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CHAPITRE III

« Il n'y a de haines implacables que celles de l'amour. » Phoperce II, V11I, 3.

J'ai raconté dans les précédents chapitres comment l'amour conduit souvent au désespoir et à la mort involontaire et volontaire. Je me propose de rechercher dans celui-ci comment l'amour se change en haine et comment cette haine amoureuse conduit au meurtre de l'objet aimé. « Je hais et j'aime, dit Catulle ; vous me. demanderez peutêtre comment cela se fait, je n'en sais rien, mais je le sens et je souffre. » Quelle est l'explication de ces amours haineux? Pourquoi les amants se haïssent-ils avec amour? Pourquoi les magistrats, qui interrogent des accusées qui ont tué leur amant, les entendent-ils répondre pour s'excuser : « Je ne l'aurais pas tué, si je ne l'avais pas aimé » ?

La Rochefoucauld a dit avec raison : « Si l'on juge l'amour par la plupart de ses effets, il ressemble plus à la haine qu'à l'amitié. » En effet, on frappe par amour, on tue par amour, on brûle par amour ; l'amant donne des coups de couteau à la personne aimée, la maîtresse tire des coups de revolver sur son amant ou lui lance des bols de vitriol au visage. L'amour est donc bien près de la haine et la haine bien près de l'amour. On peut même dire qu'il y a de la haine dans l'amour et de l'amour dans la haine. Le jaloux aime et hait en même temps ; il est tendre et brutal ; il accable la personne aimée de caresses en ayant envie de

l'étrangler. Tourmentés par la jalousie, les amants se querellent et s'embrassent, ils s'aiment et se haïssent, en proie à des sentiments contradictoires, ils passent do l'amour à la haine et de la haine à l'amour. Les querelles, les injures, les froissements se mêlent à la passion même partagée et la rendent tout à la fois douce et amère.

L'amour est si voisin de la haine, que l'amoureux hait la personne qu'il adore, si elle résiste h ses désirs, et la hait môme quelquefois, lorsqu'elle a cédé à ses désirs. Amnon, fils de David, dit la Bible, très épris de sa sœur « lui lit violence et reposa avec elle. Aussitôt il la prit en très grande haine, de sorte que la haine dont il la haïssait était plus grande que l'amour dont il l'avait aimée auparavant. ! » Dans les amours des rois, l'amour est si près de la haine, qu'il y a peu d'intervalle entre l'amour et le meurtre de la femme aimée. Les amours d'Henri VIII finirent par la disgrâce de Catherine d'Aragon, la décapitation d'Anne Boylen, la répudiation d'Anne de Clèves, la décapitation de Catherine Howard.

Quel mélange d'amour et de haine que la tragique liaison d'Alfred de Musset et de Georges Sand, qui s'aiment à la folie et se haïssent avec fureur, qui se quittent avec des cris de rage et se reprennent avec des élans de tendresse passionnée, pour se torturer de nouveau, et qui sortent de ce duel d'amour comme des combattants meurtris de coups, pleurant, criant, le cœur brisé, éprouvant le besoin de dire devant le public leurs souffrances et leurs rancunes, dans des vers trempés de larmes et dans des romans pleins de fiel et de sanglots ! La vie que ces deux amants ont menée ensemble a été si douloureuse, que Georges Sand après la rupture écrivait à Sainte-Beuve qu'elle aimerait mieux se brûler la cervelle que de recommencer la vie qu'elle avait eue avec Alfred de Musset. Après une réconciliation, qui

il) Les Ilois, 1. II, oh. xm, § lîi.

précéda la rupture définitive, elle avait déjà écrit à son amant : « Veux-tu que nous allions nous brûler la cervelle à Franchard ? ce sera plus tôt fait. > Et Alfred de Musset non moins las de la vie que cet amour lui faisait, adorant et méprisant à la fois sa maîtresse, lui rappelait quelques jours plus tard sa proposition de suicide en lui écrivant : « ...Si tu renonces à la vie... rappelle-toi le serment que tu m'as fait, ne meurs pas sans moi \ »

Quand un amour commence, commence donc la possibilité d'un drame, d'un suicide ou d'un meurtre. Lorsqu'un homme et une femme s'engagent dans une idylle, ils engagent souvent, à leur insu, une question de vie ou de mort, et s'ils n'étaient pas aveuglés par l'amour, ils pourraient se demander :

« Mais qui sait ce qu'il doit ordonner de mon sort, « Et si je viens chercher ou la vie ou la mort ? »

Il n'est pas rare, en effet, de voir l'idylle tourner à la tragédie. Dans son étude sur Bajazet, La Harpe, faisant une critique sévère de la pièce, dit : « Ce n'est pas par des idylles qu'il faut commencer des meurtres? » Cette critique littéraire repose sur une observation psychologique inexacte : en effet, les idylles de l'amour deviennent souvent des drames sanglanls. L'amour, principe de vie, est fréquemment un principe de morl. Lorsque Dante descend dans le second cercle de l'enfer, il y aperçoit « plus de mille ombres... qu'Amour fit sortir de la vie. »

Ce n'est pas sans raison que les Grecs, qui avaient donné à Vénus les épithètes les plus gracieuses et les plus poétiques, lui en avaient aussi donné une lugubre et sanglante et l'appelaient Vénus Homicide-, Les annales judiciaires attestent qu'il n'est pas d'épithète mieux justifiée. Tous les jours les tribunaux correctionnels, les cours d'assises

(1) Marieton, p. 194.

