‹ Le crime des riches [par] Jean LorrainChapitre 5 sur 12 · LA VESTALE · texte numérisé non relu

LA VESTALE

— Nous venons de voir la villa de la mère. Etes-vous curieux de connaître celle de la veuve? Nous y voici. )>

Maxence m'arrêtait devant une grille enguirlandée de chèvrefeuille sous de lourdes retombées de bougainvillias en fleurs. Une allée sablée menait, ocreuse et droite entre deux rans:s de palmiers, à une villa toute blanche, plus devinée qu'entrevue derrière un grand rideau de fusains et de bambous.

— La villa des Cyprès s'impose aux passants de la route. Celle de la veuve se dissimule et dérobe aux regards.

— Celle de la veuve ?

— Oui; c'est un nouveau chapitre à ajouter au précédent. Lady Faringhers ne serait pas lady Faringhers, si elle n'avait pas trouvé le moyen de contraindre au re^iret une autre créature, et d'enfermer ici une autre âme dans son deuil.

Le veuvage et la tristesse voulus et imposés par elle lui coûtent près de soixante mille francs par an; mais qu'importe l'argent à cette femme pétrifiée dans une idée fixe, celle d'éterniser le souvenir d'un mort.

L'existence de la jeune femme vouée à la solitude de ce jardin de palmiers, salariée du désespoir en perpétuelle surveillance sous l'œil implacable de l'autre, la mère soupçonneuse et vigilante; la vie de cette pleureuse à gages dans l'atmosphère opprimante d'une tyrannie invisible et guetteuse, qui peut s'en imaginer les affres, les angoisses et les révoltes sourdes, car la Yeuve est en pleinejeunesse : trente-deux ans à peine. C'est une fîUe de ce pays et que doivent tourmenter l'ardeur de ce climat et la chaleur d'un beau sang ; et la première des conditions de la rente servie est la chasteté absolue de la vestale.Vestale, en effet, cette jeune femme chargée

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d'entretenir le feu sacré du souvenir; et c'est là qu'apparaît toute l'âme despotique et tenace de la race. Une Anglaise seule pouvait concevoir la férocité froide de ce monstrueux marché, la fidélité et l'abstinence, presque la réclusion acceptées et subies par une malheureuse, une condamnée à prix d'or à regretter un mort.

— De plus en plus une Diabolique. Cette aventure-là eût fait hennir de joie Barbey d'Aurevilly.

— En effet, c'est l'atmosphère de ses contes. Mais simplifions; voilà l'histoire :

La mort de lord Herald, si mystérieusement décédé à bord du Traveller^ consternait en Riviera une autre femme que sa mère. Pendant ses brefs séjours sur la Côte, le jeune homme habitait surtout Menton. Il se dérobait ainsi à la vie mondaine de Cannes et aux réceptions de la demeure, oii il aurait dû sa présence. Entre tant de résidences essaimées de Saint-Raphaël au cap Martin par le caprice de lordFaringhers, le fils préférait, entre toutes, cette villa des Cyprès oîi tant d'ombre semble s'amasser, descendue des cimes.

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Etrange pressentiment peut-être d'un être prédestiné, c'est parmi ces cyprès et le décor un peu lugubre de ces parterres d'iris et de violettes, qu'aimait à s'isoler ce jeune homme guetté par la mort. Cannes possédait la mère, Menton gardait le fils, et ces quelques lieues de golfes et de promontoires, mises entre elle et lui, étaient plus dures à supporter à lady Faringhers que les plus lointaines croisières de son adoré Herald. Et c'est là peut-être une des revanches obscures de la nature, la nature ennemie de tout accaparement et de tout empiétement d'individualité sur les êtres et les choses, que ce jaloux et tyrannique amour maternel déçu dans ses aspirations pourtant si légitimes par l'indépendance oublieuse d'un fils. La vie sportive de lord Herald à Menton, si encombrée qu'elle fût de parties de golf^ de tennis et de matches en automobile, ne l'empêchait pas d'y nouer une intrigue. Cette aventure, l'atroce nouvelle télégraphiée de Corfou en anéantissait les rêves et en brisait l'ambition, en admettant toutefois que la maîtresse de lord Herald eût jamais visé le mariage.

Le fils de lady Faringliers était assez beau pour inspirer même aux plus hautaines une folle passion. Si à ce physique triomphant vous ajoutez le prestige des millions, vous conviendrez facilement que le jeune lord anglais devait trouver peu de cruelles ; les coeurs sont bien prêts à se rendre, quand l'assaillant marche dans la triple auréole de la fortune, de la jeunesse et de la beauté. Lord Herald était un des plus beaux partis de l'Angleterre, et, dans les salons de Cannes comme dans les grands hôtels de Monte- Carlo, il n'y avait pas un cœur de mère qui ne battît en songeant à lui. Ce millionnaire anglais troublait les mères comme les filles.

