CHAPITRE IV
LA SÉDUCTION ET L'ABANDCh\
« Ce n'est qu'un jeu pour vous, mais c'est la mort pour nous. »
L'abandon résume toutes les souffrances morales pour la femme : perte de l'objet aimé, dédain de sa beauté, préférence accordée à une rivale, humiliation publique rendue plus douloureuse par la crainte de voir sa rivale et le public rire de sa douleur. « Quand j'aurai de la peine aux carmélites, disait Mlle de la Vallière, lorsque Louis XIV l'abandonna et lui préféra Mmc de Montespan, je me souviendrai de ce qu'ils m'ont fait souffrir. »
La femme qui aime et qui est aimée est heureuse et lière de l'amour qu'elle inspire. Son amour-propre est flatté des sentiments passionnés qui lui sont témoignés : étant préférée à toutes les aulres femmes par celui qu'elle préfère à tous les hommes, elle voit dans celte préférence un hommage à sa beauté, à sa grâce, à son charme. Cet amour qu'elle inspire augmente à ses yeux et aux yeux de tous son mérite ; en se sentant aimée elle trouve de nouveaux motifs de s'aimer elle-même. Si la femme, au contraire, est abandonnée, quel déchirement pour le cœur et en même temps quelle blessure pour sa vanité l ! Se croire
il) Lorsque Catherine de Médicis fit proposer à Elisabeth d'Angleterre, alors âgée de trente ans, une union avec son fils Charles IX, âgé de quinee ans. la reine d'Angleterre répondit qu'elle était trop vieille pour un aussi jeune roi qui la négligerait: « j'aimerais mieux mourir, dit-elle, (lue de me voir méprisée et délaissée. » (Mignet, Marie Sluarl, t. J, p. 170.1
belle et être dédaignée, se croire aimée et être délaissée, quelle souffrance pour l'amour-propre ! Perdre l'amour, qui faisait sa joie et son orgueil, qui satisfaisait son besoin de tendresse et son besoin de domination, quel écroulement de ses rêves ! En effet, l'abandon n'est pas seulement la perte de l'objet aimé, c'est le mépris de l'amant, c'est l'humiliation aux yeux de tous. La mort de celui qu'elle aime serait pour la femme délaissée moins cruelle que l'abandon. Si elle le perdait par la mort, elle trouverait du moins quelque douceur à le pleurer; avec le temps, sa tristesse deviendrait une douce mélancolie.
Mais lorsqu'à la perle de l'objet aimé vient s'ajouter la préférence accordée à une rivale, quel surcroit de douleur! La souffrance est accrue par le dédain de sa beauté, par l'ingratitude de l'infidèle, par le triomphe de l'autre. Toutes ces souffrances sont résumées dans ce cri déchirant que Phèdre pousse en apprenant qu'elle a une rivale ;
« GEnone, qui l'eût cru ? J'avais une rivale, « Ah ! douleur non encore éprouvée. »
Cette douleur chez la femme délaissée devient de la rage, de la fureur, à la pensée que celui qu'elle aime et qui la dédaigne aime une autre femme, qu'il est heureux avec elle et par elle. Elle éprouve le sentiment que Racine prèle à une de ses héroïnes :
« Votre mort (pardonnez aux fureurs des amants), « Ne me paraissait pas le plus grand des tourments. »
Le plus grand des tourments, Corneille nous le dit dans une de ses pièces, qui ont eu le moins de succès, mais où l'an trouve toujours de beaux vers :
« (C'est) voir en d'autres mains passer tout ce qu'on aime, « C'est un malheur encor plus grand que le trépas '. »
(1) Corneille. Agésilas, acte I, scène m.
A toutes ces souffrances communes aux femmes délaissées, il faut en ajouter d'autres quand il s'agit d'une jeune fille séduite qui est abandonnée après des promesses de mariage ; celle-là souffre dans son honneur autant que dans son cœur, et plus que dans son orgueil ; ce qui la désespère, ce n'est pas seulement la trahison de son fiancé, c'est la perte de son honneur.
