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Des femmes mariées à des hommes ;Ygés prennent pour amants des hommes jeunes; elles les choisissent dans leur entourage, parmi leurs parents, leurs voisins, parmi les employés de leur mari et munie quelquefois parmi leurs domestiques, et il n est pas rare de les voir pousser leur amant à les « débarrasser » de leur vieux mari. Je lis dans une procédure criminelle qu'une femme étant couchée avec son amant l'excitait dans les termes suivants à tuer son mari très âgé : « Si tu étais un homme, lu devrais te lever, te rendre à la campagne où se trouve mon mari en ce moment et l'assommer... je ne serai heureuse que lorsque je serai débarrassée de lui. » L'amant y alla et « débarrassa » la femme de son vieux mari.
Dans une autre affaire, une femme accusée du meurtre de son mari, invoquait comme motif déterminant de son crime la disproportion dïige qui existait entre son mari et elle : a Mon mari, disait-elle, avait vingt-cinq ans de plus que moi; depuis longtemps nous n'avions plus de rapports intimes. » — Les femmes qui se disent incomprises, qui ne comprennent pas leurs devoirs et qui maudissent la loi, la société, le mariage, au nom de prétendus principes philosophiques, n'ont le plus souvent contre le mari que des griefs d'un ordre physiologique, qui tiennent à une trop grande différence d'âge.
La disproportion des Ages n'empôche pas toujours l'amour de naître et d'acquérir même une très grande ardeur. J'ai eu l'occasion de constater chez une accusée ilgée de dixneuf ans une passion ardente pour un amant âgé de soixante ans. Il y a quelques années aux environs d'Aix un capitaine d'artillerie en retraite âgé de soixante-seize ans et sa jeune femme âgée de vingt-six ans ont voulu s'asphyxier ensemble ; le mari pour se soustraire à des souffrances physiques intolérables, la jeune femme pour ne pas survivre à son mari qu'elle adorait. Dans son testament, la femme avait prié son frère de faire construire une petite
tombe, « où jo veux, disait-elle, être à côté de mon cher mari ». Les deux époux furent trouvés respirant encore, mais quelques jours après, le mari succomba. Folle de douleur, la jeune veuve alla se tirer un coup de revolver sur la tombe de son mari septuagénaire ; on la trouva morte, la tempe droite trouée par une balle, la face étendue contre le sol et tenant dans la main droite un revolver chargé de cinq coups. Cet exemple montre que la critique a eu tort de reprocher comme une impossibilité à un romancier célèbre, M. Zola, l'amour d'une jeune fille pour un vieillard. D'autres exemples analogues que je pourrais citer prouvent que M. Jules Lemaîlre et F. Sarccy n'ont pis eu lorfdc penser que l'auteur dramatique et le romancier peuvent sans invraisemblance reculer l'âge de l'amour chez l'homme. Dans Y Ecole des Maris, Aristc qui n'est plus jeune se fait aimer de Léonore qui l'épouse, sans tenir CDmpte des railleries qu'on lui adresse « sur l'amour d'un vieillard ». On voit aussi quelquefois des jeunes gens éprouver une folle passion pour des femmes âgées. Dernièrement un homme marié, Agé de trente-deux ans, s'est suicidé avec une femme de vingt-cinq ans plus âgée.
Mais ces cas d'amour réciproque entre personnes d'un âge disproportionné sont exceptionnels. L'amour d'une jeune fille pour un homme d'un âge mûr est très rare et n'est jamais durable. On ne se ligure pas Roméo septuagénaire, sexagénaire ou même quinquagénaire f. La jeune fille qui épouse un homme âgé se laisse quelquefois impressionner par des paroles d'amour qu'elle n'a pas encore entendues et elle prend pour de l'amour ce qui
(1) Corneille qui n'avait pas su se préserver de l'amour dans un âge mûr, eu était honteux, quand à cinquante ans il s'éprit de M1'9 Duparc; dans Pulchêric, il fait dire au sénateur Martien :
« L'amour dans mes pareils n'est jamais excusable ; « l'our peu qu'on s'examine, on s'en lient méprisable, » On s'en liait et ce mal qu'on n'ose découvrir, « Fait encor plus de peine à cacher qu'à souffrir. •
(Acte II, scène i.)