(2) Plutarque. De V amour. Les Latins disaient : Sœvus Amor.

DO LE Cltl ME ET LE SUICIDE PASSIONNELS

jugent des hommes qui ont frappé, injurié, tué des femmes qu'ils aimaient et des femmes qui ont commis sur leurs amants les mêmes violences. Dans plusieurs affaires criminelles, j'ai constaté que l'amant avait tué ou voulu tuer sa maîtresse quelques instants après avoir eu avec elle des relations intimes. Ce sont les amours les plus violentes qui sont suivies des haines les plus féroces.

Sans aller jusqu'au crime, les amants se font souffrir comme des ennemis. Lorsqu'ils étaient encore à la période de l'extase, ils ne pouvaient croire à un lendemain possible de haine et de colère, et cependant après quelques semaines on les voit souvent se torturer, se martyriser. Instruite par l'expérience, G. Sand savait si bien que fréquemment l'amour se change en haine, qu'au début de sa nouvelle liaison avec le docteur Pagello, elle lui écrit : « Je t'aime parce que tu me plais ; peut-être serais-je forcée de te haïr bientôt. »

Pourquoi Hermionne fait-elle tuer Pyrrhus qu'elle aime? Pourquoi Hoxane fait-elle étrangler Bajazet, qu'elle veut épouser? Pourquoi Othello étouffe-t-il Desdemona qu'il adore ? La Bruyère à donné d'un mot l'explication de ce mélange d'amour cl de haine qui remplit le cœur des amants : « l'on veut faire tout le bonheur, ou si cela ne se peut ainsi, tout le malheur de ce qu'on aime. » Aimer c'est s'aimer; on aime pour être heureux, on aime pour soi, pour le bien qu'on espère de l'objet aimé. « L'amant aime l'aimé, comme le loup aime l'agneau1. » Il est plus préoccupé de son propre bonheur que du bonheur de la personne aimée ; c'est ce que Corneille a finement observé dans les vers suivants :

« Vous-même qui brûlez d'un amour si lidèle,

« Aimez-vous Domitie ou vos plaisirs en elle*

<« Et quand vous aspirez à des lieux si doux

c< Est-ce pour l'amour d'elle ou pour l'amour de vous?

■h Platon.

« De sa possession l'aimable et chère idée

« Tient vos sens enchantés et votre âme obsédée...

« C'est par là qu'elle seule a droit de vous charmer,

« Et vous n'aimez que vous quand vous croyez l'aimer f. »

Le bonheur de la personne aimée est un supplice, un outrage pour l'amant, s'il n'en est pas l'auteur, s'il ne le partage pas ; il dira avec Phèdre :

« Non, je ne puis souffrir un bonheur qui m'outrage. »

Ce qui exaspère l'amant jaloux, c'est l'image du bonheur que sa maîtresse va éprouver avec son rival, et c'est pour empêcher ce bonheur qu'il la tue. C'est le même sentiment qui domine la femme abandonnée ; elle se résignerait peutêtre à son abandon si elle n'était pas tourmentée par la pensée que son amant sera heureux avec une autre femme : elle le tue pour qu'il ne goûte pas à ce bonheur ; elle ne le veut heureux que par elle. Le 8 août 1891, la cour d'assises des Bouches-du-Rhône a jugé une femme mariée âgée de trente-cinq ans, qui s'était éprise de son cousin, âgé de vingtcinq ans, lui-même marié et père d'un enfant. Elle commença par le brouiller avec sa femme, puis elle empoisonna son mari pour être tout entière à son amant. Mais elle s'aperçut bientôt que son amant se refroidissait ; il regrettait sa femme et voulait se réconcilier avec elle. Elle fit des efforts désespérés pour empêcher celte réconciliation, puis quand elle eut la certitude que son amant allait lui échapper, plutôt que de le voir heureux avec sa femme et son enfant, elle l'empoisonna. C'est parce que l'amant souffre du bonheur de l'aimé, quand il vient d'un autre, qu'il veut le changer en malheur ; il aime mieux voir celle qu'il aime malheureuse et même morte qu'heureuse avec un autre. Il n'y a qu'un très petit nombre d'amants doux, limides, chez qui le côté psychique de l'amour est plus développé que le côlé physiologique, qui se donnent la mort en souhaitant à la

