CHAPITRE VIII
En se fondant sur les statistiques criminelles, quelques écrivains ont prétendu que la femme se rend plus souvent coupable d'adultère que l'homme; en 188G, par exemple, on a poursuivi 8<>5 femmes et 822 hommes seulement ; en 1887, 883 femmes et 8i3 hommes. Mais en cette matière comme en toute autre, la statistique ne dit point la vérité entière ; il faut la consulter avec discernement et la rapprocher des textes du code pénal. En effet, il ne faut point oublier que l'homme et la femme ne sont point placés à ce point de vue, sur un pied d'égalité ; ils ne l'oi t jamais été. D'après Manon, le législateur des Indiens, la femme devait continuer à révérer son mari comme un dieu, même quand il se rendait coupable d'adultère (VI, îi'f Lois de Manon). — La loi romaine et l'ancien droit français ne permettaient en aucun cas à la femme d'accuser son mari d'adultère. — Aujourd'hui, d'après l'article 33t> du code pénal, l'adultère du mari ne constitue un délit que s'il a été commis avec une concubine entretenue dans la maison conjugale. Un fait isolé d'adultère ne constitue pas l'entretien d'une concubine ; il faut, en outre, que cet entretien ait lieu dans le domicile conjugal. Si ces deux conditions ne sont pas réunies, l'adultère du mari reste impuni; par conséquent on peut dire que le plus grand nombre des faits d'adultère commis par l'homme ne tombent pas sous l'application de la loi. Tout en reconnaissant que l'adultère de la femme a des conséquences autre-
ment graves que l'adultère du mari, on peut trouver que Timpiinité accordée au mari dans la plupart des cas blesse la morale et le sentiment de l'égalité des deux sexes devant la loi. Les femmes n'ont pas toujours tort de dire que, les lois étant faites par les hommes, il est arrivé plus d'une fois qu'ils les ont faites dans leur intérêt, sans grand souci de l'égalité des sexes. Cicéron, qui n'est pas suspect de féminisme i observait déjà que la loi Voconia avait été rendue dans l'intérêt des hommes et qu'elle était pleine d'injustice pour les femmes1. — Les législateurs contemporains s'appliquent à faire disparaître cette inégalité que la loi établissait entre l'adultère de la femme et celui de rhomme. D'après le nouveau code pénal des Pays-Bas, « est punie d'un emprisonnement de six mois au plus la personne mariée qui commet un adultère » (article 241). Ce code ne distingue pas entre l'homme et la femme.
L'adultère peut faire commettre à l'homme les mêmes lâchetés, les mômes cruautés qu'à la femme. La débauche éteint les sentiments de famille, détruit l'amour paternel. Des pères ruinent leurs enfants pour satisfaire les caprices d'une maîtresse ; d'aulres les abandonnent pour suivre une concubine et les laissent dans le dénûment. J'ai observé le cas d'un père, qui, ayant perdu une jeune fille de la petite vérole, abandonna ses deux autres filles atteintes de la môme maladie, pour suivre sa maîtresse. Restée seule, la mère fut obligée de vendre ou d'engager presque tout son mobilier pour soigner ses enfants. Lorsqu'on reprocha à ce père indigne son abominable conduite, il se contenta de répondre : « J'ai les plus grands loris, j'en conviens, j'étais ensorcelé par ma maîtresse. » Un autre ouvrier avait abandonné sa femme en lui laissant la charge de sept enfants ; l'aîné qui pouvait seul travailler aidait sa mère à subvenir aux besoins de ses frères et sœurs;
(I) Cicéron, De lu licpublhjue. III, § 10.
h ADULTÈRE DU MARI 267
mais une do ses sœurs étant tombée gravement malade, il fut tellement affecté des malheurs de toutes sortes et de la misère, qui étaient venus fondre sur sa famille, à la suite du départ de son père, qu'il se suicida. Le père resta insensible à toutes les catastrophes qu'il avait provoquées par son inconduite.
