‹ Le crime: étude socialeChapitre 13 sur 49 · LES ALTÉRATIONS DE LA SENSIBILITÉ ET DE LA VOLONTÉ CHEZ LES CRIMINELS · texte numérisé non relu

LES ALTÉRATIONS DE LA SENSIBILITÉ ET DE LA VOLONTÉ CHEZ LES CRIMINELS

I. Sensibilité physique et sensibilité morale. — Le criminel est-il un analgésique? — Le criminel est plus sensible à la souffrance et il la supporte moins courageusement que l'honnôte homme. — Exceptions apparentes. — Histoire d'un simulateur. — Rapprochement essayé avec les sauvages. — Peu de succès de la tentative. — La rougeur ; Lombroso et Senèque. — IL Altération progressive de la sensibilité morale. — Loi des états pathologiques de la sensibilité. — La passion, le vice. — Le vice contre nature chez le malfaiteur libre. — Lb sensibilité du prisonnier. — Ses altérations inévitables. — Comment elle tend et aboutit a TindifTérence. — Crainte de la libération. — IlL La volonté d'un criminel ne peut qu'ôtre malade. — L^est-elle avant? Ne Test-elle qu^après ? — La volonté criminelle ne peut être ramenée exclusivement ni à l'impulsion irrésistible, ni a l'idée fixe, ui à U passion invincible . — IV. La pratique du crime rend-elle la volonté plqs forte ou plus faible? — La théorie des forces d'arrêt. — Faiblesse et lâcheté des criminels. — Perversion de la volonté. — A quoi elle aboutit.— A quel mode d'activité criminelle tend la récidive.

L'habitude du crime ne peut supprimer la puissance native du cerveau, et, tout e» égarant l'imagination,

elle la tient souvent en éveil. On comprend donc que les facultés mentales ne subissent pas toujours chez les délinquants de très graves atteintes.

Peut-il en être de même pour les sentiments et la volonté? Avant tout examen on ne peut s'empêcher d'en douter. Le malfaiteur est un méchant ou un homme faible. C'est un homme qui a voulu faire des choses contraires à la pitié, à la sympathie, à la sociabilité, à Thonneur ; ou bien c'est un homme qui s'est laissé entraîner à faire des choses qu'il aurait voulu pouvoir éviter. Ou ses sentiments sont pervertis ou sa volonté est égarée, voilà ce que dit le bon sens. Reste à savoir si ces deux formes de maladie sont plutôt causes ou plutôt effets de la vie qu'il mène, et si elles peuvent être non seulement décrites, mais expliquées.

L'école italienne ne pouvait se dispenser de dire que le criminel est un être insensible et que chez lui l'insensibilité morale dérive de l'insensibilité physique. Voilà ici son cheval de bataille. « Le criminel est analgésique * », c'est-à-dire qu'il ne ressent pas la douleur ; il est disvulnérable, c'est-à-dire qu'il supporte des blessures auxquelles tout autre succomberait. C'est de là que vient son manque de compassion et de pitié : « là est la source de la cruauté qui le pousse à des actions violentes * ».

Le D'' Lauvergne soutenait exactement la thèse contraire. Parlant de la facilité avec laquelle certains grands criminels attendent et reçoivent la mort, il disait ^ : « Quant à savoir bien mourir, rien n'est plus facile, l'in-

* Voyez LoMBROSO, ouvrage cité, p. 322 et 323,

* Je ne nie pas que ce ne soit vrai pour quelques individus fous, idiots, dégénérés.

* Lauvergne, L(S Foiçafs, p. 214.

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