Un grand nombre de jeunes filles se laissent séduire par des promesses de mariage et sont ensuite abandonnées. La poésie, le roman, le théâtre ayant glorifié la séduction, sans s'inquiéter des conséquences qui en résultent pour la femme et l'enfant, beaucoup de jeunes gens ne songent qu'à conquérir l'auréole de Don Juan et ne reculent pas devant les promesses de mariage. Comme l'opinion, très sévère pour la femme séduite, est très indulgente pour l'auteur delà séduction, l'emploi de cette manœuvre frauduleuse parait tout naturel. Je me rappelle avoir lu dans une procédure cette réponse d'un séducteur, à qui le président demandait s'il avait promis le mariage : « Naturellement, je lui ai promis le mariage. Comment voulez-vous qu'on fasse pour séduire une jeune lille ? » A la campagne surtout, par suite des relations de voisinage une sympathie s'établit entre un jeune homme et une jeune fille, qui travaillent ensemble ou l'un près de l'autre. Avec le temps, cette sympathie devient vive, et le jeune homme peu délicat, qui désire avoir les faveurs de la jeune fille sans avoir la responsabilité de la paternité, lui promet le mariage; il lui dit qu'il n'aime qu'elle, qu'il n'aura pas d'autre femme qu'elle. La jeune fille résiste d'abord, elle attend qu'on la demande en mariage, mais il lui donne différents prétextes pour ajourner cette demande ; il dit que ses parents ne sont pas encore décidés à lui donner leur consentement, qu'ils ne la trouvent pas assez riche, mais ils sont âgés, ajoute-t-il, après leur mort il pourra tenir sa promesse. Pour vaincre les derniers scrupules de la jeune fille crédule,
il parle de son amour, il dit qu'il est malheureux, il joue la comédie du suicide.
« Il dira qu'il se tue
« Mais Clarisse aime mieux le sauver et mourir. »
Alf. Musset.
Alors croyant à la sincérité de l'amour qui lui est témoigné, la jeune fille finit par céder : elle est perdue, car elle sera bientôt abandonnée, surtout si une grossesse se déclare. Le séducteur la conduit dans une ville voisine pour faire ses couches, et là, après lui avoir glissé dans la main quelques pièces de monnaie, il lui dit : « Débrouille-toi comme tu le pourras ; ne me parle plus de mariage ; c'est fini entre nous ; ne compte plus sur moi. » La pauvre fille a beau pleurer, prier, supplier, réclamer l'exécution de la promesse de mariage qui lui a été faite, pour rétablir son honneur, et donner un père à son enfant. Le séducteur se sauve devant la menace de ce mariage qu'il a promis, devant la reconnaissance onéreuse de sa paternité; il reste insensible à la douleur et à la honte de celle qu'il a rendue mère et la laisse même souvent sans secours. La grossesse se passe ainsi dans les pleurs, dans l'isolement. Lorsque son enfant vient au monde, la fille-mère essaie, mais en vain, de toucher le cœur de son séducteur, de réveiller en lui le sentiment paternel ; elle lui parle de l'enfant, de ses gentillesses, de sa ressemblance avec lui ; elle insiste pour le lui présenter, mais lui refuse de le voir, il en parle avea indifférence, comme s'il doutait de sa paternité. Quelquefois cependant continuant à jouer la comédie. il simule pour l'enfant une affection qu'il n'éprouve pas, proteste de son intention de le reconnaître et d'épouser la mère, mais il trouve toujours des prétextes pour ajourner l'exécution de ses promesses. « Qui fait l'enfant, doit le nourir, » disait un axiome qu'une fille-mère reproduisait, presque textuellement, à son insu, dans une lettre adres-
sée à son séducteur et que j'ai sous les yeux : « Puisque tu as eu le courage de le faire, il faut que tu aies le courage de le nourrir. » Mais le séducteur n'a que le premier courage, il n'a pas le second.
Lorsque la fille-mère abandonne son enfant, il est rare qu'elle en ait eu la première la pensée : c'est l'amant qui le lui conseille, c'est lui qui insiste pour qu'on mette l'enfant à l'Assistance publique, parce qu'il voudrait garder ses ressources pour ses plaisirs.
Parmi les jeunes filles séduites, ainsi abandonnées, les unes se tuent de désespoir, d'autres tuent, quelques-unes tuent et se tuent.
Celles qui se tuent pardonnent toujours à l'infidèle ; avant de mourir elles lui écrivent pour lui faire leurs adieux et leur exprimer leur tendresse pour la dernière fois. « Je ne t'en veux pas, écrit l'une d'elles ; je te dis adieu, mon chéri ; et t'embrasse mille fois, ainsi que notre cher fils. Je te recommande la tombe de ma pauvre mère ; ne la délaisse pas ; ne délaisse pas aussi la mienne. » — « Adieu, soit heureux! écrit une autre femme abandonnée. Que mon souvenir ne t'accompagne que pour te rappeler que je t'ai adoré... J'avais rêvé d'être heureuse avec toi, tu ne l'as pas voulu, tu m'as menti; tes mensonges ont été mortels pour moi. J'aurais voulu vivre pour l'aimer. Tu n'as pas voulu. Je meurs en t' adorant. Je te laisse mes cheveux, que tu garderas en souvenir de moi. » — Une autre femme écrit à celui qui Ta abandonnée : « Du jour où j'ai vu que tu ne serais pas mon époux, je n'ai plus eu qu'une seule pensée, mourir. Si je ne puis pas être ta femme, au moins je ne souffrirai plus. »
Rien n'est plus touchant que ces derniers adieux, pleins de tendresse, de pardon, qu'elles murmurent jusque dans leur agonie. Je lis dans une lettre écrite par une jeune fille à son amant infidèle : « Je t'aime toujours, je te pardonne. Adieu, la mort me travaille. » — Voici encore une
lettre écrite par une jeune femme de vingt-trois ans à son amant, qui Ta abandonnée après l'avoir rendue mère dune petite fille :
« Mon Louis chéri, puisque ta résolution à mon égard est arrêtée, je préfère me donner la mort. T'aimant beaucoup, je lie veux pas souffrir plus longtemps.