Des pères laissent martyriser leurs enfants par leur maîtresse. Valère Maxime raconte que Catilina éperd liment amoureux d'Aurelia Oreslilla. et voyant que le fils qu'il avait d'une autre femme était un obstacle à son mariage avec elle, n'hésita pas à se débarrasser de celui-ci par le poison : « Ce fut à son bûcher même qu'il alluma le flambeau de l'hyménée et il offrit comme présent de noce à sa nouvelle épouse le crime qui anéantissait sa paternité1. »
Le mari infidèle est souvent brutal pour la femme qu'il n'aime plus, il lui cherche querelle, il la maltraite. Lorsqu'une femme mariée accouche d'un cnfaut mort-né, dans certains cas, c'est aux mauvais traitements du mari qu'il faut attribuer la mort de l'enfant. Un certain nombre de femmes maltraitées par leur mari se tuent de désespoir.
Le mari qui abandonne sa femme rit volontiers de sa douleur; il écoute ses reproches avec indifférence, avec ironie et même avec satisfaction ; il n'est pas fâché de voir couler ses larmes, ce spectacle l'amuse. S'il parait se laisser attendrir, c'est parce que les larmes qu'il voit couler réveillent un caprice passager. Don Juan trouve un instant du piquant à la douleur d'Elvire, mais il y est au fond insensible. Alfred de Musset, qui aime Don Juan, ne méconnaît pas son caractère cruel :
« Vous le verrez tranquille et froid comme une pierre « Pousser dans le ruisseau le cadavre d'un père, « Et laisser le vieillard traîner ses mains de sang « Sur des murs chauds encor du viol de son enfant. »
(I) Valère Maxime, liv. IX, ch. i.
2C8 LE CltlUE KT I.E SUICIDE PASSIONNELS
L'adultère rend le mari moins souvent homicide que la femme; il le porte moins à haïr sa femme. Cependant, il n'est pas rare de voir des maris adultères abreuver leur femme légitime d'outrages, d'humiliations, et même Gnit par l'assassiner, afin de pouvoir épouser leur maîtresse- Les épouses les meilleures, les plus douces, les pl*3J patientes, sont victimes de la brutalité de leur mari. L** duchesse de Ghoiseul, qui fut assassinée par son mari, éla-it une personne admirable de bonté, de douceur. La marquis* d'Enlrecasteaux, à qui son mari, président au Parlement de Provence, coupa la gorge avec un rasoir pendant lanuï t* avait un caractère si doux, qu'on l'appelait dans sonentom*" rage sœur Angélique. Avant de lui porter trois coups de rasoir, son mari avait déjà lente deux fois de l'empoisûC*' ner. il l'avait fait tomber dans l'escalier de son hôtel, pe*^~ dant qu'elle était enceinte. La marquise, qui avait con» "**" ces tentatives d'empoisonnement, supplia son médecin <^-^ ne pas les révéler : « Excellent docteur, mes torturc^^ affreuses vous ont fait dire que je serais morte par — ^ poison si vous n'étiez venu promptement à mon secour ^^" Vous avez déclaré tout haut, devant moi, que mon ma était au moins très léger de ne pas rechercher le coupable Ne répétez plus celte parole. ^
« Je connais la main qui voulut me ravir l'existence, mai^ vous la désigner serait inutile pour vous, autant que crt minel de ma part. Comme vos habitudes d'observalio ~ peuvent vous avoir fait deviner la vérité, je vous supplie au nom de votre mère et par ce que vous avez de plusacré, de taire à jamais les choses que vous avez vues entendues durant la nuit dernière. Vous ne refuserez pacette grâce, cher et digne docteur, à la pauvre mouranl-^"qui doit avoir un grand intérêt à vous écrire ces lignes à 1 ^ dérobée et de son lit, à celle qui se dira éternellement volr^^ dévouée. Marquise d'Enlrecasteaux, née de Castellaner* marquise de Grimaud. »
l'adultère du MARI 269