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n'est que le désir de se marier. Une jeune fille de quinze ans, qui avait été enlevée par un homme^veuf. Agé de quarante et un ans, disait à l'instruction que les paroles d'amour et les promesses de mariage, que cet homme lui avait adressées, avaient fait sur elle la plus grande impression : « L'idée de me marier, disait-elle, ne me quittait plus, et sous l'empire de celte préoccupation, je ne fus plus assidue à mon travail, ni respectueuse envers mes parents. »
Le plus souvent les mariages disproportionnés finissent mal. L'histoire est pleine d'unions conjugales rendues malheureuses par une trop grande différence] dans l'âge des époux. Sophie Monnier1 qui devint la maîtresse de Mirabeau, avait seize ans, quand elle épousaje marquis de Monnier, qui était veuf et qui en avait soixante. Lorsque le duc de Longueville épousa Mllr de Bourbon/" il était vieux, (quarante-sept ans), elle était fort jeune et belle comme un ange », disait Mademoiselle; on sait que celte union ne fut pas heureuse.
Je ne sais pas pourquoi on appelle mariages de raison les mariages si peu raisonnables entre époux d'un ûge disproportionné. La raison condamne ces mariages. Le véritable mariage raisonnable est le mariage d'amour entre époux dont les âges concordent. En droit romain, d'après la loi Papia, la grande disproportion des ûges était un obstacle au mariage s.
Si les maris trop âgés sont, en général, prédestinés à des infortunes conjugales, les maris trop jeunes sont quelquefois aussi de mauvais époux. Dans le premier cas, l'adultère de la femme est à craindre; dans le second cas, c'est l'adul-
(I) Après sa liaison avec Mirabeau, elle fut sur le point de contracter mariage avec un gentilhomme qui s'était épris d'elle; la mort le lui ayant enlevé, elle se suicida.
(2i Traité du mariage, par Astrur. professeur de droit français à l'université de Toulouse, p. 131. — Dans l'ancienne législation' genevoise, l'homme qui avait plus de soixante ans ne pouvait « prendre iille ou femme en mariage moins âgée que lui de la moitié ». Lu homme de soixante ans ne pouvait donc épouser qu'une femme âgée de plus de trente ans.
1ère du mari qui est à redouter. Le marquis d'Enlrecasteaux. président au Parlement de Provence, qui coupa la gorge à sa femme dans la nuit du 30 au 31 mai 1784. pour vivre librement avec sa maîtresse, a raconté lui-même l'imprudence que commirent ses parents en le mariant trop jeune : « Mes parents, écrivit-il dans sa prison, m'ont marié fort jeune, car je lai été à dix-huit ans... C'était, disaient-ils,, pour me mettre à l'abri des passions de mon âge; mais ils ne faisaient pas réflexion que ces passions n'étant pas encore développées, c'était les renfermer avec moi dans les liens dont ils me chargèrent plutôt que de me mettre à couvert de leur atteintes. Plus elles furent resserrées, plus leur explosion fut violente et son effet plus funeste. » — Dans ces mariages contractes trop tôt. le mari peut se fatiguer vite de sa femme, la négliger, ou la délaisser pour courir les aventures; quelquefois môme comme elle le gène, il cherche à s'en débarrasser par un crime. Un jeune accusé qui avait d'abord congédié sa femme avant de la tuer, avait tenu le propos suivant à ce moment-là : « Je me suis marié trop jeune, j'ai besoin de m'amuser; je compte reprendre ma femme plus tard. » — Le mari trop jeune ne sait pas conduire son ménage et guider sa femme, ilestléger, étourdi, jaloux; en voici un exemple emprunté à cette procédure criminelle : un jeune ouvrier de dix-neuf ans épousa une jeune fille de son âge ; bientôt il excéda sa femme par ses accès de jalousie et ses violences; sa femme perdant patience se relira chez sa mère et demanda le divorce; le mari désolé de son départ, irrité de cette instance, invita sa femme à revenir; sur son refus il acheta un pistolet, la guetta et retendit morte d'un coup de revolver, après quoi il tourna l'arme contre lui-même.
