Acte II, scène i
Hermione aussi est une furie; Pylade conseillant à Orcsto de la fuir lui dit :
« Quoi ! votre amour se veut charger d'une furie ? »
La colère, la jalousie, la vengeance peuvent changer en furie une femme qui jusque-là semblait incapable de violence.
L'imagination féminine invente tous les jours de nouvelles formes de vengeance. Une femme de mœurs légères, qui avait abandonné ses enfants, vint demander à son mari la permission de les revoir; le mari refusa, lui disant qu'elle en était indigne : « tu me prives de la vue de mes enfants, répondit la femme, à mon tour je te priverai de leur vue. » — Tu veux donc m 'assassiner, répliqua le mari ?» — « Non, reprit-elle, je te ferai souffrir encore plus, je l'aveuglerai. » C'est ce qu'elle fit quelques jours après ; pendant que le mari faisait jouer ses enfants, elle entra brusquement et lui jeta du vitriol dans les yeux. Les enfants auraient pu être atteints, car une bonne qui était à côté d'eux reçut des éclaboussures qui brûlèrent ses vêtements. Celle femme avait les sentiments de Médée qui disait à ses enfants :
« Il me prive de vous et je l'eu vais priver... « Il ne vous verra plus. »
Pour se donner le plaisir de la vengeance, la femme abandonnée accepte sans effroi le scandale et le châtiment qui l'attendent. Une femme délaissée, formant le projet d'aveugler son amant (projet qu'elle exécuta ensuite), disait qu'elle ne craignait pas les conséquences pénales de cet acte, que, à supposer qu'on lui infligeât cinq ans d'emprisonnement, elle les subirait volontiers, pour avoir la satisfaction de se venger.
Se venger de sa rivale, la défigurer, est pour elle un plaisir encore plus vif. Alalide, comprenant que Uoxane est encore plus irritée contre elle que contre Bajazet, a raison de dire à ce dernier :
« Elle aura plus de soif de mou sang que du vôtre. »
En effet, Roxane veut d'abord pardonner à Bajazet, elle lui dit :
« Ma rivale est ici ; suis-moi sans différer ;
« Dans la main des muets viens la voir expirer. »
C'est sur sa rivale que se porle surtout son besoin de vengeance; lorsqu'elle songe à faire mourir aussi Bajazet, elle veut donner à Atalide le spectacle de sa mort, pour la faire souffrir davantage :
« Quel surcroit de vengeance et de douceur nouvelle « De le montrer bientôt paie et mort devant elle. »
La femme jalouse cherche toujours le raffinement dans la vengeance : c'est ainsi que Phèdre au plaisir de tuer sa rivale veut ajouter le raffinement de la faire périr devant Hippolyte :
« Je vais faire expirer ma rivale à tes yeux ; »
Dans Horace, Camille termine ses imprécations contre Rome, qu'elle déteste comme une rivale, par ces vers qui expriment bien l'intensité de la haine et du plaisir de la vengeance :
« Voir le dernier Romr.in à son dernier soupir, « Moi seule en être cause et mourir de plaisir. »
Avant d'exercer sa vengeance, la femme en savoure l'idée par l'imagination, comme elle s'en repait les yeux quand elle Ta accomplie. Une jeune fille, âgée de vingtdeux ans, qui venait de tuer sa rivale d'un coup de pistolet, voyant sa victime râler, s'éloignait lentement avec un air de satisfaction, comme si elle savourait sa vengeance ; on lisait sur son visage le plaisir qu'elle éprouvait à lui donner un cercueil pour lit nuptial ; on aurait dit qu'elle se répétait ce vers de Médée :
« Et pour lit nuplial il te faut un tombeau ! »
La pensée du lit nuptial, qui n'était pas pour elle, l'avait torturée ; sa colère s'était allumée à l'idée d'y voir monter sa rivale, et elle se réjouissait à présent de l'en faire descendre par un coup de feu.