Je t'envoie le portrait de. ta fille et le mien. Garde-les, mon cher Louis, en souvenir de ton Emma qui l'aimait à l'adoration.
Louis, viens à mon enterrement. Je veux que la dernière personne qni m'embrasse, avant que l'on me mette dans la bière, ce soit toi, mon cher Louis.
Prends bien soin de notre fille et cmbrasse-la bien pour moi. Si elle te demande de quoi je suis morte, dis-lui que c'est de f avoir trop aimé.
Je m'empoisonne avec du cyanure.
Adieu, mon Louis chéri, et pardon de tous les ennuis que je te donne.
Adieu pour toujours. Mes meilleurs baisers à toi et à notre fille.
Je veux toujours avoir des Heurs sur ma tombe ; viens-y tuiis les dimanches avec notre fille. »
La femme délaissée, entraînée à l'infanticide par l'abandon de son amant, pardonne encore souvent à celui qui la perdue ; elle n'a pas la force de maudire celui qu'elle continue à aimer. C'est ainsi que, dans Faust, Marguerite jetée en prison pour avoir tué son enfant, songe à l'amant qu'elle regrette et se précipite dans ses bras, quand il reparait. Quelques-unes de ces malheureuses jeunes filles poussent la délicatesse des sentiments, au moment de leur suicide, jusqua écrire à leurs parents pour excuser leur séducteur : « Je le prie de ne pas lui en vouloir, écrit une jeune fille à sa sœur, car ce n'est pas sa faute s'il ne m'aime pas et si je l'aime, moi ; je lui pardonne de tout cœur. » — On trouve, il est vrai, dans quelques lettres de femmes délaissées des plaintes et des reproches tels que ceux-ci : « Pourquoi m'avoir trompée? Pourquoi m 'avoir abandonnée? Pourquoi me faire tant souffrir? » Mais ces plaintes, ces cris de douleur finissent toujours par des paroles d'amour et de pardon : « Je t'envoie cependant
mon dernier baiser le plus ardent », écrit avant de s'asphyxier une jeune fille abandonnée. Dans la lettre d'adieux qu'elle adresse à son amant avant de se suicider, la femme délaissée pourra commencer par l'appeler « misérable », mais elle finira toujours par lui exprimer tout son amour et son pardon. Une jeune fille, abandonnée par son amant qui lui avait caché son nouveau domicile, étant parvenue à le connaître, pénètre en son absence dans son logement et après avoir déchiré sa photographie qu'elle trouve sur la cheminée, elle se met à écrire la lettre suivante : « Léon tu es un misérable, j'ai enfin trouvé ton adresse. Je pensais l'autre jour que c'était pour m'éprouver. Tu sais que je t'aime cependant. Aussi je préfère me tuer. Excuse-moi de faire cela chez toi. Je t'aime. Je t adore. Jamais une femme ne t'aimera comme moi. Je t'embrasse une dernière fois. » Puis s'asseyant sur une chaise au pied du lit, elle saisit le revolver qu'elle a apporté et se tire un coup en pleine poitrine. — « Tu as déjà la mort de deux femmes sur la conscience ; souviens- toi du 17 décembre 1896 » (jour de son suicide), écrit une autre désespérée. — Autre lettre : « Quand tu recevras cette lettre, j'aurai cessé de vivre. Je ne puis vivre sans toi, encore moins savoir que tu es avec une autre femme. J'aurais pu vivre si heureuse avec loi. Hélas ! tu ne l'as pas voulu. » — « Je ne peux pas vivre sans toi, écrit une jeune Espagnole, je te dis adieu. Je te donne mille baisers, car je t'ai bien aimé. Adieu donc, mon G... Pardonne-moi de te donner la peine de me faire transporter à la Morgue ; car ce n'est que cela qui m'attend. Pourtant j'aurais bien désiré de mourir sur ton lit, mon G... Si tu m'aimes un peu, souviens-toi des heures que nous avons passées ensemble. Allons, puisque c'est ma destinée, je vais mourir en l'aimant. »
Ce caractère de la femme abandonnée, qui pardonne à l'infidèle et aime mieux souffrir et mourir que faire souffrir et tuer, Racine l'a peint dans Bérénice; elle aussi
pardonne et songe à se donner la mort; Titus a deviné sa pensée :
« Vous cherchez à mourir? et de tout ce que j'aime « 11 ne restera plus qu'un triste souvenir. *>
N'ayant trouvé dans de nombreuses lettres de femmes délaissées, qui se sont tuées de désespoir, que des paroles d'amour et de pardon pour l'infidèle, je me demande si Virgile n'a pas commis une erreur psychologique en prêtant à Didon, après son suicide, des sentiments de haine contre Enée, qui la rencontre aux Enfers.
