PATRICE, ROBERT
. PATRICE (surprend le mouvement de Robert, s'y méprend, accourt, et lui met la main sur l'épaule). —Malheureux !..
ROBERT (se retournant vivement et dun ton deffrot, de surprise, de Red —Que voulez-vous ? comment êtes-vous ici? Qu’y venez-vous faire ?
PATRICE. —VOuS sauver. où mourir avec vous |
ROBERT. — Vous !.…
PaTrice.—Votre fils guidé par le Parsi Algee- Mahal, a pu gagner le bord de Ja mer et s’embarquer sur le Prince Albert, qui attend mon retour pour appareiller et prendre le large... En apprenant votre capture au fort Victoria... au milieu de ce désastre, je n'ai pensé qu’à vous... Ces Indous sont cupides.. L’appât d’une rançon magnifique a pu seul déterminer le rajah de Sambelpour à vous laisser la vie sauve, et je venais.
ROBERT (vivement). —Rao-Sangor ne rendra aux miens que les lambeaux de ma chair... Vous ignorez les haines atroces qui fermentent dans ces hommes de bronze. (D'un ton plus bref.) Donc, mon fils est sauvé !... (Ur temps.) Mais vous qui étiez libre, vous auriez dû rester auprès de lui, et ne pas venir étourdiment vous jeter dans cette effroyable mêlée.
PATRICE.— Déserter le champ de bataille?
Vous abandonner? moi !... Mon devoir est d’être partout où sont ceux qui souffrent !..
ROBERT (d'un air de mépris et se contenant un peu).—Ah! oui !.. Vous avez pensé que votre habit serait une sauvegarde. et que vous pourriez, sans risque, affronter la colère de mon ennemi !
un. Dir
Croyez-vous que je sois dupe de tout cela? Rao- Sangor vous a répondu que je suis son prisonnier, qu'il m'a condamné, que je vais mourir. N'ayant pu abattre mon courage, triompher de ma résistance. il cherchait l’arme perfide, sûre, empoisonnée… et c’est vous qui la lui apportez.
ParTriCE. —Moi |
RoBErT (7o/emment).—Il le possède enfin, ce moyen de torture qui lui manquait ! Et ravi, transporté de joie, il m'envoie le seul homme qui puisse, selon lui, m’épouvanter et me vaincre ; il vous enferme avec moi, vous, le PRÊTRE! (Avec une ironie railleuse.) Vous avez préparé votre sermon, n'est-ce pas ?.… Eh bien ! parlez: j'écoute.
PATRICE (d'une voix contenue, d'un ton étonné). —Je ne comprends rien à ce que vous dites.
Sans daigner m’entendre ni m'interroger, le rajah m'a lancé un regard de courroux, puis a donné un ordre... On m'a fait monter au sommet de ce donjon. une porte s'est ouverte. on m'a poussé en avant... Vous trouvant le poignard à la main, j'ai cru que, désespéré, vous tourniez cette arme contre vous-même... J'ai arrêté votre bras... je ne sais rien de plus.
RoBerT (avec amertume d'abord, puis s'animant peu à peu).—Eh bien ! sachez le reste... Armé de ce. poignard, je guettais derrière cette porte le moment où elle allait s'ouvrir. Geôlier, sentinelle, ou prince, j'égorgeais tout ce qui s’opposait à ma fuite. (Se /evant.) Oh ! j'aurais passé, quels que fussent les obstacles! Et c’est vous que Je trouve sur le seuil !.. Au lieu de la cuirasse étincelante du soldat, la robe noire du prêtre |... Au lieu d’un ennemi le bras armé, l'œil plein de menace… votre visage blème ! votre amitié fatale !
PATRICE (voulant le calmer). - Monsieur Robert |
ROBERT (/rès animé).—Vous êtes le bourreau de l’âme, plus redoutable que l’autre... qui frappe !.. Ah! la destinée m’'accable, et le hasard ne m'épargne rien |
PATRICE (cherchant à lapaiser). —Mon ami.