Lorsque la femme délaissée défigure sa rivale, elle ne
veut pas seulement rendre impossible le mariage qu'elle redoute, elle prend un plaisir cruel à lui enlever sa beauté, à rendre laide celle que son amant trouvait plus jolie qu'elle, à couvrir d'horribles blessures la bouche qui lui souriait, à brûler les yeux qui lui inspiraient et qui lui exprimaient l'amour. Sachant que sa rivale est heureuse d'être trouvée jolie et qu'elle est flère de plaire, elle veut faire cesser, en l'enlaidissant, celte supériorité qu'elle s'arrogeait sur elle ; une fois défigurée, la rivale abhorrée ne sera plus h craindre, elle deviendra un objet d'horreur, elle qui était un objet d'amour, elle sera humiliée, et celte humiliation, qui est un raffinement de méchanceté, relèvera le plaisir de la vengeance.
Il y a des femmes qui, tout en défigurant leur rivale, * s'appliquent à lui laisser la vue, afin que leur victime puisse souffrir davantage en voyant sa laideur.
La vengeance est en général, longuement préparée ; sous l'influence du désespoir, la femme abandonnée s'isole ; elle se concentre dans sa pensée et sa douleur ; perdant le sommeil, nuit et jour elle songe à l'abandon dont elle a été l'objet. Après avoir formé le projet de se venger, elle hésite à exécuter sa vengeance, surtout à l'égard de l'amant ou du mari qu'elle aime toujours. Ces hésitations se trouvent fidèlement reproduites dans l'inlerrogaloire dune jeune fille de Saint-Rémy qui jeta du vitriol au visage de son amant : « Après avoir résolu de me venger, je ne pouvais me décider à mettre mon projet à exécution... Un jour, pendant que je causais avec L..., ma mère entra et me dit : Tu vois bien qu'il rit de les pleurs. » Ces paroles ranimèrent ma colère, je priai ma mère de se retirer, et m'adressanl à mon amant je lui dis : « Souviens-toi de ce que tu m'as promis ; méfie- toi de ma vengeance. » Comme il ne répondit rien et qu'il se mit à bâiller, j'ajoutai : « Je vois bien que je t'ennuie, adieu pour la dernière fois, je ne viendrai plus te chercher. » Froissée par cette indifférence
insultante, la jeune fille reprit son projet de vengeance, mais elle hésitait encore à l'exécuter, n'osant pas défigurer celui qu'elle aimait, lorsque quelque temps après elle rencontra son amant qui feignit de ne pas la reconnaître. Alors, ulcérée parce nouvel outrage, elle rentra chez elle précipitamment, se déguisa en homme, se munit d'une fiole de vitriol, qu'elle avait préparée depuis longtemps, et alla en jeter le contenu au visage de l'infidèle.
L'idée de la vengeance est comme une obsession qui s'empare peu à peu de l'esprit de la femme et qui finit par l'envahir progressivement. Suivant les cas, celte pensée obsédante qui la suit nuit et jour est tour à tour caressée et repoussée pendant un certain nombre de jours, de semaines ou de mois ; une lutte* s'établit enlre l'amour et la haine, entre la raison et la passion ; mais la force de résistance diminue à mesure que la femme se complaît dans la pensée de la vengeance, et un jour, après bien des hésitations, après des alternatives de pardon et de haine, un dernier incident, une rencontre, la vue de sa rivale, un nouvel outrage, finit par produire l'explosion.
J'emprunte au journal d'une jeune accusée, Marie B... les passages suivants qui montrent comment à la suite des soulîrances de l'abandon, elle passa du désespoir et de la pensée du suicide à celle de l'homicide, et après bien des hésitations, à l'exécution du meurtre.
« Novembre. — Je sens que je deviens folle. Mieux vaut cent fois mourir, mais avant me venger. La mesure est comble. Prends garde. Léon, tu ne sais pas ce que tu te prépares de douleur et de remords.
Décembre. — Il songe à se marier. Si je n'étais pas chrétienne, je le tuerais.
Avril. — Ma fille est morte. Je veux mourir, mais avant, me venger.
Juin. — Il est revenu, mais je vois qu'il ne m'aime plus. Je le tuerai.