(1) Corneille, Tite et Bérénice ^ acte I, scène III.

jeune fille qui a refusé de les épouser, ou, à la maîtresse dont ils sont jaloux, d'être heureuse avec un autre ; ils disent comme dans Psyché :

« Vivez, belle Princesse et vivez pour un autre,

« Nous le verrons d'un œil jaloux, « Nous en mourrons mais d'un trépas plus doux

« Que s'il nous fallait voir le vôtre, « Et si nous ne mourons en vous sauvant le jour, •< Quelque amour qu'à nos yeux vous préfériez au nôtre, « Nous voulons bien mourir de douleur et d'amour *. »

Dans le premier chapitre de ce livre, j'ai montre un certain nombre d'amants malheureux ou jaloux qui meurent de douleur et d'amour ou qui se tuent de désespoir, tout en désirant que la personne aimée soit heureuse avec un autre. Aux exemples que j'ai cités, je peux ajouter le suivant qui est tout récent : un jeune homme, âgé de vingtneuf ans, appartenant à une très honorable famille, très épris d'une jeune femme coquette et peu fidèle, torturé par la jalousie, n'ayant pas le courage de rompre, a préféré se tuer après avoir déjeuné une dernière fois avec elle. Après le repas, il lui fil remettre deux lettres, Tune pour ses parents, l'autre pour elle ; il se fit conduire en voiture au bois de Boulogne, puis en descendant, il alla se tirer un coup de revolver. Voici la lettre adressée à la jeune femme :

« Ma chère Louise,

« Adieu. Je ne te demande qu'une chose, c'est ton pardon. Ma seule Taule est de t'aimer trop, ma chère ; je ne suis pas capable de faire ton bonheur. Mais toi, chère mignonne, ne te désole pas, tu es jeune, gentille, spirituelle, tu as tout pour plaire et tu trouveras certainement quelqu'un de moins bêle que moi, qui te comprendra mieux, qui l'aimera moins, mais qui t'amusera plus. Puis, vois-tu, deux hommes à aimer, il y en a un île trop. Ah ! certes, si je voyais que tu n'as que de l'indifférence pour ton ami l'avocat, je ne m'en chagrinerais pas, mais chaque fois que tu m'en parles, ta figure devient souriante. Non, ma chérie, il ne t'est pas indifférent, il te plait ; alors je suis de trop. Eh bien ! je meurs pour toi, pour te

(I) Psyché, acte II, scène IV.

rendre heureuse. Je ne veux que ton bonheur, chère mignonne adorée. En échange, je ne te demande que ton pardon. Tu sauras qu'il y a un homme sur terre qui t'a aimée bien sincèrement et celuilà ne t'a jamais trompée. Adieu, adieu Louise, tu es mon seul amour et tu es le dernier. Adieu, je t'embrasse mille fois. Excuse mon griffonnage, mais pense que mon dernier jour est arrivé, et dans l'état où je suis je ne puis écrire mieux. Adieu, je meurs pour toi, Louise. Adieu. »

Les hommes qui se tuent pour faire le bonheur de la personne qu'ils aiment, mais qui ne les aime pas, sont en petit nombre. Sans doute, aimer c'est vouloir le bonheur de la personne aimée, mais à la condition de le partager, d'en être l'auteur, c'est vouloir son propre bonheur, parla possession de l'objet aimé. Le cri naturel de la passion est celui de Médée : « moi, moi seule, et c'est assez. »

Les effets de l'amour varient suivant le caractère de ceux qui l'éprouvent. Tous les hommes n'aiment pas de la même manière, parce qu'ils n'ont pas le même tempérament, le même caractère. Il y a plusieurs sortes d'amour. L'amour qui vient plus du cœur que des sens reste tendre, résigné, s'il est malheureux ; il souffre avec plus de tristesse que de colère; il aime mieux souffrir que faire souffrir; il a très rarement la tentation du meurtre; s'il l'éprouve, il y échappe par le suicide ; il aime mieux mourir que tuer et il meurt en pardonnant.

L'amour qui tue, qui empoisonne, qui fait souffrir est l'amour sensuel. C'est lui qui rend haineux, méchant, vindicatif. Chez les natures brutales, l'amour physique devient de la fureur à la moindre résistance ; il fait commettre les violences les plus graves. L'homme devient féroce pour satisfaire ses désirs sexuels ; il prend le couteau pour frapper la femme qui lui résiste, comme le mâle chez les animaux se sert de ses ongles et de ses dents, pour soumettre la femelle à ses désirs ou se venger de sa résistance. Pour posséder une femme qui résiste ou môme qui demande un délai pour céder, on voit des hommes la

menacer «l'un couteau, braquer sur elle un revolver, lui serrer le cou à l'étrangler. Le désir de la possession est quelquefois si violent, qu'il s'irrite d'un simple retard. J'ai observé le cas d'un jeune homme qui a tué sa fiancée parce qu'elle refusait de se donner àjhii avant le mariage. La mère de la jeune fille lui ayant fait observer « qu'il l'aurait à Pâques ». il répondit : « à Pâques c'est trop tard, je ne puis pas attendre. » Un autre jeune homme tua une jeune fille qu'il aimait et qu'il avait demandée en mariage parce qu'elle lui répondit qu'elle était encore trop jeune pour se marier.