« Didon garde un farouche silence,
« Se détourne en fureur de l'objet qui l'offense,
« Et ses yeux, d'où partaient des regards courroucés
« Demeurent vers la terre obstinément baissés. »
Cette persistance de la haine chez Didon ne me parait pas conforme au caractère de la femme qui se lue et qui pardonne toujours ; elle ne justifie pas non plus le rapprochement que Racine fait dans la préface de litrfinico entre la reine de Carthage et la femme abandonnée par Titus, puisque cette dernière pardonne tandis que la première ne pardonne pas. Le caractère de Didon est plutôt celui d'une femme qui tue que le caractère dune femme qui se lue, car elle est animée contre Enée dune fureur vindicative et profère contre lui des menaces et des imprécations plus violentes que celles d'IIermione contre Pyrrhus ; elle regrette de n'avoir pas brûlé tous les vaisseaux d'Enée, de n'avoir pas fait égorger tous ses compagnons, de n'avoir pas fait périr son fils et de ne lui en avoir pas servi les restes dans un festin. C'est là plutôt le caractère de Médée que celui de Bérénice.
Le caractère de la femme abandonnée qui se tue diffère complètement du caractère de la femme délaissée qui tue.
La première est une victime douce, tendre, qui souffre en silence, se plaint discrètement, avec amour, et qui, se Pkoal. — Crime et suicide pass. 8
laissant gagner par la tristesse qui l'accable, languit, soupire et meurt en pardonnant. La seconde est une furie, qui crie, trépigne, s'arrache les cheveux, menace, frappe, déchire. La mère d'une jeune fille abandonnée, qui avait tué son amant, disait à l'instruction que sa fille, pendant les deux jours qui précédèrent le meurtre, avait crié, pleuré, trépigné en s'arrachant les cheveux. La mère ajouta qu'elle avait fait tous ses efforts pour la calmer, mais que ses conseils n'avaient produit sur elle aucune impression. La femme emportée par la colère n'aime pas les conseils de la raison ; elle dit avec Phèdre :
« Sers ma fureur, CEnone, et non pas ma raison, »
et avec Hermione :
« Tant de raisonnements offensent ma colère. »
L'accusée dont je viens de parler, avait été tellement importunée des conseils de sa mère, qu'elle avait tourné sa colère contre elle et l'avait repoussée avec violence.
La jeune fille délaissée se résignerait souvent à son abandon, si son amant ne se mariait pas avec une autre femme ; elle conservait l'espoir de l'épouser ou tout au moins de le ramener auprès d'elle ; en attendant, elle tâcherait de se consoler avec l'amour de son enfant. « Si tu ne veux pas m'épouser, lui dit-elle, au moins n'en épouse pas d'autre ; ne me force pas à te rencontrer avec une autre femme. » Lorsqu'elle voit qu'elle le perdra pour toujours, qu'elle va rester seule, malheureuse et déshonorée, pendant que son amant sera heureux avec une autre femme, alors affolée par la douleur, torturée par la jalousie, ne tenant plus à la vie, indifférente à tout, à la peine qui l'attend, au scandale quelle va provoquer, elle prend pour se venger un revolver ou un bol de vitriol.
Il y a quelques années, le vitriol était l'instrument de vengeance préféré par les femmes abandonnées. Aujour-
d'hui, elles emploient fréquemment aussi le revolver, quelles commencent à manier avec dextérité. Dernièrement à Marseille, une jeune fille dit à son amant, qui songeait h l'abandonner : « S'il t' arrivait de me quitter, pour une autre femme, je te logerais une balle dans la tète. » Au lieu d'une balle, elle lui en logea quatre dans la tète avec une habileté remarquable.