En fait de maîtresse, le jeune homme avait fait à Menton un excellent choix ; aucune étrangère ne l'avait fixé. Ce n'était ni une de ces x^nglaises phtisiques qui, accablées de millions et de tares héréditaires, promènent de Cannes à San-Remo des langueurs apprises aux Ufîzzi de Florence, et, moulées dans des tea gones à la Boticelli, viennent mourir en beauté sous le ciel provençal. Ce n'était pas non plus une de ces jeunes Yankees qui, riches d'un

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sang jeune et des récents milliards des trusts paternels, s'enfièvrent de polo, de boston et de cake-walk, assaisonnés de flirts hardis avec la jeunesse musclée des grands hôtels. Ce n'était pas davantage une de ces Slaves assoiffées d'inconnu et de sensations rares : princesse nihiliste ou baronne théosophe, qui conquièrent à la bonne cause les sous-lieutenants d'artillerie alpine entre une i^onate de Chopin et un sandwich au caviar. Herald était beaucoup trop averti par la vie pour donner dans les embûches des belles joueuses de Monte-Carlo, ces enjôleuses et captivantes créatures, qui, le corsage en olTrande et les yeux prometteurs, enchantent de leurs attitudes le spleen congestionné des pontes échoués sur la Riviera. De dix-huit à vingt ans, le jeune lord s'était pris, lui aussi, à l'appeau de leurs chairs veloutées par la douche et le fard : mais le bon sens saxon l'avait vite édifié sur la cote et le taux de leurs caresses. Il savait oii ces demoiselles trouvent la dorure de leurs cheveux et dans quelle eau grasse elles pèchent leurs perles. Lord Herald était trop le fils de sa mère pour

s'attarder longtemps dans la glu des amours factices et, en homme pratique, il avait pris comme maîtresse la fille d'un horticulteur de Menton. Isabelle Yerani était peut-être la plus jolie fille du pays. De race évidemment sicilienne, elle en avait à la fois la langueur sarrasine et la pureté grecque. C'étaient, dans un visage étroit au teint mat, les lèvres ciselées, le nez frémissant, les narines vibrantes, le menton modelé comme sous un coup de pouce volontaire, ce type, on dirait primordial, qu'on trouve aux statuettes d'Egine, tête de rêve et de précision, auquel le parallélisme de la bouche 'et des yeux donne un étrans^e caractère de divinité.

Une eau verdàtre, l'eau d'un bassin de bronze, dormait dans les prunelles de ses yeux. Cette dolente émeraude bleuissait doucement dans l'ombre et se pailletait d'or au soleil. La jeune fi'le était silencieuse et sfrave, et. un soir, au tournant d'un chemin, un helléniste allemand saisi de la ressemblance avait dit en la voyant : c( Cléopàtre ! »

Je hais le mouvement qui déplace les lignes. Et jamais je ne pleure, et jamais je ne ris.

Le père de cette enivrante créature employait à l'année quinze à vingt tâcherons jardiniers à une exploitation de narcisses, de giroflées, de roses etd'œillets. Cette culture faisait vivre toute la famille Verani. Grandie au milieu des fleurs, Isabelle en avait le charme éclatant et muet. Elle avait à peine dix-sept ans, quand lord Herald la connut ; l'Anglais la désira et la voulut de suite. Ce type qu'il avait vainement cherché pendant des années sur toutes les côtes de la Méditerranée, il le découvrait dans un petit port de la Riviera.

Elevée sévèrement et gardée de près par trois frères, pendant six mois la jeune fille se refusa; elle aimait pourtant ce bel Anglo-Saxon et ses audaces de pirate. Puis la fortune du soupirant finit par éblouir la famille. Je ne peux pas dire que les siens la poussèrent à la faute, mais du moins, fermèrent-ils les yeux. La sauvagerie des Verani mâles s'adoucit au frottement des millions des Faringhers . Tout Menton s'intéressa à ridylle des deux jeunes gens; la colonie étrangère fut elle-même indulgente :

— Ils sont si beaux! gloussaient en roulant

un œil automatique les vieilles ladies allumées de porto.

Et Ton ignora presque le scandale, quand Isabelle Yerani quitta la maison paternelle pour aller s'installer avec son amant à la villa des Cyprès.

Si épris que fût lord Herald, il était trop Anglais pour s'embarrasser d'une femme à bord. Tous les ans, fin mai, il quittait sa maîtresse et la retrouvait au retour. La Mentonnaise l'attendait, éprise et fidèle, telle une Grecque au gynécée attendait autrefois l'iVrgonaute voyageur.

