‹ Le crime et le suicide passionnelsChapitre 14 sur 34 · I. ADULTKHK DK LA FEMMK · texte numérisé non relu

I. ADULTKHK DK LA FEMMK

On peut même dire que les deux exaltations se louche ni de si près qu'elles se confondent: les romanesques font de l'amour une religion et les mystiques font de la religion une exaltation amoureuse. Le môme langage sert pour exprimer l'amour et le mysticisme sensuel. Mme de Staël, racontant le double suicide dune dame allemande et de son amant, officier et poète, qui eut lieu en 1811* dans une auberge de Postdam. fait connaître que les deux amants, dans les écrits qu'ils laissèrent, comparaient leur meurtre mutuel à la communion et avaient laissé ouvert à coté deux le cantique de la cène. La femme, qui avait abandonné une fille, pour suivre un amant, avait écrit qu'elle veillerait sur elle du haut du ciel. J'ai eu dans plusieurs affaires l'occasion de constater que des femmes, qui avaient commis des crimes d'amour, avaient eu dans leur jeunesse des crises de mysticisme. Cette observation a déjà été faite par G. Flaubert dans Madame Bovary ; il constate que la femme adultère avait dans sa jeunesse fait consister le sentiment religieux dans l'exaltation mystique, dans de petites pratiques de dévotion et le plaisir d'assister à de belles cérémonies religieuses, en entendant de jolis chants.

§ 5. ÀMOUH PLATOMQl'E

Le sentiment religieux préserve la femme de l'adultère, à la condition qu'il soit bien compris, qu'il ne dégénère pas en mysticisme sensuel; car le sentimentalisme conduit la femme à l'amour platonique et do celui-ci à un autre amour moins éthéré. De quelques illusions qu'il se berce, l'amour tend à la possession, et la possession du cœur ne lui suffit pas. Il ne peut rester toujours intellectuel et celui qui s'y abandonne, en croyant rester le maître Je ses sens, fait la bète, après avoir voulu faire l'ange. Avec des aspiration* éthérées plein le cceur il tombe dans de prosaïques réalités.

Les femmes romanesques se laissent séduire par l'illusion

de l'amour platonique. Byron racontant l'amour platonique de Julia pour Don Juan (amour bizarre dont la fin fut banale), s'écrie avec beaucoup de raison : « 0 Platon, tes maudites fantaisies, ton système, en supposant une puissance imaginaire au cœur indiscipliné de l'homme, ont frayé la voie à plus d'immoralité que toute la longue liste des poètes et des romanciers. » Combien de femmes se sont laissé prendre au piège des déclarations d'amour platonique, telles que celle-ci, que je trouve dans un dossier, et qui était adressée par un jeune homme à une femme mariée : « Je voudrais te prouver que je te rends un culte plus pur et plus saint que jamais jeune fille n'en rendit à- sa Madone... Tant de soumission ne mérite donc pas la récompense d'un baiser? un baiser de sœur, si tu veux, un baiser au front. » On sait ce que deviennent les baisers de ce genre.

Les femmes romanesques se laissent encore séduire par la mélancolie des beaux ténébreux qui racontent leurs pqines pour se faire consoler. Quand leur tristesse est réelle, ils l'exagèrent, parce qu'ils en savent le pouvoir, n'ignorant pas que la compassion conduit à l'amour. C'est ce qui fit, par exemple, l'étudiant Chambige à l'égard de Mmo X..., esprit romanesque, trouvant la vie laide et triste, bien qu'elle eût le bonheur d'avoir de beaux enfants et s'étonnant de la résignation de ses amies devant les tristesses de la vie. Il lui fit le récit de ses souffrances morales et ce récit toucha le cœur de la jeune femme qui passa bientôt de la compassion à un sentiment plus tendre. Pour apaiser ses scrupules de conscience, elle lui dit qu'elle ne serait qu'une sœur pour lui, mais bientôt à la suite d'une syncope qu'il eûl, elle lui exprima son amour par des paroles moins fraternelles ; elle lui dit qu'elle l'aimait, parce qu'il avait beaucoup senti et beaucoup souffert. Deux cœurs qui ont beaucoup souffert se sentent, en effet, attirés l'un vers l'autre. Voici la lettre que j'ai trouvée dans le dossier

d'une femme qui s'était suicidée à la suite d'un chagrin d'amour : « Il souflïail, je souffrais horriblement : voilà le mystère qui nous unit. » — Un accusé, qui avait tiré par jalousie un coup de revolver sur son ancienne maîtresse, dit à l'instruction que c'était l'air triste et mélancolique de cette femme qui l'avait séduit.

La pitié pour l'infortune sert souvent de prélude à l'amour. Sans défiance contre ce noble sentiment, la femme croit qu'elle peut s'y abandonner sans remords ; peu à peu ce sentiment devient plus tendre et fait place à la passion. Virgile et Shakespeare, ces admirables observateurs du cœur humain, ont décrit ce passage de la pitié à l'amour dans le cœur de Didon et de Desdemona. Lo récit qu'Enée fait à Didon de ses combats, de ses malheurs, fait sur elle une profonde impression ; elle l'avoue à sa sœur :

« Quelle intrépidité ! Quels revers ! Quels combats « Ont éprouvé son cœur, ont signalé son bras î... « Mon ame en l'écoutant se sentait alarmée... »

C'est aussi en écoutant les aventures, les combats, les souffrances d'Othello, que Desdemona, émue de pitié, passe de ce sentiment à l'amour : « Je lui racontais, dit Othello,

mon histoire entière je l'entretenais de désastreux

hasards, d'accidents pathétiques sur terre et sur mer; je disais comment j'avais échappé de l'épaisseur d'un cheveu à une mort imminente sur la brèche... et souvent je lui dérobais des larmes, lorsque je parlais de quelqu'un des

coups douloureux qui avaient frappé ma jeunesse Elle

m'aima pour les dangers que j'avais courus et moi je l'aimai pour la pitié qu'elle leur montra. »

§ 6. — L'ennui

L'ennui est un danger. La femme qui s'ennuie est tentée de chercher une émotion, une aventure pour se dis-

traire, de faire de la passion un amusement. Vertueuse jusque-là, elle éprouve le regret de l'avoir toujours été ; l'amour permis lui parait fade, l'amour coupable lui semble poétique1, la lassitude des joies austères de la famille, la curiosité, le désir de tout connaître, libido sentiendi (Pascal), l'espoir d'un bonheur plus grand que celui qu'elle a goûté jusqu'ici peuvent éveiller chez elle le désir de l'inconnu; elle est tentée de prêter l'oreille à ceux qui, la voyant triste veulent la consoler, elle les écoute d'abord par coquetterie, par désœuvrement, pour tromper l'ennui qui la dévore, puis elle se laisse prendre à ce jeu et un beau jour elle se sent gagnée par la passion qu'elle a inspirée. La solitude, qui est bonne pour une personne qui aime la campagne, est mauvaise pour une personne qui s'y ennuie. Peu de femmes savent aimer la campagne, beaucoup s'y ennuient. Une femme disait dans une lettre adressée au juge d'instruction : « L'ennui et le désœuvrement que j'éprouve à la campagne, ainsi que les mauvais conseils d'une amie m'ont perdue. » C'est l'ennui qui jette la reine dans les bras de Ruy-Blas.

S 1. — Le TEMPÉRAMENT

La femme romanesque qui parait dévorée par le besoin de rencontrer une âme sœur met volontiers sur le compte des besoins du cœur ce qui n'est qu'un besoin des sens. Lorsqu'elle cède à l'attrait qu'exerce la jeunesse sur une femme d'un âge mur, elle dissimule son amour sous les dehors d'un sentiment fraternel ou maternel; elle donne au jeune homme dont elle est éprise, des avis, des conseils, elle lui fait des recommandations, elle Tap-

:1) Une ilnme américaine, surprise en flagrant délit rie vol dans un grand magasin «le Paris, alors quelle avait sur elle 70 000 francs, interrogée sur le mobile de sa conduite, eu apparence inexplicable, puisqu'elle pouvait acheter ce qu'elle avait volé, lit la réponse suivante : « Il y a un si grand plaisir à voler. » Ce plaisir est celui du fruit défendu.

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pelle son cher enfant et se fait appeler petite maman1. Cet amour d'une femme d'un âge mur pour un homme plus jeune a été porté souvent sur la scène; on le trouve dans Henriette Maréchal des frères de Goncourl. dans la Crise d'Octave Feuillet, dans les Effrontés d'Emile Augier. On l'observe aussi chez un certain nombre de femmes célèbres, chez la duchesse d'Àlbany, qui, à la mort d'Alfieri avait cinquante et un ans quand elle le remplaça par le peintre Fabre qui était beaucoup plus jeune qu'elle, — chez Diane de Poitiers qui, après avoir été la maîtresse de François I,r, fut aussi la maîtresse de son fils, — chez la reine Caroline d'Angleterre qui fut convaincue d'adultère avec le courrier Bargami, etc.. etc. Les magistrats ont souvent l'occasion de constater dans des procès civils ou criminels, l'adultère de la fermière, de la propriétaire avec un jeune valet de ferme, l'adultère de la femme du commerçant avec l'employé du mari, l'adultère de la femme du notaire, de l'avoué avec le clerc de l'étude, l'adultère de la femme de l'officier supérieur avec le jeune officier d'ordonnance, l'adultère de la femme du procureur de la République ou du président avec le substitut, etc. J'ai exercé des poursuites contre un jeune domestique qui. par jalousie, avait brûlé les récoltes de sa maîtresse, riche veuve dont il était l'amant; il pouvait s'appliquer ce mauvais vers de Racine sur Pyrrhus :

« Brûlé de plus de feux que je n'en allumai. »

Ce sont des besoins physiologiques, encore plus que des besoins de tendresse qui rendent la femme adultère avec un subalterne, un employé de son mari, un domestique.

