‹ Le Crime de Magie et le Droit RomainChapitre 50 sur 227 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

De même que la Divination et la Magie sont unies, au moins dans leurs manifestations extérieures, par des liens étroits, ainsi les termes désignant les représentants de l’une et l’autre science sont aussi, bien souvent, confondus : Vates, Vaticinatores signifient, tour à tour : devins, prophètes, ou magiciens. Les noms de Chaldaei et de Mathematici s'appliquent à ceux qui s’adonnent à la science des astres et des nombres, puis aux devins astrologues. Magi, Malefici ou Venefici qualifient plus spécialement Îles praticiens de la Magie criminelle, tandis que les termes d’Arioli, Goëles, Théurges, Sagae, Striges, Nékyromanciens semblent réservés au charlatanisme. Il faut enfin mentionner les Haruspices, anciens devins devenus suspects au Bas-Empire, et, parmi les sectes religieuses hérétiques, celle des Manichéens réprouvée entre toutes. |

Nous allons tenter, en nous appuyant sur les textes, de dégager le sens de ces dénominations.

Vates. — Ce terme est, habituellement, celui qui sert à désigner le devin officiel. Les vates peuvent lire dans les secrets du destin; ils interprètent les signes, traduisent les songes, prédisent l’avenir? et, ainsi, préviennent les mal-

heurs*.

On trouve cependant quelquefois le nom de vates, comme

d. Tite-Live, 1, 45: 1, 55; V. 15; V, 21; V,28 et 54; VI, 12; VIL, 6, etc. Tacite, Hist., 11, 78. Dion Cassius, XCVI, CCLVIII, CCXCIII.

2. Tibulle, L. III. Eleg., IV, 49 : accipe vates; Properce, L. II. Eleg. ITI, 51; vates Melampus, L. II, Eleg., IV, 15 : fallaci vati; Ovide, Met., XIII, 1, 335 : vate potitus, XIIT, V, 720; XIII, V, 774; XV, Il, 436 : sic dicere vaies. Héroid; XVI, 48 : « ille vatibus refert ».

3. Huvelin, Zrjuria, op. cit., p. 405, leur attribue cette mission.

synonyme de magicien!, Mais ce sens n’est qu’excepbionnel?.

Au Bas-Embpire, les vates furent poursuivis par les re tout comme les magiciens®.

Vaticinatores. — Ce ne sont pas les devins officiels, mais des prophètes{ qui apparaissent à certaines époques de l'histoire, et, comme poussés par une inspiration divine, font des prédictions d’un caractère étrange. Ils introduisent aussi de nouvelles cérémonies religieuses, des superstitions, des pratiques étrangères. Et le peuple, délaissant le culte officiel, les écoute volontiers5. Aussi les punit-on « pour le trouble qu’ils apportent à l’ordre publicé » et du fait qu’ils exploitent leurs révélations, et font de la divination, en soi permise, une « profession ». C’est là ce que ne les textes”.

Au Bas-Empire, ils sont compris dans la proscription

1. Tite-Live, XXV, 1, 8: Sacrificuli et “ales misérables sacrificateurs et. devins inconnus; XXXIX, 8 (les Bacchanales), XXXIX, 16.

2. Bouché-Leciercq, op. cit., t. IV, p. 100 sq. déclare que ce sont des haruspices qu’il faudrait entendre par ces vates. dontilest fait mention, de temps à autre, dans les historiens. Il y avait, en effet, des haruspices auprès des armées ainsi qu'on l’a vu au ch. II, p. 14, note 1.

3. Cod Th. IX, XVI, 4. Constit. du 27 janv. 357, de l'emp. Constance : « Augurum et vatum prava confessio conticescat. »

4. Bouché-Leclercqa, op. cit., t. I, ch. IV, démontre que l’origine du terme vaticinator serait peut-être le dieu Faunus, ancien dieu révélateur en Italie et qui, ayant parmi ses attributs la faculté divinatoire, aurait été désigné sous le nom de Fatuelus ou Vaticanus. On disait que le champ Vatican et le dieu qui v préside, étaient ainsi appelés des prophètes : vaticinia, qui se rendaient habituellement à cet endroit par l'influence et à l’instigation de ce dieu.