Les meurtriers par amour expriment leur désir de possession par ce cri : « il faut que je l'aie. » « De gré ou de force. il faut que je Taie ! » disait un amoureux assassin. « Il faut que je Taie, quand même je monterais sur l'échafaud, » s'écriait un autre amoureux éconduit. Celte expression vulgaire est si bien le cri naturel de la passion sexuelle, que le plus grand des orateurs chrétiens, Bossuet, l'emploie dans la chaire : « Ce ne sera qu'un regard... Prenez garde... Un feu passe de veine en veine. // faut ravoir ; il faut la gagner. C'est un adultère. Qu'importe ! » La fureur de celui qui assassine la femme qui lui résiste vient de la violence du désir, qui est impatient d'être satisfait et irrité de l'obstacle qu'il rencontre.

La férocité du meurtrier par amour ne vient pas seulement de la violence de la passion, mais aussi de l'exaspération de son amour-propre froissé. L'homme repoussé par la femme dont il est épris, est autant blessé dans son orgueil que dans son amour; son dépit devient facilement une haine implacable, avide de vengeance. « Vous avez frappé celle jeune lille lâchement, traîtreusement, disait un président d'assises à un accusé, vous vouliez la tuer? » — « Oui, répondit l'accusé, parce qu'elle ne m'aimail pas. parce qu'elle me repoussait ». — Le Président : « Vous avez voulu vous venger de ses dédains? » — L accusé : « Oui, de ses dédains qui me rendaient fou. » —

L'ouvrier Laffargue, dont le crime passionnel a inspiré à Stendhal une admiration si singulière, avait quelques jours avant le meurtre de sa maîtresse posé la question suivante à un gendarme retraité de ses amis, comme si elle intéressait un de ses camarades : « Que feriez-vous, si vous étiez attaché à une femme et qu'elle ne voulût plus vous voir et qu'elle vous abandonnât ? » — « Ma foi, je m'en consolerais, » répondit philosophiquement le gendarme. — « Vous en parlez bien à votre aise, répliqua Laffargue ; c'est à merveille dans la spéculation, mais c'est plus difficile dans la pratique. » — « Erreur, répondit le gendarme ; si votre ami y regarde de près, il se convaincra que toute sa peine vient de son amour-propre froissé. » Laffargue réfléchit un instant et dit : « C'est vrai, l'amour-propre y joue le principal rôle. »

L'amour chez l'homme est plus cruel que chez les animaux, parce que si la vanité augmente le plaisir de la possession, l'amour- propre froissé par le dédain accroît la douleur du refus et le désir de la vengeance. Celte explication du crime passionnel, qui s'était présentée à l'esprit d'un simple gendarme, avait cependant échappé à la sagacité de Stendhal, qui passe je ne sais pourquoi, aux yeux de Taine, comme le plus grand psychologue du xix* siècle. Oresle, Pyrrhus, Hermione, Roxane, Médée sont des victimes de l'amour-propre autant que de l'amour. Racine, qui est un psychologue autrement pénétrant que Slendhal, dépeint Oreste « honteux d'avoir poussé tant de vœux superflus », craignant d'être « la fable de l'Epirc », comme ce jeune amoureux, qui, éconduil par la jeune fille qu'il veut épouser, la tue de dépit en s'écriant : « On dira qu'elle n'a pas voulu de moi ! » — Hermione est fière, orgueilleuse ; froissée, humiliée des dédains de Pyrrhus, elle bondit de colère, quand on lui dit que Pyrrhus la méprise :

« Qui vous Ta dit, seigneur, qu'il me méprise ? « Jugez-vous que ma vue inspire du mépris ? >

Elle souffre cruellement dans son orgueil du dédain de Pyrrhus. Comme ce mépris va venger Oresle de l'indifférence qu'elle a pour lui !

« Quelle honte pour moi ! Quel triomphe pour lui î « Est-ce là, dira-t-il, cette fière Hermione? « Elle me dédaignait, un autre l'abandonne. »

Ne pouvant pas rester sous le coup de cet abandon humiliant, elle pense que « sa gloire » lui commande la vengeance ;

« Si je le hais, Cléone, il y va de ma gloire. »

C'est le cri de Chimène et de presque toutes les héroïnes de Corneille qui se vengent par fierté, par souci de l'honneur :

« Il y va de ma gloire, il faut que je me venge, »

dit Chimène ; dans Pulchérie, Irène dit aussi :

« Après deux ans d'amour, il y va de ma gloire, « L'affront serait trop grand. »

Lorsque Médée hésite à se venger de Jason, c'est la pensée de l'affront qu'elle a reçu et la crainte d'être la risée de ses ennemis, qui rallument sa colère et réveillent sa soif de vengeance.