(1} C'est le cas de G. Sand qui avait trente ans, au début de sa liaison avec Alfred de Musset, qui en avait viiu/t-trois. C'est le cas de M'" de WarensetdeJ.-J. Rousseau. G. Sand appelait Alfred de Musset son enfant et celui-ci se disait son fils bicii-ahné. Ce mélange de sentiment maternel et d'amour touche à l'inceste et G. Sand n'avait pas tort d écrire à Alfred de Musset : « Tu as raison, notre embrassement était un inceste. »

Des impératrices, comme Théodora, Messaline, se sontdonnées à des athlètes. Il y avait, dans le droit romain des lois spéciales contre les femmes qui se livraient à leurs esclaves. L'ancien droit français frappait de peines très sévères l'adultère commis par un valet avec sa maîtresse, avec la femme de son seigneur. Muyarl de Vouglans cile un arrêt du Parlement de Paris qui condamna à être pendu un valet, pour avoir commis le crime d'adultère avec sa maîtresse, quoique celle-ci lui eût donné occasion en se découvrant immodestement devant lui. Fournel mentionne le cas d'une femme de condition, qui, surprise en adultère avec un charretier, fut condamnée à être pendue ainsi que son complice, en 1367. Un autre jurisconsulte, Bruneau, cite la femme d'un magistrat qui fut convaincue d'adultère avec son métayer, et une autre femme de condition, convaincue du môme délit avec le clerc de son mari.

Il y a des natures de Don Juan chez les femmes comme chez les hommes ; il y a des femmes qui passent d'un amour à un autre avec une extrême facilité sans être rebutées par une différence d'éducation et de rang social, poursuivant un idéal qu'elles n'atteignent jamais, cédant à la curiosité sensuelle et au besoin de changement, elles se jettent dans des expériences répétées, plus voisines du naturalisme que de l'idéalisme, et multiplient leurs aventures galantes au gré de leurs fantaisies. Tous les séducteurs n'appartiennent pas au sexe masculin.

Plutarque raconte que les Romains au retour d'un voyage faisaient prévenir leurs femmes de leur arrivée, afin de ne pas s'exposer à une surprise désagréable. J'ai eu l'occasion de constater dans plusieurs affaires criminelles, que le mari qui reste trop longtemps absent court le risque d'être oublié et trahi. Tout d'abord sa femme restée seule, repousse avec indignation les sollicitations dont elle est l'objet, mais peu à peu avec le temps, sa résistance s'affaiblit; bientôt les lettres du mari ne sont pas reçues avec le même plaisir,

les réponses qu'elle y fait deviennent plus rares, plus froides, plus indifférentes ; à mesure que son cœur se refroidit pour l'absent, il s'échauffe pour le soupirant qui est présent.

Les maris, qui par leurs professions restent pendant de longs mois éloignés de leur domicile, sont exposés en revenant à trouver leur femme grosse ou mère d'un enfant qui n'est pas issu de leurs œuvres. Je viens d'examiner une procédure instruite contre la nommée Bapt (Marie), qui, après être devenue enceinte pendant l'absence de son mari, a empoisonné l'enfant dont elle avait accouché, parce que son mari avait refusé de le garder. « Je suis une grande criminelle, dit-elle à l'instruction et je mérite d'être punie, mais j'ai été poussée à ce crime, parce que mon mari ne voulait pas garder cet enfant qui n'était pas issu de ses œuvres. »

Il y a d'autres adultères qui tiennent à l'occasion, à l'audace de l'attaque, à une surprise imprévue des sens :

« Une femme d'honneur peut avouer sans honte « Ces surprises des sens que la raison surmonte. »

Toutes les femmes n'ont pas le sang-froid de Pauline pour surmonter ces surprises, qui peuvent en effet se produire chez celles môme qui aiment leur mari : surprises par une attaque audacieuse, imprévue, paralysées par l'émotion, elles cèdent sans le vouloir, et quand leur honte est consommée elles ne savent comment expliquer celte faiblesse, qu'elles regrettent amèrement. J'ai vu, dans une affaire d'assises, une femme qui aimait son mari se laisser surprendre et succomber et, après sa faute, en éprouver un si violent remords que sa santé s'altéra. Tous les jours elle regrettait sa faute en secret, s'enfermant dans sa chambre pour pleurer plus librement. Son mari la surprit un jour en pleurs et lui demanda la cause de son chagrin ; alors elle lui avoua tout, prête à expier, trouvant une sorte de soulagement dans cet aveu et ce besoin d'expiation. Celte Proal. — Crime et suicide pass. 13

révélation porta au mari un coup si terrible qu'il s'évanouit de douleur; quand il revint à lui, il fondit en larmes, maudissant sa femme, lui pardonnant; après quelques jours passés dans de cruelles tortures, il la chassa : elle se relira chez ses parents ; un mois après, il lui pardonna et la reprit. Alors, toujours en proie à une grande colère contre le séducteur de sa femme, il alla le tuer. — Dans une autre affaire de meurtre de l'amant par le mari, la femme avouait qu'elle s'était livrée plusieurs fois à un ami de son mari, tout en aimant beaucoup ce dernier et sans pouvoir comprendre sa faiblesse. C'est la cruelle énigme que M. liourgeta analysée dans un roman, qui porte ce nom et dans l'affaire d'assises l'énigme était encore plus cruelle que dans le roman, car il s'agissait d'une femme restée honnête jusque-là, tandis que dans le livre il est question d'une femme qui a plusieurs amants. Quelle énigme que la conduite d'une femme qui aime son mari, qui a des remords de sa faute et qui la recommence î Une femme peut éprouver des remords, avoir de bons sentiments pour son mari et céder à l'entraînement des sens; elle regrette sa faute à cause des conséquences, à cause du chagrin qu'elle cause à son mari, mais elle la renouvelle. C'est ainsi que, dans Homère, Hélène se consume dans les pleurs, bien qu'elle ne songe pas à quitter son amant et à revenir auprès de Ménélas.

Lorsqu'un mari est incapable de satisfaire les passions d'une Mcssaline. il court non seulement le danger d'être remplacé, mais celui d'être supprimé. Il y a quelques années, la cour d'assises des Bouches-du-Hhône a jugé une femme de trente-sept ans, véritable Messaline qui avait débauché tous les hommes du hameau qu'elle habitait. hommes mariés et célibataires ' : elle était mariée à un

(I) La passion do la fcuiiin1 «ir-bauchée est « un délire que n'atteignirent jamais au jour de raecuiiplemeut lus biMus sauvages et les brutes ». lEsch\le.)

L ADl'LTKHK 1)1'. LA FF.MMK MCi

homme Agé, qui, ne pouvant mettre un frein à son inconduite, s'était résigné à la tolérer: elle avait couru contre lui une haine violente, bien qu'elle ne tut pas gênée par lui. Après avoir essayé deux fois sans succès de l'empoisonner, elle le fît tuer par un de ses amants, à une campagne où son mari était allé passer quelques jours avec son frère. pour faire la récolle des olives. Remettant à son amant un couteau de cuisine et un fusil, elle le iit partir pour cette campagne à la tombée de la nuit, en lui traçant le plan du crime : «r Voici, lui dit-elle, le moment propice, la lune ne brille pas, lu peux partir, personne ne te verra. En arrivant à la campagne, lu frapperas à la porte sous un prétexte quelconque; mon mari ou mon beau-frère l'ouvrira, tu le coucheras un moment à côté d'eux et quand ils seront endormis tu les frapperas : ensuite lu mettras le feu à la campagne et tout sera fini. » L'amant partit et accomplit le double crime en suivant les instructions de sa maîtresse. Celle-ci attendit toule la nuit son retour avec impatience dans une agitation fébrile: à cinq heures du malin, elle se rendit à son domicile et apprit avec satisfaction que « tout était fini ». que son mari el son beau-frère avaient été assassinés et brûlés dans l'incendie de la maison. On ne trouva dans les décombres fumants de la maison de ram pagne que les débris calcinés des deux cadavres. Lorsque ces ossements furent recueillis, et placés sur un chariot pour être transportés au cimetière, la femme voulant utiliser cette course pour le transport des denrées de sa campagne, fit mettre sur le char deux sacs d'olives, à enté la caisse contenant les restes de son mari et de son frère et lit monter son Ois ûgé de treize ans sur le cercueil pour conduire l'attelage. A l'instruction l'amant raconta qu'il avait saigné les deux vieillards comme les animaux qu'égorge le berger. Le mari insuffisant d'une femme dépravée peut tomber malade, mourir de chagrin ou se suicider comme dans le cas suivant : « Mon ûls, disait une mère, s'est marié il v a

trois mois ; sa femme est depuis quinze jours dans son pays ; c'est elle qui est cause du suicide démon fils, car il ne pouvait plus la satisfaire tant elle était passionnée. Hier encore, il me disait qu'il se sentait très malade. »

Il faut se garder de généraliser ces cas de passion sexuelle insatiable chez les femmes ; le nombre des Messalines n'est pas aussi grand que le prétendent les romanciers. Le besoin sexuel est beaucoup moins puissant chez la femme que chez l'homme; la passion sexuelle est plus violente, plus agressive, plus brutale chez l'homme; c'est lui qui attaque, qui provoque ; son choix est plutôt déterminé par des qualités physiques que morales. La femme, au contraire, d'une manière générale, est plus coquette, plus vaniteuse que sensuelle, elle est plus sensible à la tendresse, aux attentions, aux hommages, aux regards amoureux qu'aux témoignages d'une passion brutale ; son amour est plus psychique que physique ; son choix est plus déterminé par des qualités morales et intellectuelles que physiques. Si elle devient adultère, elle est plus coupable que l'homme, parce que son organisation sexuelle lui rend la vertu plus facile.

