‹ Le Crime de Magie et le Droit RomainChapitre 8 sur 227 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Section I. — Divination et religion.

Avant d'aborder les rapports de la Divination et de la Magie, il est nécessaire de montrer la place importante qu'occupe la Divination dans la Religion romaine.

Il est de toute évidence que le culte des anciens dieux romains, ou.plutôt romano-sabins, ne pouvait être soupçconné d'aucune superstition magique. Ce culte comprenait différents collèges de prêtres. À côté du collège des Pontifes, chargé des cérémonies officielles, se trouvait l'important collège des Augurest. Ce collège pratiquait la Divination ou Mantique; il était chargé de prendre les auspices dans toutes les circonstances où l'intérêt de l'Etat était en jeu, et de les interpréter, pour en tirer des présages utiles. « Le droit des augures était, dit Cicéron, le plus important, le plus grave dans la République? ». Ils pouvaient, en effet, dissoudre ou annuler les assemblées ou les comices, enjoindre aux consuls d’abdiquer, accorder ou refuser la permission de traiter, abroger les lois qui n'avaient pas été régulièrement proposées. Mais, hommes d'Etat avant tout,ils ne cherchaient pas, au point de vue de la divination, à étendre leur compétence, mais plutôt à la restreindre.

Cependant, l’art des Haruspices, qui constitue la Divination par excellence, était ignoré des anciens Romains.

1. Marquardt, Le Culie chez les Romains. t. IL, ch. IV, p. 107, sq. Le Collège des Augures, Cic. De Div., I1, 33 : La science augurale a été pratiquée par Romulus qui croyait à la prévision de l'avenir par l'observation des oiseaux ou des autres signes, comme les éclairs. L'expérience et la science ont modifié nos idées. Mais ces pratiques ont été maintenues dans l'intérêt de la République.

R2. Cic. De Leg., II, 12 et 13.

L'haruspicine venait d’Etrurie!, où elle faisait partie des pratiques religieuses. La divination étrusque avait la prétention d'être une science et comprenait principalement : 1° l’ohservation des signes qui apparaissent dans les espaces célestes; 2° l'inspection des entrailles des victimes; 3° la procuration des prodiges?. Les Romains n’essayèrent jamais de rivaliser, sur ces différents points, avec les devins étrusques.

I. — Laconjuration des foudres? avait cependant été révélée à Numa par Picus et Faunus#, et Tulius Hostilius s'était fait une réputation dans ce genre d’expériences. Les doctes possédaient, pour attirer et disposer de la foudre, des formules telles, qu’elles faisaient, dit-on, violence à Jupiter lui-même’. L'ensemble de leurs doctrines « l’art fulgural » est contenu dans les libri fulgurales et fut étudié et commenté par les érudits romainsf.

I1.— L’extispicine ou haruspicine proprement dite, forme la partie essentielle de la science étrusque. Les Romains, eux, n'avaient pas emprunté aux Grecs qui la pratiquaient, la dissection raisonnée. Ils savaient simplement discerner si les victimes avaient satisfait les dieux ou s’il en fallait de nouvelles (litae perlitare. hostiae succidanae). Au contraire, les Etrusques avaient fait de l’observation des entrailles une véritable science’. Ce sont eux qui apprirent peu à peu aux Romains à considérer le sacrifice comme un

1. Tite Live, VI, 12, fait mention d'une divination d’origine volsque. Dans la guerre contre les Volsques (370 /384) le dictateur s’écrie : « Nostra victoria.est, milites, si quid dii vatesque eorum in futurum vident ».

2. Bouché-Leclercq, Histoire de la Div. dans l’Ant., &. 1V, p. 16.”

3. La conjuration des foudres comprenait deux méthodes, écarter (exorare) et attirer (elicere). — Les haruspices toscans comptaient parmi les plus habiles pour gouverner les vents et les tempêtes. Le Moyen Age a eu également ses lempesiarii, auprès desquels les paysans s’assuraient contre la grêle (Apud Bouché-Leclercq, op. cit., t. IV, p. 55, et note 4.

4. Numa avait attiré et saisi ces dieux prophètes pour les forcer à l'instruire, Ovide Fasles, III, 291-342.

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