Caton, De Re Rustica, CLX
3. Varron, De Agricultura, 1, ?, 27 : terra pestem tenet, salus hic manelo
«Ecoutez donc », continua Solon : «Que la terre garde la maladie et que la santé reste ici ! » Il nous recommande de dire à jeun ces paroles, trois fois, neuf fois, de toucher la terre et de cracher en même temps.
La médecine sacerdotale était en partie divinatoirel. Le procédé le plus couramment employé était l’incubatio. L'’incubalio?, qui consistait à dormir dans un temple pour obtenir des oracles par songes, aurait pu servir pour toute consultation. Or, à part quelques exceptions, en Italie comme en Grèce, et surtout à l’époque classique, on n’emploie cette méthode que dans les sanctuaires des dieux ou héros guérisseurs, qui, d’ailleurs, ne rendent pas autrement leurs oraclesè. En Italie, le temple d’Esculape, dans Pîle du Tibre, était réputé pour les songes miraculeux qui s’y produisaient. Maurice Besniert décrit les guérisons les plus anciennement connues qui eurent lieu dans cet Asclepieion. On y voit, jointe aux conseils de la médecine élémentaire d’alors, mais très efficaces, la croyance en la vertu magique des traitements ordonnés5. C’est que,
1. La médecine sacerdotale faisait appel également à des connaissances précises, et le rôle des prêtres rut bienfaisant. Les malades étaient mis en observation et soumis à des prescriptions hygiéniques, ablutions, diète, la plupart des remèdes étaient tirés des plantes (Maurice Besnier, l’Ile Tibérine, p. 220).
2. Servius, in Æn., VII, 87: Incubare dicuntur proprie hi qui dormiunt ad accipienda responsa Dans la plupart des Asklepieia, un espace était réservé à la pratique de l’iëncubatio sous des portiques.
3. H. Lechat, au Dict. de Dar. et Saglio, Incubatio. Les cérémonies prescrites par les prêtres préparent à l'incubati : jeûnes, ablutions, sacrifices.
4. Ces quatre guérisons sont citées, et minutieusement décrites par une plaque de marbre, découverte à la Renaissance et perdue depuis, mais dont il reste des copies : M. Besnier, 0p. ci. p. 214. — C’est d'abord celle d’un nommé Caius, un aveugle, à qui Esculape a rendu la vue, du temps de l’empereur Antonin. L'oracle a parlé ainsi : « Qu'il se rende à l’autel sacré, qu’il se prosterne devant lui, qu’il aille ensuite de droite à gauche et pose les cinq doigts sur l’autel, puis qu’il enlève sa main et la mette sur ses yeux — et il a vu. Puis c’est « Lucius, affecté d’une douleur au côté, le dieu lui rendit un oracle, il fut guéri par de la cendre prise sur l’autel, mêlée avec du vin et appliquée à son cêté... » Julianus perdait du sang : !1 a pris sur l’autel des pommes de pin qu’il a mangées pendant trois jours mêlées avec du miel. Enfin Valerius Aper, soldat aveugle, fut guéri au moyen d’un collyre composé du sang d’un coq blanc mêlé avec du miel et appliqué sur ses veux pendant {rois jours (M. Besnier, op. cit., p. 215 sq.).
5. Salomon Reinach, art. Medicus au Dict. de Dar. et Sagliô, p.1669 : « L’étude des textes historiques nous montre que la médecine laïque, née de l'expérience et du raisonnement, est aussi ancienne que la médecine theurgigique, qu’elle se développa parallèlement à cette dernière, et, sans échapper à son influence, lui donna, en somme, plus qu’elle n’en recul... Le seul élément utile que la médecine sacerdotale ait ajouté à la médecine séculière est ce que nous appelons aujourd’hui la suggestion, méthode curative commune à tous les charlatanismes. :
même à l’époque de sa plus grande prospérité, sous l'Empire même, le sanctuaire n’attirait plus que des gens des basses classes de la sociétél, car les riches avaient recours aux lumières des médecins grecs. Cependant l’incubatio se maintint longtemps, car, donnant l'illusion d’un rapport direct avec la divinité, elle était bien faite pour séduire l'esprit de l’homme, toujours épris de mystère. Lorsque la religion païenne eut disparu, l’incubalio se pratiqua dans les églises de Saint-Michel, Saint-Come et Damien?.
Le droit romain s’est maintes fois occupé des remèdes magiques. D'abord dans la loi Cornelia de sicariis el veneficiis où le veneficium désigne également le médicament et le poison. Puis Paul interprétant cette loi, nous indique les peines encourues par ceux « qui administrent une drogue comme remède ou pour sauver la vie là quelqu'un »'lorsque cette drogue aura fait périr le malades. Or, il y a tout lieu de penser qu’il s’agit ici spécialement des « remèdes magiques » tels que les philtres, en considérant que les paragraphes précédents sont consacrés à la Magie charme, meurtre magique, livres magiques.
La Constitution du 23 mai 321, de l’empereur Constance, énonce « que les remèdes utiles à l’homme ou au corps humain ne doivent nullement être imputés à crime w.
Cette constitution étant dirigée contre les pratiques magiques, il s’agit bien, là encore, de remèdes superstitieux et non de ceux qu'emploie la médecine courante.
Naturell ement les remèdes autorisés par cette loi comprenaient le port d’amulettes’, contre-charme efficace
1. M. Besnier, op. cit., p. 216-17, remarque qu'aucun des miraculés d'Esculape n’est célèbre. Caius et Lucius sont des simples prénoms. Julianus est un cognomen très fréquent parmi les esclaves ou les affranchis de la maison impériale Le dernier est un soldat.