ne cherchons plus ici à distinguer Divination et Magie, mais seulement à expliquer la nécromancie d’une façon rationnelle, tandis qu'au ch. VI : « Moyen magique » nous accepterons plus volontiers les renseignements fournis par les romanciers ou poètes.
9. Jobbé-Duval, p. 100 et Horace, Epodes, XVII, 77 : « Possum cremalos excilare mortuos » dit la sorcière.
DIVINATION ET MAGIE Al
auxiliaires dans toutes les âmes infortunées que, avec Jobbé-Duval, on peut comprendre sous le titre général de : morts malfaisants. Ces âmes-là étaient celles qui n’avaient, pas encore reçu la sépulture rituelle, ou avaient péri de mort violente, ou dont la mort était prématurée! Elles étaient condamnées à errer soit éternellement, soit jusqu’à l'expiration d’un certain délai. Leur sort était donc très malheureux, surtout pour ceux dont la situation lamentable ne devait jamais cesser. De là, une haine jalouse contre les vivants, que ces morts malfaisants : larves, lémures, persécutaient à l’envi. Car leur pouvoir magique était redoutable ! On les voyait apparaître la nuit, et jeter l’épouvante sous forme de spectres ou d'animaux; mais on les croyait également capables d’un grand nombre de méfaits : envoyer des maladies, ravager les moissons. Enfin ils devenaient entre les mains des sorciers et sorcières qui avaient recours à eux, de dociles instruments de vengeance,
1. Ceux dont le corps n'avait pas reçu les honneurs funèbres, étaient les insepulti. On nommait aori ceux qui étaient morts d’une mort prématurée mors immatura et biaeothanati, les victimes d’une mort violente. — Les termes aori et biaoethanati sont empruntés à Tertullien qui les tient luimême de mots grecs cf. Jobbé-Duval, op. cit., p. 42.
2. Les insepulti erraient sans repos jusqu’à ce qu’on leur rendit les derniers devoirs justa percipere, et ce fait ne pouvait se produire que lorsque leurs ossements avaient été retrouvés. Ils entraient alors aux Enfers et cessaient d’être malfaisants. Dans le cas contraire, il semble qu'ils erraient éternellement. C’est du moins la règle que formule Tertullien et qui s'accorde avec les traditions du jus pontificium comme du jus civile. Cependant, d’après Virgile, ils pouvaient franchir le Styx au bout de cent ans (cf. Jobbé- Duval, op. cit., p. 48-49; Tertullien, De Anima, LVI : Creditum est insepultos non ante ad inferos redigi quam justa perceperint. — Virgile, Æn. VI, : 325. Les morts qui, ensevelis suivant les rites, voyaient ensuite leur repos troublé, soit par une violation de sépulture, soit par l'abandon des sacra privata, devenaient malfaisants. Les aori enfants morts en bas âge, gémissaient dans les lugentes campi, jusqu'au jour fixé par le Destin comme celui de leur décès (Jobbé-Duval, p. 59). Quant à ceux qui étaient morts de mort violente, Virgile croit qu'ils entraient également dans leur repos au jour fixé par le Destin (Æn, VI, 544). Mais d’après la doctrine générale, ils erraient éternellement, comme des insepulti (apud. Joblé-Duval, p. 73, s'appuyant sur Tertullien, De anima, $ LI, LII, LII).
3. 11 semble, d’après quelques auteurs anciens, que le terme lemures, à l’origine, ait désigné les morts en général (cf. Jobbé-Duval, op. cit., p. 25; Tacite, Ann., XIII, 14; Ovide, Fast.,V,479 sq; Apulée: Le deo Socralis, XV), Mais de très bonne heure il devint synonyme de celui de larvae (Jobbé- Duvai, op. cit., p. 26, S'appuyant sur différents auteurs et notamment la « compendiosa doctrina » de Nonius Marcellus, I, 135. Lemurés, larvae nocturnae et terrificationes imaginum el bestiarum. — On les appelle encore nigri lemures ou nocturni lemures … Mais le mot larva, est, dans l’ancienne langue latine le terme technique, très important attendu qu’il entra dans la composition des dérivés : larvatus, larvans, larvalis, et qu’on le trouve dans quantité d'auteurs (cf. Johbé-Duval, p.28). Pour les Romains, les /arvae étaient les âmes ennemies de l'homme « Larvas quippe dicit esse nexios daernones ex hominibus factos »: (cf. saint Aug. De Gin. Dei. XXII, IX, 11).
42 LE CRIME DE MAGIE ET LE DROIT ROMAIN soit qu’ils exécutent eux-mêmes ce qu’on leur demande, soit qu'ils transmettent la requête aux puissances infernales!. | Il y avait cependant des degrés dans cette redoutable puissance des morts malfaisants, selon que leur sort dans l'au-delà était plus ou moins cruel. Ainsi, parmi les insepulti, les noyés occupaient une place à part?, car leur âme était sans cesse ballotée par les vagues, à l’égal de leur corps; plus que toute autre aspirait désespérément au repos, eb nourrissait une haine spéciale contre les vivants. On leur assimilait les citoyens qui disparaissaient au cours d’un voyage, succombant à la maladie, mis à mort par des brigands ou des pirates. Quant aux morts malfaisants de la seconde catégorie : les aori, enfants morts en bas âge, de mort prématurée : immaturus finis, leur puissance magique, bien que très redoutable, puisque les sorcières s'adressent à eux de préférence dans leurs sacrifices magiques, l'était moins que celle des suppliciés. Le pouvoir de ceux-là était particulièrement étendu, aussi occupent-ils le premier rang dans la catégorie de ceux qui ont péri de mort violente : saevus finist. En effet, si la peine de la privation de sépulture, accessoire d’un grand nombre de condamnations, punissait déjà l’âme du coupable en lui infligeant un supplice presque éternel, il pouvait encore espérer que les vivants lui rendraient, quelque jour, les derniers devoirsÿ.
