CHAPITRE IV
Section I. — Hécate.
Hécate était considérée, à Rome comme la déesse suprême de la Magie. Dans la mythologie romaine, elle n'apparait plus, comme en Grèce, sous sa forme simple de déesse bienfaisante, Artémis lunaire, porteuse de lumière et protectrice des yoyageurs. Elle est la triple Hécale!; à la fois déesse lunaire et déesse infernale, la farouche divinité réunit donc en sa puissance deux domaines magiques. «Elle est, dit Virgile?, puissante dans le ciel et dans l’Erèbe. »
En tant que déesse lunaire, elle se confond avec Séléné ou Luna. Sa lueur mystérieuse et pâle, au lieu de guider les voyageurs, les terrifie par des apparitions fantastiques. Car elle est reine des carrefours frivia, et c’est là que l’on place son image Hecalaion, pour lui offrir des sacrifices, au moment de la nouvelle lune’. Mais la lune est aussi la patronne spéciale et la mère des magiciens, elle préside
1. Pierre Paris, au Diet. des Ant. grecq.etrom., Hécate, les épithètes qui accompagnent son nom sont presque toujours : triplex (Ov. Fast, 1, 387; Epist., XII, 79); triformis (Horace, Od., III, 22, 4; Ov. Met., VII, 94,177); trigemina (Virg., Æn., IV, 511) friceps (Ov. Met., VII, 194). Pourquoi la triple Hécate est-elle appelée ainsi, et pourquoi la figure-t-on avec trois têtes et trois corps? « On a donné à cette énigme, dit M. Hubert (loc. cit.), plusieurs « explications. Pour les uns, les trois faces d'Hécate signifient les phases « principales de la lune. Pour d’autres, la réunion des trois principales « divinités lunaires : Artémis, Séléné, Hécate; pour d’autres encore, la tri- « ple forme indique le pouvoir de la déesse sur le Ciel, sur la Terre et sur la « Mer, à laquelle on a substitué les enfers. » Enfin —* et c’est l'opinion qui semble préférable à l’auteur — « si Hécate a trois corps, c’est qu’elle est la « déesseŸdes carrefours : comme elle doit présider à la fois à trois routes, il « faut que ses regards puissent se porter de‘trois côtés à la fois : pour que « vraiment elle protège ou effraye les voyageurs attardés dans la nuit, il « faut que ceux-ci l’aperçoivent devant eux, bien en face, de quelque route « qu'ils arrivent. » ,