si 2. — Mariai;*: forcé
Lorsque la jeune fille ne peut épouser le jeune homme qu'elle aime ou qu'elle rêve et qu'elle est forcée par ses
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parents d'en épouser un autre, il est bien rare que ce mariage soit heureux. La jeune femme regrette toujours celui qu'elle aurait voulu épouser et se donne souvent à lui, lorsque les circonstances les rapprochent. Dans Polyeucte, Pauline qui n'a pu épouser Sévère qu'elle aime, et qui a été obligée par son père de prendre Polyeucle pour mari, parvient à force de bon sens à chasser le souvenir de « ce parfait amant », qui possédait son caîur, ses désirs, sa pensée, et à aimer son mari par devoir, par admiration pour son beau caractère. Mais les Pauline sont rares. L'héroïne de Corneille hésite même à revoir Sévère, sur Tordre de son père :
« Mon père, je suis femme et je sais mes faiblesses... a II est toujours aimable et je suis toujours femme. »
Elle tremble pour sa vertu, car elle sent déjà son ancien amour se réveiller :
« Dans le pouvoir sur moi que ses regards ont eu, « Je n ose m/assurer de toute ma vertu. »
Moins héroïque que Pauline qui sait se maîtriser, plus d'une femme, mariée contre son gré par ses parents, ne peut parvenir à aimer son mari ; elle devient l'ennemie de Thomme qu'on lui a fait épouser1, et les parents sont responsables des fautes qu'elle commet.
« Et qui donne à sa fille un homme qu'elle hait « Est responsable au ciel des fautes qu'elle fait -. »
Le mariage d'amour ne met pas cependant toujours la femme à l'abri de l'adultère. Après six mois de mariage, Marie Stuart fut dégoûtée de Darnlcy, qu'elle avait épousé par amour. — M™ Weiss, quia tenté d'empoisonner son mari, l'avait épousé avec enthousiasme : « Ce fut, a-t-clle dit, avec
{l) II os Us est ujor invita (jute ad virum dalur (Plaute). {2} Molière. Tartuffe.
une joie exquise, un attendrissement inexprimable, que j'appris sa résolution de m'épouser; je passai la nuit à genoux dans un débordement de reconnaissance envers Dieu. » Sa famille s'étant opposée à ce mariage, elle suivit en Algérie celui qu'elle aimait et qu'elle devait épouser dix-huit mois plus tard ; après lui avoir donné deux enfants, elle lui donna du poison. Les femmes d'un caractère mobile, d'une imagination exallée, oublient facilement leur premier amour et quand leur mari le leur rappelle, elles lui répondent : « Tu veux que je t'aime encore? Que veux-tu? Je ne le puis, je ne t'aime plus. » L'amour paisible et monotone du mari ne leur suffit plus, il leur faut un nouvel amour, ardent, passionné. — Un docteur qui avait séduit une jeune fille et l'avait épousée par amour, fut abandonné par elle, après qu'elle l'avait rendu père de huit enfants : « J'aimais celle femme, disait-il, elle avait tout ce qu'il faut pour plaire, la beauté, le charme, l'esprit, les aspirations vers l'art; sa voix était adorable, son intelligence était celle d'une femme d'élite. Je fus ébloui et vaincu à la première rencontre. »
La femme, qui avant son mariage a trompé ses parents, trompe plus tard son mari : Rosine, qui se laisse séduire par Lindor, une fois devenue comtesse d'Almaviva, écoule Chérubin et devient une mère coupable. Un accusé qui avait enlevé sa femme et qui plus tard eût à le regretter, disait à l'instruction : « Que voulez-vous attendre d'une fille qui a quitté sa famille? » C'était le mot du père de Desdémona : « Veille sur elle, More, liens un œil ouvert sur ses pas; elle a trompé son père, elle pourra te tromper aussi. » L'expérience judiciaire confirme l'observation du grand psychologue anglais ; parmi les femmes adultères, qui ne reculent pas devant le crime pour se débarrasser de leur mari, on trouve des femmes, qui ont fait des mariages d'amour et qui ont trompé leurs parents pour se faire enlever.