ROBERT (Haussant les épaules).—Parbleu ! je comptais ne vous revoir jamais... Mais puisque vous êtes là, qu'est-ce que nous allons faire? (77 s'assied, regardant Patrice d'un air railleur.)
PATRICE (qui semble avoir pris le parti de la patience, vivement). —Appeler à notre aide toute notre énergie, tout notre sang- -froid, et chercher par tous les moyens possibles à sortir d'ici.
ROBERT (swrprès). —-Ah! bah !.….
PATRICE.—Aide-toi, le ciel t'aidera !.. Rien ne nous oblige à sacrifier notre vie aux implacables rancunes du vainqueur.
ROBERT (/oujours ironique). —Vraiment, vous nétonnez !.…. Je croyais que vous alliez me prêcher la résignation. Je vous avoue qu’il me plaît davantage de veiller au salut de moñ corps en ce monde, que de rêver au salut de mon âme... dans l’autre !.…
PATRICE (qui n'entend pas ces derniers mots, court à la fenêtre, se penche et recule, en disant :)— De ce côté, la fuite est impossible. c’est à donner le vertige !
ROBERT (/roidement).—Il faudrait des ailes.
On se briserait les os sur les rochers.
PATRICE (faisant le tour de la sulle et sondant les murailles). — Une seule issue ?
ROBERT (fowjours froid et mogueur). —Une seule, et bien gardée ! (S’animant.) Ah ! que veniez-vous chercher ici? Qui vous appelait? Vous me portez malheur !... Vous pénétrez sous mon toit, la ruine et la misère s’y glissent derrière vous !.… Ici, j'allais fuir, ou succomber les armes à la main
comme un soldat... Vous paraïissez..… je recule !.… Vous parlez, je m'irrite!... Vous me paralysez, vous m’entraînez dans l’abîme.
PATRICE (se redressant avec dignité)..- Revenez donc à vous, mon ami! Au lieu d’user vos dernières heures dans les imprécations de la colère et de la haine... bénissez Dieu qui m'envoie.
ROBERT (avec emportement).— Vous !.… (Avec tronie.) Vous 1... (Avec effroi.) Vous !.…
PATRICE.—-A quoi bon se révolter contre l’inévitable destinée ?.. L'adversité nous accable !.… Sachons subir ses arrêts... Et puisque nous voici en présence de l'éternité, inclinons-nous devant la Providence !.…
ROBERT (#0qgueur).—L'éternité ?... (77 éclate de rire) Je n’y crois pas... moi, sorti du néant, comme la foudre sort du nuage, pour frapper... et disparaître ensuite dans le néant !.. (Mouvement de Patrice.) La Providence? Allons donc!
Qu'est-ce qu’elle fait à cette heure votre Providence, qui vous réserve, à vous, l'homme pur, chaste et bon, le même sort qu'à moi, l’aventurier.… le... (77 s'arrête effrayé de ce qu'il allait dire.) PATRICE. — N’accusez pas la Providence... puisqu’elle permet que je vous apporte... sinon le salut, du moins l'espérance et la consolation !.. (Durant la scène qui suit, Robert est excessivement agité, violent, brusque; il va et vient, il parle par saccades, avec une extrême véhémence)
ROBERT. Taisez-vous !... Laissez-moil... je ne veux pas de vos tendresses.. j'ai honte de votre pitié. j'exècre vos consolations... Je vous défends de me parler davantage. Vous m'importunez !.. Votre placidité de prêtre m'exaspère... voire front de marbre me glace. Et plus je vous vois résigné,
plus je sens bouillonner en moi la rage furieuse de l'impuissance !