§ 8. — La musique

Tout est péril pour la femme ; la dissipation de la vie mondaine, l'oisiveté, les parties de plaisir, les promenades imprudentes à la campagne, la danse, la musique d'opéra, les duos chantés avec des professeurs de musique ou des amateurs de musique. Les Romains redoutaient pour les femmes la danse et la musique ; Scipion Emilien les appelait des arts malhonnêtes. Si celle antique austérité était excessive, ne sommes-nous pas tombés aujourd'hui dans un excès contraire, en laissant les jeunes femmes et même les jeunes filles se griser de chansons d'amour et de musique erotique ? Il arrive quelquefois à la jeune femme qui fait

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de la musique avec son professeur, ce qui arriva à Héloïse quand Abélard fut chargé de lui donner des leçons : « Les livres étaient ouverts devant nous, dit Abélard, mais nous parlions plus d'amour que de philosophie, et les baisers étaient plus nombreux que les sentences, ma main se portait plus souvent sur le sein que sur les livres. » Gomme Fonde Fulbert, le mari ne s'aperçoit de rien et le professeur ne peut admirer assez sa simplicité.

§ 9. — L'orgueil de la beauté, l'amour de la toilette

L'amour de la jolie robe est une passion essentiellement féminine. Ce sont les rivalités de toilette qui font les jalousies vivaces entre femmes. Corneille, dont je me plais à mettre en lumière le génie psychologique, n'a pas négligé de noter ce trait de caractère dans la psychologie de Creuse, jalouse de la robe de Médée :

« Après tout cependant, riez de ma faiblesse... « La robe de Médée a donné dans mes yeux ; « Mon caprice à son lustre attachant mon envie « Sans elle trouve à dire au bonheur de ma vie. »

Il y a des femmes qui se consolent du deuil qui les frappe en songeant que leur toilette de deuil Conviendra à leur teint. Dans plusieurs affaires criminelles, j'ai vu la femme, prise en flagrant délit d'adultère et ayant échappé à des coups de feu, reprendre presque aussitôt ses préoccupations excessives de toilette. Cet amour de la toilette cause la perte d'un grand nombre de femmes, qui se laissent séduire comme Marguerite de Faust par l'offre des bijoux. Quand une femme coquette est possédée du désir de porter de jolies robes, si ses ressources ne lui suffisent pas, elle en demande à l'adultère ; c'est le sujet de Lionnes Pauvres, d'Emile Augier ; la femme mariée descend alors au niveau de la prostituée, plus bas encore.

Lorsqu'une femme coquette est condamnée, l'obligation

de mellre le costume de la prison qui l'enlaidit est pour elle plus pénible que la honte de la condamnation. La perte de la beauté, des cheveux notamment, produit quelquefois un désespoir allant jusqu'au suicide.

Le besoin d'élégance, de toilette, qui est naturel à la femme, se trouve encore augmenté de nos jours par les mœurs contemporaines. La passion de la vanité a fait chez les femmes les mêmes progrès que la passion de l'égalité chez les hommes. De même que tous les hommes s'occupent de politique et se croient capables d'être conseillers généraux, députés, sénateurs, ministres tout en étant chapeliers, coiffeurs, maçons et portefaix, toutes les femmes, femmes de petits employés, femmes d'artisans, veulent être habillées avec la même élégance que les grandes dames. Comme on voit des épiciers, des tailleurs, des boulangers, des débitants de boissons demander des emplois qui ue sont pas proportionnés à leur mérite, on voit des femmes sans fortune contracter des habitudes de luxe et de toilette.

La beauté est en danger en attirant les hommages, mais les poètes et les moralistes ont exagéré ce fait. D'après Properce, <c la légèreté est l'apanage d'une jolie femme >». Ovide est de cet avis : « Pourquoi la prendre belle, si tu la voulais vertueuse ? Vertu et beauté ne sauraient aller de compagnie. » — « Quand une femme est fidèle, c'est une preuve qu'elle est laide », écrit à son tour Sénèque '. Il y a beaucoup d'exagération dans ces maximes : la beauté et la vertu vont souvent ensemble et le défaut de beauté n'est pas la meilleure garantie de la vertu féminine. Les femmes laides ne sont pas inoins légères que les jolies femmes ; si elles sont moins recherchées, elles sont plus sensibles à ces recherches, leur amour propre en est plus flatté; recevant peu d'hommages, elles en sont plus avides et se jettent gloutonnement sur eux; jalouses des jolies femmes,

( I ; De Ben e/ic Us , III, 3 1 (3 .

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elles cherchent à se prouver ainsi qu'elles ne leur sont pas trop inférieures et croient se venger de la nature, qui semblait leur avoir refusé le don de plaire en leur refusant la beaulé. Sénèque se contredit lui-même et réfute ce qu'il a écrit dans le Dp limeficih., quand il dit dans son traité Dp Matrimonio qu'une femme laide se jette à la tête du premier venu. On est porté à croire que l'héroïne d'un drame d'amour est toujours d'une beauté remarquable ; c'est une erreur, très souvent c'est une femme dune beauté ordinaire ou plutôt laide que belle; je l'ai constaté bien des fois.

§ 10. — Les mauvais conseils

Aux causes de corruption que je viens d'indiquer il faut ajouter les mauvais conseils des femmes déjà corrompues, qui prennent un malin plaisir à communiquer leur corruption. De même que le pauvre est naturellement jaloux du riche, et le malheureux jaloux de l'homme heureux, la femme perdue est jalouse de la considération dont jouit l'honnête femme, elle ne lui pardonne passa vertu. Elle veut rendre semblable à elle celle qui a le droit delà mépriser, afin d'échapper à son mépris ; elle veut faire tomber à son niveau celle qui l'écrase de sa supériorité. Celte supériorité est pour elle un objet d'envie et de haine, une cause d'humiliation. C'est par des moqueries sur le mariage, et des plaisanteries sur le mari, par des confidences voilées sur sa propre situation dont elle exagère le bonheur, par des excuses et des sophismes qu'elle lui suggère, par des exemples qu'elle lui cite, par des rencontres qu'elle lui ménage, et par des lectures romanesques qu'elle lui fait faire, que la femme légère détache progressivement son amie de son mari. M"0 d'Epinay a raconté dans ses mémoires comment ce travail de corruption fut tenté sur elle par M,le d'Elte, maîtresse du chevalier de Valory. La femme restée jusque-là honnête commence par s'indigner du lan-

gage qui lui est tenu ; peu à peu sous l'influence des sophismes corrupteurs qu'elle entend, son indignation diminue, sa raison se pervertit, ses scrupules s'évanouissent, l'attrait du fruit défendu se réveille dans son imagination troublée, et elle finit par trouver tout naturel un oubli de ses devoirs, qui d'abord la révoltait. Que de fois les magistrats entendent des accusées s'écrier : « Ce sont les mauvais conseils qui m'ont perdue ; mes amies m'ont détachée de mon mari en me disant. Tune qu'il était trop âgé pour moi, l'autre qu'il avait une mauvaise tournure, etc., je ne comprends pas comment j'ai pu les écouter, car mon mari était bon, dévoué et aimant. »

Mettre la discorde dans un ménage est un plaisir féminin. La femme légère qui veut brouiller son amie avec son mari ne manque presque jamais de lui persuader que celuici recherche une autre femme, afin d'exciter sa jalousie et de l'engager à faire comme lui; car une femme piquée par la jalousie est tentée de se venger en se jetant à la tôtc du premier venu. Il n'est pas rare de voir aussi des amis du mari employer cette tactique, révéler à la femme des légèretés maritales vraies ou supposées, afin d'éveiller chez elle le dépit et d'en profiter. On sait que cette conduite a été suivie par Sainte-Beuve h l'égard de la femme d'un ami illustre. J'ai vu dans une affaire criminelle cette trahison de l'ami du mari provoquer l'adultère de la femme et cet adultère amener le meurtre de l'amant par le mari : le nommé A..., qui était marié, était très lié avec le nommé C... qui était aussi marié. Les deux ménages habitaient la même maison et se voyaient beaucoup; A..., profilant de l'absence de son ami, venait quelquefois dans l'après-midi causer avec la femme de C. .. ; il lui disait que son mari avait des maîtresses et qu'il ne l'aimait nullement. La femme C..., qui aimait son mari, refusa d'abord d'ajouter foi à ses calomnies, mais un jour elle y crut et par dépit et vengeance elle se livra au calomniateur.