C'est souvent après la publication du mariage de l'amant avec une autre femme ou même pendant la célébration à la mairie ou à l'église, que la femme abandonnée se venge. L'image de cette belle cérémonie, où elle avait rêvé de paraître en robe blanche, heureuse, jolie et (1ère, aux bras de son fiancé et où une rivale détestée va prendre sa place, fait éclater sa fureur. Uermione ne peut plus se contenir, quand elle entend le récit que Gléone lui fait du mariage de Pyrrhus :
« Je l'ai va vers le temple où son hymen s'apprête « Mener en conquérant sa nouvelle conquête. « Et d'un œil où brillaient sa joie et son espoir « S'enivrer en marchant du plaisir de la voir. »
Transportée de jalousie, elle s'écrie ;
« Le perfide ! Il mourra ! »
« Quand j'ai appris le mariage de mon amant avec une autre jeune fille, disait une jeune accusée d'Istres, près d'Arles, mon exaspération a été si grande, que j'ai formé le projet de le tuer. J ai chargé un pistolet, je me suis déguisée en homme et je suis venue me poster le soir à un endroit où je savais qu'il devait passer. Dès qu'il est arrivé, j'ai déchargé sur lui mon pistolet. » — En Provence, comme en Italie, souvent la jeune fille se déguise en homme pour frapper plus sûrement l'amant qui l'a abandonnée ; elle prend les vêtements de son père ou de son frère. M. le Dr Lombroso, qui constate le fait, l'interprète mal en croyant qu'elle prend plaisir à se déguiser en
homme1. La jeune fille se déguise en homme loul simplement pour ne pas être reconnue, mais elle y parvient rarement, car elle se fait presque toujours reconnaître à sa voix, à sa démarche.
Dans quelques cas, c'est pendant sa grossesse que la femme délaissée se venge de son amant; elle lui lance au visage un bol de vitriol en lui disant : « Je veux le laisser un souvenir, comme lu m'en as laissé un de toi. » — Une accusée, qui avait fait à son amant d'affreuses brûlures au visage, lui disait en lui montrant son ventre : « Toi, tu as cela, moi j'ai le reste. »
S'il y a des femmes délaissées, qui se cachent pour se venger, il en est d'autres qui exercent leur vengeance en plein jour, publiquement. Il y a quelques années, une jeune Marseillaise tirait dans une rue très fréquentée plusieurs coups de revolver sur son amant ; lorsque les passants accoururent au bruit des détonations, elle leur dit avec une tranquille fureur : « Ce n'est rien, je viens de tuer mon amant. »
Une des raisons qui déterminent la jeune fille abandonnée à employer le vitriol pour se venger, c'est le désir de défigurer son amant, dans l'espoir de rendre impossible son mariage projeté avec une autre femme. « Je n'avais nullement l'intention de lui donner la mort, disait une jeune accusée, je ne voulais que le défigurer. J'espérais qu'en le défigurant, sa fiancée ne voudrait plus de lui et qu'alors il reviendrait à moi et m'épouserait. Une autre jeune fille du pays de Mireille*, qui avait brûlé les yeux de son amant nie fit la môme réponse à l'instruction : « Maintenant qu'il est aveugle, ma rivale ne voudra plus l'épouser ; mais moi, je le veux toujours et je lui ferai tout oublier. »
(1) Louibroso. La Femme criminelle p. 4&1. (Paris, F. Alcan.)
(2) Maillanne. pays de Mistral, est à quelques kilomètres de Saint-Rémy près d'Arles, («est à Saint-Rémy que (Jounod est venu composer la musique de Mireille.
La jeune fille délaissée ne se contente pas toujours de défigurer l'infidèle ; souvent elle le tue, et cependant, quand elle comparait devant la cour d'assises, il est rare qu'elle n'obtienne pas la pitié des jurés en leur faisant le récit de ses souffrances, ainsi que le faisait une jeune accusée dans les termes suivants : « Désespérée de me voir repoussée par celui qui m'avait tant recherchée autrefois, indignée de sa lâcheté, affolée par ma grossesse et son refus de me rendre l'honneur en m'épousant, je résolus de me venger. J'achetai un pistolet ; je me mis à sa poursuite et l'ayant rencontré je lirai sur lui. Je retournai chez moi comme une folle, ne sachant pas si je l'avais atteint, ne me rendant plus compte de ce que je faisais... Je sais que je mérite un châtiment, mais cet homme m'a tout ravi, ma réputation, mon bonheur; il a jeté la honte sur moi et la désolation dans ma famille, il a ruiné toutes mes espérances ; la vie ne m'est plus rien. »
Ce ne sont pas toujours les jeunes gens qui séduisent les jeunes filles ; un assez grand nombre d'entre elles sont séduites par des hommes plus âgés, mais plus habiles et plus audacieux, qui abusent de leur autorité sur elles, par des patrons, par des maîtres et môme par des parents, des oncles, des beaux-frères. Il y a quelques années, j'ai assisté aux débats d'une affaire d'assassinat commis par une jeune fille corse sur son oncle, qui l'avait séduite et abandonnée après l'avoir rendue mère. Celte affaire est si dramatique, elle présente tant d'intérêt pour le psychologue et le moraliste, que je vais la raconter dans tous ses détails.