Je viens de citer un président au Parlement de Provence, m pair de France, que l'adultère fil criminels. L'adultère ait des assassins dans toutes les classes de la société. De jèrae que des reines adultères, telles que Marie Stuarl, eanne de Provence, n'ont pas reculé devant le meurtre de îur mari, des rois adultères, tels que David, Henri VIII, nt fait périr leur femme légitime ou le mari de la femme [u'ils convoitaient. Lorsqu'un prêtre se rend complice l'une femme adultère, il devient capable de se joindre à la «mine pour empoisonner son mari. Quand un mari assasine sa femme, on peut dire, presque à coup sûr, que c'est adultère qui l'a poussé au crime. La sensualité rend cruel, orsque Henri VIII fit décapiter. Anne de Boylen qu'il r*il follement aimée, il se fit annoncer l'exécution par un up de canon ; on le vit attendre ce signal avec impa- 0ce et courir chez Jeanne Seymour pour lui annoncer la F^Use nouvelle. Elisabeth d'Angleterre, fille d'Henri "VIII ^1* Anne de Boylen, donna le môme exemple de cruauté v^rs le comte d'Esscx, qui avait été son favori; le jour so» exécution elle fit de la musique. L'histoire atteste à Xcl\ie page le lien qui existe entre la cruauté et la ^^^îche. La Voisin mise à la torture déclara « qu'un **X<1 nombre de personnes de toutes conditions et quali-
^ 'étaient adressées à elle pour avoir les moyens de faire **Xrir beaucoup de personnes et c'est la débauche qui "*t le premier mobile de tous ces crimes ». Les rois ** duchés ont été presque toujours des monstres de cruauté, **lmc Tibère et Néron. Dans l'Inde les mystères volup- ^*ix étaient accompagnés de sacrifices d'hommes. Il y a ^^ connexité entre la volupté et la cruauté. Les hommes Ll^ints de sadisme éprouvent le besoin d'associer la ^Uaulé à la débauche. Des criminels tuent les femmes lU'ils ont violées, non seulement pour supprimer leurs Lémoignages, mais encore parce qu'ils éprouvent du plaisir *. verser le sang. Ce sadisme, mélange de cruauté et de
débauche bestiale est quelquefois commis sur des animaux; en voici un exemple : à Barles, arrondissement de Digne, un propriétaire constata à diverses reprises la mort d'an certain nombre de brebis, qui bien portantes la veille étaient trouvées mortes le lendemain dans son étable - Croyant qu'un sort avait été jeté sur son troupeau, il alla trouver le curé et le pria de « conjurer le sort » par ses prières. La mortalité ayant continué à frapper ses brebisun voisin plus éclairé l'engagea à venir trouver le procureur de la république. Sur les conseils de ce magistrat il fî l surveiller la nuit son étable par le garde champêtre ^ *celui-ci soigneusement cacbé vit arriver un jeune berger" grand, vigoureux, qui pénétra dans l'étable, saisit unebr^^" bis par le cou et l'étrangla pendant qu'il se livrait sur ell ^ à des actes de bestialité. Vacher, qui a tué un si gra» *nombre de femmes, les égorgeait après les avoir violée ^^
C'est souvent avec les servantes de la maison, avecl'in^^ titutrice de ses enfants, que le mari a des relations adu ^ tères. A la campagne, chez les cultivateurs, ce sont 1«^ relations du mari avec la servante, qui font courir les plir grands dangers à la femme légitime. La servante, tïère d^^ son triomphe, ne le laisse pas toujours ignorer à la femm^ légitime et, pour le rendre définitif, elle cherche à s<? débarrasser de celle-ci. A la ville, dans des familles d'un rang social plus élevé, ce sont les relations du mari avec l'institutrice qui peuvent mettre en péril la vie de la femme légitime. L'épouse, qui a le pressentiment du sort qui l'attend, pourrait y échapper en partant, mais elle ne veut pas abandonner ses enfants et céder la place à sa rivale.
Le mari quelquefois est obligé par sa femme de chasser la concubine, mais il ne tarde pas à chercher les moyens de la revoir; sa passion pour elle augmente avec l'absence pendant que son aversion contre sa femme s'accroît. Alors l'idée de se débarrasser de sa femme, pour reprendre sa maîtresse, pénèlrc dans son esprit et s'y enracine. Son lan-
gage trahit malgré lui ses secrètes pensées, au point que sa femme les devine et l'interroge avec effroi sur ses projets : « Si tu n'as pas pitié de moi, lui dit-elle, aie pitié de nos enfants. » En se voyant deviné, il semble que le maii devrait abandonner ses projets homicides, mais il est rare qu'il recule, et un jour, on trouve morte une femme qui, la veille, était pleine de santé.