PATRICE (avec exaltation).—Ah ! débattez-vous.… Reniez !.… Rugissez !.…. Vous dites : « Je ne veux pas !» Je trouverai des accents surhumains pour vous crier : « Je veux ! je veux !...» (Avec autorité.) Ma force n’est pas en moi, elle est hors de moi !.…
ROBERT (s'exaltant tout à fait). -- Parlez donc ainsi aux timorés ou aux lâches !.. Eloignez-vous ! Prenez garde! Je ne serais plus maître de ma volonté, si vous prononciez un mot de plus! Vos paroles énervent mon courage !.. (Mouvement de Patrice.) Laissez-moi! j'ai combattu sans trêve ni relâche, et je veux, entendez-vous ?.. je veux combattre encore... je veux me sauver... je me sauverai... (77 court à la porte, lébrante, la frappe du poing en criant... puis il revient.) Cette porte. de l'or et du fer... On s’y briserait... (77 s'élance vers la fenêtre.) Ah! je descendrai là... en m'accrochant au mur avec le poignard. (4 ce moment, Patrice, écœuré de la rage folle de Robert qui reconnaît l'impossibilité de fuir, se trouve exactement dans l'attitude qu'avait le marquis de Champlaurent au moment du meurtre. Tout à coup une immense nappe de lumière, projetée par la lune, inonde la salle et met le prêtre dans une sorte d'auréole livide. Robert, qui tenait le poignard et allait s'engager hors de la fenêtre, se recule, effrayé par cette lumière... En se retournant, il voit Patrice et se voit lui-même dans l'attitude qu'il avait au moment du crime. Il pousse un cri rauque, puis d'une voix basse, entrecoupée, haletante.) Ah ! l'horrible vision !.. Les morts brisent la pierre du sépulcre… Il m'a semblé voir l’autre, que j'ai frappé là-bas !.… mon cœur a cessé de battre... En une seconde, quinze années de ma vie viennent de s’effacer !.…
. PATRICE (avec une extrême douceur).—Qu'avezvous, mon bon ami ?... Votre exaltation m'effraie, m'affige !.… (77 s'approche de Robert.) Qu’'avezvous ?
ROBERT (7eculant).—Moil.. Rien! (Ba/butiant.) Rien !
PATRICE. —Que vous ai-je fait ?
ROBERT (brutal).—Rien !.…
PATRICE (27 cherche à l'entourer de ses bras).— Ne suis-je pas votre ami ?.. presque votre enfant. M'avez-vous donc chassé de votre cœur ?
ROBERT (avec une ironie fiévreuse, passant). — Allons donc !... Est-ce que je vous aime, moi? Est-ce que je vous ai jamais aimé ?... (Xevenant sur Patrice.) Je vous hais, entendez-vous, Champlaurent ?... Je vous hais... parce que vous êtes prêtre. je vous haïs parce que vous êtes bon. je vous hais !
PATRICE (/ui pose la main sur le bras). —Eh bien ! moi, je vous aime, et je vous plains! (U# temps.) Hélas ! je me souviens des tristes années de mon enfance... Vous me haïssez ?.. Je viens à vous les bras ouverts, chargés d'amour et de pardon.
ROBERT.—Je repousse votre amour, je dédaigne vos pardons. ,
PATRICE (même jeu).—Je vous aime d'autant plus ardemment que vous souffrez davantage !.…. Je veux vous consoler, je veux prier et pleurer avec vous |...
RoBErT.—Vous feriez plutôt jaillir des larmes d'un bloc de lave !... Ma haine est de celles qu'on ne peut assouvir. Vous ne saurez jamais ce qu'il y a là... (77 se frappe la poitrine.) de ressentiment amer et d’aversion pour vous... pour tout ce qui porte votre nom de Champlaurent.…
PATRICE.—Eh bien ! mon ami... je vous en prie. au nom de votre fils. prenez la main que je vous tends... acceptez le secours que je vous offre... Ah! croyez-Vous que je ne vous ai pas deviné? que je w’ai pas compris, dès le jour où je vous revis, après une si longue absence, qu'il y a dans votre passé un chagrin profond, et dans votre cœur une plaie toujours vive ?... (Mouvement de Robert.) Oui, vous cachez dans les replis de votre âme... quelque douleur amère... de celles qu’on n'ose dévoiler... un regret... une faute peutêtre ?..
ROBERT (éclatant, toujours assis).—Une faute ? moi !.….