Un officier supérieur de l'armée demeurant à Paris avec sa famille avait eu l'imprudence, étant sans fortune, de donner des goûts de luxe à sa fille qu'il idolâtrait; il lui avait fait donner de nombreuses leçons : équitation, chant, patinage. Son frère, riche négociant à Nice, marié, sans enfants, étant venu le voir, lui proposa d'emmener sa fille avec lui à Nice ; le père y consentit. L'oncle partit avec sa
nièce. Elle était jolie, vive, gaie. Sa femme notait plus ni jeune ni jolie. Il ne tarda pas à subir le charme de la jeunessse et de la beauté de sa nièce, dont il devint très épris. La jeune fille très gâtée par son oncle qui satisfaisait ses goûts de luxe, très sensible à l'affection dont il l'entourait et dont elle ne comprenait pas la nature, ne sut pas se défendre contre les entreprises dont elle était l'objet. Son oncle abusant de sa confiance et de son inexpérience finit par vaincre ses derniers scrupules, en lui disant qu'il ne lui demandait que le sacrifice de sa pudeur, mais qu'il lui conserverait l'honneur aux yeux du monde ; il lui promit comme Tartuffe :
« De l'amour sans scandale et du plaisir sans peur, »
sans peur d'une grossesse. Mais le scandale éclata ; la grossesse si redoutée se produisit. Craignant que son frère ne lui brûlât la cervelle, l'oncle contraignit sa nièce à s'accuser auprès de son père d'avoir pris l'initiative de la liaison. « Si tu m'aimes, lui dit-il, lu dois te sacrifier. » La jeune fille, pour sauver son amant qu'elle aimait déjà depuis que ses sens s'étaient éveillés, accepta ce sacrifice : au lieu d'accuser son oncle, elle l'excusa et s'accusa elle-même en courbant la tête avec résignalion sous la malédiction paternelle.
Le coup fut si rude pour le père, qui en sa double qualité d'otficier et de Corse avait au plus haut degré le sentiment de l'honneur, qu'il fut brisé, terrassé par le déshonneur de sa fille ; il ne tarda pas à mourir de chagrin. Sa femme se jeta de désespoir de la fenêtre de sonappartementetsetua1. Quelques semaines après la mort de son père et le suicide de sa mère, la jeune fille mit au monde un enfant. L'oncle
(1) Ces suicides des parents à la suite du chagrin que leur cause le déshonneur de leur (111e ne sont pas rares; j'ai même tu une jeune fille de quatorze ans s'asphyxier parce qu'elle ne pouvait plus se résigner à voir Tinconduite de sa sœur ainée et la douleur qu'en éprouvaient ses parents ; elle se donna la mort en disant : « Ceux qui sont morts sont les plus heureux. »
le lui enleva aussitôt et le plaça en nourrice à. l'étranger, aux environs de Turin, s efforçant par tous les moyens de détacher la jeune mère de son enfant. Ne pouvant y parvenir il lui proposa de la marier et de la doter richement. La jeune fille refusa. Bientôt des querelles éclatèrent et l'oncle congédia sa nièce en lui annonçant son intention de placer l'enfant à l'hospice. Ce projet exaspéra la jeune mère : « Qu'il m'abandonne, soit, dit-elle, mais abandonner mon enfant, cela je ne puis l'accepter. » Alors, la pensée de se donner la mort ou de la donner à celui qui voulait l'abandonner elle et son fils s'empara de son esprit : elle acheta un revolver, son oncle le sut et ne chercha pas à lui enlever cette arme, espérant qu'elle se ferait sauter la cervelle dans un instant de désespoir. Mais le suicide espéré ne se produisit pas. Après avoir hésité quelque temps entre le suicide et l'homicide, la jeune fille s'arrêta au projet de tuer son oncle. Ayant appris qu'il était de passage à Marseille, elle alla le trouver à son hôtel. Les mains derrière le dos, les cheveux rejetés en arrière, les yeux en feu, les lèvres tremblantes, la jeune fille s'approcha de son oncle en l'interpellant dans les termes les plus vifs : « Regarde ce que tu as fait de moi, lui dit-elle, tu m'as déshonorée, lu m'as tout pris, tu as tué mon père et ma mère de chagrin ; à présent tu m'abandonnes et veux abandonner notre enfant. Regarde-moi bien en face comme je te regarde. » L'oncle haussa les épaules en lui disant qu'elle jouait la comédie et qu'il n'aimait pas les romans. Cette réponse froide, ironique, accrut l'exaspération de la jeune fille ; elle saisit son revolver et en lira plusieurs coups sur son séducteur qui roula par terre. Pendant qu'il gisait là, la jeune Corse continua à tirer à bout portant toutes les balles de son revolver, en lui criant : « Meurs, meurs ! » Puis tout à coup quand elle vit le sang couler des blessures, sa colère tomba, la pitié et l'amour reparurent ; elle se jeta avec tendresse sur le blessé, lui épongeant le front, le couvrant de baisers, lui
120 LE CRIME ET LE Sl'ICIDR PASSIONNELS
serrant les mains et lui disant : « Pardonne-moi ! pardonnemoi ! non, tu ne mourras pas! tu n'es que blessé, je ne veux pas que tu meures. »
L'oncle mourut de ses blessures et la jeune fille fut traduite devant le jury des Bouches-du-Rhône. Dans sa prison, pendant l'instruction, elle écrivit à un digne prêtre la lettre suivante :
Monsieur l'abbé,
Dans le naufrage de mes sentiments et de ma vie, à qui dois-je m'adresser, si ce n'est à vous qui êtes prêtre et dont la miséricorde doit être infinie, comme celle de Dieu? D'ailleurs, n'ètes-vous pas le seul qui, en apprenant la terrible catastrophe, avez eu pitié et pardon ? Je sens que seul, vous avez compris mes souffrances ; vous seul n'avez pas été étonné, car vous aviez pressenti le malheur. Seulement, il n'est pas tel qu'il devait se produire : au lieu de me suicider, j'ai tué, j'ai tué cet homme pour qui j'avais tout renié, tout abandonné. Vous ne m'avez pas repoussée, quand, malgré toutes vos supplications, j'ai refusé de renoncer à cette affection coupable *...