Souvent, le mari qui vient de tuer sa femme se trahit par d'imprudentes démarches, par la précipitation avec laquelle il fait venir sa maîtresse auprès de lui, ou songe à l'épouser. Le cadavre de sa femme est à peine refroidi qu'il se remarie. La folle passion, qui le pousse à ce second mariage, est telle quelquefois que, si son crime est découvert, il ne le regrette pas, pourvu qu'il puisse se faire accompagner de sa nouvelle femme à la Nouvelle-Calédonie ou à la Guyane, lieux de détention des forçais. Le marquis d'Entrecasteaux, faisant le récit de son crime, disait que sa passion, « bien loin d'avoir été éteinte par le crime qu'elle avait causé, semblait n'en avoir pris que de nouvelles forces ». Obligé de se soustraire par la fuite aux recherches de la justice, effrayé de l'ignominie dont il s'était couvert, il avait plusieurs fois songé à se donner la mort, mais il en avait toujours été détourné par l'espoir de revoir sa maîtresse :. « Cet amour qui m'avait rendu criminel, cet amour qui redoublait encore mes tourments, ce même amour m'empêchait d'y mettre un terme. L'espoir de revoir un jour celle qui en est l'objet n'étouffait point mes remords, mais m'en faisait supporter toute l'horreur. »
Chaque sexe dans l'exécution du crime emploie des moyens différents. J'ai montré dans un chapitre précédent que la femme emploie le plus souvent le poispn. L'homme en général préfère le couteau ou l'arme à feu. Cependant de même qu'on voit quelquefois la femme assassiner son mari à coups de revolver, on voit aussi quelquefois le mari employer le poison pour se débarrasser de sa femme.
Les instruments du crime varient aussi suivant la profession, parce que le criminel se sert volontiers de l'instrument qu'il a sous la main. Le pharmacien par exemple, emploiera le poison; le charretier écrasera sa femme sous la roue d'une charrette: le cultivateur la frappera avec un instrument agricole; le coiffeur avec un rasoir, le cuisinier |' -! '■ avec un couteau de cuisine. Lorsque c'est un roiquiveutse débarrasser de sa femme il ne la tue pas, il la fait tuer; s'il veut se défaire d'un mari pour lui prendre sa femme, il envoie le mari à un poste dangereux. Lorsque David voulut se débarrasser d'Une, mari de Belhsabée, il écrivit à un il « ses lieutenants : i< Mettez Une à la tète d'un bataillon * l'endroit où le combat sera le plus rude et faites en sorte qu'il soit abandonné et qu'il y périsse1. »
L'homme est moins habile comédien que la femm^- Cependant lui aussi est menteur en amour; il prodigue l^s serments pour obtenir les faveurs qu'il désire; sa passic**1 satisfaite, il les oublie; il trompe le meilleur de ses an* *s pour lui prendre sa femme, sa fille ou sa sœur; il trompe ^a femme, serait-elle la meilleure des épouses et des mère^pour lui cacher ses amours adultères, il sait aussi jouer 1 ^ comédie de la tendresse, des larmes et des proteslatior^-0 d'amour, même quand il médite sa mort. — L'homme àgC*5 qui veut séduire une jeune fille joue la même comédie q* ^ la femme âgée à l'égard du jeune homme; il se donneàelV- ^ comme un père, afin de masquer son amour et de ne p^^-s éveiller sa méfiance. Il cherche à dissiper les soupçons A ^ sa femme en l'entourant de prévenances; s'il se décide à H- ^ frapper avec un instrument contondant, il l'atlire dans u ** guet-apens habilement préparé; s'il lui verse du poison, ^* lui témoigne en môme temps la plus vive affection. S* -i' parvient à lui donner la mort, il affiche la plus grande doi^~ leur. Un mari qui venait d'empoisonner sa femme, disait «ô
(I) Les rois, liv. II, oh. m.