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Les mauvais conseils ne sont pas seulement donnés par des amies ; des femmes sont corrompues par leurs cousines, par leurs sœurs et même par leur mère. Par jalousie et haine de leur gendre, on voit des belles-mères favoriser l'adultère de leur fille ; elles trouvent au gendre toutes sortes de défauts, elles les signalent à leur fille ; elles le trouvent laid, petit, mal élevé, d'un mauvais caractère, elles regrettent de n'avoir pas donné à leur fille un autre mari plus distingué, un tel qu'elles désignent et sur lequel elles appellent son attention. Tous ces propos détachent la femme de son mari. D'autres belles-mères vont plus loin ; elles encouragent leur fille à prendre un amant, elles s'abstiennent de la blâmer, si elles apprennent qu'elle en a un. Juvénal avait déjà observé la complaisance de quelques belles-mères pour l'amant de leur fille ; j'en ai aussi observé quelques cas. Un ancien officier, qui avait exercé de graves violences sur sa femme, interrogé sur les motifs de sa conduite, fit la réponse suivante : « Croyant épouser une jeune fille bien élevée, je me suis trouvé en présence d'une cabotine, qui prenait des leçons de diction d'un ancien sociétaire de la Comédie-Française et qui avait les plus mauvais instincts. En outre, sa mère, qui voulait la garder avec elle, l'excitait con Ire moi, de telle sorte que, quand même je serais arrivé à combattre chez ma femme les propensions qu'elle avait à mal se conduire, mes efforts auraient été constamment annihilés par les agissements de ma belle-mère. » — Dans une autre affaire, il était établi qu'une mère disait à sa fille de ménager sa beauté et d'avoir peu de relations intimes avec son mari : « Tu es trop belle pour lui, » lui disait-elle. — Lorsque le mari va se plaindre à sa belle-mère de l'inconduite de sa femme en lui disant : « Je suis un bon père de famille, vous n'avez rien à me reprocher et cependant votre fille me déshonore, » la bellemère se contente de répondre par un sourire. — Le gardien chef de la prison de Saint-Lazare m'a raconté avoir entendu

souvent des mères dire à leurs filles détenues : « Dépèchetoi de te guérir, un tel t'attend. » — J'ai môme vu une mère conseiller à sa fille d'empoisonner son mari, en lui disant pour l'encourager qu'elle était aussi décidée à faire périr le sien, et en lui représentant combien un double veuvage les rendrait libres et heureuses. « Quand ton mari sera mort, lui disait-elle, je ferai aussi mourir le mien et nous irons demeurer ensemble. » Quelques jours après, elle vint s'informer si sa fille avait commencé à administrer du poison à son mari. Comme celle-ci lui disait : « Je n'ose pas, car si cela venait à se savoir, je serais perdue. » — « Tu es une imbécile, lui répondit la mère, on ne le saura pas, pourquoi crains-tu ? » — Quelque temps après, revenant voir sa fille, elle lui dit : « Tu es bien bête de n'avoir encore rien donné à ton mari, j'en suis certaine; eh bien! si tu ne commences pas, moi je commencerai. » Aiguillonnée par ces reproches, la fille alla acheter du poison et en donna à son mari. Pendant plusieurs jours, la mère vint régulièrement prendre des nouvelles du malade et s'informer des progrès de l'empoisonnement ; elle trouvait que sa fille donnait le poison à des doses trop petites, que le malade traînai!, elle s'impatientait de la lenteur que son gendre mettait à mourir, elle disait à sa fille : « Quand donc te verrai-je en deuil? » Kilo l'encourageait à augmenter les doses, elles l'engageait à ne pas se laisser émouvoir par les souffrances de son mari; enfin, elle n'oublia pas, quand l'agonie fut proche, de faire appeler un notaire et de faire faire à son gendre un testament en faveur de sa fille.

Les femmes du peuple sont encore poussées a l'adultère et môme au meurtre de leur mari par les mauvais conseils des tireuses de caries et sorcières qu'elles vont consulter. Vne jeune femme, à qui une tireuse de cartes donnait le conseil d'empoisonner son mari, pour être plus libre, finit après beaucoup d'hésitations par suivre ce conseil, parce que la tireuse de cartes la rassura, en l'engageant à brûler

un cierge à la « Bonne-Mère », pour obtenir de la protection divine que son crime ne fut pas découvert.

Les tireuses de cartes, qui abusent de la crédulité des femmes, des jeunes filles, des paysans, font un mal incalculable ; elles mettent la discorde dans les familles, elles facilitent les séductions, les adultères. Je ne comprends pas que la justice ne cherche pas à extirper cette plaie sociale, elle le pourrait, dans bien des cas en leur appliquant l'article 405 du Code pénal sur l'escroquerie. Assurées de l'impunité, les tireuses de caries pratiquent leur industrie dans les marchés et les foires à la campagne, dans les villes, elles donnent leur adresse dans les journaux. Elles ont toujours été très nombreuses à Paris. Au xvne siècle, une devineresse, arrêtée par La Ueynie déclara qu'il y avait [dus de quatre cents devineresses et magiciens, « qui perdaient bien du monde, surtout des femmes et de toutes conditions » .{U* l>ram<> des poisons, p. 105.)

Les femmes adultères associent volontiers la débauche et la dévotion. Les femmes romaines allaient consulter les augures pour leurs amanls : « Dis-moi, Janus... réponds-tu à de pareilles questions? Vous n'avez donc pas là-haut d'occupation plus sérieuse? Il faut que votre Olympe ait de grands loisirs! L'une te consulte pour un comique, l'autre te recommande un tragédien1. » — Des femmes qui se croient chrétiennes font des [trières pour obtenir du ciel le succès de leur amour. La femme Aveline écrivait à son amant : « Je suis allée celle semaine à Notre-Dame des Victoires et j'ai fait brûler un cierge pour la réalisation de nos projets. » — Marie Sluart, écrivant à Bothwel, son amant. lui dit : « Nous nous sommes conjoints à deux êtres infidèles. Le diable nous veuille séparer et que Dieu nous conjoingne à jamais... Voilà ma foy et veux mourir en icelle...

(I) Juvunal (Sai. VI).

Je ne demande autre chose à Dieu, fors qu'entendiez ce que j'ay en l'esprit qui est vostre. » Quand la reine d'Ecosse concerta son enlèvement avec Bolhwel, elle lui écrivit : ce Je prie Dieu que nous nous puissions entrevoir bientost en joye'. » — Dans un accès de désespoir causé par la rupture de ses relations avec Alfred de Musset, G. Sand s'adresse à Dieu et écrit dans son journal intime : « Ah! rendez-moi mon amant et je serai dévote et mes genoux useront le pavé des églises. » — La femme d'un riche négociant de Marseille, devenue la maîtresse d'un jeune vicaire de la banlieue, attendait avec anxiété le matin la sonnerie de l'église, pour savoir si la messe de son amant avait lieu à l'heure ordinaire. Cette messe n'ayant été sonnée que plus tard, elle s'écria : « Alors, c'est un saint! il n'a pas voulu dire sa messe sans aller se confesser. » Lorsque le complice de la femme adultère est un prêtre, celui-ci l'encourage à accomplir tous les actes extérieurs de la dévotion, mais il la détourne d'aller se confesser à un autre prêtre lorsqu'elle y songe, afin de pouvoir communier un jour de fête; il craint que la confession à un prêtre de son voisinage n'amène la révélation de sa culpabilité.