Je viens vous confier ce que j'ai de plus cher au monde; cet homme en mourant a tout emporté avec lui, le soleil, le bonheur et le ciel, mais il m'a laissé un enfant, ma consolation pour plus tard, si je trouve la force de vivre... Si je devais sortir bientôt de prison, j'accepterais n'importe quel travail, et l'enfant revenu en France et près de moi, j'aurais encore uu bonheur relatif, car c'est encore avoir un peu le père que d'avoir ce petit être, qui est son portrait... Si je suis condamnée à rester perpétuellement en prison ou du moins très
il) Dans son étude sur le Drame Romantique, p. 207, M. Nebout blâme V. Hugo d'avoir donné à Blanche un amour persistant pour le roi qui l'a déshonorée ; est-il possible, dit-il, qu'une jeuue fille aiiue l'infâme séducteur qui lui a ravi l'honneur et qu'elle cherche à le sauver? Oui. cela est possible : V. Hugo n'est pas sorti de la vérité, ainsi qu'on le voit par l'exemple de cette jeune fille corse, qui, séduite par un oncle beaucoup plus âgé qu'elle, finit par l'aimer passionnément. Bien plus, il y a des jeunes filles, séduites par leur père, qui. après avoir détesté l'infâme séducteur, qui a abusé d'elles, finissent par l'aimer avec passion : j'ai constaté ce fait dans plusieurs affaires criminelles. Pour l'expliquer, il faut se rappeler que l'amour naît de la volupté lorsque les sens sont éveillés.
« Amour, fléau du monde, exécrable folie « Toi, qu'un lien si frôle a la volupté lie... »
a dit Alfred de Musset. Assurément toutes les filles séduites n'éprouvent pas de l'amour pour leur séducteur ; la plupart l'ont eu horreur. Mais toutes les femmes ne se ressemblent pas ; leurs sentiments varient suivant leur tempérament, leur éducation, leur caractère. Rien n'est plus faux que les généralités.
LA SÉDUCTION F.T L ABANDON l'2i
longtemps, je suis alors résolue à échapper au châtiment. Puisque je ne serais d'aucune utilité pour l'enfant, ce ne serait pas me soustraire à mon devoir que d'en finir avec la vie. Dans ce cas, je vous laisse mon eu fan t.
Vous rappelez-vous, Monsieur l'abbé, quand pour me délacher de celte aJTection, vous me disiez de me le représenter mort et décomposé ; je ne voulais pas le voir autrement que séduisant, comme il Tétait, et maintenant c'est fini, je l'ai toujours devant les yeux tout ensanglanté et tout défiguré.
Ah ! si je vous avais obéi la dernière fois que je suis allée vous trouver et que vous exigiez que je vous porte mon revolver ! Ne layant pas sous la main, je ne serais jamais allée si loin. Vous me disiez, il y a quelque temps, que vous ne pensiez jamais que la première communiante si édifiante dût se laisser entraîner par un homme menteur. Que diriez vous à présent que j'ai à me reprocher la mort d'un homme ?
Monsieur l'abbé, priez pour que je sois acquittée.
