‹ Le Crime de Magie et le Droit RomainChapitre 74 sur 227 · Ibid., et notes · texte numérisé non relu

Ibid., et notes

L’épilepsie, morbus sacer, morbus comitialis en rai son de ses effets à la fois foudroyants et terrifiants, dénote, au plus haut degré, le cas de possession du malade par une larva. Aussi était-elle soumise à un traitement parbiculier : on plantait un clou, là où était tombé l’épileptique, afin de fixer au sol la maladie et d’en délivrer le patient!. En même temps, on prononçait une formule d’incantation.

Et de même, quand une épidémie de peste désolait la ville, les Romains nommaient un dictateur qui enfonçait solennellement, un clou de fer au Capitole, dans la cella Jovis afin d’écarter le fléau?.

S 4 — La Magie et la femme enceinle.

Parmi les méfaits de la Magie, il convient de citer ceux qui se rapportent à la femme enceinte. On crayait en effet que les femmes enceintes et les femmes en couches étaient particulièrement exposées aux attaques des mauvais esprits.

Aussi les sorcières se vantaient-elles de pouvoir frapper la femme de stérilité, de la faire avorter ou bien encore de la condamner à une grossesse perpétuelle.

« Le rite de la flagellation, dans les Lupercales, dit Jobbé-Duvali, paraît avoir eu pour but de chasser les démons de la stérilité5. »

Quand la femme a conçu, tout danger n’est pa: pour

1. Jbid., op. cit., p. 191 et 169. La croyance au caractère démoniaque de l’épilepsie fut vérifiée, en particulier, par le procès d’Apulée: Ses adversaires l’accusaient d’avoir, par ses incantations magiques, terrassé d’abord le jeune esclave Thallus, puis une femme amenée en consultation par un médecin (Apologia XLV, XLVIII). Il se faisait, croyait-on, obéir d’une larva, et c'était elle qui « possédant » les épileptiques, les renversait.

2. Jobbé-Duval, op. cit., p. 19!-192, également Marquardt, op. cét., &. I, p. 130 et note 1. C’est là l’origine du vieil usage suivi à Rome d’après lequel le dictateur enfonçait un clou « clavum figere ».

3. Jobbé-Duval op. cit., p. 60, note 6 : La femme en couches est souillée. L’effusion de sang attire autour d'elle et de ceux qui l’approchent une légion d’esprits malfaisants.

4. Id., p. 166 : « Le simple attouchement de la peau d'un bouc, libidinosus caper, contribuait à mettre en fuite le démon de la stérilité»; ap. : Fugène Lefébure : Le boue des Lupercales.

5. Remarquons que le danger contraire existe. D’après Pline, H. N., XXX,49: « Lescrins de la queue d’une mule font concevoir les femmes malgré eiles, »

cela écarté, et de nombreux maléfice: la menacent, elle et son enfant :

La sorcière peut tuer l’enfant dans le sein de la mère, et condamner celle-ci à porter éternellement son fardeau’. C’est d’ailleurs dans l'intention de délivrer la femme enceinte d’un fardeau perpétuel, que le droit pontifical défendait, en cas de mort, de l’ensevelir avant d’avoir détaché de son corps celui de l’enfant?.

Souvent aussi, la sorcière fait naître l’enfant avant terme. Dans ce but elle emploie de préférence les philtresÿ, mais on croyait également que certaines substances avaient la même efficacité.

Enfin la sorcière peut différer l’accouchement et prolonger les souffrances de la mères,

$ 5. — Les souffrances dans l’au-delà.

Les sorcières, qui évoquent les morts, peuvent donc aussi persécuter leurs victimes jusque dans la tombe. « Penses-tu, dit le prophète au ressuscité qui lui demande grâce, que mes enchantements ne soient capables d’évo-

œuer les furies, et que je ne puisse faire subir des tortures à tes membres fatigués. »

1. Apulée, Met., 1, 9 : Eadem amaloris sui uxorem quod in eam dicaculo probrum dixeral, jam in sorcinam praegnationis obsepio ulero, ei repigrato {œætu perpetua praegnatione damnavit. »

2. Jobbé-Duval, 0p. cit. p. 12-13. I! rapporte et interprète une prétendue lex regia, conservée par Marcellus, au Digeste. XI, VIII: De mortuo injerrendo et sepulchro aediiicande, 2. « Negat lex regia mulierem, quae praegnas mortua sit, humari,antequam partus ei excidatur : qui contra fecerit, spem animantiis cum gravida peremisse videtur. »

3. Qui abortionis aut amaïtorium poculum dant, voir 2° partie, ch. III : la Loi Cornelia de sicariis et veneficiis, p. 165.

4. Pline, H. N. XXX, x1iv, 1: «il est certain que les femmes grosses doivent prendre garde à l’œui de corbeau parce que, si elles passent par déssus, il les fait avorter quelquefois par la bouche. »

5. Ovide, Met., IX, 5, :01 : Tacita carmina dixit. « Lucine prononce des paroles magiques qui diffèrent le terme de mes douleurs». On trouve, à ce sujet. de curieuses pratiques, dans la médecine populaire. Pline, H. N., XXX, x11v. |. Une plume de vautour, mise sous les pieds, aide l'accouchement. Le même auteur: XXVITI, 1x, 2 : «On procure un prompt accouchement à une temme en travail si l’homme dont elle a conçu, déliant sa ceinture, la met à cette femme, l’ôte ensuite, après avoir prononcé pour formule : r Je l’ai liée et ie la délierai » et se retire aussitôt. »

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