Juillet. — J'ai pu le tuer, mais je ne l'ai pas fait. Je vais encore mettre de côté mon amour-propre et le rappeler, mais, s'il ne vient pas, je serai sans pitié, je le jure.
LA SÉDUCTION KT |/aHANDON i*2(»
Xovembre. — Je ne veux pas qu'une autre femme soit ia mère de ses enfants à lui cl pour cela il faut que je le tue.
13 décembre. — Je lui ai écrit ; il ne m'a pas répondu, l'insolent!
Je souffre trop, je veux mourir, mais je veux qu'il meure avant moi.
19 décembre. — Je lai vu, mais je n'ai pu le rejoindre. Je te retrouverai, Léon, et ta vie sera le prix des souffrances que j'endure.
Le i*'r janvier elle écrit derrière la photographie de l'amant qui Ta abandonnée : L. R. condamné à mort par moi, Marie.
Le lendemain, elle écrit : « Il vit encore. Les forces m'ont trahie. Deux fois, j'ai pressé la détente sans résultat. Je n'avais plus de sani: dans les veines, car, malgré moi, je l'aime toujours.
3 janvier. — Aujourd'hui, je vais tenter la mort. Puisse-t-ellc nous prendre tous les deux !
5 janvier. — Toute la journée a été passée par moi en voiture devant sa porte, pour n'arriver à rien, si ce n'est à savoir qu'une femme, grande, mince, couverte d'un manteau de fourrure, est allée chez lui à cinq heures et demie et en est sortie à neuf heures.
Je souffre trop, je veux ta vie, Léon. J'espère que demain je réussirai. »
Le 7 janvier, dans la soirée, vers neuf heures, Marie B... mettait à exécution son projet homicide formé depuis plus d'un an et tirait trois coups de revolver sur son amant, qu'elle ne faisait que blesser. Arrêtée, elle disait le lendemain qu'elle regrettait de ne l'avoir pas tué.
Dans son interrogatoire devant le juge d'instruction, elle dit : « Je vais tout vous raconter. Parviendrez -vous à ine comprendre? Je ne me connais pas moi-même. Vous verrez que les sentiments les plus divers et en apparence les plus opposés se sont heurtés dans mon cœur.
« J'aimais cet homme et cependant je le méprisais, et aujourd'hui encore, après avoir voulu le tuer, il me semble que je l'aime toujours. J'ai honte de vous parler ainsi, mais c'est la vérité et je suis effrayée du mal que m'a fait cet homme, en m 'inspirant un amour, que le mépris n'a point été capable de tuer complètement. Ma tôle est un chaos. »
Le récit que celte jeune accusée a fait du mélange d'amour et de haine, de tendresse et de mépris, qui agi-
Proal. — Crime et suicide pass. 9
tai t son cœur et en faisait un chaos, l'analyse qu'elle a donnée de ses hésitations et de ses changements de résolution, suffisent à montrer le peu de sagacité psychologique de Schlcgel dans les critiques qu'il adresse à Racine. Il s'étonne que Phèdre, après avoir essayé d'attendrir Hippolyte, passe subitement de l'amour le plus humble à la colère la plus violente, et qu'elle puisse dire :
« Je le vois comme un monstre effroyable à mes yeux. »
Il ne comprend pas les oscillations de Phèdre songeant à mourir dès le premier acte, puis y renonçant à la nouvelle de la mort de Thésée ; au deuxième acte cherchant à se percer le cœur avec l'épée d'Hippolyte par démonstration théâtrale, au troisième acte parlant encore de mourir sans donner suite à son projet, au quatrième acte reprenant ce projet et l'exécutant enfin au cinquième. Phèdre, dit-il, est toujours irrésolue, elle oscille entre les sentiments les plus opposés ; au quatrième acte elle va demander grâce pour Hippolyte, puis elle change aussitôt de résolution dès qu'elle apprend l'amour de celui-ci pour Aricieetne respire plus que la vengeance1. Ces oscillations continuelles, ces revirements soudains sont, d'après Schlegel, peu vraisemblables et, en outre, peu conformes à la tragédie. « Si la nécessité tragique, dit-il, exige que l'on peigne des caractères criminels en les rendant d'une certaine façon intéressants, qu'ils soient au moins d'une trempe forte, qu'une faiblesse et une vacillation continuelles ne les mettent pas au-dessous des situations où leurs propres passions les ont engagées. *>
Il est impossible, à mon avis, de montrer une plus grande ignorance des effets de la passion. Les critiques littéraires de Schlegel sont des erreurs psychologiques. En effet, ce qui caractérise l'état d'esprit de la femme délaissée, comme celui de l'amant jaloux, c'est le passage
(1) Schlegel. Comparaison entre la Phèdre de Racine el celle d'Euripide. p. 32.