C'est cette idylle que venait briser la mort de Herald. C'est un télégramme de Cannes qui annonçait la nouvelle à la jeune femme ; la mère, au courant de la liaison de son fils, croyait devoir cette prévenance à la femme qu'il avait aimée. Mais presque en même temps une lettre de l'intendant de lady Faringhers priait la misérable enfant (Isabelle venait d'avoir vingt ans) d'avoir à quitter la villa des Cyprès et de vouloir bien attendre Miladv à l'hôtel Manchester, où elle serait défrayée de tous ses frais ; et

la lettre priait aussi la jeune femme d'avertir son père et ses frères et de leur demander d'assister à Tentrevue qui lui serait fixée par lettre au môme hôtel. L'entrevue eut lieu trois jours avant l'arrivée du Travcller à Cannes.

Que fut celte entrevue? Quelle pression y fut exercée sur une malheureuse enfant anéantie de douleur, et comment furent stipulées les clauses du contrat, de l'odieux contrat, qui tient encore aujourd'hui recluse l'inconsciente qui l'a signé? Là-dessus, toutes les hypothèses sont permises, mais encore ne peut-on émettre que des présomptions, quel rcMe y joua la famille? Cette gens des Verani, qui, après avoir poussé la triste enfant à la faute, la décidèrent à enchaîner son avenir?

Toujours est-il qu'un mois après les obsèques, la villa des Cyprès envahie par les ouvriers, le lendemain même du départ de la jeune femme, voyait s'installer entre ses quatre murs la douleur enténéhrée de crêpes de lady Faringhers.

Isabelle Yerani, elle, se retirait dans la petite villa que nous venons d'entrevoir. Elle vit là, entre deux servantes anglaises choisies par la

terrible mère; elle n'en sort, et toujours accompagnée, que pour aller au cimetière, là-liaul, sur la colline où lady Faringhers a fait inhumer son fils. Isabelle Yerani ne reçoit personne que sa famille ; Isabelle Yerani porte toujours le deuil et voilà quinze ans que cela dure.

Jamais la jeune femme ne prend le chemin de la villa des Cyprès, la victime ne voit jamais son bourreau. On prétend dans le pays que lady Faringhers sert peut-être plus à tous les Verani qu'à la pauvre recluse une pension annuelle do deux mille livres ; aussi, songez si cette engeance la surveille. Je vous assure que tous les frères sont devenus singulièrement jaloux d'un honneur qui les nourrit, et voilà le drame de passion intime et d'ardeur intense, qui depuis quinze années se joue entre ces deux villas.

Que dites-vous de cette existence d'une jeune et belle créature, sacrifiée au despotique égoïsme d'une mère, de ce veuvage imposé à une enfant de vingt ans par une vieille femme jalouse d'éterniser son désespoir? Ah ! ce souvenir d'un mort prolongé au delà du néant et toute cette

jeunesse et celte sanlc sacrifiées et clouées vivantes à un cadavre, n'est-ce pas affreux et digne des chroniques de Tlnquisition, cette villa qui souffre à côté de cette villa qui guette? Songez quelle femme eut été jadis, au moyen âge ou sous la Renaissance, celte lady Faringhers, qui salarie la désespérance, s'acharne à la maternité emmurée dans une tombe et trouve le moyen d'être une belle-mère au delà de la mort ? »

Je me retournai une dernière fois vers la villa des Cyprès. L'ombre de la montagne devenue plus dense la baignait toute; les cônes noirs de ses arbres en faisaient comme un cimetière, et, songeant au deuil tyrannique embusqué là, dans ce pli de ravin, je ne trouvais à répondre à Maxence que ces quelques mots :

— Malheur à qui s'attarde dans le souvenir. Le passé est une charogne qui corrompt le présent et empoisonne l'avenir.

COUR D ESPAGXt:

LA PRINCESSE ZENOBIE

Viens, Poiipoule, viens !... La chanteuse légère faisait la quêle autour des tables, elle s'y arrêtait, complaisante, la gélatine poudrérizée de sa poitrine poussée sous le nez des consommateurs. Les hommes, avant de déposer leur obole dans la sébile, s'attardaient à des explorations lentes et tous accueillaient la fille du refrain populaire : Vietis, Poîipoule, viens!

Maintenant, un faux Polin pleurnichait sur l'estrade. Etranglé dans une veste de dragon, le mouchoir à carreaux sortant du pantalon à ba-

sanes, la trogne enluminée et geignarde, il s'efforçait aux gestes courts et aux dandinements sur place du créateur du genre ; les gaucheries du Jocrisse de caserne désopilaient jusqu'au fou rire le public d'alpins et de matelots de ce petit caféconcert. L'endroit empestait l'absinthe, le drap mouillé, le tabac et le tard. Nous nous étions échoués là, chassés par la pluie, en attendant l'heure du train. Venus à Antibes pour y voir le Carnaval, nous avions assisté à la débandade des masques dispersés par l'averse, un grouillement d'oripeaux lamentables pataugeant dans la boue, espèce de Retraite de Russie dessinée par un Robida.