>elle-mère en montrant son visage : « Regardez la trace mes larmes. »
Le suicide de ia femme délaissée. — Le mari, lui aussi, n'a î toujours besoin de tuer sa femme pour s'en débarras- ; il lui suffit souvent de la rendre malheureuse, pour la isser à une mort lente ou un acte de désespoir. Le nbre de femmes délaissées par leur mari, qui meurent chagrin ou qui se tuent, est plus grand qu'on ne le t. En étudiant les dossiers de suicides classés au part de la Seine, j'ai trouvé un certain nombre de suis de femmes mariées, négligées ou abandonnées par
mari !. Les lettres qu'elles avaient laissées pour explir leur suicide révélaient un profond chagrin, mais tt de colère contre leur mari; en général, elles lui onnent, parce qu'elles continuent à l'aimer; elles rvent leur colère contre la maîtresse, qui leur a enlevé -ction de leur mari. Une femme abandonnée par son î* qui l'avait quittée pour suivre une maîtresse, écri-
avant de se suicider : « Je ne lui en veux pas : au Caire, je lui souhaite tout le bonheur possible. Mais taudis cette coquine qui me Ta enlevé. Il ne se doute (lu chagrin que me cause son abandon. Il ne sait pas bien je l'aimais. Ma dernière pensée est pour lui. Ah ! §tais morte il y a un an, que de souffrances j'aurais 6es ». — « Chers parents, écrit une autre femme, je suis Dûlée de la vie. Mon mari est parti. Je sais qu'il ne endra jamais. Je l'aimais beaucoup. Il a mal agi.
Le nombre de ces suicides de femmes abandonnées par leur mari cependant moins élevé que le nombre des suicides de maris abantés par leur femme, de même qu'il y a plus de suicides de veufs que suves. L'homme supporte plus difficilement que la femme les chagrins estiques; il y a des mûris (j'en ai connu), qui se suicident pour se traire aux querelles que provoque le caractère acariâtre de leur ne : « Ne pouvant me résigner à vivre en désaccord continu avec ma ne. écrit un ouvrier imprimeur au commissaire de police, je préfère ;pos de la mort à une vie semblable, qui est un enfer. » La mort leur moins de peur qu'une femme toujours en colère.
Proal. — Crime et suicide pass. 18
J'aime mieux en finir de suite. » — Quelques t ainsi abandonnées s'asphyxient ou se noient ave< enfants. — J'ai observé le cas d'une femme, qui. cessé de plaire à son mari parce qu elle était malad asphyxiée de peur de lui voir demander le divorce.
La femme, qui n'est pas abandonnée par son m; se voit seulement préférer une maîtresse, peut è\ un chagrin allant jusqu'au suicide. Voici, par exem| femme mariée, mère d'une petite fille, qui souffrai ment de savoir que son mari avait une maîtresse, écrivit à ses parents pour leur annoncer son inlcntio donner la mort : « Mes chers parents, je vais vous un grand chagrin, mais je ne peux plus vivre. La un enfer pour moi. Soignez bien ma petite Julie. I] que ma dernière pensée est pour elle. Sois bien sî petite Julie, et pense que j'ai beaucoup soufl'erl. »
De môme qu'un certain nombre de femmes ad qui ont quitté leur mari sont abandonnées à leur t leur amant cl finissent par le suicide, un petit nor maris, qui ont abandonné femme et enfants pour une maîtresse, qui les abandonne à son tour, aboi à la mort volontaire ; le regret d'avoir gaspillé Ici tence, d'avoir abandonné leur famille se joint à 1 france. que leur cause l'infidélité de leur maîtresse. p< faire prendre la vie en dégoût. — Quelques maris, contraint leur femme à demander la séparation divorce à cause de leur inconduite, souffrent tellei l'isolement qu'ils lui préfèrent la mort ; ces cas son j'en ai cependant observé quelques-uns : « Je cède à de ma peine, écrit un professscur séparé de sa Mais il faut que tu saches que ma dernière penî pour loi. Peut-être y a-t-il de ma faute; dans tous je l'aurai bien expiée et tu me pardonneras. »
Lu vengeance de la femme mariée. — Les venj
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des femmes mariées contre le mari infidèle sont beaucoup plus rares que celles des femmes abandonnées par un fiancé, par un amant. « Si voire mari vous trompait, dit un personnage de roman à une femme, que feriez- vous? » — « Je l'aime tant, répondit l'héroïne, que je crois que je le tuerais cl me tuerais après; car mourir après une telle vengeance me serait plus agréable que de vivre loyale avec un déloyal. » Beaucoup de femmes tiennent ce langage, mais bien peu exécutent leurs menaces. Il en est qui au premier moment pleurent, se lamentent avec éclat et deviennent comme folles de douleur ; d'autres, moins violentes, mais plus profondément atteintes, s'affaissent en silence dans la tristesse et la désillusion ; quelques-unes, moins résignées ou sans enfants, demande la séparation ou le divorce. Mais la plupart reculent devant le scandale; plus irritées contre la rivale que contre le mari quelles continuent à aimer, elles attendent son retour et cherchent une consolation dans l'amour de leurs enfants et le sentiment religieux.