rapide, continuel, de l'amour à la haine, de l'espoir à la crainte, le retour de la haine à l'amour et au pardon, du désespoir à l'espérance, jusqu'au moment où, après bien des hésitations, cet état d'incertitude finit par une explosion de colère ou de désespoir, par l'homicide ou par le suicide, ou par les deux à la fois.
Se pas comprendre que Phèdre, après avoir essayé de toucher le cœur d'IIippolyte, bondisse de colère à cette nouvelle : « Aricie a son cœur ! Aricie a sa foi ! », c'est ne rien comprendre aux effets de l'amour et de la jalousie, et par suite c'est se montrer un bien médiocre critique littéraire, car il nepeuty avoir de critique sans psychologie.
Il n'y a pas une femme désespérée de l'indifférence et de la trahison de son amant, qui ne soit tiraillée entre le désir de la vengeance et l'amour qu'elle conserve pour lui au milieu de la colère.
ft Oa a peine à haïr ce qu'on a bien aimé, « Et le feu mal éteint est bientôt rallumé *. »
Le cœur féminin, agité par des sentiments contraires, oscille de l'un à l'autre ; de là ces revirements, qui rendent si émouvante la tragédie de Racine et de Corneille, parce qu'ils sont vrais. La femme qui maudit celui quelle aime hésite d'abord à le faire souffrir, lorsqu'elle éprouve le besoin de la vengeance; puis, si un nouvel affront lui est infligé, la colère la ressaisit et elle reprend le projet homicide, qu'elle avait repoussé. Dans le célèbre monologue du cinquième acte, Uermione exprime exactement les oscillations de sa volonté incertaine :
« Et prête à me venger, je lui fais déjà grâce »
A peine songe-t-elle à lui faire grâce, que la colère la reprend en pensant au dédain de Pyrrhus.
« Non, ne révoquons pas l'arrêt de mon courroux; » « Qu'il périsse. »
(Ij Corneille. Serlorius, acte 1, scène m.
Roxanc, qui a l'emportement des femmes du Midi et l'orgueil d'une sultane, hésite longtemps avant de faire périr Bajazet ; elle trouve mille prétextes pour retarder sa vengeance"; elle l'abandonne, elle la reprend en proie tour à tour à la colère et à l'amour, faisant succéder aux menaces de mort les cris d'amour les plus tendres :
« Bajazet, écoutez ; je sens que je vous aime. »
Voilà la vérité psychologique.
Les caractères fermes, tout d'une pièce, tels que les demande Schlegel, ne sont pas des caractères humains et encore moins des caractères féminins.
Le propre de la passion et en particulier de la jalousie est d'enlever la suite dans les idées, la fermeté dans les résolutions, de rendre l'esprit hésitant, irrésolu, plein de contradictions.
Ces oscillations que Schlegel reproche à Racine, on les retrouve dans les personnages de Corneille, parce qu'elles sont dans la nature humaine. Médée elle-même, dont le caractère est si énergique, oscille entre la vengeance et la pitié :
« Mais quoi ! j'ai beau contre eux animer mon audace,
« La pitié la combat et se met en sa place ;
« Puis cédant tout à coup la place à ma lureur,
<« J'adore les projets qui me faisaient horreur.
« De l'amour aussitôt je passe à la colère...
« Je n'écoute rien et mon âme éperdue
« Entre deux passions demeure suspendue. »
Quelle science du cœur humain ! et cependant les critiques littéraires continuent à écrire que Corneille n'a pas su peindre l'amour et analyser la jalousie !