Rien de plus triste que ces pays du Midi sous l'ondée. Celle de ce dimanche de mars s'aggravait de rafales. La mer démontée et hurlante baltait sans relâche les vieux remparts de la ville, et l'écume y voletait par les rues comme dans un port de l'Ouest.

Nous avions accueilli le petit beuglant et sa devanture lumineuse comme un refuge et comme un havre.

Et, malgré ses relents de tabagie, nous nous

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reprenions au bien-être de cette salle bien close et à Tatmosphère de polisonnerie créée là par les cabots du lieu. Un mouvement se produisait tout à coup dans le public : des matelots se levaient, un petit alpin montait sur une table pour mieux voir. Une nouvelle artiste venait d'entrer en scène, mais de taille si exiguë, qu'il nous était impossible de la découvrir par-dessus les épaules d'une assistance mise tout à coup debout.

— Assis ! assis ! réclamait-on de toutes parts.

— Mince qu'elle est gironde ! tonnait une poitrine robuste.

Et, le silence s'étant enfin rétabli, un débit de crécelle, une voie chevrottante et falote, un grincement de girouette, un gargouillis de phonographe attaquait en mesure.

Qu'elle est belle et qu'elle a de grâce, La comtesse de Palada !

Une salve d'applaudissements couvrait cette inoubliable diction. Voix d'automate et de ventriloque, c'était aussi un hiement de poulie, tant ce soprano aigu s'enrouait par moments et d'ai-

98 Lli: CRIME DES RICHES

greurs et de trous. Une naine à face de petite vieille, un afTreux avorton aux grêles bras trop courts, aux petites mains recroquevillées comme des serres d'oiseau : quelque chose de malingre, de flétri et d'innomable évoluait sur la petite scène en somptueuse robe de bal. Plastronné de strass et plâtré de céruse, le pitoyable petit être faisait des mines, jouait de l'éventail et, le cou tendu hors des épaules pointues, faisait songer à quelque marionnette macabre, poupée à tête de tortue ou momie d'enfant affublée d'une défroque de carnaval, et Tétrange gazouillis de perruche aphone continuait :

Quelle est belle et qu'elle a de grâce !

La naine s'efforçait à la grivoiserie.

Et rien n'était plus effarant dans cette face souffreteuse et friponne, que la lenteur torpide du regard terne et mort. Et matelots et alpins acclamaient cet être de cauchemar.

— Quelle horreur ! qu'est-ce que c'est que

çà?

— Une célébrité de la rampe, un numéro sensationnel de cirque ou de music-hall, une des

reines les plus applaudies de nos pisles. Elle a fait courir tout Paris chez Franconi. Vous ne reconnaissez pas la princesse Zénobie, la plus petite femme du monde ?

— Elle est hallucinante I

— Ce qui ne Fempèche pas d'avoir été aimée. . . Ne vous récriez pas. Ce monstrillon a inspiré des passions.

— Des aberrations plutôt I

— Gela, je vous l'accorde. Il y a un mois encore, elle était entretenue comme une fille d'Opéra. Elle avait son petit hôtel, un hôtel de Lilliput construit sur mesure, à sa taille, une petite servante à ses ordres, la plus petite qu'on ait pu trouver dans le pays, un petit mobilier de poupée commandé chez Massini, un petit attelage, victoria et coupé, traîné par des chiens, ses petites écuries particulières et sa petite remise, le tout installé et bâti dans le parc d'une des plus belles villas de San-Remo.

— Que me dites-vous là?

— Rien que la vérité. Elle était alors la poupée favorite, le hochet quotidien de Bartholomeo Guiçardi, le vieux banquier de Palerme.

— Non !

— Gomme je vous le dis. Par quelle disgrâce la princesse Zénobie est-elle tombée dans ce beuglant de garnison, et par quel concours de circonstances retrouvons-nous la naine aimée du vieux banquier aussi cruellement déchue? C'est toute une histoire, dont je ne sais que des bribes, mais qui établit une fois de plus l'égoïste férocité des vieillards. Vous connaissez Marcus, le chanteur de la Scala, que ses dernières créations ont tant mis en vedette : la Ronde des Pantes, Si tu veux, ma Nine, et le Printemps s'en va !

— Parfaitement, Marcus, l'heureux rival de Mayol.