La femme mariée pardonne plus facilement à son mari son infidélité que le mari ne la pardonne à sa femme ; car malgré la douleur qu'elle lui cause, elle comprend que cette faute n'a pas les mômes conséquences que la sienne ; elle veut aussi épargner le père de ses enfants et éviter le scandale.
C'est surtout contre la maîtresse de son mari que se tourne la colère de la femme mariée. Médée elle-même, dont l'emportement cache beaucoup d'amour, ne songe d'abord qu'à se venger de Creuse, sa rivale ; elle voudrait épargner Jason ; elle dit à Nérine :
« Jason m'a trop coûté pour vouloir le détruire, « Mon courroux lui fait giàce...
« Qu'il vive et, s'il se peut, que l'ingrat me demeure, « Sinon, ce m'est assez que sa Creuse meure. »
En général, la colère de la femme mariée se concentre
sur la rivale qui veut la supplanter, et cette colère, qui devient facilement de la fureur, allume le désir de la vengeance. Alors, la femme mariée, comme la jeune fille séduite et abandonnée, jettera elle aussi du vitriol au visage de sa rivale, pour la défigurer. Alors elle chercherai surprendre en flagrant délit son mari et sa maîtresse pour rendre le mariage impossible entre eux, en cas de divorce; car, aux termes de l'article 298 du code civil, « dans le cas de divorce admis en justice pour cause d'adultère, l'époux coupable ne pourra jamais se marier avec son complice». Il y a quelques années, à Paris, une femme du monde, voulant briser son mariage pour épouser son amant, qui était le mari d'une de ses amies intimes, avait introduit une demande en divorce, en alléguant des violences commises sur elle par son mari. L'amant de son côté se proposait de faire tous ses efforts pour rompre son mariage et épouser sa maîtresse. Informée de leurs projets, la femme légitime de l'amant réussit à surprendre en flagrant délit son mari et sa maîtresse, pour rendre impossible le ma. ria^c qu'ils projetaient; elle frappa sa rivale de cinq coups de revolver et de nombreux coups de poignard.
L'instruction révéla que la fureur de la femme légitime fut portée à son comble par cette parole de sa rivale : « Ton mari est-il à toi? » Cette parole, qui semble étrange et bien cynique, s'explique par cet effet de l'amour, qui fait croire aux amants qu'ils s'appartiennent, même quand par la loi ils appartiennent à d'autres. L'objet aimé semble la propriété de l'amant. Bien que Charlotte soit mariée, AVerlher la considère comme lui appartenant : « Tu es à moi, lui écrit-il, oui Lolotte, pour jamais. Qu'importe qu'Albert soit ton mari! Ce n'est que pour le monde... tu es à moi, à moi, oui Lolotte, à moi. » La maîtresse d'un homme marié prétend, elle aussi, que ce mari d'une autre femme lui appartient et reproche à la femme légitime de le lui « voler » ; il lui semble aussi qu'elle appartient à ce
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qui n'est pas le sien. Marie Sluart (qu'il faut souvent dans ces études psychologiques sur la passion), mariée rnley, écrivant à son amant Rothwell, marié à lady Ion, lui dit qu'il lui appartient et qu'elle lui appar- : <c car je vous puis m'atlribuer comme mien, qui vous cquis seule loyalement » ; elle l'engage à se « conîr à celle à laquelle seule vous estes entièrement de ;t. » Malheur à elle et à Botlnvell, si son amant, nou- Jason, ne faisait d'elle qu' « une seconde amye », et rçait à jouer le rôle d'une autre Médée. — L'amour ndique la possession de l'objet aimé non seulement re le mari, mais encore contre le père. Lorsque Agamon dit à Achille :
« Et qui vous a chargé du soin de ma famille ? « Ne pourrai-je sans vous disposer de ma fille "î « Ne suis-je pas son père ? Etes-vous son époux ? »
hille, au nom de son amour, répond comme un roman-
« ... Non, elle n'est plus à vous...