PATRICE (cherchant à l'encourager).—Eh ! mon ami, une existence comme la vôtre, faite tout entière de passions... dévorantes... de combats et de luttes, n’est pas l'existence commune des gens rivés au sol natal, et dont les jours s’écoulent dans le repos de la certitude !... Vous avez vécu la grande vie d'aventures... courant le monde... à l'assaut de la fortune !... comme les conquérants cherchent la gloire, sans regarder à leurs pieds s'ils marchent dans le sang !... (Grand mouvement de Robert.) Que de péripéties !.. quel drame à la fois émouvant et terrible !... On passe... vous le disiez tout à l’heure, comme l'éclair sillonnant le nuage... On est le jouet des tempêtes... On se lance dans la mêlée... se frayant un passage comme on peut... sans jamais être arrêté par les préjugés ou les scrupules du vulgaire... Une pareille vie ne laisse pas un instant de répit à la conscience. (Mouvement de Robert) Ah! j'ai deviné, n'est-ce pas? Eh bien ! mon ami, ayez du courage... Ouvrez votre âme... Allégez-la de ce fardeau si lourd... A genoux! Vous vous relè-
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verez confiant et fortifié, et moi, j'aurai oublié vos aveux |
RoBERT.—M'humilier devant vous... tomber à vos genoux? Moi!
PATRICE (d'un ton solennel).—Autrefois, dans les déserts brûlants de la Palestine, sur les champs de bataille où nos ancêtres ont conquis à la patrie une gloire immortelle, les preux chevaliers se confessaient à leurs frères d'armes. puis ils exhalaient leur dernier soupir, les yeux au ciel, et les lèvres sur la garde de leur épée... Nous sommes condamnés ! Comme les preux des anciens âges, je suis prêt à recevoir vos aveux...
ROBERT (/’#nterrompant avec une extrême vio- Zence).—Mais vous ne redoutez donc pas d’apprendre de ces choses qui font bondir le cœur, éclater le cerveau! Vous n’imaginez donc pas ce que pourrait vous dire l’exilé, le fuyard, le corsaire que Rao-Sangor traîne pantelant à son tribunal ? Pensez-vous donc trouver, dans votre immuable sérénité, des paroles de pardon pour les plus exécrables forfaits ?.…
PATRICE.— Ai-je à craindre de vous une semblable confession ? Je sais qui vous êtes. Rien de ce qui est humain ne m'est étranger, et, quoi que vous puissiez m'apprendre, je vous écouterai sans pâlir.… Je sers le Dieu d'amour, de mansuétude et de charité |
ROBERT (d'un ton bref, décidé, ironique). —Alors, peccadille... faute ou crime... on peut tout pardonner?
PATRICE.—Au tribunal de Dieu, peccadille, faute ou crime... toute misère humaine s'appelle :° le Péché !.…
ROBERT (avec une ironie de plus en Plus accentuée).— Ainsi, une mère, maudite entre toutes,
Les.
plus cruelle qu’une louve enragée, saisit l'enfant de ses entrailles, l’étouffe et le broie entre ses mains !... Péché? péché que Dieu pardonne ?
PATRICE. — Vous évoquez des idées monstrueuses |!
RoBerT (avec frénésie). —Le fils qui plonge le couteau dans le sein de sa mère, se jette a vos pieds, et vous pardonnez au parricide !.…
PATRICE (#7 essuie son front couvert de sueur, et pâle, cherchant à raffermir sa voix).—Je ne puis que l’absoudre.. et prier Dieu pour lui!
ROBERT (frès brusquement). — Alors, depuis quinze ans, dans vos prières, vous mêlez le nom de votre père à celui de son assassin ! ! !
PATRICE (chancelant\. —Ah ! vous êtes cruel !.… (Avec l'accent de l'étonnement.) Mon père !... (Avec douleur.) Mon père! (Du ton de l’'invocation, levant les yeux au ciel.) Mon père! (77 joint Les mains. — Un grand silence.) L'assassin de mon père! Je n’osais m'interroger... trop certain de n'avoir pas oublié... (Un temps.) Oui, depuis tant d'années, chaque jour, à toute heure, je prie ardemment. pour mon père, que j'aimais d’un sigrand amour... et, sans oser néanmoins prononcer le nom du meurtrier avec celui de la victime, j'ai toujours supplié Dieu de les recevoir tous deux en sa miséricorde !
