Pline, H. N. II, CXL, et XX VIII, XIII
6. Particulièrement au 1° siècle de notre ère, le Toscan A. Caecina publie un ouvrage sur la science étrusque, cf. Sénèque, Quaest. nat. Il, 39 sq., et Cicéron Ad. fam., VI, 6.
7. Bouché-Leclercq, op. cit., tome IV, p. 63 sq. « Peut-être les Etrusques sont-ils le seul peuple qui ait fait de la divination non plus l’accessoire et le complément, mais le motif du sacrifice ». Ces immolations exclusivement divinatoires : hostiae consultatores — les autres : hostiae animales. » — Voir dans le même chapitre, p. 68 à 74, pour le détail : La première impression était donnée par les viscères. Pour préciser il fallait étudier les parties fati-
diques : exla au nombre de six : la rate, l'estomac, les reins, le cœur, les poumons et le foie.
instrument de divination. Leur influence allait croissant en cette matière, tandis que les Augures déclinaient le rôle de prophètes et laissaient les auspices descendre au rang de simples formalités. Aussi l'inspection des entrailles faite par les devins toscans tendit, dans la pratique, à se substituer aux auspices. Or, ces sacrifices divinatoires tenaient de près à la Magie. D'abord par le choix des vic-
times — car l'Etrurie garda longtemps le goût des sacrifices humains et versait le sang des giadiateurs en l'honneur des trépassés! — puis par le caractère mysté-
rieux et sombre qui imprégnait de Magie toute la religion étrusque : les sacrifices Achérontiques ( livres Achérontiques de l’Etrurie) opéraient une sorte d’évocation des âmes des morts, qui ressemble bien à la nécromancie des magiciens. Enfin, par la vertu même du sacrifice, d’après la théologie étrusque : détourner les malheurs et les châtiments, rompre les engagements contractés avec la divinité, et tirer des enfers les âmes humaines pour en faire des génies?. On sait que la religion romaine, elle aussi, usa de nombreux sacrifices sanglants. En ce qui concerne les sacrifices d'animaux, cela est évident, mais que dire des prétendus sacrifices humains ? Les historiens — nous le verrons au chapitre VII de cette première partie — citent des exemples sous toute réserveÿ. Il existait aussi un vieil usage, qui aurait consisté à sacrifier à Saturne les sexagénaires, en les précipitant dans le Tibre du haut du pont4. Si cette coutume a été contestée plus
Dion Cassius, L. XX XVII, 30, sacrifice magique, offert par Catalina. Bouché-Leclercq, op. cit., t. IV. p. 66.
Id. loc. cit.
. Tite-Live XXII, 57 (536 /218) : « Un Grec et une Grecque, un Gaulois et une Gauloise, furent ‘enterrés vivants au marché aux bœufs, à cet endroit fermé par une enceinte de pierres et déjà précédemment ensanglanté par des victimes humaines, sacrifice indigne des Romains.» — Dion Cassius, L. XLIII, 24 (708 /46): « Deux-hommes égorgés au forum en manière de sacrifice — l’auteur fait cette réserve — la cause ,je ne saurais la dire, ce ne fut, en effet, ni en vertu d’un oracle sybillin, ni à raison d’aucun oracle analogue ». Id., XLVIII, 14(713 /41) Id. XLVIIT, 49 (716 /38)—{ces deux derniers exemples ont lieu sous Octave.) — Pline, H. N., XXX, III, cite un Sénatus-consulte de 657 197, portant interdiction d’immoler un homme « ce qui prouve, dit-il, que
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jusqu’à cette époque, on f£isait d’horribles sacrifices ». Le même auteur, rap-
portant le sacrifice cité par Tite-Live : XXII, 34 et 57, ajoute : «et cela s’est vu, même de notre temps ».
4. Cf., Marquardt, t. I, p. 233, note 2 notam. Festi ep. p. 75 : « Depontani senes appellabaniur, qui seæagenarii de ponte deiciebantur » Lactant., Epit. ad Pentad., 23, 2 : « Saturno sexagenarii homines de ponte in Tiberim deiciebantur » également Cicéron : pro Rosc. Amer., 35, 100. — “Plus tard, les
ik LE CRIME DE MAGIE ET LE DROIT ROMAIN
tard, les Romains eux-mêmes y croyaient. Il n’est donc pas impossible qu’elle ait existé. En tout cas, le meurtre symbolique à titre expiatoire, était l'acte principal de la fameuse procession des Argei, où tout le peuple prenait part, sacra popularia. On se rendait au pont Sublicius et après avoir offert un sacrifice, on jetait dans le Tibre vingt-quatre mannequins de jonc, qui représentaient des hommes!. Egalement à la fête de Mania et des lares compitales, on suspendait aux carrefours et aux portes des maisons, des poupées de laine : oscilla, d’un nombre égal à celui des membres de la famille, pour amener Mania et les lares à se contenter de ces victimes et à épargner les vivants « ul vivis parceren®? ». Ce symbole n’exista pas toujours, et, d’après Macrobe#, l’oracle d’Apollon avait autrefois répondu à Tarquin le Superbel’interrogeant; qu'il fallait sacrifier à Mania et aux Lares « pro capilibus capitlibus ». C’est pourquoi on fit pendant quelque temps
Romains ayant honte de cette coutume, dirent que les vieillards étaient écartés du suffrage : « quod suffragium non ferant. quod per pontem ferebant », Varron, Nonius, p. 523, 1.