« Je défendrai mes droits... »
st entre les deux femmes, qui prétendent défendre droits en se disputant le cœur d'un homme, qu'éclaes scènes les plus violentes, les plus tragiques1. C'est ce motif que les auteurs dramatiques choisissent si emment comme sujet de drame la rivalité de deux les. C'est sur sa rivale que la femme mariée exerce sa îance la plus raffinée, la plus humiliante. On a vu 3mmes du peuple infliger à leur rivale une correction telle, après leur avoir relevé la robe comme à une t, et des femmes du monde faire souiller leur rivale es valets, pendant qu'elles repaissaient leurs yeux du acle de cet affront. Les rivalités de reines, qui ont
\omo homini lupus; mttlicr mulieri hipior. Si la femme est meure >up pour la femme, c'est à cause «le la jalousie.
provoqué lant de guerres entre les peuples, ne sont souvent que des rivalités de femmes.
Pour se venger de l'infidélité de son mari, on voit quelquefois la femme mariée se rendre elle-même infidèle : « œil pour œil, dit-elle, dent pour dent ; tu m'as trompée, je te trompe » : et dans sa fureur aveugle elle se jette à la tête du premier venu, pour faire souffrir celui qui 1» fait souffrir, pour le ridiculiser et peut-être aussi pour le ramener à elle en le rendant jaloux. Corneille, qui a exprimé aussi bien que Racine les sentiments du cœur féminin, * fidèlement traduit la pensée de la femme qui exerce cette sorte de vengeance :
« Je veux qu'il se repente et se repente en vain,
« Rendre haine pour haine et dédain pour dédain...
(( Et pour le punir mieux,
« Je veux même à mon tour vous aimer à ses yeux. »
La femme qui se venge ainsi par coup de tète trompe so mari en l'aimant et se livre au premier venu sans l'aim^1
Les unions libres. — Les douleurs, les hontes et l4 crimes, qui se produisent dans les familles et que je vi^* de retracer, ont inspiré à quelques utopistes la pens^ d'abolir le mariage, pour les supprimer. Il n'y au»* disent-ils. ni adultère, ni vengeance maritale, ni meurfcJ de l'époux et de l'épouse par son conjoint, si les unio* étaient libres. Ce raisonnement a la même valeur que cel1 que font d'autres utopistes, qui, pour supprimer le vol, pr* posent de supprimer la propriété.
Si le mariage fait des victimes, les unions libres en foi" bien davantage ; elles sont rarement tranquilles et heureuses. Les poètes qui ont chanté l'amour libre ont rarement connu les douceurs de la paix. Ovide battait sa maîtresse ; Properce en souhaitait une qui fût d'une humeur douce et paisible ; les plus beaux chants d'amour d'Alfred de Musset sont des cris de désespoir.
Il ne suffirait pas de supprimer le mariage pour rendre les amanls heureux, car dans les unions libres il y a plus de querelles et de violences que dans les unions légitimes. Il semble, au premier abord, que, dans les unions libres, le premier droit de chacun des amants est de reprendre sa liberté, lorsque la vie commune est devenue insupportable, que la rupture peut se faire d'un commun accord, que l'infidélité d'une maîtresse, n'ayant pas les mêmes conséquences que la trahison d'une femme mariée, ne doit paâ causer le même désespoir, que le meurtre est absurde, puisque chacun peut reconquérir son indépendance sans avoir recours au poison ou au revolver. Mais la réalité n'est pas conforme à ces conjectures. La passion ne raisonne pas. La liberté dans les unions libres n'existe qu'en apparence. Si l'un des amants veut reprendre sa liberté, l'autre s'y oppose ; il lui semble que la personne qu'il aime toi appartient, il n'admet pas qu'elle puisse le quitter; les amants se querellent longtemps avant d'arriver à une rupture définitive ; ils se quittent, se reprennent pour se quitter encore. Ces querelles sont souvent accompagnées de violences et se terminent quelquefois par le suicide. Que de lettres j'ai lues, semblables à celle-ci, que j'emprunte à un dossier de suicide : « C'est à la suite d'une discussion avec mon amant, écrit une jeune femme, que j'ai pris le revolver et m'en suis tiré un coup, qui m'a fait à l'œil la blessure que je porte ; j'avais déjà, la veille, eul'intenlion d'en finir avec la vie et j'étais partie déeklée à me noyer. » Que de ruptures sont suivies de scènes de violence et même de meurtre et de suicide, dans des circonstances semblables à celles que relate dans les termes suivants une jeune femme qui voulait reprendre sa liberté : « Puisque tu ne veux pas être à moi, tu ne seras pas à d'autres, me dit mon amant ; alors il m'a saisie par les cheveux et m'a tiré des coups de revolver qui n'ont fait que me blesser. Je suis tombée; alors croyant m'avoirtuée,