D'autres femmes adultères vont plus loin, elles associent la dévotion et le crime. Dans le prie-Dieu de la femme Gras, on trouva des livres obscènes et un pot de haschich préparé aux cantharides; elle se présenta à l'audience avec un gros chapelet autour du bras et composa des cantiques dans sa prison. — Une jeune femme qui désirait la mort de son mari, ayant constaté avec satisfaction qu'il était tombé malade, s'écria: « Ah! si Dieu voulait... » Dieu n'ayant pas voulu la débarrasser de son mari par une mort naturelle, elle aida la maladie par le poison et pria Dieu d'en activer l'effet, en lui promettant toute sa reconnaissance : « Ah ! si Dieu pouvait avoir pitié de moi, disait-elle, comme je le

(1) Tculet. Supplément au Recueil du prince Labanoff, p. 17, 18, 58.

l'adultère de la femme 205

bénirais ! Quand il (le mari) se plaint, je loue le seigneur dans mon cœur; il était malade hier; je pensais que Dieu commençait son œuvre. »

§ il. — L'intempérance

L'intempérance, chez la femme est le prélude de l'adultère; les Romains en avaient fait l'observation et disaient que : « toute femme qui fait un usage immodéré du vin ferme son cœur à toutes les vertus et l'ouvre à tous les vices. » Valère Maxime raconte qu'un mari fit périr sa femme sous les coups de bâton, pour la punir de son intempérance et que « chacun trouva qu'elle avait justement expié par une punition exemplaire la violation des lois de la sobriété1 ». Nous sommes bien loin de cette sévérité; nos mœurs, nos lois favorisent l'alcoolisme qui a fait des progrès effrayants. De même qu'il faut attribuer en grande partie aux progrès de l'alcoolisme l'accroissement du nombre des criminels, des fous et des suicidés, on peut rendre l'intempérance responsable de l'adultère d'un certain nombre de femmes, surtout dans la classe ouvrière. L'alcoolisme, à Paris surtout, met le désordre dans un assez grand nombre de ménages. A la 8e chambre du tribunal correctionnel de la Seine dont j'ai fait partie, nous avions à juger à chaque audience, 8, 10, i'2, Il prévenus alcooliques, parmi lesquels il y avail des femmes et même des jeunes filles de quinze, seize, dix-sept ans. ayant déjà contracté des habitudes d'intempérance et se livrant à la prostitution. Les trois autres chambres correctionnelles de la Seine en jugent autant. L'ivresse rend la femme comme l'homme, violente, lubrique et méchante. Alcoolique, l'ouvrier marié bat sa femme, ses enfants et les fait souffrir de toutes les manières, môme de la faim ; célibataire, il de-

(1) Valère Maxime, 1. XI, ch. m, n° î).

vient paresseux, débauché et quelquefois souteneur ; il bal ses parents, les vole cl déserte l'atelier. Alcoolique, l'ouvrière mariée néglige son ménage, abandonne son mari et ses enfants pour se livrer à une vie de désordres.

L'alcoolisme surexcite la passion sexuelle et diminue la force de résistance.

S 12. — Li:s i»kf\i:ts du mari

L'adultère de la femme est quelquefois encore déterminé par des défauts physiques «lu mari ou par une grossièreté, un défaut de délicales>»e. qui lui inspirent de la répugnance. La répugnance de Marie» Sluart à l'égard de Darnley, son mari, provenait de la mauvaise haleine du roi; c'est elle-même qui l'écrit à Bolhwel : « Il m'a quasi tuée de son haleine, car elle était plus forte que celle de vostre^ parent. » Aussi, quand Darnley engageait la reine à partager son lit. celle-ci pour coucher seule, s'empressait-elle de^ se plaindre d'une douleur au colé ; « je n'entre jamais versw

luy, écrit Marie Sluarl. que la douleur de mon costé ma

lade ne me saisisse, tant il me lasehe. »

La brutalité du mari, au début du mariage, suffit poui~~ "" ' déterminer chez une femme d; hcale, une répugnance persistante, ainsi qu'en témoigne le jugement suivant du tri

bunal delà Seine : « Attendu «pie la dame X... reconnaît— que depuis son union avec le demandeur, elle s'est tou — jours refusée à remplir le devoir conjugal, sous prétext^^ que dès le premier jour, sou mari s'était montré trop im — patient et n'avait pas employé toutes les précautions nécessaires pour ménager les Misceptibilités d'une jeune? femme absolument ignorante des obligations du mariage...1. » In certain nombre de maris compromettent pour toujours l'harmonie conjugale par leur impatience et

(1) Gazette des Tribu imur, In janvier l^'j

leur grossièreté pendant la première nuit des noces. — Les aliénistes ont même constaté plusieurs cas de folie produits chez des femmes délicates par les premiers rapprochements conjugaux qui ressemblent au viol '. — La femme froissée par la brutalité de son mari lui ferme la porte de sa chambre, mais elle ne tarde pas à l'ouvrir à l'amant qui, plus habile que le mari, ménage sa délicatesse ; c'est la situation qu'Alexandre Dumas a décrite dans le personnage de Jane de Simérose de fArni des femmes.

L'homme grossier, difforme, est exposé à subir le sort Le Vulcain, qui se vit délaissée par Vénus, parce qu'il >tait boiteux et sale. Cependant, lorsqu'on a sous les yeux l la cour d'assises le mari et l'amant, on constate souvent |ue môme au point de vue physique, le premier n'est pas nférieur au second, que tous les amants ne sont pas des \donis. Bolhwel, qui inspira une si vive passion à Marie Stuarl était laid ; il la séduisit par son aspect martial, la hardiesse de ses manières et l'énergie de son caractère. Hélène, qui pour suivre Paris, a tout abandonné, son mari, sa fille, sa patrie, dit en parlant de son mari : « qu'elle n'avait certes à blâmer ni son cœur, ni sa beauté. »

V hypocrisie de la femme adultère — La vie de la femme adultère est un tissu de mensonges, de ruses, d'hypocrisies. Souvent elle affiche des sentiments de la plus ardente dévotion, dans l'espoir que son mari et le public penseront qu'une femme si pieuse est incapable d'une mauvaise conduite. La femme Fenayrou, lorsqu'elle se décida à commettre le crime qui lui fut reproché, alla se confesser et communier. Pour donner le change à son mari, elle simule la jalousie, elle lui reproche des torts imaginaires ; elle détourne ses soupçons par d'hypocrites témoi-

(1) Paul Moreau de Tours. Les aberrations du sens yénésique. p. 474. Pierre Jaoet. Sévroses et idées fixes, t. II, p. 291, 87. Pari», F. iUcan.

gnages de tendresse, par des scènes de larmes ; comédienne ou tragédienne à volonté, elle sait prendre à propos tous les masques, le masque de l'affection conjugale, le masque de la jalousie, le masque de la tristesse, le masque de la dévotion, rire ou pleurer, s'attendrir ou s'indigner, placer une attaque de nerfs. On a comparé, non sans raison, le caractère de la femme adultère à celui de la race féline : môme douceur apparente, môme souplesse, môme grâce, môme fausseté, et aussi môme méchanceté, caria palle de velours est toujours prôte à se changer en griffe. Pour empêcher son mari de soupçonner son amant, elle accuse faussement un innocent de la poursuivre, elle se plaint de ses assiduités, elle ajoute qu'elle a su le rappeler aux convenances ; le mari, touché de cette confidence, admire la vertu de sa femme. Ces calomnies de la femme adultère contre un homme qui ne Ta jamais recherchée peuvent aboutir à un assassinat : sur la fausse dénonciation de sa femme, un mari demanda réparation par les armes à un de ses voisins ; sur son refus, il lui tira trois coups de revolver. — Pour masquer ses relations coupables, la femme adultère cherche quelquefois à faire épouser son amant par une parente, par une cousine, une nièce, ou bien encore elle accuse une femme innocente qu'elle représente faussement comme étant la maîtresse de son amant. — Pour être libre, elle fait contracter à son mari des goûts qui le tiennent éloigné ; elle lui fait entreprendre des voyages inutiles, dont elle lui démontre la nécessité. Ce sont les ruses de la femme adultère, pour cacher ses amours coupables el mystifier le mari, qui alimentent les comédies. Le mari a beau surveiller sa femme, inventer des serrures à secret et des ceintures de chasteté, acheter un chien de garde pour effrayer les galants, toutes ces précautions viennent échouer contre la fourberie féminine La femme trouve toujours le moyen de rejoindre son amant, de le cacher, et de berner son mari. Les auteurs

comiques, depuis Aristophane et Molière jusqu'aux vaudevillistes modernes, n'ont qu'à observer la vie réelle pour faire rire le public aux dépens des Georges Dandin, en mettant en opposition la crédulité du mari et la fourberie de sa femme.

Des femmes surprises par leur mari, au moment où elles viennent de faire cacher leur amant, prennent un air naturel d'étonnement et d'indignation contre les soupçons dont elles sont l'objet ; elles s'emportent contre le mari et le traitent de fou pour avoir osé soupçonner une épouse aussi vertueuse. J'ai vu dans une affaire d'assises une femme surprise avec son amant caché dans le lit pousser des exclamations de surprise et de colère contre l'absurde jalousie du mari, jusqu'au moment où celui-ci tirant les couvertures fit sauter l'amant terrifié du lit conjugal. — Une femme qui avait empoisonné son mari et qui le reconnut plus tard, se jeta en simulant la plus grande désolation sur le cadavre de celui-ci, quand la justice en ordonna l'exhumation. Elle poussait des cris et essayait de pleurer en plaçant les deux mains sur la figure, pour qu'on ne vit pas que ses paupières étaient sèches.