— 11 était, il y a trois mois, à Nice, à la (c Jetée Promenade. Un jour, parmi son courrier il trouvait une lettre de San Remo. L'intendant de Bartolomeo Guiçardi lui proposait et lui assurait un cachet de deux cent cinquante francs par soirée, pour chanter durant une semaine à la villa du banquier. La bagatelle de deux mille francs pour amuser, huit jours durant, des joyeusetés de son répertoire l'ennui du vieil-

laril. Bartoloméo Guiçardi et ses fantaisies de millionnaire sont célèbres dans le monde du café-concert et du music-hall. Marcus acceptait. Il était en plus indemnisé de ses frais de déplacement et de séjour. Le soir même de son arrivée à San Remo, une voiture venait le prendre à son hôtel et le conduisait à la villa des Palombes. Deux valets poudrés le cueillaient à la portière et, à travers de vastes couloirs de marbre, l'emmenaient dans un immense salon éclairé à giorno, Marcus y trouvait toute une troupe de music-hall déjà réunie : un duetto italien de gommeux excentriques, Thomme et la femme; un homme-serpent, une chanteuse tyrolienne, un quadrille nègre et un jongleur indou.

Tous et toutes revêtus de leurs costumes attendaient, sagement assis sur un rang de chaises, le bon plaisir du maître des céans. Un grand rideau de salin cerise coupait le salon en deux, les laquais invitaient Marcus à s'asseoir et, un orchestre invisible ayant attaqué une valse, le rideau s'ouvrait. Et Marcus effaré avait un mouvement de recul.

Installée dans un immense fauteuil de velours

cramoisi surélevé de trois marches, une masse informe trônait et se prélassait, engoncée de plaids et de fourrures malgré la chaleur étouffante de la pièce. Une couverture de zibeline remontée jusqu'à mi-corps, les mains gourdes aux doigts boudinés posées à plat sur les genoux, c'était une sorte de Bouddha obèse, une face à bajoues sérieuse et barbue, à la pâleur jaune de vieil ivoire. Une calotte de velours à gland faisait bouffer aux tempes de longs cheveux crépus. C'était une laideur d'Extrême-Orient, la vieillesse adipeuse et bouffie d'un vieux pirate et d'une idole. Deux petits yeux obliques luisaient, comme deux veilleuses, sous des paupières plissées. Deux laquais en culottes courtes se tenaient debout, derrière, aux ordres de l'homme monstrueux : c'était Bartolomeo Guiçardi.

Tous les artistes s'étaient levés. Le vieillard promenait sur eux un regard atone :

— La princesse Zénobie n'est pas encore là? interrogeait une voix rauque.

— Me voici, me voici.

Et sur une stridence de phonographe l'hallucinant avorton, que vous voyez, se précipitait à

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petits pas, trébuchait empêtrée dans le satin de sa robe, car la malheureuse boite. Décolleté à outrance, étincelant de joyaux, le petit être traversait en sautelant toute la salle; il grimpait péniblement les degrés de l'estrade :

— Excusez-moi, mon cct\ ma femme de chambre n'en finissait plus. »

Et la voix d'automate se trouait par saccades.

Un des laquais l'avait saisie par la taille et la posait sur les genoux du vieil homme; la naine s'y tenait debout dans les plis de sa traîne, et, tout en tapotant d'un minuscule éventail les bajoues du vieux bon/e :

— Mais commençons, mon cer, je suis prête. Et preste et leste à la fois, elle se tournait

vers la troupe.

— Pas de ça, pas celle-là, pas de femmes I

Et du bout de son éventail elle désiiinait les duettistes italiens, les négresses du quadrille et la chanteuse tyrolienne :

— Je suis jalouse, Bartolomeo !...

Les yeux du banquier s'étaient allumés. Il avait pris dans ses grosses mains la petite patte sèche du monstre et lui baisotait le bout des doigts.

104 Li: GRIME DES RICHES

Et la représentatisn commença : ce furent les ellipses de boules d'or et des poignards du jongleur, les contorsions brillantées de l'hommeserpent et le cake-walk des danseurs nègres ; les négresses avaient quitté la place.

Debout sur les genoux du Palermitain, tel un grand perroquet familier, la princesse Zénobie, virait, voletait, ne tenait pas en place, attardant ses petites mains dans la barbe de son maître, lui chatouillant la nuque avec des rires aigus de petite fille hystérique, tandis que lui, les yeux lubrifiés de désirs, promenait lentement sa main des cheveux aux talons de la minuscule Altesse, en insistant à la taille et aux reins, comme sur le dos d'un ara préféré. 0 le flirt de clins d'yeux et de menus attouchements de ce vieux forban de la banque cosmopolite et de ce phénomèneréclame de cirque forain !

La naine et son vieil amoureux écoutaient maintenant le répertoire de Marcus. Le chanteur avait toutes les peines à ne pas poufler de rire en regardant à la dérobée les mines et les contremines de cette Altesse de Lilliput.