« Ah! s'écrie-t-elle dans Euripide, victime infortunée de mon indomptable orgueil... Voudrais-je devenir un objet de risée en laissant mes ennemis impunis? Allons, Médée, prépare tes plans... Il ne faut pas que tu deviennes un objet de risée à la face de Sisyphe et de Jason. »

C'est l'orgueil froissé par l'indifférence de Bajazet qui inspire là vengeance de Iloxanc. Celte sultane, qui somme Bajazet de l'épouser, et qui s'offre à lui, la couronne d'une main et le lacet de l'autre, ne respire plus que la vengeance quand elle se voit dédaignée :

« Qu'il meure ! Vengeons-nous. »

La femme délaissée souffre aussi dans son amour-propre

à la pensée que ses ennemis el sa rivale vont rire de son abandon ; c'est le sentiment qu'éprouve Hermione. quand elle dit à Pyrrhus :

« Vous venez de mon front observer la pâleur, * Pour aller dans ses bras rire de ma douleur. »

Ce ne sont pas seulement les rois et les reines de la tragédie qui commettent des crimes passionnels par amourpropre froissé autant que par amour; les accusés les plus vulgaires, les ouvriers, les ouvrières sont non moins irritables, non moins blessés dans leur orgueil par les dédains de l'objet aimé. On ne saurait croire combien est grand le rôle de Tamour-propre dans les crimes d'amour commis par les hommes du peuple; leur susceptibilité est peutêtre plus grande que celle des gens du monde. Il y a quelques années, j'ai vu juger par la cour d'assises des Bouches-du- Rhône le nommé Silvy, jeune cultivateur, qui avait pénétré la nuit dans la chambre de sa belle-sœur, dont il était très épris, et la frappa avec une fureur sauvage de quatre coups de couteau, au cou. à la poitrine et sur les bras, parce que cette jeune femme, mère de trois petits enfants, avait refusé de se donner à lui. L'instruction révéla que ce jeune assassin était atteint d'une maladie répugnante et qu'il avait été très froissé dans son amour-propre du dégoût qu'il inspirait à sa belle-sœur. C'est pour se venger du dédain de la femme qui les repousse, que des amoureux éconduits ne se contentent pas de la tuer ; ils la calomnient, en prétendant faussement avoir reçu ses faveurs, pour sauver leur amour-propre humilié. J'ai jugé à la cour d'assises des Bouches-du-Rhône le nommé Sicard qui poursuivait de ses obsessions el de ses menaces la jeune Amélie B..., fille d'un employé de chemin de fer, très aimé et très estimé. Sur la prière des parents de la jeune fille, le commissaire de police fît appeler Sicard el lui représenta combien était déraisonnable sa prétention de contraindre cette jeune fille à écouler

Proal. — Crime et suicide pass. 7

t>8 LE CItIME ET LE SUICIDE PASSIONNELS

ses propos amoureux. Froissé dans son amour-propre, Sicard répondit qu'elle ne l'avait pas toujours dédaigné et qu'elle était venue plusieurs fois le voir. C'était une odieuse calomnie, car l'examen du cadavre de la jeune fille établit plus tard qu'elle était vierge. Toujours sous l'empire du violent dépit que lui causait le dédain de la jeune fille, Sicard vint proposer à un imprimeur de publier dans son journal une ballade de sa composition, où il avait l'audace de faire allusion à des faveurs qu'il n'avait pas reçues. Sur le refus de l'imprimeur, il entra dans une violente colère et menaça de briser les presses. Voulant à tout prix vaincre la résistance de la jeune fille, il lui montra une fiole d'acide sulfurique et un revolver chargé en la menaçant d'en faire usage si elle persistait à le repousser. Quelques jours après il acheta deux couteaux de cuisine à large lame ; il alla attendre Amélie à sa sortie de l'atelier et la somma de s'arrêter. Sur son refus, il la frappa de trois cçups de couteau dans le dos; la pauvre fille tomba morte, après avoir poussé deux grands cris. — Cet accusé était un mauvais sujet, vaniteux, querelleur, débauché, mais les deux vieillards qui calomnièrent Suzanne, pour se venger de son dédain, étaient des juges respectés par leur sagesse. Cette histoire est bien ancienne. mais on la dirait d'hier, tant les détails en sont dune piquante vérité. Les deux vieillards qui avaient conçu une violente passion pour Suzanne se rencontraient souvent dans le voisinage de sa maison, mais ils se gardaient bien de s'avouer le motif qui les amenait, chacun d'eux espérant arriver au succès avant l'autre. Un jour cependant leur secret leur échappa ; après avoir promené un instant sous les fenêtres de Suzanne, ils se séparèrent pour aller diner chacun de son côté; tous les deux se hâtèrent de revenir à leur poste d'observation et se rencontrant de nouveau sans pouvoir expliquer leur présence au même lieu, ils furent obligés de s'avouer leur passion. On connaît la suite. Daniel, déployant toute l'habileté d'un juge d'instruction

