LECTURES DES CRIMINELS
pentir ou à Texpiation ne les tente. Qui pourrait en être surpris? Il est vrai qu'ils ne sont pas tentés davantage par les auteurs connus pour avoir attaqué la société, la religion ou les lois * . Il leur faut avant tout des romans, de longs romans d'aventure qui occupent les heures monotones de la cellule ou qui réussissent à les isoler au milieu même de la cour toute remplie de leurs compagnons de captivité. Ils n'aiment pas moins les récits de voyages, surtout quand des dessins les accompagnent ; mais les voyages imaginaires ont encore pour eux plus d'attraits que les voyages réels et historiques. Peu parmi eux cherchent à s'instruire — si ce n'est des moyens de fabriquer une fausse monnaie plus fructueuse ou de frauder avec une plus sûre impunité. Ils ne sont pas inaccessibles à ce qui touche à l'histoire de leur pays, leur patriotisme n'est pas mort et les grands souvenirs populaires trouvent encore en eux un écho, mais il faut que tous ces récits prennent un caractère épique ou romanesque *.
En tout cela, le criminel n'est ni un revenant des âges primitifs, ni une bête féroce, ni un fou, ni un sauvage ; ce n'est même pas un homme troublé dès sa naissance par des anomalies extraordinaires. C'est un homme égaré, vicieux, corrompu, qui, par cela même, est en guerre avec les lois et avec la société de son pays. Tantôt donc il s'encourage, il se dupe, il se donne à lui-même une exaltation artificielle et éphémère ; tantôt il s'efforce de prendre son parti de ce qu'il a fait et de ce qu'il est devenu; tantôt il cherche à oublier et à se consoler.
^ Nous en chercherons les raisons en étudiant la conscience des criminels.
* Voyez a ce sujet notre étude sur Les lectures dans les prisons de la Seine f Archives d'anthropologie criminelle du 15 juillet 1888.
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L'usage qu'il fait de son intelligence et du peu d'instruction dont il est doué ne signifient pas autre chose. Aucun de ces traits, aucune de ces nuances qui ne nous laisse voir — non pas la nature humaine tout entière — mais certaines parties toujours vivaces de cette nature par^ tout ûdllibla^ partout en péril de succomber aux mêmes tentations.