Les religieuses qui gardent les détenues m'ont souvent exprimé leur étonnement de leur fausseté ; l'une d'elles me disait : « Les plus dépravées sont celles qui affectent les meilleurs sentiments ; elles jouent si bien la comédie, que je m'y laisse prendre ; lorsque je m'aperçois que j'ai été jouée, je me promets bien d'être moins confiante à l'avenir, eh bien î elles parviennent encore à me tromper. »

Une femme mariée, craignant d'être abandonnée par son amant, jouant la comédie du suicide pour le retenir, commença une tentative peu sérieuse de pendaison, après lui avoir écrit la lettre pathétique suivante : « Vous qui m'avez fait tant souffrir et à qui j'ai tout sacrifié depuis deux ans (elle lui avait sacrifié son mari qu'elle avait empoisonné), je vous pardonne pourtant en souvenir de notre Phoal. — Crime et suicide pass. ii

amour ; vous avez été bien cruel pour moi ; vous auriez pu m'empècher de mourir et sauver mes enfants, vous ne lavez pas fait. Que la volonté de Dieu s'accomplisse ! Fasse le ciel qu'un jour vous ne vous repentiez pas d'avoir été cruel ! Donnez un souvenir à celle qui meurt, adieu, adieu. » Cette femme avait aussi écrit à sa tante : « Avant de retourner à Dieu (car je pense qu'il me pardonnera cet acte de désespoir), je vous recommande mes enfants... Pauvres enfants, le cœur me saigne, mais il te faut, je ne dois pas faiblir pour leur bonheur : car vivante je ne pourrais faire pour eux ce qu'aurait fait leur père (qu'elle avait empoisonné); en mourant, tout le monde en aura pitié.. # Dites-leur bien que ma dernière pensée a été pour eux e que je les aime plus que tout, puisque je leur sacrifie ma vie. » Celte femme a plus tard avoué à l'instruction qu'elle avait joué la comédie en écrivant ces lettres, que sa tentative de suicide était simulée.

On peut appliquer à la femme adultère les vers, qui furent inspirés à Alfred de Vigny par la trahison de Mmo Dorval qui avait été sa maîtresse :

• Une lutte éternelle en tout temps, en tout Heu,

«• Se livre sur la terre en présence de Dieu,

« Entre la bonté d'Homme et la ruse de Femme

« Car la femme est un être impur de corps et d'âme J. a

Si dans la plupart des cas, la femme adultère joue habilement la comédie pour cacher son inconduite, on la voit quelquefois animée d'une telle haine contre son mari, qu'elle ne prend plus la peine de la masquer ; elle la proclame elle-même avec une effronterie singulière, comme cetle femme qui, après avoir tenté d'empoisonner son mari, étant devenue enceinte, disait à une voisine : « Vous pouvez

(h Mais de Vigny a eu le tort de généraliser une observation qui ne s'applique pas à toutes les femmes et de délinir la femme dans ce vers cruel

et injuste :

t La femme, eufant malade et douze fois impur. •

dire à mon mari que si je fais un enfant, à coup sur ce ne sera pas de lui. »

La femme, qui désire rompre le mariage pour épouser son amant, tend des pièges au mari pour provoquer le divorce ; elle cherche à se faire injurier ou à se faire battre ; elle lui refuse l'accomplissement du devoir conjugal, dans l'espoir qu'il contractera une liaison irrégulière qui lui fournira un motif de divorce. Dans une affaire jugée le 19 novembre 1893, il résultait de la procédure que, un mois après son mariage, la femme réservait ses tendresses pour son amant et tendait des pièges à son. mari; celui-ci en fut informé par l'agence que sa femme avait chargée de l'espionner.

Le divorce favorise l'adultère, en fournissant le moven de rompre le mariage et d'en contracter un nouveau. Très fréquemment la femme adultère fait promettre à son amant de l'épouser si elle devient libre, et elle ne tarde pas à trouver un prétexte pour divorcer. Sans doute, la loi ne permet pas à la femme adultère d'épouser le complice avec lequel elle a été surprise, mais il lui suffît d'éviter le flagrant délit. Dernièrement sur le corps d'une femme mariée, tuée par son mari, on a trouvé des brouillons de lettres adressées à un cousin pour lui annoncer qu'elle allait former une demande de divorce. — Nous avions dernièrement à juger un mari qui avait tiré deux coups de revolver sur sa femme, dont l'inconduile était notoire; la femme répondit : « Je m'affichais pour arriver plus vite au divorce. » — Lorsqu'une femme mariée a pris un amant, elle va (souvent avec l'argent du mari) consulter un avocat sur les moyens à trouver pour arriver au divorce. Avant d'essayer de tromper la justice, elle trompe son avocat en lui faisant un récit mensonger des torts qu'elle attribue à son mari. — Des femmes astucieuses parviennent à tromper la police et à lui faire croire qu'elles sont victimes de la brutalité de leur mari, alors que la véritable victime est le

mari. Dans plusieurs dossiers de femmes qui avaient assassiné leur mari, j'ai trouvé d'anciens rapports de police qui, sur la fausse dénonciation des femmes, les dépeignaient comme des victimes de la brutalité maritale. Pour faire croire à cette brutalité, elles criaient sans motif à l'assassin, afin d'attirer l'attention des voisins, qui devaient être entendus par la police.

Pour obtenir le divorce, des femmes font accuser faussement leur mari d'attentats aux mœurs. Il y a quelques années, une dame, qui habitait un château près de Tours, poussa son ancienne institutrice à accuser son mari d'un viol imaginaire ; elle fit répandre ces calomnies par les journaux, afin d'exercer une pression sur le Parquet de Tours, qui hésitait à poursuivre le mari sur ses accusations. C'est surtout parmi les personnes de son sexe que la femme adultère recherche des témoins complaisants, pour accuser faussement son mari et arriver au divorce. Une personne, qui était ainsi sollicitée à un faux témoignage, ayant refusé de le prêter, s'attira la réponse suivante : « Tu n'es pas une femme, puisque lu soutiens mon mari. »'

La mèehnneetf de la femme adultère ; l'abandon des enfants. — Les romanciers croient que « la voix du sang » parle toujours au cœur des mères et enseigne aux femmes coupables l'amour et le dévouement pour leurs enfants. 11 est exact que beaucoup de femmes adultères continuent à aimer leurs enfants sans aimer leur mari. Mais il est exact aussi que u la voix du sang » ne se fait pas toujours entendre de la mère qui se livre à la débauche, et que souvent, en cessant d'aimer son mari, la femme adultère sent son amour maternel diminuer en môme temps que son amour conjugal. Clytemneslre, devenue adultère, cesse d'aimer sa fille Electre. Mmo X..., qui a voulu mourir avec l'étudiant Chambige, avait observé le changement qui s'était fait en elle : « Je ne suis plus comme autrefois, disait-elle; je ne

pense plus tout le temps à mes enfants, je ne pense qu'à toi ; c'est horrible ! » Absorbée par son délire amoureux, la femme n'a plus le temps de penser à ses enfants, de s'occuper de leur santé, de leur éducation ; si elle a de la fortune, elle les abandonne aux soins des domestiques ; si elle est pauvre elle les abandonne dans la rue. Je lis dans une procédure celte déclaration d'un mari malheureux : « Mon petit garçon de cinq ans est mort d'un mal de gorge, parce qu'il a pris froid, pendant que sa mère était allée à un rendez-vous. » — Dans une autre procédure, je lis celle déclaration des enfants entendus après un drame de famille : -« Depuis son mariage, notre père n'a jamais eu un instant de bonheur, à cause de Tinconduite de notre mère qui négligeait son ménage ; notre père, après son travail, était encore obligé de s'occuper des détails de la maison. »

La femme adultère perd facilement le respect de ses enfants; souvent elle ne craint pas de les rendre témoins de ses légèretés; elle se sert d'eux pour porter des lettres qui éloignent le père et rapprochent l'amant. On voit même quelquefois une mère compromettre sa fille, pour cacher derrière elle ses amours adultères. — Comme l'amour maternel, l'amour paternel est lui aussi souvent étouffé par l'adultère ; le père qui a une maîtresse n'a plus pour ses enfants le même respect, ni la même affection; lui aussi il se sert d'eux quelquefois pour leur faire porter des messages amoureux ; il ruine ses enfants pour satisfaire les fantaisies de sa maîtresse. La passion peut môme éteindre la pitié : on voit des pères veufs laisser leur maîtresse martyriser leurs enfants.

La femme, en général, aime ou hait son mari dans ses enfants ; ses enfants lui sont d'autant plus chers ou d'autant moins affectionnés qu'elle a de l'amour pour son mari ou de la haine contre lui1.