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§ 3. — Education disproportionnée avec la situation sociale et l/ é d ucation i>u m a iii
Non seulement, les ûges des époux doivent «Mre assortis, mais les goûts, les sentiments, l'éducation. La femme, dont l'éducation est supérieure à celle de son mari, supporte avec répugnance l'union qui la lie à un homme qui lui est inférieur; la tendresse, que ce mari lui témoigne, ne la louche pas, elle l'importune. La vanité joue un grand rôle dans l'amour de la femme ; pour qu'elle aime son mari, il faut qu'elle en soit fière. qu'elle puisse tirer vanité de sonesprit.de son talent, de sa situation sociale. Les solides qualités du caractère et du cœur ne suffisent pas au mari pour se faire aimer; s'il fait souffrir Tamour-propre de sa femme par un défaut de distinction, par la vulgarité de ses manières, si sa femme le trouve vulgaire, grossier, indigne d'elle, elle est bien près de lui être infidèle, et de l'indifférence et du dédain elle passe rapidement à la haine. Il lui est très difficile d'aimer un mari qui la fait rougir par ses manières, son langage. Dernièrement, la cour d'assises de la Corrèze a condamné une femme qui avait appliqué le canon d'un revolver dans l'oreille de son mari, pendant son sommeil, et pressant la détente d'une main assurée lui avait logé une balle dans la tète. Le mobile qui l'avait fait agir était une aversion profonde quelle avait conçue contre son mari, homme bon, estimable, mais qu'elle dédaignait, et qu'elle avait trompé parce qu'elle était supérieure à lui par l'intelligence, par l'instruction, par la position de sa famille.
Les qualités extérieures sont souvent plus appréciées que les qualités morales par les femmes qui sont peu intelligentes. Au mari qui a du cœur, du talent, elles préféreront le fat, le bavard, le flatteur de salon, le fade et doucereux personnage, qui soigne sa toilette et débile des niaiseries.
Si elles sont recherchées par un homme « distingué ». qui a une situation brillante ou une particule, elles tomberont niaisement par vanité entre ses bras, comme MmPBovary. qui, mariée à un officier de santé de village, est flattée d'être la maîtresse de M. Rodolphe de la Huchette. La particule, les litres nobiliaires les fascinent. La provinciale d'origine modeste et d'un caractère vaniteux, qui habite un village, se défend mal contre les entreprises d'un Parisien, qui lui parait « distingué ». — La femme, qui rêve un homme» distingué )> place souvent la distinction dans la coupe des vêtements. Dans une affaire de meurtre commis par un mari sur l'amant de sa femme, j'ai entendu celle-ci, qui était mariée à un petit commerçant, avouer qu'elle avait été séduite par la toilette d'un souteneur.
Jj 4. — Sentimentalisme romanesque
Les femmes qui attendent trop du mariage, qui se figurent dans leur imagination exaltée qu'il va leur apporter un bonheur infini, une félicité céleste, éprouvent des déceptions, qui sont de mauvaises conseillères. Ayant fait des rêves irréalisables, elles s'étonnent que le mari n'ait pas toutes les perfections qu'elles avaient rêvées; s'étant forgé une félicité dont l'image les fait pleurer de tendresse, elles s'étonnent que le mariage ne donne pas un bonheur infini, et elles s'en prennent au mari et au mariage de leurs déceptions ; elles se trouvent malheureuses avec un mari qu'elles trouvent trop sérieux, trop froid : ne le comprenant pas, elles se croient incomprises par lui et cherchent un héros de roman qui les comprenne et leur donne le bonheur si désiré. Ces rêves d'amour infini et de bonheur parfait, qui sont peu conciliâmes avec les réalités de la vie, leur sont inspirés par lu lecture des romans ou par un sentimentalisme mystique qui exaltent l'imagination. De l'exaltation mystique à l'exaltation amoureuse il n'y a qu'un pas.