consommé, les interrogea séparément, établit des contradictions dans le récit des deux juges et confondit les calomniateurs. — Les calomniateurs de l'honnête femme qui résiste sont souvent aussi, aujourd'hui comme il y a deux mille ans, des fonctionnaires d'un rang supérieur qui, ayant dans leur service cette femme sous leurs ordres, se vengent de ses dédains par de mauvaises notes. — On voit aussi des hommes repoussés par la femme mariée dont ils sont épris se veriger, en excitant la jalousie du mari, pour brouiller les époux et rendra la femme malheureuse.

La femme, qui se voit repoussée par celui qu'elle aime, ne recule pas davantage devant la calomnie pour se venger. L'histoire est pleine de récits de ces vengeances féminines. Racine n'a pas manqué de donner à Phèdre ce trait de caractère; lorsque la femme de Thésée acquiert la certitude qu'elle ne peut faire partager son amour h Hippolyte, furieuse de ce dédain insultant, elle l'accuse auprès de son père d'avoir voulu la violenter et elle distille l'insinuation mensongère avec un art essentiellement féminin :

« La fortune jalouse

« N'a point en votre absence épargné votre épouse, « Indigne de vous plaire et de vous approcher, « Je ne dois désormais songer qu'à me cacher. »

Lorsque le magistrat interroge une femme qui s'est vengée par le meurtre de l'abandon de son amant, il reçoit souvent cette réponse : « J'avais trop de lierté pour subir cet affront; l'honneur me commandait de me venger. » Plus une femme est orgueilleuse, plus elle est irritée du dédain dont elle est l'objet, plus elle songe à se venger. Une femme qui aime beaucoup et qui a peu d'orgueil souffre beaucoup de l'abandon, mais elle ne pense pas à la vengeance. Tel est le cas de Bérénice et de M"'1 de la Vallière, femmes douces, modestes, point orgueilleuses, sachant souffrir et se sacrifier. Médée, llermione, Itoxane sont, au contraire, avides de vengeance, parce qu'elles ont beaucoup d'or-

gueil. Même pour le crime d'amour il est vrai de dire avec la Bible que « l'orgueil est la racine de tout péché. »

Les sentiments d'amour et de haine sont si bien confondus dans le cœur de la femme délaissée, de l'amant malheureux ou jaloux, que souvent ils ne savent plus ce qui se passe en eux, et qu'ils s'écrient comme Hermione :

« Ah î je ne puis-je savoir si j'aime ou si je hais * ! »

En réalité, ils aiment et haïssent en même temps. Lorsque la jeune fille délaissée rappelle à son amant infidèle ses promesses de mariage et le supplie de les tenir, elle est en proie en même temps à la colère et à l'amour, elle le maudit et le désire, elle le menace de mort tout en l'aimant. Les lettres qu'elle lui adresse sont pleines de tendresse et de violence, de cris d'amour et de cris de mort.

Saint Thomas et Pascal donnent l'explication de ces sentiments contradictoires, en disant, le premier, que la colère est une forme de la concupiscence, et le second, que la concupiscence au fond n'est qu'une haine. Platon avait déjà observé que l'amour concupiscible fait place rapidement à la haine.

Hermione fait tuer Pyrrhus qu'elle aime et hait en même temps. Oreste qui, dans son entretien avec Pylade, avait su lire dans son propre cœur et reconnaître que ses transports de haine contre Hermione n'étaient au fond qu'une explosion de sentiments d'amour, n'a plus la môme sagacité pour lire dans le cœur d'Hermione. Il se montre pauvre psychologue, lorsque, après avoir tué Pyrrhus sur l'ordre d'Hermione, il vient lui demander la récompense promise. Hermione l'accable de reproches parce qu'il a exécuté les ordres qu'elle lui a donnés; elle ne se souvient plus de les lui avoir donnés :

« Mais, parle ; de son sort qui t'a rendu l'arbitre ?

o Pourquoi l'assassiner? Qu'a-t-il fait? A quel titre? »

* «• Héla* ! que résoudrai- je en celle peine cvtrcnic 1 « A peine je la hais que je sens que je l'aime. «

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LA HAINE EN AMOUR i»7

à la pensée que ses ennemis el sa rivale vont rire de son abandon ; c'est le sentiment qu'éprouve Hermione. quand elle dit à Pyrrhus :