(1) Chez un grand nombre de femmes, l'amour maternel augmente encore ou diminue, suivant que la mère a ou n'a pas allaité ses enfants. La pré-

De même que la femme qui aime son mari est heureuse de retrouver son image sur les traits de ses enfants et di comme Andromaque :

« Voilà ses yeux, sa bouche et déjà son audace ;

« C'est lui-même ; c'est toi, cher époux que j'embrasse *, »»

la femme qui a cessé d'aimer son mari ne retrouve plus avec plaisir son image sur le visage de ses enfants ; celte ressemblance lui devient odieuse ; elle aime moins ses enfants, parce qu'ils lui rappellent le père. J'ai entendu une mère dire à son fils : « Retire-toi; tu ressembles à ton père. » Si une femme adultère a un enfant de son amant, c'est celui-là qu'elle préfère

Les mères en général, trouvent leurs enfants jolis, plus beaux que les aulres :

« Mes petits sont mignons,

« Beaux, bien faits et jolis sur tous leurs compagnons, »

dit le hibou de ses petits. La femme adultère, quand elle devient une mère dénaturée, ne trouve plus ses enfants

férence que la mère témoigne à l'un «le ses enfants vient souvent de ce qu'elle l'a allaité et n'a pas allaite les autres. J'ai vu une femme, qui avait fait périr sa petite fille par de mauvais traitements, avouer qu'elle ne pouvait pas l'aimer parce qu'elle ne l'avait pas allaitée; la même mère adorait un enfant qu'elle avait nourri. Ces faits établissent que, chez un grand nombre de femmes, dont 1 éducation et la religion n'ont pas modifié la nature, l'amour maternel plus instinctif qu'intellectuel nait plus des entrailles et des seins que du cerveau et du cœur, à l'inverse de l'amour paternel qui est plutôt intellectuel qu'instinctif. C'est pour les mêmes raisons que la mère s'occupe plus du corps de ses enfants que de leur esprit, et est muins sensible «pie le père à leur iuconduite. — Assez souvent aussi l'homme aime mi hait sa femme dans ses enfants ; c'est ainsi que la haine que VA mi des hommes avait contre son fils Mirabeau venait surtout de la haine qu'il avait contre sa femme; l'ouvrier se détache assez facilement de ses enfants, quand il a divorcé. Toutefois l'amour paternel me parait moins dépendant que l'amour maternel de l'amour conjugal.

(1) Medée exprime le même sentiment quand elle dit à Jason:

- Souffre que me* enfants accompagnent ma fuite. ■ Mue \o l'admire encore en chacun de leur* traits « Oui* j«* l'aime et le t>ai<c en ces mHils |»ortraits. •»

L ADULTÈRE DE LA FEMME 21o

jolis. Je trouve dans une procédure criminelle ce propos tenu par une mère à une voisine, en parlant de sa fille : « Vous la trouvez jolie, vous? eh bien î moi je ne puis la voir. » — Une autre mère disait de sa fille : « Je ne puis la voir; quand elle pleure, j'ai envie de la tuer. » — Ces mères dénaturées qui brutalisent et qui môme tuent leurs enfants, soignent en môme temps avec la plus grande sollicitude leurs animaux, leurs chats ou leurs chiens. On sait que les enfants sont souvent martyrisés par des marâtres, des maîtresses de leur père, privés par elles de nourriture, d'air, de sommeil, roués de coups. Ces crimes monstrueux sont aussi commis quelquefois par des femmes adultères sur leurs propres enfants ; ces femmes-là ne sont plus ni épouses, ni mères; elles n'ont plus ni cœur, ni raison, elles n'ont que des sens, ce ne sont plus des femmes, ce sont des femelles; elles sont semblables à ces animaux qui abandonnent leurs petits, les battent et les tuent pour se livrer plus librement à de nouvelles amours. J ai exercé des poursuites contre une femme qui avait abandonné ses trois jeunes enfants dans un hangar, pour se livrer au libertinage ; elle ne venait qu'une fois par jour leur jeter du pain par une ouverture. Lorsque je me transportai sur les lieux avec le juge d'instruction, je trouvai les enfants presque nus, se roulant sur la paille souillée de leurs ordures. La faim, le froid, la séquestration, les souffrances de toutes sortes qu'ils avaient endurées les avaient rendus presque idiots ; Pun d'eux avait les pieds atteints par la grangrène.

« La voix du sang » ne parle plus dans les cœurs féminins envahis par une passion sensuelle, bestiale. On voit des femmes adultères continuer leurs relations coupables, pendant la maladie de leurs enfants. Dans une affaire criminelle, j'ai vu une mère donner rendez- vous à son amant le jour de la mort de sa fille. — Une autre femme adultère, à qui son mari reprochait son inconduite, le mena-

<;ail de luer son dernier enfant, s'il la faisait surveillai-,

« Sœvus amor ducuit natorum sanguine matrem

« Gommaculare manus

« Nunc scio quid sit amor l. »

Si la mort vient prendre l'enfant malade pendant qu elle court à un rendez-vous, la femme adultère se console vite de sa perte ; le grand deuil avec le long voile noir l'importune, elle le quitte le plus tôt possible ou trouve le moyen de le concilier avec une toilette recherchée. Cette indifférence, cette haine que la femme adultère peut éprouver contre ses enfants, sont éprouvées aussi quelquefois par des filles-mères, qui, pour se livrer plus commodément à I* débauche, étranglent leurs enfants, les empoisonnent, le***" brisent le crâne, les jettent dans les mares, dans les fleuve^ * à la mer, dans les fosses d'aisance, non pas toujours»-*-* moment de leur naissance, mais à un an, à deux ans, lor^"~ que les enfants sont si aimables, si gracieux, si affectueux.

Le sentiment filial peut être étouffé par les habitudes d^ débauche comme le sentiment maternel. J'ai vu une femm*^ adultère courir à un rendez-vous pendant l'agonie de sois père. Je viens de lire dans un dossier des lettres écrites à son amant par une femme mariée, qui avait été obligée de quitter Paris et de se rendre en province auprès de sa mère dangereusement malade ; elle se plaint dans toutes ses lettres que 1 agonie de sa mère se prolonge et relarde son retour à Paris; il lui tarde de voir mourir sa mère pour revoir son amant : « Quel vilain métier, écrit-elle, que celui de garde-malade ! » — La femme qui perd la pudeur devient rapidement capable de tout. Amissa pudicitia, mulier nihil abnuerit. La pudeur chez la femme est comme le fil qui retient toutes les perles d'un collier : coupez le fil toutes les perles tombent; supprimez la pudeur, les vertus féminines s'envolent, l'amour conjugal, le sentiment

(I) Virgile. Eylor/ue VIII.

L ADULTÈRE DK LA FKMMR 217

maternel, l'amour filial s'évanouissent. La femme se corrompt très vile. Le désordre des mœurs la conduit rapidement au crime, à l'avorlemcnt, à l'infanticide, à l'empoisonnement. J'ai vu une jeune accusée qui avait eu un prix de vertu dans sa jeunesse devenir quelques années après une femme adultère et empoisonner son mari. La femme Fenayrou avait été citée comme un modèle dans le pensionnat où elle avait été élevée; tombée dans la débauche quelques années après son mariage, elle devint' criminelle.

La haine de la femme adultère contre son mari;. ses calomnies. — Pour la femme aldutère, le mari véritable c'est l'amant; elle se dit « sa femme »; le mari, c'est l'obstacle, c'est l'étranger, c'est l'ennemi. Or, l'obstacle, on veut le supprimer; l'ennemi, on le hait : à mesure que s'accroît l'amour de la femme pour son amant, sa haine contre son mari augmente. Une accusée, racontant comment l'adultère l'avait rendue empoisonneuse, disait à l'instruction : «J'ai commis le crime qui m'est reproché ; ce sont mes relations adultères avec X..., qui en sont la cause. Lorsqu'il me proposa de me livrer à lui, je repoussai d'abord ses propositions ; mais je finis par céder à ses sollicitations ; j'eus bientôt de l'aversion pour mon mari. » On hait celui qu'on a offensé; la faute que la femme commet lui inspire contre son mari une aversion insurmontable ; dans ce cas, plus le mari est doux, affectueux, plus sa femme le déteste et le prend en horreur.

La haine de la femme adultère contre son mari se traduit souvent par des calomnies, môme auprès de ses enfants. Se sentant méprisée par son mari, la femme adultère est jalouse du respect et de la tendresse que les enfants témoignent à leur père, et elle s'efforce de lui enlever cette consolation par de secrètes calomnies ; elle se plaint à ses enfants d'avoir été rendue malheureuse toute sa vie par son

218 LR CIUIIK ET LE SUICIDE PASSIONNELS

mari : elle leur représente leur père sous les plus noires couleurs, elle l'accuse faussement des vices les plus graves. Dans quelques cas. je lai vue accuser son mari d'avoir voulu la tuer, l'empoisonner; elle joue la comédie des larmes, afin d'attirer sur elle la compassion de ses enfants. Représenter comme un bourreau la victime de ses déportements, se poser eu victime, elle qui est le vrai bourreau, enlever au père l'estime et l'affection de ses enfants qu'il adore, quelle satisfaction pour une femme méchante ! Cette perfidie lui réussit presque toujours, parce que le mari ne la soupçonne pas ou parce qu'il ne veut pas confondre la calomniatrice par la révélation de son inconduite , par égard pour ses enfants qu'il craint d'affliger. La femme adultère profile de cette confiance et de cette générosité, pour faire souffrir son mari dans son amour paternel, après l'avoir fait souffrir dans son honneur conjugal. J'ai vu une femme adultère faire croire à sa fille que son père avait une maladie de peau, afin de le priver des caresses de sa fille. Tous les moyens lui sont bons pour faire nailre la mésintelligence entre le père et ses enfants. Si elle ne peut rendre le père odieux à ses enfants, elle s'efforce de le rendre ridicule à leurs yeux ; quand elle ne leur en fait pas peur, elle les excite à rire de lui ; sa méchanceté invente mille perfidies pour frapper le mari dans le père.