il s'est lire un coup de revolver qui l'a étendu roide m<
Ce n'est pas seulement dans le mariage que l'a finit souvent par la haine et par des querelles, sans voir aboutir à la rupture libératrice. Il y a des força l'amour libre comme il y a des forçais du mariage môme qu'il y a des femmes mariées qui empoisonnen mari pour reprendre leur liberté, il y a des maîtresse empoisonnent leur amant dans ce même but. Je lis une procédure la question suivante adressée par un d'instruction à une femme, accusée d'avoir empoi: son amant : u Pourquoi n'avez-vous pas pris le parti simple de le quitter ? » — « Je le savais très vi< répondit l'accusée ; il m'avait menacée souvent d tuer, si je le quittais ; je craignais sa vengeance. »
Des maîtresses retiennent leurs amants, en leur fi croire qu'elles sont capables de les vitrioliser, s'il quittent; des amants n'osent plus rompre parce redoutent la vengeance de leur maîtresse.
L'infidélité de la femme est plus grande dans l'i libre que dans le mariage. Que de coquettes mènei front plusieurs liaisons, tirant vanité et profit de ce tage, se plaisant à faire sentir leur domination pai épreuves humiliantes, et à exciter entre plusieurs ri des jalousies, qui se terminent par des querelles et la n In jeune amoureux d'une coquette, tué dans un duel un rival, loin de déplorer sa mort, disait dans son age « Je suis tué, je vais mourir, mais je suis bien heurei tant il soutirait des coquetteries de sa maîtresse et « jalousie que lui inspiraient ses rivaux.
Les servantes maîtresses se conduisent souvent ; comme les femmes adultères qui empoisonnent leur n quand elles ont réussi à se faire faire un testament, sont tentées de supprimer le testateur, pour jouir des 1 légués avec un mari plus jeune.
L'amant abandonné se venge plus souvent qu<
L ADULTÈRE DU MAIU 281
mari de l'infidélité de sa maîtresse, et la maîtresse délaissée est encore plus vindicative que la femme légitime. En outre, que de romans d'amour finissent en police correctionnelle ! que de fois la justice est obligée de demander compte à d'anciens amants du délit le plus vil, le chantage1. Combien souvent les lettres d'amour gardées par d'anciennes maîtresses deviennent entre leurs mains des instruments de cupidité ! Les amants ont leurs dossiers dans les boudoirs de certaines amoureuses.
Enfin, la naissance de l'enfant, qui resserre l'affection des époux, amène le plus souvent la discorde dans les unions libres, qui veulent rester stériles. L'amant a peur de la paternité ; il ne recule pas toujours devant la provocation à 1'avortement, et si l'enfant, cette joie de la famille régulière, arrive dans un faux ménage, il est accueilli avec indifférence, même avec haine par le père, qui le maudit à cause des charges qu'il lui impose. Non seulement pour se soustraire à la paternité, il contraint souvent sa maîtresse à se prêter à des manœuvres aborlives, mais plus d'une fois on le voit tuer la femme qui est grosse de ses œuvres, pour se débarrasser de l'enfant qu'elle porte. On peut donc conclure de ce court résumé des hontes et des crimes, qui se produisent fréquemment dans les unions libres, que ce n'est point la suppression du mariage qui amènerait la suppression des crimes passionnels.
Les suicides sont aussi beaucoup plus fréquents dans les unions libres que dans le mariage. On constate beaucoup plus d'actes de désespoir chez les femmes abandonnées par leur amant que chez les femmes mariées abandonnées par leur mari.
(I) Le chantage a pris «les l'importions eifro\ aides. J'ai même jugé et «ondamné pour escroquerie un prêtre, qui, après avoir séduit une jeune lille, appartenant à une «les plus honorables familles de Vaucluse, avait extorqué des sommes con^uYiables à la famille, en la menaçant de publier les lettres d'amour qu'il avait reçues.