1. Marquardt, op. cit., p. 230-231. Cette fête n’avait pas encore cessé au commencement de l’Empire, bien qu’on n’en comprit plus le sens :elle avait lieu entre le 16 et 17 mars, où un cortège se rendait aux chapelles appelées Argei ou Argea, et le 15 mai, jour de la cérémonie proprement dite à laquelle assistaient les pontifes, les vestales, les prêteurs, tous les citoyens. — Cf. Ovide, Héroides, Ep. VI, vers 90-91 : figures de cire et le meurtre magique de Médée « figit simulacra cerea ». à
2. Pour les poupées et le meurtre magique par envoûtement : Horace, Sat., I, 8, 30-32.
3. Sat. I, 7, 34;— Marquardit, op. cit., p.232, note 5, en cite un passage en latin. Voici l'essentiel du texte : « une des origines des Saturnales que rapporte Varron est celle-ci : Les Pélasges ayant consulté l’oracle de Dodone, reçurent cette réponse : Allez chercher la terre des Siciliens, consacrée à Saturne et à Kotyla des Arborigènes, où flotte une île, et quand vous en aurez pris possession, offrez la dîme à Phébus, des têtes à Adès, et, à son père, des hommés. — Donc, après s'être emparés de la Sicile, ils élevèrent à Dis-Pluton, un petit temple; à Saturne, un autel: et la fête de cette fondation fut appelée « les saturnales ». On rapporte qu'ils crurent longtemps honorer Dis, en lui offrant des têtes d'hommes, et Saturne en lui offrant des victimes humaines, à cause de ces mots de l’Oracle : « Offrez... etc. » Mais Hercule, passant par l'Italie, persuada à leurs descendants de changer ces sacrifices funestes en d’autres plus propices, en offrant à Pluton non des têtes d’hommes, mais de petits simulacres de têtes humaines, et en honorant les autels de Saturne, non par des sacrifices humains, mais en y allumant des flambeaux... ici Albinius Caecina prit la parole : « Malgré cette permutation des sacrifices humains, que Praetextatus vient de mentionner tout à l'heure, je les retrouve, dit-il, postérieurement, durant les Compitales, pendant les jeux qu’on célébrait dans les carrefours de la ville, et rétablis par Tarquin le Superbe en l'honneur des Lares et de Mania, conformes à l’oracle d’Apollon, qui avait prescrit « d’intercéder pour les têtes avec des têtes ». Et en effet, durant un certain temps, l’on immola des enfants pour le salut des familles à la déesse Mania, mère des Lares.
des sacrifices d’enfants afin d’épargner le reste de la famille. Après l’expulsion des Tarquins, le consul Brutus aliter constiluil celebrandum et décida que si un péril menaçait les familles, elles devaient suspendre des simulacres devant la maison en l'honneur de Mania.
III. — Avecla troisième particularité originale de la science étrusque : la procuration des prodiges, nous abordons encore un terrain où il est difficile de dire exactement où finit la religion et où commence la Magie. Tout prodige exigeait des sacrifices expiatoires. Or, l’idée qui préside à ces sacrifices est celle d’une satisfaction AouTeS à la colère et à l'appétit des dieuxt.
Mais tandis que les Grecs et les Romains se contentaient d’une procuration empirique : invocation des « dieux qui détournent » suivie de quelque démonstration extérieure comme : sacrifice, offrande, récitation de formule magique — les haruspices étudiaient à fond chaque cas particulier pour faire de la cérémonie expiatoire une véritable réponse à l’injonction des dieux?. Ils recherchaient donc quels étaient les dieux plaignants, l’injure pour laquelle ils s’irritaient, et à quel prix ils consentaient à l’oublier. Bien que les prodiges fussent plutôt considérés comme des réclamations concernant le passé, les cérémonies d’expiation avaient, croyait-on, le pouvoir de rendre l’avenir meilleur, et c’est encore un lien avec la Magie qui recherche les événements futurs. Les haruspices voyaient plus loin que les faits miraculeux soumis à leur examen; ils avaient inventé des théories curieuses applicables à la vie des sociétés et des états, et s'étaient consbtitué une astrologie où ils employaient, comme les anciens alchimistes grecs, des chiffres magiques et prédestinésÿ.
Lorsqu'il leur fallait interpréter un prodiget, les Romains, sur l’avis même de leurs prêtres, recouraient aux
Même dans les sacrifices d'animaux, le droit pontifical permettait de remplacer les animaux prescrits par les rites et qu’on n’avait pu se procurer, par des images symboliques — par des statues de cire et de pâte — ou bien par d’autres victimes. Marquardt, op. cit., p. 209, tiré de Servius, ad Aen., 2, 116. « Virgine caesa non vere, sed ut videbalur; el Sciendum, in sacris simulata pro veris accepi…. elc »,
1. Bouché-Leclercq, op cil., p. 41-19, note « l’Idée de justice est totalement absente. La destruction du coupable ne répare rien, c’est une idée d’intimidation ou de vengeance.
2, Bouché-Leclercq, op. cit., t. IV, p. 80 sq.