‹ Le Crime de Magie et le Droit RomainChapitre 66 sur 227 · Graillot, op. cit., p. 126 sq · texte numérisé non relu

Graillot, op. cit., p. 126 sq

bd LE CRIME DE MAGIE ËT LE DROIT ROMAIN

morts, avides de sang, réclamaient des victimes humaines ». Le sacrifice des organes virils était lui-même précédé d’une formule précatoire de donation et de consécration. Plusieurs autres rites magiques se retrouvent également dans les cérémonies cultuelles de la Mère des Dieux!. Mais surtout, Cybèle est la déesse de la pluie et de la terre. Elle est « celle qui promet la pluie », dispensatrice de la rosée, et ses prêtres vendent des prières pour attirer la pluie en temps de sécheresse. Comme Cybèle est aussi déesse de la terre, les Galles disposent de toutes sortes de procédés à l’usage des agriculteurs. Ils savent comment on féconde le sol et la manière d'obtenir en abondance le blé et les fruits. On les consulte également au sujet des animaux malades, et ils ont le pouvoir d’écarter du bétail tout maléfice?.

Là ne se bornent pas les talents des eunuques de Cybèle. Ils trafiquaient, peut-on dire, du pouvoir surnaturel de leur déesse et vendaient aux crédules fidèles toutes sortes d’amulettes, de talismans et de philtres magiques. Entre leurs mains, l’ancien culte phrygien s’était transformé en pratiques de sorcellerie. Aucun genre de divination ne leur était non plus inconnu. Ils pratiquaient la divination tellurique, et étaient de grands interprètes de cette sorte de révélation que l’on peut qualifier de supérieure parce qu’elle est immédiate et directe : la révélation par les songes. De plus, habiles dans la science des influences sidérales, les Galles faisaient concurrence aux Chaldéens.

Enfin, les prêtres de Cybèle s'étaient fait une réputation dans l’art de guérir les maladies. À Hieropolis, en Phrygie, ils formaient une sorte d’Institut médical e& prescrivaient des traitements thérapeutiques. Ils soignaient de préférence,

1. Notamment, lors de la fête des Hilaries, le 25 mars, où l’on célèbre son mariage avec Attis. Beaucoup de fidèles suivaient son cortège triomphal travestis ou masqués, et on peut voir dans cette manifestation la survivance d’un rite magique primitif (basé sur la zoolatrie), cf. Graillot, p. 134 et le 27 mars, la fête du bain au /avalio, est un rite magique par action sym- PRE C’est un rite agraire qui a pour vertu d’attirer la pluie, id., p. 136-

2. Pour les Galles médecins, voir énfra, ch. V, p. 75, note 2. De même pour l’exorcisme des rats, Loc. cit., p. 69, note 7.

3. « Ils en vendaient pour 1es mariages, pour les voyages, contre les voleurs et pour faire retrouver les objets perdus. »

4.. 11 faut bien remarquer que leur influence n’était pas toujours bienfaisante. Oybèle, déesse de la Magie, signifie tour à tour bonne ou néfaste déesse, Les Galles, qui écartaient un charme, pouvaient le détourner sur autrui. On leur achetait des formules bienfaisantes pour soi, malfaisantes pour les autres (Graillot, op. cit., p. 311).

cerlaines infirmités (car il existe des maux envoyés par Cybèle). Aussi guérissaient-ils non seulement l’épilepsie et, les accès de folie, mais aussi les fièvres, l'hydropisie et les les maladies des petits enfantst.

Section IV. — La « dea Syria » ou Artagatis.

M. Cumont, dans le chapitre V des Religions Orientales, consacré à l’étude de l'influence exercée par la Syrie dans la transformation de la religion romaine, nous donne des renseignements fort intéressants concernant la dea Syria.

Originaire de Syrie, cette déesse fut souvent confondue avec l’Astarté phénicienne, qui possédait un temple fameux à Hiéropolis. Son culte se propagea en Italie surtout à parlir du ue siècle, époque où de nombreux esclaves syriens furent introduits en Italie. Mais la dea Syria » est déjà nommée au ler siècle, dans une inscription romaine qui se rapporte précisément au marché desesclaves?, Depuis, elle eut toujours sa chapelle, auprès d’une source sacrée, dans le quartier populaire de Trastavère situé sur la pente du Janicule.

Lucien et Apulée{ nous parlent de son eulte; culte fanatique, dont les rites sont analogues à ceux qui présidaient à l’adoration de la Grande Mère.

Par ses origines, la religion de la déesse syrienne était magique. «Aucune religion », dit M. Cumontÿ, «n’a pratiqué » aussi longtemps les sacrifices humains... Ces offrandes » meurtrières se maintinrent dans certaines cérémonies » clandestines et dans les bas-fonds de la Magie. Dans » le temple du Janicule, on découvrit une calotte cra- » nienne placée dans une cavité ménagée au fond de l’abside, » sous la statue divine; c’est, semble-t-il, une survivance » du vieux rituel de fondation, qui faisait enterrer des » victimes humaines sous les murailles des constructions » nouvelles, un simulacre remplaçant l’ancien meurtre » religieux. »

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