ROBERT (avec un rire dédaigneux). — Vous mentez | un fils ne pardonne jamais !.…
PATRICE.—Ah ! c’est affreux! je viens à vous plein de compassion, prêt à vous sauver au péril de mes jours. Je vous offre mon appui, mon dévouement... mon courage... Et vous me répondez par des paroles de colère, de haine !... J'invoque le secours d'en haut pour adoucir, au moins par une consolation, votre effroyable misère,
et vous vous plaisez à fouiller ma conscience, à me torturer, à bafouer en moi ce qu’il y a de plus sacré l.. (Changeant tout à coup d'ordre d'idées.) Vous êtes impitoyable !... Mais quel mal vous ai-je donc fait, pour que vous infligiez à mon cœur un pareil martyre?
ROBERT (perdant contenance, à part).—Suis-je assez misérable !.. Assassin du père... Bourreau du fils !.. Mon cœur se trouble... Je souffre, moi aussi |. Je frissonne, j'ai honte. J'ai peur !
PATRICE.—Et pourtant, ce misérable a expié son crime... il a payé sa dette à la justice. Il est monté sur l’'échafaud... repentant !
ROBERT (emporté). — Qui? Bornu?.… Le paysan breton... (7rès brusque.) Il était innocent !.….
PATRICE (avec un grand cril.—Innocent ! Innocent ! Oh! non! c’est un horrible rêve... vous voulez m'éprouver ?.. Vous voulez m'’effrayer !
RoOBERT.— J'ai dit la vérité ! Ce n’est pas Bornu qui a tué le comte de Champlaurent…
PATRICE. —-Mais quel souffle de folie passe donc sur vous? N'a-t-on pas trouvé ses sabots, sa blouse tachée de sang, son chapeau.
ROBERT (/ristement).—Hélas !.… Le coupable avait bien préparé son crime et s'était assuré l’impunité.
PATRICE.—Ah! voilà le secret qui consumait votre âme ! Ce n'était donc pas assez d’une victime... Il fallait condamner un innocent à l'infamie !.. Et ce monstre, vous le connaissez ?
RoBERT.—Je le connais.
PATRICE.—Il est vivant ?
RoBErT.— Vivant |
PATRICE.—Oh! je conçois alors... vos souffrances l.. Ce secret... vous étouffait!... Vous
êtes arrivé trop tard pour” sauver ce malheureux paysan, n'est-ce pas ? et vous avez gardé le silence, pour ne pas faire tomber une tête de plus?
ROBERT (/e poussant à bout).—Et si cela était. si, pour la raison que vous dites, j'avais laissé vivre ce coupable... si maintenant je vous criais : miséricorde ! Que feriez-vous ?
PATRICE.—C'est à moi qu’on adresse une pareille question P
ROBERT (##sistant).—Que feriez-vous ?
PATRICE (d'un ton bref et saccadé).— Le nom !.… le nom de cet homme ?
RoBERT.—- Je ne le dirai pas.
PATRICE.—Le nom de cet homme ?
RoBERT.—Je ne veux pas le dire.
PATRICE (s’exaltant).—Oh ! ce nom! ce nom?
RoOBERT.-- Ah ! tu souffres, Patrice de Champlaurent !... Chaque fibre de ton être se tord sous l'étreinte de la douleur... [La fureur crispe tes doigts... tes dents grincent... et jamais tes lèvres ne laisseront tomber une parole de piété... Appelle Dieu à ton aide... implore son secours... Prie !.. Mais qu'importe le nom? Pardonne au meurtrier |...
PATRICE (à bout de force et de patience). —Le nom | le nom ?.…
ROBERT.—Ah! tu redeviens homme, enfin?
La colère envahit ton cerveau !
PATRICE (éperdu).—Non !... Je souffre !... mon cœur bat à se briser! Mais aucune pensée de haine ne traverse mon âme... Une dernière fois, je vous en supplie, le nom? le nom de cet homme ?
RoOBERT.—Lui pardonneras-tu P
PATRICE (se contenant à peine).—Peut-être !.…
RoBert.—EÆh bien! ce nom qui va te faire