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Ce ne sont pas seulement les rois et les reines de la tragédie qui commettent des crimes passionnels par amourpropre froissé autant que par amour; les accusés les plus vulgaires, les ouvriers, les ouvrières sont non moins irritables, non moins blessés dans leur orgueil par les dédains de l'objet aimé. On ne saurait croire combien est grand le rôle de Famour-propre dans les crimes d'amour commis par les hommes du peuple; leur susceptibilité est peutêtre plus grande que celle des gens du monde. Il y a quelques années, j'ai vu juger par la cour d'assises des Bouches-du-Ithûne le nommé Silvy, jeune cultivateur, qui avait pénétré la nuit dans la chambre de sa belle-sœur. Itmt il était très épris, et la frappa avec une fureur sauvage quatre coups de couteau, au cou. à la poitrine et sur is bras, parce que cette jeune femme, mère de trois petits &nU, avait refusé de se donner à lui. L'instruction révéla ce jeune assassin était atteint d'une maladie répugnante qu'il avait été très froissé dans son amour-propre du oui qu'il inspirait à sa belle-sœur. C'est pour se venger lédam de la femme qui les repousse, que des amoureux iduUsneseeontententpasdelatuer; ils la calomnient, en ''■ idant faussement avoir reçu ses faveurs, pour sauver ûour-nropre humilié. J'ai jugé à la cour d'assises des fc-du-llhùne le nommé Sicard qui poursuivait de ses ma et Je ses menaces la jeune Amélie 11..., fille d'un de chemin de fer, très aimé et très estimé. Sur la ty parents de la jeune fille, le commissaire de police icurd et lui représenta combien était déraisonon de contraindre celle jeune fille à écouler * luicide pass. 7

102 LE ClUME ET LE SUICIDE PASSIONNELS

voudrait l'épouser. Médée elle-même, cette furie implacable, ne peut s'empêcher de dire à Jason dont elle va se venger si cruellement :

« Je t'aime encor, Jason, malgré ta lâcheté. »

Lorsque Pyrrhus veut se venger d'Andromaque qui le repousse en faisant périr son fils, Andromaque ne peut croire à tant de barbarie; elle dit à Céphise :

« Crois-tu que dans son cœur il ait juré sa mort ? « L'amour peut-il si loin pousser la barbarie ? »

Oui, l'amour humilié par le dédain de la personne aimée peut inspirer les actes les plus barbares. Peut-on imaginer un langage plus abominable que celui que tient le fils d'Achille à la veuve d'Hector : « Épousez-moi ou je fais périr votre fils. » Ce chantage révoltant est le fond de tous ses discours :

« Je n'épargnerai rien dans ma juste colère, « Le iils me répondra des mépris de la mère...

« Allez voir votre fils

« Madame, en l'embrassant, songez à le sauver. »

L'amoureux le plus tendre, le plus passionné, devient l'ennemi le plus implacable de la femme qui le repousse ; il dit qu'il ne peut vivre sans elle, qu'il n'aime qu'elle, qu'il est prêt à tous les sacrifices pour lui plaire, et cependant, si elle ne veut pas accepter ses propositions de mariage, il tire des balles à la tête, à la poitrine de celle qu'il voudrait épouser, ou lui plante un poignard dans le dos. En 1887, la cour d'assises des Bouches-du-Rhône a jugé un jeune cordonnier, qui avait tué dans des conditions exceptionnelles de cruauté une jeune fille charmante, dont il était très épris, parce qu'elle refusait de l'épouser, étant déjà fiancée à un de ses cousins. Ce refus avait profondément irrilé le jeune amoureux. Après avoir écrit à la jeune fille des lettres passionnées, qu'on lui renvoya, il lui adressa

des lettres de menaces ; il lui fit dire qu'il la tuerait, « qu'après tout il n'en aurait que pour vingt ans ». L'ayant rencontrée, il se jeta sur elle, lui passa un bras autour du cou, et pendant que la malheureuse jeune fille lui criait à demi-voix : « Grâce ! Pardon î Pitié ! » il lui planta son tranchetdansle dos. Gomme elle continuait à courir, le tranchet planté dans sa chair, il la poursuivit en criant : « Tu n'es pas encore morte? » L'ayant atteinte, il la frappa de nouveau et retendit morte à ses pieds.