C’est bien aussi le sens de « prophète » que Cicéron donne à ce terme : De Div., L. I, $ 50. « quod vatibus contingit » « eodem enim modo multa a väticinantibus saepe praedicta sunt ». Il s’agit ici des prophéties ou «divination naturelle » qui comprend les révélations du délire et des songes « Restant duo divinandi genera quae habere dicimur a natura non ab arte, vaticinandi et somniandi. et encore : « At multi saepe vera vaticinati, ut Cassandra »; Suét., Vitell., IT : « Vaticinante Catta muliere »: Vesp., VII : «instinctu vaticinantium ».

5. Tite-Live, IV, 30 : « Noves rilus sacrificandi vaticinando inferentibus in domos, quibus quaestui sunt capli superstitione animi ».… 1bid, XX XVIII, 28, les Galles « vaticinantes fanatica carmine ».

6. Paul, Sent., V, XXI, I : « Vaticinatores, civitate expelli placuit, ne populares animi turbarentur ».

7. Ulpien, Coll., XV, 11, À « Et quidem apud veteres dicebatur professionem eorum, non notitiam esse prohibitam » ; Mommsen, op. cit., t. 111, p. 198, n. 2, remarque que cela vise l'exception de bannissement tormulée par Tibère (Suét. Tib., 36) au profit du Mathematicus pour le cas où celui-ci abandonne son art. Cependant, le Vaticinäior est directement visé dans ce texte « Inter hos habentur vaticinatores, quamquam ii quoque plectendi suni, quoniam nonnumquam contra publicam quielem imperiumque populi Romani, improbandas artes exercent.

générale!. Ainsi vaticinator fut, suivant les circonstances, aus8i voisin de vates que de mathemalicus.

Chaldaei. — Ce nom fut d’abord celui d’un peuple « Kaldi, en Chaldée. Après la chute de l’empire d’Assyrie, sous la dynastie d'origine chaldéenne qui régna à Babylone, il fut appliqué à la puissante caste sacerdotale qui, dans les pays du cours inférieur de l'Euphrate et du Tigre, avait le dépôt exclusif des connaissances religieuses et des études scientifiques?. À dater du 11° siècle avant Jésus- Christ, Chaldaei ne désigne plus que des astrologues d’une certaine école, qui prétend, il est vrai, suivre la discipline des docteurs de la Chaldée. A la fin de la République romaine et au commencement de l’empire, cette appellation était fréquente“. Plus tard, elle perdit son importance, car les Chaldaei furent plus couramment nommés mathematici5. Et cependant, le terme Chaldaei ne disparut pas de la langue, on le rencontre abondamment chez Tacitef ou d’autres auteurs’. I] en est de même pour les textes juridiquess.

1. Principalement dans les Constit. de 357. Cod. Th., IX, XVI, 4 et de 358. Cod. Th. IX, XVI, 6, qui englobent tout genre de divination.

2. Lenormant « Chaldaei » au Dict. de Dar. et Saglio, p. 1094 sq.

3. Où Bérose s'établit à Cos. Voir chap. IT : Divination et Magie, p. 32.

4. Mommsen, Droit pénal, t. III, p. 190-191 et note.l, p. 191, Cicéron : De Div., II, 47, parle de l’horoscope de la ville de Rome, dressé par un Romain, très versé dans les calculs des Chaldéens : « In primis chaldaicis rationibus eruditus »; Sénèque, Quaest Nat., VII, 28 : « Ouando illa quae Chaldaei canunt, quid stella nascentibus triste laetumne constituat » (les comètes sont comme j’étoile qui, à ce que prédisent les Chaldéens, fixe à la naissance des hommes ce qui leur arrivera de triste ou d’heureux).

5. Mommsen, 0p. cit., p.191,note 2,remarqueque Tacite emploie déjà Mathematicus dans ce sens, et que, depuis lors, l’usage confirma cette acception. Et c’est ce qu’explique Aulu-Gellé, Nuits Attiques, TI, 9, 4 : « Aujourd’hui le vulgaire appelle mathématiciens des hommes qu'il serait plus juste de nommer Chaldéens, d’après le pays dont leur science tire son origine : « Vulgus autem, quos gentilitio vocabule Chaldeos dicere oportet, mathemalicos dirit ».

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