‹ Le Crime de Magie et le Droit RomainChapitre 71 sur 227 · Jobbé-Duval, op. cit., p · texte numérisé non relu

Jobbé-Duval, op. cit., p

5. Ibid., renvoie à Palladius Rutilius, écrivain du 1ve siècle de l’êère chrétienne : De Agric., 1, 35, de remediis horti vel agri, 11. D'autres agronomes

romains : Columelle, Gargilius Martialis, ont recueilli des recettes pour combattre ces dangers.

G. Jbid., loc. cit,

(métamorphoses, maladies, souffrances dans l'au-delà), dans son esprit (songes terrifiants, perte de la mémoire, folie), dans ses sentiments et passions (la Magie amoureuse). enfin de l’anéantir (le Meurtre magique).

Section I. —— [La Magie et l’Etre humain.

S 1. — Les Métamorphoses.

La légende attribue aux sorcières le pouvoir de transformer les êtres et les choses!, de les transporter en d’autres lieux?, ou même de les anéantir complètements. La plupart du temps elles changent leurs ennemis en animaux. Elles-mêmes, croit-on, peuvent revêtir les formes les plus diverses. Elles empruntent de préférence l’aspect d'oiseaux de nuit, hiboux ou chouettes5, mais aussi celui de tout autre animal : chiens, rats, mouches, belettes, etc.

Cependant, si on ne peut complètement passer sous silence ces métamorphoses, il faut bien dire qu’elles appartiennent surtout au domaine de la littérature. On ne trouve point de procès de Magie intenté pour cette cause, les constitutions n’en parlent pas. [l n’en est pas de même

1. Car elles donnent aussi la vie aux choses inanimées : Apulée, Met., ILT, S 10 : « Les outres,. dont la toison grillait s’animent comme des créatures humaines, elles sentent, elles entendent, elles marchent. »

2. Apulée, Met., I, $ :5 : « La sorcière peut cloître les gens chez eux, enlever une maison avec les murailles, le terrain, les fondations, et transporter le tout dans un autre pays en haut d’une montagne. — Horace, Epit., LI, 1, 233. « Un magicien me transporte tantôt à Thèbes et tantôt dans Athènes ».

3. Apulée, Met., II, $ 5. Pamphile transforme ceux qui lui résistent en pierres, béliers, moutons ou tout autre animal, il y en a qu’elle anéantit complètement.

4. Apulée, Mel., 1, $ 14. Méroé change un de ses amants en castor sauvage, un cabaretier en grenouille, un avocat en bélier. La femme d’un de ses amants s'étant permis contre elle quelques propos piquants, elle frappe de stérilité cette malheureuse et dessèche dans ses entrailles le fruit qu'elle portait. Ovide, Met., XIV, 3, 285 : Circé métamorphose en pourceaux les compagnons d'Ulysse.

5. Apulée, Mel., III, $ 23. Pamphile se métamorphose en hibou «fit bubo Pamphile». Ces sorcières se nomment strigae, voir Jobbé-Duval, op.cil., pr. SE ETOpA ENG 229%:

Et strigis inventae. per busta jacentia plumae.

6. Apulée, Met., II, $ 23 et 26; — Properce, IV, 5, 14. Acanthis rôde la nuit sous la forme d’un loup funeste: Et sua nocturno fallere terga lupo. — C'était une faculté des sorciers de pouvoir se transformer en loups-garous pendant la nuit, voir Jobbé-Duval, op. cit., p. 164 : « la lycanthropie »...: Virg., Bucolica, Ecl., VIII, 97 : His ego saepe lupum fieri, el se condere siluts Moerin, Tibulle, I, 5, 53.

en ce qui concerne la médecine, les remèdes magiques et les maladies qu'ils traitent — maladies que lon ne croit pas dues à des causes naturelles — mais aux sortilèges des sorciers ou à l’action directe des morts malfaisants et autres puissances invisibles.

$ 2.— La Médecine el la Magie.

« La Magie, dit Pline!, est née de la Médecine, elle a joint le ressort de la religion, puis s’est incorporé l’art astrologique. Ainsi elle tient les esprits enchaînés par un triple lien. » Les prêtres-sorciers de Babylone étaient, paraît-il, de véritables médecins, connaissant la vertu des plantes et des substances médicinales et composant breuvages et poudres appliqués comme remèdes?.

Plus tard, à Rome, la plupart des recettes de la médecine populaire sont magiques et souvent considérés comme démoniaques®.