Je pourrais raconter cent crimes pareils. Ces actes de cruauté ne sont pas seulement commis par des hommes du peuple dont les passions violentes, insuffisamment modifiées par l'éducation, rappellent celle des hommes primitifs. Voici le récit d'un crime d'amour commis en plein du xvu° siècle, par deux hommes du meilleur monde, l'abbé et le chevalier de Ganges, qui, très épris de leur belle-sœur, la belle marquise de Ganges, dont Mignard a fait le portrait, et furieux de se voir repoussés, se concertèrent pour se venger de ses dédains1. Ils pénétrèrent la nuit dans sa chambre, le chevalier l'épée à la main, l'abbé tenant d'une main un pistolet et de l'autre un verre plein de poison. Tous les deux la rage dans le cœur, la fureur dans les yeux, dirent à la marquise : « Il faut mourir! Choisissez le feu, le fer ou le poison. » Après avoir vainement supplié ses deux beaux-frères de l'épargner, la marquise, voyant le pistolet de l'abbé et l'épée du chevalier dirigés sur sa poitrine, prit le poison que lui tendait l'abbé. Lorsqu'elle eut bu, les assassins attendirent quelques instants, pour laisser au poison le temps de produire son effet, et pour empêcher qu'on ne vint au secours de leur victime. Ces deux assassins, qui furent condamnés à être rompus vifs appartenaient à la plus haute société; ils avaient de l'esprit, surtout l'abbé. Le dépit amoureux les avait changés en démons.

(1) Le poète Gilbert a écrit une « épitre héroïque » sur ce criuic d'amour, qui eut au xvn* siècle uu immense retentissement.

On voit par ces exemples que je pourrais multiplier, ce qu'il faut penser de l'admiration pour le crime passionnel que Slendhal a mise à la mode. Un grand nombre de romanciers, d'auteurs dramatiques et même de critiques vont répétant que celui qui n'aime pas jusqu'au crime ne peut pas dire qu'il aime, que le véritable amour va jusqu'au meurtre. Ce sophisme littéraire est si répandu qu'on le retrouve sous la plume de deux écrivains, qui ont habituellement autant de bon sens que d'esprit, M. Jules Lemaitre et A. Dumas fils. Dans l'analyse qu'il fait d'un drame de M. Maurice Bouchor, Michel Lando, le célèbre critique s'exprime en ces termes : a Supposez que Michel aime pour de bon, c'est-à-dire naturellement jusqu'à la folie et jusqu'au crime ; car tel est comme vous le savez, le véritable amour1. » A. Dumas fils, qui a écrit tant de choses spirituelles et judicieuses, même un peu crues, sur l'amour, dit à son tour : « Qui n'aime pas, comme des Grieux, c'està-dire le cas échéant jusqu'au crime et jusqu'au déshonneur, ne peut pas dire qu'il aime2. » Je crois, au contraire, que l'amour ne se mesure pas à sa criminalité, que le meurtre passionnel ne prouve que la violence du désir et de l'exaspération de l'amour-propre froissé. Ce cri sauvage de la passion frénétique : « Elle me résistait je l'ai assassinée », qui arrache, je ne sais pourquoi, des frémissements de sympathique émotion aux spectateurs et même aux spectatrices d'Anlont/, est habituellement poussé par des hommes en qui les magistrats n'observent que sensualité grossière, égoïsme monstrueux, irritabilité excessive, cruauté sauvage. L'amour qui tue est de même nature que l'amour qui viole; il est commis en général, par des âmes pétries de boue, de sang et d'orgueil. S'il était vrai que le meurtre commis ou le déshonneur accepté fussent les preuves d'un véritable amour, qu'on ne peut aimer passionnément, sans

(1) Journal des Débats, du 4 janvier 1892.

(2) A. Dumas fils, Enlv actes, 3« série, p. 238.

LA HAINE EN AMOUR 10ii

tuer, sans manier le revolver ou le couteau, il faudrait admettre que le véritable amour est le privilège «les mauvais sujets; car il n'est pas rare de trouver le casier judiciaire des assassins par amour chargé de condamnations pour délits de droit commun. Enfin, s'il était nécessaire de larder une femme de coups de couteau pour devenir un héros de roman, ce serait aux ouvriers cordonniers qu'il faudrait décerner le prix d'amour, tout au moins en Provence, où je les ai observés, car ce sont eux qui y commettent le plus de crimes d'amour, de même que ce sont les cordonniers qui, à Paris pendant la Commune ont commis le plus d'actes de violence.

On peut aimer passionnément sans tuer et sans se tuer. Mais s'il fallait comparer l'homicide et le suicide, comme preuves d'amour, je n'hésiterais pas à dire que le suicide est plus que l'homicide une marque d'amour profond. Les assassins paramour, en général, sont les amoureux les plus égoïstes, les plus sensuels et les plus irritables. Les amoureux, qui meurent de chagrin ou qui se tuent de désespoir, aiment mieux et plus que ceux qui tuent. La femme douce et tendre, qui, comme Bérénice et Alalidc aime mieux soulîrir que de faire souffrir, aime plus et mieux que la femme orgueilleuse et violente, qui comme Hermione ou Roxane ne recule pas devant le crime ; elle peut pousser l'amour jusqu'à pardonner à celui qui la fait souffrir, jusqu'à souhaiter à Thomme aimé un bonheur qu'elle ne partagera pas avec lui.

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