Le malheureux, exaspéré par ces perfidies et ces railleries, finit enfin quelquefois par perdre la tète et se livrer à des violences graves, qui provoquent l'action de la justice. Une femme qui était parvenue à se faire battre par son mari et à le faire jeter en prison, disait à sa fille : « Ton père est entré la barbe noire dans la prison, il faut qu'il en sorte la barbe blanche. » Dans une autre affaire, un mari qui, poussé à bout, avait donné un coup mortel à sa femme, s'écriait avec douleur : i« Elle me méprisait et me faisait mépriser par mes enfants! »

Le mari ainsi calomnié par sa femme, désespéré de perdre

1 amour de ses enfants, sa seule consolation, finit quelquefois par se suicider. Voici, par exemple, un négociant qui, en mai 1895, s'empoisonne à Paris avec de la nicotine, après avoir écrit la lettre suivante : « Non contente de traîner mon nom dans la boue par sa liaison publique avec le nommé X..., ma femme a quitté le domicile conjugal en emportant 3 500 francs et m'a intenté une action en divorce. Maintenant, elle défend à mon fils de venir me voir et le montait contre moi par toutes sortes de honteux mensonges et de calomnies. J'ai pu tout supporter jusqu'à ce jour. mais la douleur que me cause ta perte de l'amitié de mon fils, je ne puis la surmonter. Je pardonne à mon fils qui est jeune et je pense qu'il me pardonnera mon acte de désespoir. Mais je laisse à ma femme et à son amant la responsabilité de ma mort. Cette femme m'a tout volé, l'honneur l'argent et l'amour de mon fils qui me consolait de tout. » D'autres maris, exaspérés par les calomnies persistantes de leur femme, sentent leur cœur envahi par une haine violente qui fait un jour explosion et se traduit par lé meurtre ; ils deviennent fous de colère. Il y a quelques années aux environs de Tarascon, la femme d'un propriétaire cultivateur fut trouvée assassinée dans son lit; elle avait été surprise pendant son sommeil; le mari l'avait frappée avec une fourche en fer qui était restée plantée dans la tète ; il déclara à l'instruction qu'il avait été excédé par les calomnies de sa femme1 qui l'avait poussé à bout.

C'est aussi par la calomnie que la femme adultère se venge des parents de son mari qui lui adressent des observations sur sa conduite. Lorsque son beau-pcre ou son beaufrère lui adressent de semblables avertissements, il n'est

(1) Dans cette affaire, c'est un chien qui amena la découverte du coupable. La justice n avait pu le découvrir, lorsqu'elle fut mise en possession des vêtements sanglants de l'accusé, qui étaient enterrés duns un champ voisin et recouverts de pierres; ce fut le chien de l'assassin qui en grattant la terre à cet endroit et en poussant des hurlements attira l'attention de la justice. Cette découverte força le mari à faire des aveux.

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pas rare qu'elle ne cherche à se venger, en les accusanV auprès Je son mari d'avoir voulu la séduire.

«< Que ne sait point ourdir une langue traîtresse, « Par sa pernicieuse adresse ! »

Provocation au parricide. — La femme adultère ne ^ contente pas toujours de calomnier son mari, de melt^ la discorde entre le père et les enfants; elle va quelquefojusqu'à provoquer des rixes entre eux et même jusqu'à pou^ ser les enfants à tuer leur père. En 1893, la cour d'assise des Bouches-du-Uhône jugea une affaire de ce genre : Lfemme Vial, mariée aux environs d'Aix à un cultivâtes laborieux et honnête, quitta à maintes reprises le domiciL conjugal, abandonnant mari et enfants pour suivre diver amants. Le mari, d'un caractère faible et débonnaire 11 pardonna toujours, en considération de ses enfants, et cou sentit à la reprendre. Loin de lui savoir gré de sa bonl< la femme Vial à chaque pardon du mari redoubla de haiiL- -^ contre lui et le calomnia avec persévérance auprès de s^^ — enfants, pour lui enlever leur affection. Il était laborieux -^ et économe ; elle le représenta à ses enfants comme u ^^ paresseux et un dissipateur; elle parvint à le brouiller av^ *^ eux. L'un des enfants, garçon boulanger, ayant voulu ach^^ ~" ter un four à des conditions trop onéreuses, le père û'ap ~"~ prouva pas ce projet; son fils en éprouva une très vive irr ï--" talion, que la mère eut soin d'entretenir et d'envenimé mt - Sur ses instigations, il fit une scène violente à son père, Xe menaça de le quitter en emmenant avec lui sa mère et s^s autres frères. Quelques jours après, il mit cette menace * exécution, et Vial, enrentranl des champs, trouva sa maisc^n abandonnée par sa femme et ses enfants qui avaient to *»*' emporté; il se rendit à leur nouveau domicile pour réel ^" mer les couvertures de son lit qu'on lui avait enlevée *• Sa femme et son fils le mirent à la porte et montèrent i0u premier étage pour lui adresser des injures. Le fils se pla»<*

£ L'ADULTÈRE DE LA FEMME 22i

j à la fenêtre, un pistolet à la main et sa mère se mit derrière / loi, en l'excitant à faire usage de son pistolet. On l'cnlen- T dit crier : « Tire! » et en môme temps on vit le fils décharger deux coups de son arme sur son père. Celui-ci, blessé, prit la fuite, mais son fils, toujours excité par sa mère, se précipita à sa poursuite, le rejoignit et deux fois encore il fit feu sur lui presque à bout portant. Le malheureux pore reçut deux balles Tune à la cuisse gauche, l'autre dans la région dorso-lombaire. L'instruction établit que ce parricide avait été prémédité par la femme et par le fils : le (ils avait a.cheté le pistolet dans l'intention de s'en servir contre son père, et sa mère lui avait donné l'argent pour cet achat.

J a* observé un autre parricide provoqué par une femme

adultère, âgée de quarante-sept ans, qui, abusant de son

emPl*%e sur son fils âgé de vingt ans, le poursuivit de ses

CXC|^tions pour le déterminer à tuer son père, qu'elle lui

dePeignait sous les plus noires couleurs. Le jeune homme

r ^sta pendant quelque temps à ces excitations, ce crime

Ul disant horreur, et cependant sa mère parvint à vaincre

s hésitations; elle lui procura un fusil, qui devait servir

ahaUlre son père et lui fournit le moyen de le rencontrer

*** dans les champs. Sur les indications de sa mère, le fils

**prit son père dans un bois en train de couper un pin ;

* ajusta et Tétendit raide mort.

Ce sont souvent les meilleurs maris qui sont pris en aver- *^tt. Le mari, qui a toutes les qualités quand il est aimé, a **tisles défauts quand il ne l'est plus. De même que l'amour ^ansforme les défauts en qualités, la haine change les qua- Més en défauts. Si le mari est doux et patient, la femme adultère le traite d'imbécile ; est-il économe, elle le trouve ^vare. Dans la plupart des affaires d'assassinat du mari par Xa femme adultère, j'ai constaté que le mari était bon, laborieux, dévoué à sa famille, tandis que la femme était paresseuse, gourmande, dépensière, profondément égoïste. Je

trouve dans un dossier d'empoisonnement du mari par la femme cette déclaration d'une jeune fille : « Mon père disait toujours que lorsqu'on avait des enfants il fallait faire des économies. » et ma mère répondait : « Je m'aime mieux moi que mes enfants. » Quelle vérité dans cet aveu! La femme adultère n'aime ni son mari ni ses enfants ; elle n'aime qu'elle-même; dans son monstrueux égoïsme, elle préfère le plaisir à l'honneur des siens; elle ne songe qu'à elle, elle ne vit que pour elle l : « Moi, moi ! dis-je, et c'est assez. » C'est pourquoi, si elle n'a pas d'enfants, elle n'en désire pas, elle veut la stérilité. « Elle fait son repos de sa stérilité; » et si un commencement de grossesse se produit, elle songe à le supprimer. A. Dumas fils a noté ce trait de caractère de la femme adultère dans la Femme de Claude ; Césarine veut se faire avorter. Les sages-femmes, qui suppriment autant d'enfants qu'elles en mettent au monde, ne se bornent pas à prêter leur ministère à des filles-mères ; les femmes adultères ont souvent recours à leurs manœuvres. En 1891, la cour d'assises du Var a condamné pour avorlement Mraa de J., femme d'un officier de marine, et pour complicité d'avortement son amant, maire de Toulon.

Môme quand le mari, ne pouvant mettre un frein aux déportements de sa femme, se résigne à les supporter, celle-ci peut rester animée contre lui d'une haine assez violente, pour désirer sa mort et la provoquer. J'ai observé le cas d'une Messaline villageoise qui tenta d'empoisonner son mari et le lit ensuite tuer par son amant, bien que ce mari âgé et débonnaire se fût résigné à son sort.

La haine féroce que la femme adultère éprouve contre son mari se trouve exactement exprimée dans le récit que

(l) Ot égoïsine se retrouve même plus souveut qu'on le croit chez des mères do famille, qui ne sont pas des femmes adultères, mais qui pour satisfaire leur amour du luxe, de la toilette, sacrifient l'intérêt de leurs enfants ; il y a même des femmes mariées qui ont horreur des devoirs de la maternité, et ne désirent pas avoir d'enfants.

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