Les amants malheureux ou jaloux oscillent, comme les femmes, entre l'amour et la haine :
« Tous mes moments ne sont qu'un éternel passage « De la crainte à l'espoir, de l'espoir à la rage, »
dit le roi Àntiochus dans Bérénice.
Pyrrhus oscille continuellement entre l'amour qu'il a pour Andromaque et le désir de se venger de ses dédains, il est tour à tour tendre et furieux, suppliant et menaçant. Mêmes hésitations dans le cœur de Mithridate. Emporté par la jalousie, il s'écrie :
« Non, non, plus de pardon, plus d'amour pour l'ingrate... « Immolons en partant trois ingrats à. la l'ois... »
puis la colère tombe, la pitié et l'amour le reprennent :
« Mais quelle est ma fureur ? et qu'est-ce que je dis ? « 0 Mou i me, ô mon fils ! Inutile courroux. »
La femme abandonnée qui veut se venger prépare longuement sa vengeance ; elle achète à l'avance l'instrument du crime, étudie le moment et le lieu favorables pour l'exécuter; elle abandonne son projet, le reprend, passant par les sentiments les plus divers. Lorsqu'elle cède à la colère, surexcitée parle besoin de vengeance, il lui semble qu'elle ne retrouvera un peu de calme que lorsqu'elle s'en sera vengée. Et en effet, au moment où elle tire le coup de pistolet, où elle lance le vitriol, elle sent une sorte de soulagement, une sorte de détente ; elle est vengée et elle savoure sa vengeance. Dans l'état de surexcitation où elle est, elle peut quelquefois rester plusieurs heures, môme plusieurs jours sans regretter les blessures qu'elle a faites, la mort qu'elle a donnée. Mais bientôt, une réaction se produit, elle regrette vivement ce qu'elle a fait et témoigne le plus profond repentir. Marie li. . . disait au juge d'instruction : « Le jour où j'ai tiré le coup de pistolet, j'ai éprouvé, je ne vous le cache pas, une sorte de satisfaction, de soulagement. » Le lendemain de sa tentative d'assassinat sur son amant, elle disait au commissaire de police : « Je ne connais pas la gravité des blessures de M. G..., mais je recommencerai ma tentative, dès que j'en trouverai l'occasion. J'ai juré de tuer cet homme et je ferai tout pour y arriver. » Mais
quelques jours après sa colère tombai!, l'amour et le remords s'emparaient de son cœur, et quand le juge d'instruction lui faisait observer qu'il fallait que sa haine fût bien profonde pour n'avoir pas plus tôt fait place au remords, au moment où elle avait vu tomber sous ses coups l'homme qu'elle avait aimé, l'accusée répondit : « J'étais encore surexcitée; j'avais tant souffert ! » — Une autre jeune fille, qui avait jeté du vitriol au viçage de sou amant et qui avait savouré sa vengeance, disait quelques jours plus tard : « J'ai le plus vif regret de ce que j'ai fait ; je donnerais ma vie pour que cela ne fût pas arrivé. »
Gœlhe, qui a passé sa vie à aimer et à abandonner un grand nombre de femmes sans souci du devoir, insensible à la douleur de celles qu'il délaissait, a tracé cependant dans Faust un tableau saisissant des souffrances de la jeune fille séduite, qui, en croyant aller au bonheur est allée rapidement au malheur et à la honte. « Te souviens- tu, Marguerite, de ce temps où tu venais te prosterner devant
l'autel? Tu étais alors pleine d'innocence Marguerite,
qu'as-tu fait? Que de crimes tu as commis ! Viens-tu prier pour l'àme de ta mère, dont la mort pèse sur ta tête? Sur le seuil de ta porte vois-tu quel est ce sang ? c'est celui de ton frère, et ne sens-tu pas s'agiter dans ton sein une créature infortunée qui te présage déjà de nouvelles douleurs? » Dans cette demeure, où il n'y avait autrefois que des Heurs et des prières, il n'y a plus maintenant que des larmes et du sang, parce que le séducteur a passé par là.