Pline, tout en ayant déclaré que la Magie est le plus trompeur des arts, rapporte néanmoins les opinions des Mages et indique leurs remèdes là où la médecine habituelle n’a rien prescrité. Certains de ces remèdes sont spécialement empruntés à la Magie noire. Ainsi, on guérissait les tumeurs par le frottement de la main d’un enfant mort en bas âgeÿ et la fièvre quarte en employant les cheveux

HABline MEL TNI NEO Oo)

2. Hérodote, I, CXCVIT apud Maspero, la Magie chez les Chaldéens.

3. Hubert, Magia, op. cit., auteurs cités : Porph., De abs., IT, 40; Virg., Ecl., VHI, 65; Æn., IV, 304, 399.

4, Pline, H. N., XXX, xxx, 1 et 2 : Dans.la fièvre quarte, la médecine clinique est à peu près impuissante : aussi nous allons indiquer pour cette affection bon nombre de remèdes des mages, et d’abord ceux qu'ils recommandent de porter en amulettes. exemple : la dent la plus longue d’un chien noir, la tête coupée d’une vipère ou le cœur arraché à l’animal encore vivant, le ton£ porté dans un petit linge; le museau et le hout des oreilles cou: pés à un rat, qu'on laisse aller après cette opération (on les porte dans une étofie rose), l'œil droit arraché à un lézard vivant et renfermé dans de la peau de chèvre... $ 3, le cœur de couleuvre arraché t'e la main gai che à l’animal vivant; quatre nœuds de la queue du scorpion avee son aiguillon. attachés avec une étoffe noire : il faut que le malade ne voie pas le scorpion qu'on ‘âche et reste trois iours sans apercevoir celui qui a attaché l’'amulett», qu'il enfouit dans la terre après la troisième période de la fièvre... On enveloppe encore une chenille dans un petit linge, qu’on entoure trois fois d’un fil en y faisant autant de nœuds et en disant à chaque fois pourquoi l'on fait cette opération. — Ailleurs (XXVIII, I1) Pline s’élève contre les pratiques barbares qui emploient : le sang de l’homme, le crâne d’un pendu, etc.

5. Pline, H. N., XXXVIII, xLv cité par Jobbé-Duval, op. cit., p. 58, également XXVIIE, XI: € La main d'un individu enlevé par une mort préma-

d’un crucifiét ou un fragment d’un elou pris à-une croix, ‘où une corde ayant servi à un crucifiement.

Tout le monde connaît la recette indiquée par Caton? comme remède contre les luxations, et basée sur la croyance au charme magique : «Le charme suivant guérit les luxations : Prenez un roseau vert de quatre ou cinq pieds de long; -coupez-le par le milieu, et que deux hommes le tiennent sur vos cuisses; commencez à chanter : {n alio S. F. Motas Vaeta, Daries, Dardaries, Astataries Dissunapiler, et continuez le charme jusqu’à ce que les deux morceaux soient réunis; agitez un fer au-dessus; lorsque les deux parties seront réunies et se toucheront, saisissezles et coupez-les en tous sens : vous en ferez une ligature sur le membre cassé ou fracturé et il sera guéri. Cependant, pour un membre démis ou cassé, répétez tous les jours le même charme, ou le suivant pour une fracture : Huat, Hauat, Huat ista Pista sista Damnabo Dannaustra; ou bien encore : Huat Haut Haut Islasis Tarsis Ardannabon Dannaustra ».

Varron*, lui, indique un remède pour les pieds, qui ne contient rien en dehors du charme : « Vite la citation», s’écria Fundanius. «J'aime mieux apprendre à guérir mes pieds qu’à planter des pieds de poirée ».. « Quant à cela », dit Stolon en souriant, «je me fais fort de vous communiquer la formule telle que l’auteur l’a déposée dans son livre, et que j'ai entendue lire par Torquema. Il faut d’abord que le malade, sitôt qu’il commence à sentir des douleurs aux pieds, pense à celui qui doit opérer sa guérison ». (Eh bien! » reprit Fundanius, «je pense à vous, guérissez mes pieds ».

turée guérit. assure-t-on, par le contact, les scrofules, les parotides, les angines. Il en est qui prescrivent d’attachersur la dent malade une dent canine prise à un mort non enseveli.. On dit que les ulcères circonscrits avec un ossement. humain ne font pas de progrès.

J Pline, H. N., XXVIII, xx À xLvi cité par Jobbé-Duval, U2 CET P: 72. Onsait que les suppliciés, comme les aori étaient les plus précieux auxiliaires des nécromans.. Ailleurs encore, XX VIII, xu:« Voici des rêveries des mages : la corde d’un pendu dont on s’entoure les tempes, guérit le mal de tête. »

En somme, la plupart des recettes indiquées par Pline viennent des Mages qui tirent leurs remèdes du corps de l’homme ou des animaux : XXV LATE « Nous tairons-nous sur les ressources qu'il y a dans l’homme méme pour l'homme ? Ce que nous rapportons, nous le rapportons sous la garantie des auteurs: cependant nous nous sommes appliqués à ne choisir que des faits établis par l’uniformité des témoignages, et nous avons préféré l'exactitude à l'abondance. »

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