1. Jobbé-Duval, op. cit., p. 88. Nous verrons au ch. VI : Moyen magique, quels procédés employaient les nécromans pour évoquer les morts et les contraindre à obéir.
2. Bien entendu, il s’agit des noyés dont le corps n’avait pu être retrouvé. Quelquefois la famille des insepuliri, s'efforçait d'améliorer leur sort au moyen de funérailles et d'un tombeau fictifs cenotaphium, mais, il est impossible de préciser en quoi consistait cette amélioration (Jobbé-Duval, op. cit., p. 49 et note 2),
3. La mort séparait l’âme du corps, mais pas au sens où nous l’entendons : l’âme devenait une ombre reproduisant la forme qu'avait le corps au moment du décès, elle en conservait les mutilations, les infirmités, ou, au contraire, la beauté, les parures, et subsistait ainsi. éternellement (Jobbé-Duval, op. Gil pa).
4. C’est toujours la classification de Tertullien, De Anima, LVI, que reproduit Jobbé-Duval, op. cit, p. 61. Tertullien, dans cette deuxième catégorie nomme d’abord les suppliciés : « Perinde extorres inferum habebuntur quas vi erepilas arbitrabantur, praecipue per atrocitates suppliciorum, crucis diro et securis et gladii et ferae. »
9. On sait que la mutilation du cadavre empêchait la sépulture rituelle. Parmi les exemples tirés de l’antiquité, la légende de Deïphobus, fils de Priam, à qui Ménélas conseillé par Ulysse, coupa, après l’avoir tué, le nez, es oreilles et les deux mains, afin d’infliger à son âme un châtiment, cf. Virgile, Æn., II, 336. Enée le rencontre, ainsi mutilé, aux Enfers. Tüllus Hosbilius fit écarteler Mettius Fuferius, roi des Albains, qui l'avait trahi (notam-
Mais la mutilation du corps aggrave cette peine parce qu’elle détruit ce faible espoir!, le sort de l’âme dépendant essentiellement de celui du corps. La vie d’outre-tombe des suppliciés était donc particulièrement humiliée et douloureuse et, en conséquence, leur hostilité contre les vivants atteignait le plus haut degré. Les âmes des «suicidés » répandaient également la terreur, parce que cette mort, à la fois violente et prématurée présentait un caractère étrange et démoniaque, mais, parmi eux, les pendus frappaient plus violemment l'imagination populaire, la strangulation pouvant être considérée comme une variété de décapitation?. Moins redoutables que les suppliciés, les pendus jouissaient de pouvoirs magiques spéciaux®. Les victimes d’un meurtre ou d’un accident figuraienc également parmi les larvae. Bien que possédant un tombeau comme les enfants morts en bas âge, ils n’entraient jamais dans l’éternel repos. On considérait d’ailleurs, comme pour les noyés, que la véritable cause de la mort accidentelle était due à l’action des puissances invisibles. Cette idée était fortifiée par la croyance aux maléfices. L'accident, comme le crime, pouvait être l’œuvre d’un magicien, d’un « mauvais charme »4. Enfin, les soldats tués à la guerre et les individus frappés de la foudre faisaient également partie de ces larvae malheureuses que le Destin accablait à jamaisÿ.
La religion romaine reconnaissait l'existence de ces morts malfaisants et leur rendait un culte. Tant qu’a duré le calendrier romain, les lemuria, fête des lémures, comptèrent au nombre des Feriae. Ces fêtes étaient célébrées les 9, 11 et 13 mai, jours marqués du signe N, dies nefaslif.
ment Tite-Live, 1, 28, 11). Pendant les guerres civiles, C. Marius fit couper * en morceaux l’ancien censeur, C. Caesar, en l’offrant comme victime expiafoire aux mânes de Varius (Valère-Maxime, IX, 22) cf. Jobbé-Duval, op. cit., p. 46, il y a d’autres exemples (voir Ch. VII : Les rois de Rome, Les empereurs et la magie). ,
1. Jobbé-Duval, op. cit.,-p. 65. Voir aussi p. 64 : les spectres des suppliciés, surtout des décapités, figurent dans certains pays parmi les apparitions les plus terrifiantes.
2. « L’ombre n'avait pas sa tête à sa place normale; elle était, dès lors, exclue de la société des morts. » (Jobbé-Duval, op. cit., p. 77).
3. Alors que les autres suicidés recevaient la sépulture rituelle, les pendus en étaient exclus, et tiguraient parmi les énsepulti. Servius Honoratus, nous apprend que les libri pontificales prononçaient cette peine contre celui « qui laqueo vitam finisset » (Servius, ad Æn., XII, 603, cité par Jobbé-Duval, p. 76-77).