L'œil émerillonné, le banquier suivait avec

COUR DESPAGNE lOo

intérêt les polissonneries et les sous-entemlus des chansons de Marcus, il les lui redemandait chacune deux fois. Comme Tarliste, qui n'avait emporté que cinq de ses créations, hésitait pour recommencer la troisième fois son répertoire :

— Chantez-lui des cochonneries, crépitait la voix rouillée de la naine. Il aime hien mieux ça. N'est-ce pas, ce ri? Des chansons où on dise des gros mots, y a que ça qui l'amuse. »

Et le monstre clignait des petits yeux lubriques.

Et comme Marcus objectait qu'il n'avait pas ça sur lui.

— Eh bien ! apportez-en demain, télégraphiez à Gênes ou à Nice. »

Et telle fut la première entrevue du banquier Guiçardi, de la princesse Zénobie et du chanteur Marcus.

— Mais nous allons manquer le train. Si vous voulez rentrer par celui de neuf heures trente à Nice, nous n'avons que le temps.

Nous nous levions, Maxence et moi.

Et, quand nous fûmes installés dans le train, Maxence dans un coin du wagon, moi dans un autre, le vasistas soigneusement relevé contre la pluie battante, tous deux absolument seuls, nous prenions nos aises et, délivrés d'un coup de pouce du carcan de nos faux-cols, nous allumions deux londrès.

— Cette princesse Zénobie, pensait tout haut Maxence, quel Goya et quel Rowlandson, quel Yelasquez aussi ! Quand on y songe, c'est tout à fait une des naines du tableau des Las Meniiias. A bien réfléchir, Yelasquez est le seul qui ait senti et rendu le tragique de la laideur grimaçante des nains. H y a une telle tristesse dans le comique de cette humanité avortée, et cela est si

vrai qu'en me parlantdes ces soirées de San-Remo, c'est à la cour d'Espagne que le chanteur Marcus comparait l'intérieur du banquier Guiçardi : et Marcus n'est ni un lettré ni un voyageur, Je ne crois même pas qu'il ait été jamais à Madrid, mais c'est là la force impérieuse du génie, que ce soit celui d'un poète, d'un peintre ou d'un littérateur, voire d'un sculpteur. Il ramène tout à la vision qu'il a eue des êtres et des choses et il impose à l'univers, au delà de l'espace et du temps, la despotique obsession de ses types.

On dit des horizons profonds et bleus des lacs Majeur, Gôme et Garda : ce sont des horizons de D'onard, parce q,ue le Yinci mit dans ses tableaux la poésie de leurs cimes et de leurs eaux frissonnantes ; et les lacs de la haute Italie existaient depuis des siècles et des siècles, bien avant Léonard. Les fins de dynasties ont, de tout temps et chez tous les peuples, offert des spécimens de dégénérés d'une laideur affinée à la fois hautaine et exsangue; et, depuis les portraits du Prado, nous disons de tous les types d'aristocratie expirante « c'est un Yelasquez ou c'est Hasbourg » mais nous voilà loin de princesse

Zénobie, et je vous dois la suite de Thistoire.

Les huit soirées du chanteur Marcus à la villa des Palombes. Leur atmosphère spéciale en avait tellement impressionné le pauvre garçon qu'en en parlant il en devenait littéraire, lui Marcus. Dans l'isolement et le dépaysement de cette petite ville italienne, dont il ne parlait pas la langue, ces soirées présidées par ces deux fantoches, dans le luxe écrasant de cette villa qu'on eut dit déserte, hallucinaient Marcus comme un cauchemar. Tous les soirs, à neuf heures, il se rendait aux Palombes et retrouvait clans le grand salon incendié de lumière ses compagnons de captivité. Le grand rideau de satin cramoisi s'ouvrait comme un voile de sanctuaire et c'était, dans son immobilité d'idole, la masse effondrée du banquier de Palerme, le vieil homme aux yeux morts, adipeuxet ventru sous ses fourrures amoncelées avec, sur ses genoux, redressée et cambrée sous la caresse de sa main lente, la naine diamantée, jacassante et trépidante, la princesse Zénobie à la voix de crécelle , à la fébrile agitation de perruche.

C'est son fausset rouillé qui décidait des audi-

lions. D'un geste bref elle éliminait tel et lel artiste : les femmes étaient congédiées. Marcus avait riieur de plaire au monstrillon, il fut maintenu pendant toute sa semaine au programme. Le quatrième jour cependant il y eut conflit. Bartoloméo Guiçardi avait eu la curiosité de Musidora Smitson, la danseuse américaine que le snobisme de quelques salons n'a pu imposer au public parisien. Miss Smitson, les jambes nues, .le reste aussi sous de triples tuniques de gaze, dansait, une flûte aux lèvres, des bandelettes au front, des sandales aux pieds. Elle tournait longtemps, longtemps, mesurait des guirlandes invisibles, prenait des poses et s'essayait aux attitudes que Ton voit aux nudités peintes sur les vases étrusques ; elle y réussissait quelquefois. Elle exigeait comme fond des draperies sur les murs, des écrasements de fleurs sous ses pieds et, comme elle était jeune et vierge et rougissait, et surtout comme elle arrivait de cette Amérique d'oii tout arrive et où tout retourne, on essaya de s'en enticher.