La femme éprouve, plus que l'homme du plaisir à se venger. La veuve Gras, excitant son complice à s'associer à sa vengeance, lui disait : « La cause de ma ruine «si le nommé ... C'est un misérable dont je veux me venger... Tu vois que je suis souffrante, eh bien ! fais le souffrir un peu et il me semble que je serai guérie après. »
Suivant son caractère, son éducation, la nature de son amour, elle exerce sa vengeance avec les raffinements les plus délicats ou les plus pervers. Elle est capable de se suicider, uniquement pour donner des remords à l'infidèle ; une jeune fille abandonnée écrivait à son amant : « Je suis capable de tout, même de me suicider, pour vous donner des remords et vous troubler dans vos plaisirs. » Le plus souvent, la colère remue en elle les sentiments les plus mauvais. La femme qui était bonne, dévouée, quand elle était aimée, devient méchante et perfide quand on la délaisse. Elle ne peut supporter que l'homme qui Ta abandonnée soit heureux, honoré dans le monde et entouré d'amis; elle cherche à lui enlever son honneur, et ses amis, à le faire souffrir dans son orgueil, dans sa chair et dans son cœur; elle étudie son caractère pour le frapper
à l'endroit le plus sensible, elle cherche les vengeances les plus atroces, les plus raffinées, pour l'atteindre en pleine poilrine. « Je l'aime et je le déteste, écrivait une femme, s'il m'abandonne, je le déshonorerai, lui et sa famille. » Quelle atroce vengeance que celle de Médée ! Tuer ses propres enfants pour faire cruellement souffrir leur père ! Cette diabolique vengeance n'est point invraisemblable; la vengeance féminine peut aller jusque-là : ne voit-on pas fréquemment des femmes qui, pour se venger de leur mari, sacrifient, sinon la vie, du moins l'intérêt, l'honneur, le bonheur de leurs enfants? Pour faire souffrir leur mari, elles le torturent dans son cœur de père, en le brouillant par des calomnies avec ses enfants, en excitant ses enfants à des violences contre leur père. Il y a du caractère de Médée dans ces femmes.
Torturer le père pour faire souffrir le mari est une vengeance essentiellement féminine. Les hommes exercent moins souvent ce genre de vengeance atroce. Il y a quelques mois cependant, le nommé Deblonder, pour se venger de sa femme, qui voulait divorcer et épouser un autre homme, a tué ses deux petites filles, afin de torturer le cœur de la mère. — Cette pensée atroce de faire souffrir un père, une mère dans ses enfanls n'est point une invention littéraire imaginée par les poètes ; un personnage de Shakespeare, qui cherche le moyen de faire souffrir un ennemi, constate avec regret qu'il n'a pas d'enfant, il voudrait qu'il en eût un. afin de pouvoir se venger du père sur lui. Celle pensée abominable je la trouve dans la bouche d'une accusée altérée de vengeance : « Je voudrais le faire souffrir, non pas en le frappant lui, mais en frappant son fils. » — Il y a quelques années, la cour d'assises des Alpes-Maritimes a jugé une femme qui, devenue la maîtresse d'un jeune homme, était chargée de l'éducation d'un enfant que son amant avait eu d'une autre liaison ; ayant été abandonnée, elle se vengea de l'infidélité du père
en étouffant son enfant. — Autre exemple : une femme mariée avait abandonné son mari pour aller vivre à l'étranger avec un amant. Une fille naquit de ses relations. Bientôt la mère abandonna l'amant et sa fille. Mais huit ans après, ayant rencontré son amant, elle voulut les reprendre ; celui-ci ayant refusé, elle résolut de se venger en le faisant souffrir comme père. Elle se réconcilia avec son mari et le décida à prix d'or à revendiquer comme sien l'enfant de sa femme en vertu de la maxime : in pafrr est... La justice fut obligée d'accepter cette fiction légale. Le père véritable, fou de douleur, ne voulut pas se laisser arracher sa fille ; il partit avec elle pour l'Amérique et fut condamné par contumace à trois ans de prison pour enlèvement d'enfant. En 1889, dans le département de Vauclusc, une femme, pour se venger de sa rivale, empoisonna ses enfants. On a vu aussi des servantes congédiées se venger de leurs maîtres en faisant périr leurs enfants par le poison. Les anarchistes excitent aujourd'hui les domestiques à se venger de leurs maîtres en corrompant leurs enfants.
C'est le retour aux mœurs féroces de l'humanité primitive : les peuples avaient alors l'habitude de se venger de leurs ennemis sur leurs enfants; ils avaient attribué à leurs divinités cette atroce vengeance ; pour répondre à une insulte deNiobé, Apollon et Diane firent périr ses 14 enfants.
Dans Rodogunc de Corneille, Cléopàlre présente une coupe pleine de vin empoisonné à Anliochus età ltodogune, et comme elle les voit hésiter, elle boit la première, pour dissiper leurs craintes, heureuse de périr avec eux plutôt que de manquer sa vengeance. D'après M. Stapfer, il n'y a pas ombre de vérité dans le caractère de celle femme qui dit : « Tombe le ciel sur moi, pourvu que je me venge l ! *>
(I) Ce cri qui ne parait pas vraisemblable à M. Stapfer, est le cri naturel de fa femme qui se vendre ;
• l}uc je uic perde ou nou, je soupe à uic venger, >
dit Ilermione, indifférente aussi à son sort, pourvu qu'elle se venge,