Eclos sur la scène improvisée d'un atelier de la Plaine-Monceau, le Tanagra d'exportation

s'épanouit dans quelques salons d'esthètes, mais ne franchit pas le seuil des music-halls. Elle danse figée, avait dit Marlin Gale en l'exécutant d'un mot.

Musidora Smitson faisait alors la Côte d'xVzur. Une marquise américaine, qui avait un prince tartare à diner et ne savait que lui servir en guise d'entremets, avait essayé en vain de l'y lancer. Qui avait bien pu parler à ce vieux forban de Bartolomeo Guicard du Tanaj^ra de Boston et de ses danses antiques? Toujours est-il que le Levantin de Palerme en avait eu la curiosité. La virginité que l'on prétait à la jeune artiste et la promesse garantie de sa nudité sous les gazes bleues de sa triple tunique, avaient sans doute affriolé le vieillard. Miss Smitson, sollicitée, signait un engagement de huit jours. Mais les choses n'allèrent pas toutes seules. Quand le rideau cramoisi s'écarta et que la princesse Zénobie aperçut, se silhouettant sur un vélum de peluche gris de lin, l'attache au cou, les bras frêles et les arrangements à la grecque de la danseuse yankee : « Pas celle-là, pas celle-là! », raclait et s'étranglait le fausset rageur de la naine

COUR D'ESPAGNE dll

et, crispé, congestionné d'une fureur jalouse, le petit être s'érupait et piétinait sur place, les yeux chavirés dans une crise : « Pas celle-là! Qu'elle s'en aille, pas celle-là ! » Mais le vieux banquier allumé ne voulut rien entendre et les danses commencèrent; tous les numéros du programme défilèrent ce soir-là.

Suffoquée, la princesse Zénobie avait prestement glissé le long des jambes de son llirt et, comme un gros perroquet sournois qui boude son maître, elle avait précipitamment, boitillante et courroucée, gagné la porte. Le battant en claquait violemment.

La princesse Zénobie avait disparu. On ne la revoyait pas le lendemain. La princesse offensée s'était retirée chez sa mère. Sa mère ou plutôt la vieille femme qui lui servait de barnum vivait à San-Remo, à l'autre bout du pays, installée en villa avec un autre nain, alors sans ensagement, Scœvola ou le plus petit Conscrit de France^ qui, dans le hasard des tournées, passait pour le frère ou le mari de Zénobie.

Ces deux avortons se chamaillaient, se disputaient, se battaient et ne pouvaient se passer

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l'un de Taiitre ; c'était de la haine et de Tadoration. Dès qu'elle avait une heure à elle, la naine s'évadait de la villa et, fuyant l'ennui du petit hôtel de poupée édifié pour elle dans le jardin des Palombes, geôle de luxe où l'entretenait le caprice du banquier, elle courait retrouver son barnum et son cher Scœvola. Il n'était pas de matinée ou d'après-midi (celadépendait del'heure des siestes du vieillard) où on ne les rencontrât sur les routes, dans quelque victoria de louage, le plus petit Conscrit de France et la princesse paradant dans le fond de la voiture. La mère barnum en vis-à-vis, surveillait le couple.

Le soir, tous les numéros défilèrent encore dans Tordre annoncé ; l'Américaine renouvela ses danses et Marcus et le couple italien durent surveiller leur répertoire, car deux femmes assistaient à la représentation, assises aux côtés de Guiçardi ; deux femmes en grand deuil, Tune dans la soixantaine et l'autre âgée de trente ans environ ; toutes les deux brunes de cheveux et de teint et d'une grande pureté de profil. Elles restèrent graves et silencieuses, et les drôleries de Marcus ne les déridèrent pas. Elles ne

parurent s'intéresser un peu qu'aux contorsions de riiomme-serpent et au cake-valk du quadrille nègre. « Madame Guiçardi et une de ses filles pas mariée, chuchotait le duettiste italien à Marcus, elles habitent la villa, mais on les voit rarement et jamais quand la Zénobie est là. Elles ont horreur de la naine et pour cause. Le vieux est quasi en enfance, il faut bien qu'on le surveille, mais il leur a gagné assez de millions pour qu'on supporte ses caprices. Cette Zénobie, c'est un joujou. Pauvres femmes, elles n'ont pas l'air gai, il y a de quoi. Que Cruce ! elles font beaucoup de bien dans le pays. »

On ne revoyait pas le lendemain ces dames Guiçardi. Malgré les poses tanagréennes de la Smitson, la soirée se traînait dans Fennui. Mais le quatrième soir (et c'était sa dernière audition), Marcus ne retrouvait pas l'Américaine. Miss Smitson avait été remerciée. Et quand le fameux rideau cramoisi glissait sur sa tringle, la princesse Zénobie était sur les genoux du vieux Guiçardi.

Empanachée d'aigrettes, écrasée sous le poids dun collier d'émeraudes, elle se cambrait dans

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rébouriflement d'un boa de plumes blanches et s'érupait comme une perruche, tout à l'orgueil de sa nouvelle parure. La naine était rentrée en grâce. Tout à la joie de son triomphe, elle toisait insolemment les artistes et ne songeait même pas à balayer de son geste les sujets femmes de la troupe; la représentation commençait. La chanteuse tyrolienne égrenait ses derniers laitou; un valet de pied venait apporter au banquier une carte sur un plateau. Le vieux forban y jetait à peine les yeux et d'un hochement de tête donnait ordre d'introduire. Et c'était, à pas menus, Téchine ronde et les yeux baissés, l'entrée obséquieuse plus glissée qu'osée et le salut révérence, la demi-génuflexion à jarrets plies et les mains croisées sous les amples manches d'un capucin quadragénaire aussi chauve que barbu. Le moine baisait la main du banquier, souriait d'un air paterne à la naine et prenait place auprès du couple; les laquais avaient avancé un fauteuil.

— Le Révérend Père Ambrosio, me chuchotait à l'oreille le duettiste italien, le supérieur du couvent de Saint-Pancrace (les Capucins ont leur

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monastère à deux lieues d'ici, dans la montagne) : un familier de la maison. Il vient souvent passer la soirée et assiste quelquefois au concert. C'est le seul admis, d'ailleurs. Ah! le moine a su prendre le vieux, il a apporté un scapulaire indulgenciéà lanaine !... Chacune de ses visites lui rapporte de cent à deux cents lires pour les pauvres ou le couvent. Dom Amhrosio ne perd pas son temps. C'est pour le Lien de l'Eglise : la fin justifie les moyens. Rien de plus amusant que leurs entrevues. Ouvrez l'œil et le bon, car vous allez rire. »

Le capucin avait pris place, le temps d'échanger quelques propos avec le Guiçardi. Les numéros du concert se succédaient. Les vocalises de la chanteuse tyrolienne le laissaient aussi froid que les contorsions du cake-walk nègre. Ses yeux obstinément baissés ne cillaient un peu qu'aux gauloiseries de Marcus.

Un flot d'obscénités montait comme une mare de boue dans le silence gène de tous les assistants. C'étaient des rythmes sautillants de polkas et des refrains de caserne; et cela devenait tragique comme un blasphème et comme un

martyre, ce répertoire de corps de garde dégoisé par ordre, au nez d'un capucin, pour le grand ébaudissement d'une naine de foire et d'un vieux maniaque.

Le moine ne bronchait pas. Il regardait fixement le bout de ses orteils, qui dépassaient un peu sa robe de bure.

— Eh bien ! Padre, qu'en dites-vous ? Ça vous plaît ■?

Et d'un coude égrillard le Sicilien interrogeait le Père.

— Répondez donc, Padre ?

Et, cette fois, c'était la princesse Zénobie qui de sa petite main sèche avait saisi la longue barbe du moine et le narguait de son affreux sourire d'avorton lubrique et vieillot.

Le Révérend levait au plafond des yeux d'apôtre mis en croix.

— Il Padre n'a pas le goût à la musique, ce soir.

Et, sur cette conclusion de sa chère Zénobie, Rartolomeo congédiait le moine. Il lui glissait une pièce de dix lires dans la main.

Dix lires! Il y avait loin des cent et deux cents

lires accoutumées. Le religieux se retirait à reculons ; un laquais le reconduisait.

— Qu'es-ce qu'il y a? interrogeait le banquier, surprenant un colloque entre le moine et le valet.

— Le Padre voudrait deux écus d'argent: Il craint de perdre la pièce d'or.

— Les voici, bougonnait le gros homme de Palerme en fouillant dans son gilet.

D^un pas oblique le capucin s'était vivement rapproché. Il s'emparait des deux pièces d'argent, plaçait la pièce d'or entre les deux écus, et les montrant tenues serrées entre son pouce et son index :

— Gomme cela, je ne craindrai pas de la perdre. Gracia, signor!

Et il se retirait, la croupe haute, le sourire onctueux, humble et sournois.

— Bene trovato, faisait le Guiçardi amusé. Telle fut la dernière soirée de Marcus à la villa

de San Remo.

— Nous sommes arrivés, me disait Maxeuce.

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